Michael Jones : En général, quand Jean-Jacques monte sur scène, je suis aux toilettes, je vide ma vessie juste avant de monter sur scène.
Claude Le Peron : Je suis souvent sous la scène avec J.R. pour les réglages et puis on regarde un peu les gens qui sont aux premiers rangs.
Christophe Nègre : Je prends la mesure de la salle, pareil en coulisses, à écouter les vibrations du public.
Jacky Mascarel : J’attends à la porte des toilettes que Michael sorte parce que…
2. Arrivée sur l’avant-scène
Jean-Jacques Goldman : Quand la salle s’allume, je ne suis pas au milieu d’eux, j’arrive du fond de la scène et je marche doucement vers eux. Pour moi, cette partie-là n’est pas spécialement chaleureuse, elle est juste paniquante. Je suis seulement concentré sur où je mets les pieds, où je mets les doigts et sur le texte de la chanson.
Une fois que j’arrive là-bas, au milieu d’eux, à partir d’un mois de tournée, j’ai déjà plus l’habitude et je peux palper cette chaleur qui était sûrement déjà présente mais que je ne pouvais pas ressentir parce que j’avais trop le trac.
3. Répétitions avec le public
Jean-Jacques Goldman : Je crois que je le faisais un peu sur les tournées précédentes en interrompant les chansons. Je me demande s’il n’y avait pas quelque chose comme ça. Ou bien j’étais en train de faire une chanson et soudainement je m’arrêtais et je disais : “Non mais normalement, vous devez chanter” et peut-être qu’à la suite de cela je me suis dit : “Mais pourquoi ne pas faire une répétition générale de tout le concert au début ?”.
Il y avait aussi le problème de “Ensemble”. Au début, je me suis évidemment posé la question, comme les musiciens se la sont posée, de comment on va faire parce qu’il y avait quand même 1000 choristes sur scène et 500 en studio qui chantaient. Donc on a répondu à la question en pensant prendre des danseurs qui soient chanteurs aussi. On a fait un casting de danseurs et chanteurs et je me suis dit : “ Non la meilleure chorale, ce sont les 6000 ou 7000 personnes qui sont là. Donc à partir de ce moment-là, on s’est dit : “Et si je les faisais répéter avant ?”. Donc c’est peut-être “Ensemble” qui a amené ceci.
Claude Le Peron : J’imagine ce que ça doit être. Il y a 6000 personnes quand même et on le voit tout seul au milieu de tout le monde, entouré de tous ces gens-là, il est tout seul avec sa guitare, il a beau y avoir la sono qui fait porter sa voix et qu’il peut crier plus fort que n'importe qui dans la salle, mais il faut le faire quand-même, se retrouver tout seul comme ça au milieu… Il faut y aller… c’est l’arène au milieu des lions. Bon il n’y a personne qui veut le manger… quoi que…
Christophe Nègre : Moi j’aimerais beaucoup être à sa place, ça doit être génial, je l’imagine très très bien. Malheureusement, je ne chante vraiment pas assez bien et je ne suis pas compositeur à talent mais j’adorerais être à sa place et quant à la peur qu’il peut ressentir, elle est à la hauteur de l’émotion et la récompense est à la hauteur de la peur… Je ne suis pas inquiet pour lui, il reçoit autant qu’il donne. C’est sûr que j’aimerais vraiment être à sa place.
Claude Le Peron : Ce qui m’a étonné le plus, c’est de le voir aussi libre et libéré devant les gens. Au début, je croyais qu’il allait se refermer comme une huître mais en fait il s’ouvre complètement, il communique avec les gens, il se sert des gens, il va vers eux… Jean Jacques, quand on le connaît un petit peu, c’est quelqu’un d’assez renfermé. Au début je me disais que c’était peut-être un peu le flop mais pas du tout, il s’ouvre, il s’offre, ça c’est magnifique.
Jacky Mascarel : Jean-Jacques aborde d’une façon tellement simple le public que les gens lui rendent tout de suite ce qu’il leur apporte, c’est-à-dire la simplicité. Ce n’est pas du tapage, ce n’est pas de l’esbrouffe. Il est comme s’il parlait avec eux à côté d’un feu de cheminée.
Jean-Jacques Goldman : Alors ces répétitions, pour moi elles sont à 90% une façon de parler et de prendre contact, pour moi, pour nous, pour la chaleur, comme une première partie, une façon de se dire : “Tiens, il a fait beau aujourd’hui puis on répète et on déconne”. Et à 10% c’est aussi beaucoup pour le spectacle, parce qu’au moment où je commence “Poussière” et que j’entends les “hohoho”, ils y sont mieux que si on n’avait pas répété. Ils mettraient la moitié de la chanson avant de le faire ensemble alors que là… ou pour “Encore un matin”, quand je leur dis : “Vous êtes prêts”, ça vient mieux si on a répété. Donc je pense que pour la qualité du concert elle-même, ce n’est pas inutile.
Sur le plan de la sécurité, je suis plutôt paranoïaque en général, mais là, je ne me suis jamais posé la question. Je me suis toujours senti en énorme sécurité dans les salles de concerts, parce que je me dis que non seulement je sais que les gens qui sont là ne sont pas méchants et ce ne sont pas des gens qui me veulent du mal, ceux-là ne viennent pas, mais en plus je sais que s’il y en a un qui a une mauvaise intention, il y en a cinquante autour qui vont tout de suite… enfin il y a une sorte de tendresse, d’affection et de chaleur qui font que j’ai l’impression qu’il ne peut rien m’arriver.
4. Nos mains - Entrée des musiciens
Jean-Jacques Goldman : Je suis tout seul à ce moment-là, je ne distingue pas les musiciens mais je vois les gens. Et ça c’est vraiment un plaisir inouï à ressentir que ça fait un quart d’heure qu’on est là, guitare/voix, à discuter et tout à coup, il y a cette chose qui arrive et là, de les regarder, est un plaisir extraordinaire, je sais qu’à partir de ce moment-là, le concert commence.
Michael Jones : Nous, on arrivait dans le noir, il y en a très peu qui nous ont vu entrer. En fait ils étaient dans la chanson, ils chantaient avec Jean-Jacques, tous les yeux étaient sur lui et tout à coup il y a les voix qui viennent de derrière et moi j’attendais, il y avait toujours un petit retard, le temps qu’ils fassent : “Ah tiens, il se passe quelque chose derrière”, j’attendais toujours ce temps de réaction.
Jacky Mascarel : Il est vrai que quand on arrive devant ce public et qu’on “envoie la sauce” [sic], de suite, c’est impressionnant.
5. Salut aux musiciens
Christophe Nègre : Là, il nous fait une petite attention personnelle et ça veut dire, moi qui suis mystique, qu’il est capable d’oublier toute ces pressions et de se consacrer à moi, un millième de seconde pour démarrer le show, et ça c’est digne du Dalaï Lama.
Jean-Jacques Goldman : C’est un vrai bonjour et un vrai salut. Très souvent on ne s’est pas vus avant, on a parfois chauffé nos voix mais ensuite, quelquefois, j’ai reçu les médias, je suis resté seul dans ma loge ou on s’est pas vu de la journée, ça peut arriver. Quand on fait plusieurs fois la même salle, il n’y a pas toujours de balance donc parfois, je ne les ai pas vu de la journée, je me retourne et là, je les vois. Donc quand je me baisse et que je dis bonjour à Claude, Christophe, l’autre Christophe, Michael et à Jacky, ce sont de vrais bonjours avec en général des petits rites. Et les sourires qu’on se fait, ce sont de vrais sourires signifiant : “Salut, je suis content que tu sois là”.
Claude Le Peron : Il ressort de là-bas où il était seul avec toute la salle et il revient vers chacun de nous, histoire de fixer un peu ses repères, de voir qu’on est tous là. Il a toujours un petit clin d’œil, des petits gestes.
Jean-Jacques Goldman : Pour Claude, c’était un petit mouvement entre nous, un petit mouvement de bouche. Pour Christophe Negre, je le regardais des pieds à la tête car il changeait beaucoup de tenue et je donnais mon avis, si ça me plaisait. Pour Christophe Deschamps, pareil sur ses fringues, je regardais s’il était beau. Pour Jacky, j’essayais de regarder par en dessous et puis pour Michael, c’était sans se regarder.
6. Costumes des musiciens
Claude Le Peron : Il me dit : “Tu mets ça, ça et ça”. Et moi je n’en ai rien à faire, vraiment. Je suis tellement content d’être là.
Christophe Nègre : D’avoir déjà des vêtements ?
Claude Le Peron : Oui… Si Tati ferme pour la prochaine tournée, je vais être ennuyé parce que je ne sais pas où je vais m’habiller. C'est le genre surplus américain, des rangers, un pantalon treillis… Je suis le seul qui ai des cheveux, je suis le seul qui n’ai pas la coupe G.I. mais à chaque fois, je me retrouve habillé comme ça. A chaque fois c’est moi qui me retrouve en “Stallone” !
Michael Jones : Je ne suis pas d’accord, il ne s’en fiche pas Jean-Jacques. Il ne peut pas s’habiller autrement. Tu l’as déjà vu en costume ? il ne ressemble à rien.
7. Petite fille
Jacky Mascarel : “Petite fille”, c’est un morceau un peu à la Supertramp, un peu hors du temps, et quand on l’attaquait, pour moi au niveau du tempo c’était un peu difficile parce qu’il fallait rentrer de suite dedans. C’était une petite pression.
Jean-Jacques Goldman : C’est une chanson qui a eu beaucoup de mal à tourner, un peu pop anglaise rigide… on a eu beaucoup de mal à trouver, dans cette tournée, j’ai fait changer la guitare de Michael, enfin sa façon de jouer encore deux mois avant la fin de la tournée. Donc on a toujours eu un problème de ne pas se trouver.
Michael Jones : C’est une chanson où il y avait une tournerie entre Christophe, Jacky et moi avec une précision incroyable, et il fallait être très très attentif. Donc au début j’étais derrière, entre Jacky et Christophe, pour que ça tourne bien et c’est la première fois où j’avais un manque, je savais qu’il se passait quelque chose derrière moi (le film projeté sur écran) et je ne pouvais pas regarder. Les gens nous regardaient comme à travers une fenêtre parce que derrière nous il y avait un film que nous, on n’a jamais vu.
Claude Le Peron : Sur ce morceau, j’attends, parce que je ne rentre pas tout de suite à la basse, en fait c’est le premier morceau qu’on joue nous, et c’est nous qui décidons de le commencer. Sur "Nos Mains”, on se raccroche derrière la locomotive parce que Jean-Jacques a déjà lancé la machine, alors que là c’est nous qui commençons, il y a des responsabilités.
Christophe Nègre : C’est le morceau où on est encore sur l’émotion de ce qui s’est passé avant, le trac ou appelons ça comme on veut. Et en ce qui me concerne, ça se traduit par un manque d’air et il y a un passage de flûte un petit peu délicat où il faut beaucoup de poumons, donc c’était difficile à ce niveau-là. Je n’avais pas encore mes poumons à cause de ce début.
8. Encore un matin - Intro
Jean-Jacques Goldman : Ce moment-là, c’est mon préféré du spectacle je crois. C’est l’instant où tout à coup, on est en binaire et on passe en shuffle tout doucement avec ce riff. J’adore ce moment-là, je crois que c’est celui que j'affectionne le plus, ça aurait pu continuer plus longtemps.
Mais c’est toujours pareil, sur scène, je ne suis jamais seulement avec ma perception, j’ai toujours l’intuition des autres. Quand j’ai l’impression que pour les gens il faut qu’on passe à autre chose, j’ai envie qu’on passe à autre chose. Mais je crois que c’est l’épisode que je préfère dans tout le concert.
Christophe Nègre : “Encore un matin”, c’est un moment libre et moi je suis extrêmement impliqué dans cette affaire parce qu’il y a le passage du solo et j’ai l’impression d’être quasiment décideur dans la durée du morceau alors c’est colossal.
Michael Jones : Il y avait ce passage où on s’arrêtait, on restait immobile et les gens essayaient de nous distraire : ils nous tiraient la langue et nous faisaient des grimaces, ils faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour qu’on bouge. Pour moi, c’est le premier moment de pression parce que c’est la première fois que je chante en solo et où je me dis : “Est-ce que je vais me rappeler du texte ?”.
Jacky Mascarel : “Encore un matin”, c’est peut-être une des chansons les plus libres du spectacle. C’est une chanson qu’on a jouée je ne sais pas combien de fois et où on peut se permettre quelques petites variations. Ce qui est intéressant pour nous en tant que musiciens.
Claude Le Peron : Ce morceau, on a tellement l’habitude de le jouer, ce style de musique c’est statu Quo, c’est ZZ Top, on sait bien le faire, ça fait des années qu’on le fait. Et c’est vrai que quand on est entré dedans, on pense plus au groove qu’au morceau. On pense plus à faire tourner le truc, “Encore un Matin”. On est dans le groove.
9. Encore un matin - Final
Claude Le Peron : On avait déjà fait ça sur une tournée, on avançait un petit peu, je me rappelle un genre de lutte où on était face à face. Jean-Jacques aime bien ces petits mouvements dansants, où ça fait un peu la mêlée. On est trois mais en fait on est un, ça fait une masse qui avance. Jean-Jacques aime bien, c’est son côté sportif.
Michael Jones : Moi je n’avais qu’une seule idée en tête c’était : “Pourvu qu’en tournant, je ne prenne pas la basse de Claude dans le visage”. C’était à peu près ça mais sinon c’était un moment où on rigolait bien avec le public parce qu’on passait juste à ras d’eux,ils étaient très proches. Jamais ils ne sont aussi proches que sur la passerelle et il y a des regards qui s’échangent c’est vraiment bien.
Jacky Mascarel : Nous, on avait un gimmick tous les soirs avec Christophe Deschamps : Quand je n’avais rien à la main gauche, je faisais ça (il met la main gauche sur sa bouche) et Christophe, lui, faisait ça (il met sa main droite sur sa bouche).
10. Poussière
Michael Jones : Pour moi c’était un branle-bas de combat, c’est-à-dire qu’il fallait que Pascal me change ma guitare, que je prépare le son, que j’attende d’avoir le clic dans l’oreille, Jacky faisait une note dans les graves et c’est moi qui faisais toute l’intro, il fallait que ça s’enchaine assez rapidement donc c’était une concentration intense pour partir au bon moment.
Jacky Mascarel : Contrairement à ce que dit Michael, je ne faisais pas qu’une note dans les basses, je faisais plein de choses. La première note était une basse mais après il y avait une certaine ambiance et ce qu’il mettait avec la guitare, ça créait une sorte de climat qui nous permettait d’aborder le départ de la chanson.
Jean-Jacques Goldman : J’avais des parties vraiment très simples à faire, des parties d’accompagnement et ensuite j’avais choisi mon accordage, je ne suis pas parti sur l’accordage traditionnel du oud, donc j’ai plutôt adapté le oud à ma technique guitaristique plutôt que mes doigts à la technique du oud. Le seul problème c’était qu’il n’y avait pas de marque, donc il fallait sentir l’instrument. Et au fur et à mesure, j’ai commencé à prendre des petits plans, je jouais différemment à la fin, j’avais pris un peu d’assurance.
Jacky Mascarel : J’adorais cette chanson parce que je trouve que c’est une chanson qui me fait penser à U2, dans le climat, même si ça a un côté oriental, ça me fait penser… la batterie, tout, les ambiances d’échos, me font absolument penser à U2.
Michael Jones : Pour les gens qui ont acheté le programme, il y a une photo d’un guitariste qui joue, un peu chauve, c’est Patrice Tison. Et je ne pouvais pas faire cette chanson sans penser à lui parce que c’est lui qui a joué sur le disque et il est mort juste avant la tournée. C’était un moment d’anthologie parce que ce qu’il a fait sur le disque est fabuleux et chaque fois qu’il y avait cette chanson, je pensais à lui.
11. Percussions
Jean-Jacques Goldman : L’histoire des percussions de la fin de “Poussières”, c’est typiquement le genre de choses que je ne décide pas au départ et qui arrive quand on travaille avec les musiciens, pendant les répétitions. C’est à dire qu’on sait qu’à ce moment-là, sur le disque, il y a cette espèce de fête qui chuinte doucement, donc on commence par ça mais après on se dit que ça ne mène à rien. J’avais même pensé que les danseurs pourraient venir et danser comme dans une fête Kabyle. Mais on n’y arrivait pas, ça faisait un peu feu de camp, ça ne marchait pas. Un musicien a alors demandé : “ Pourquoi ne ferait-on pas que des percussions ?” et Christophe répond : “Moi je peux passer sur tel rythme…”
Michael Jones : Et il se trouve que Christophe venait de faire venir plein de petites percussions pour essayer, parce qu’il ne savait pas ce qu’ils allaient utiliser sur la petite scène, on a donc pris au hasard ce qu’il y avait. Quand on était à la Réunion, j’avais acheté une Kayamb, Claude a donc pris la Kayamb.
Claude Le Peron : C’est un instrument typique de l’océan indien, ce sont deux rangées de roseaux avec des graines au milieu. En fait, on ne peut pas le secouer comme ça, ça ne veut rien dire, il faut danser en même temps, le corps doit accompagner le mouvement de l' instrument et moi je ne suis pas un grand chorégraphe donc au début… Mais j’étais très content d’en jouer, d’abord parce que j’aime l’océan indien et j’étais content de jouer ça le soir, même si ce n’était pas évident.
Christophe Nègre : Je suis percussionniste, comme tout le monde le sait. En tout cas avec Jean-Jacques, je joue de toutes les percussions, et le tambourin n’est pas un instrument très spectaculaire mais il a le mérite d’être léger et d’avoir beaucoup de puissance et puis c’est relativement facile. Comme mon vrai métier est percussionniste, je me devais de les aider un petit peu, eux qui s’essayaient à ça. Ils n’étaient pas toujours très précis alors il fallait des professionnels derrière eux pour les “driver” comme on dit en anglais… Cette partie percussions, on l’a composé nous-même Jacky, rappelle-toi, on était compositeurs.
Jacky Mascarel : Oui c’est nous qui sommes responsables de la partie, on n’a pas signé mais on ne te dira rien, Jean-Jacques, c’est gratos.
Christophe Nègre : C’est une création comme un orchestre de jazz, chacun a dit ce qu’il allait faire.
12. Je voudrais vous revoir
Jean-Jacques Goldman : Ce qui me fait plaisir, d’une certaine manière, c’est de donner de l’importance aux gens de plus de quarante et cinquante ans, en leur disant que je suis de leur côté, et qu’ils ne se sentent pas, non pas exclus mais pas à leur place dans une salle de concert en train de crier, d’être debout et d’avoir mal aux jambes. Leur dire que moi je suis plutôt de ce bord-là plutôt que des vingt, trente ans qui sont normalement les spectateurs d’un concert.
Claude Le Peron : On est tous concernés par rapport à l’âge, ça fait vingt ans que je suis avec Jean-Jacques et quand je vois les photos des premières tournées et qu’on me dit “Oh tu n’as pas changé”… parce que j’ai toujours mes cheveux, moi ! (il regarde les autres musiciens)
Christophe Nègre : Il y avait un gag entre nous quand Jean-Jacques disait : “Alors les moins de vingt ans, ce n’est pas pour eux”, il y en avait qui se sentaient vraiment jeunes dans leur tête, comme le batteur qui partait, après Jean-Jacques disait : “Les moins de trente ans non plus” il y en avait aussi deux ou trois qui partaient et puis moi j’avais des affaires à régler avec Jacky alors on partait en dernier et on se rejoignait derrière pour faire genre “on n’est pas concernés par le débat”.
13. La bombarde
Michael Jones : Avant le tambour, c’est là qu’on s’est rendu compte que Christophe Negre n’est pas un Gentleman, parce qu’un Gentleman c’est un homme qui sait jouer de la bombarde et qui n’en joue jamais. Et quand Christophe jouait de la bombarde, c’était pour nous le moment le plus fort. On attendait ça tous les soirs.
Christophe Nègre : Physiquement c’est épouvantable comme instrument. C’est très dur physiquement. Ça demande beaucoup plus d’effort que le clavier, la basse ou la guitare, les gens ont le droit de le savoir. Ce sont des instruments à l’ancienne, c’est fait dans des matières nobles, ce n’est pas du plastique, donc c’est très dur à jouer et puis comme c’est un régal pour mes amis, là je découvre que pour Michael, c’était un moment fort du concert. Je m’engage donc à leur jouer de la bombarde au téléphone dans les moments un peu difficiles de la vie. N’hésitez pas à m’appeler.
14. Juste après (Carole)
Jean-Jacques Goldman : C’était impossible, en même temps de ne pas évoquer Carole, c’est-à-dire de faire comme si rien ne s’était passé et en même temps, je ne voyais pas comment il était possible de l’évoquer sans que ce soit glauque, sans que ce soit démago, que ce ne soit pas à son niveau, je dirais. Donc il a fallu trouver…si elle avait dit des mots, ça aurait été trop proche, presque morbide. C’est en faisant cette chanson “Juste Après”, que tout à coup je me suis souvenu de cette impro, que je me suis dit qu’on n’est plus avec un mort qui dit des mots, mais on est avec quelqu’un qui chante du ciel, je dirais. Cette improvisation était presque céleste.
Michael Jones : Tous les soirs, c’était un moment d’émotion, mais je ne pouvais pas me laisser dominer par ça, il fallait à un moment donné que je me ressaisisse parce que c’est moi qui me retournais et qui reprenais la chanson. Les premiers soirs, je me suis fait avoir, parce que je regardais le public et là je perdais mes moyens.
Christophe Nègre : Carole, c’était un énorme moment d’émotion, parce qu’on voyait bien que Michael et Jean-Jacques étaient touchés tous les soirs et étaient extrêmement émus, le public aussi et comme le dit Jacky, lui, Claude et moi, on avait une tâche très difficile techniquement à faire : il y avait la voix de Carole surnaturelle sans aucun repère et c’était à nous d’imaginer et de recréer quelque chose qui nous mette tous les trois d’accord pour que le temps tombe au même moment et que ce soit cohérent.
Claude Le Peron : J’étais tourné vers eux, face à l’écran donc je profitais de l’image de Carole et tous les soirs j’avais une vague d’émotion parce qu’à un moment, elle salue, elle met ses mains comme ça, on sent presque qu’elle va pleurer et là… moi ça me venait tous les soirs au moment où elle a les yeux au bord des larmes... Et quand on se retourne, qu’on voit les gens, alors là c’est difficile, c’est vraiment difficile.
15. En passant
Jean-Jacques Goldman : “En passant”, je l’ai chanté tout le temps en pensant à Carole, c’est-à-dire en pensant à ce qui venait de se passer. Pour moi, c’était peut-être le moment où je parlais d’elle, de nous, du fait d’avoir vécu ensemble et tout à coup de se séparer. Pour moi, elle dit ça. La chanson était encore clairement liée à ce passage de Carole parce qu’il n’était pas question après de partir sur “Tournent les violons” ou sur “C’est pas vrai” ou des parties comme ça. Donc pour moi l’évocation continuait, la présence avec elle continuait. Et c’est sur “Veiller tard” qu’on revenait dans le concert.
16. En passant - Guitares
Jean-Jacques Goldman [Parlant de Michael Jones] : Moi je l’ai beaucoup embêté sur ce solo-là, parce que c’est un solo qui ne lui ressemble pas. Lui, c’est vraiment un guitariste de rock assez agressif, très clair, très précis et là je lui demandais de la mollesse, de jouer avec les doigts, beaucoup de douceur, beaucoup de graves, beaucoup de feeling. Je l’ai donc vraiment fait bosser ce truc-là, je n’étais pas content pendant très longtemps et à la fin il a fait exactement comme j’aimais, comme d’habitude. Donc lui peut-être, comme je lui avais imposé beaucoup de choses, il ne sortait pas beaucoup de ce qu’il faisait.
Michael Jones : Je n’ai pas de moment de liberté en fait, il n’y a que Jean-Jacques qui, à la fin improvise, mais moi c’est une partie écrite que je faisais fidèlement chaque soir. Mais par contre, il y a un geste là-dessus que personne n’a jamais vu, avant que je joue tous les soirs, Jean-Jacques me pinçait les fesses !
17. Veiller tard
Michael Jones : C’était le premier moment de la soirée où il fallait être très attentif aux autres. Là, il y avait un vrai rebondissement. C’était une activité entre nous, on s’écoutait et on réagissait par rapport à ça. Sur toutes les autres chansons, il y avait de la rigueur, c’était bien millimétré, alors que là c’était le premier moment où on pouvait faire ce qu’on voulait. A la fin de la tournée, ça commençait à être un peu construit mais au début on ne savait pas où on allait, on connaissait juste la fin.
Jean-Jacques Goldman : La sensation que j’ai à ce moment-là, ce n’est pas la sensation d’être un groupe mais d’être plus en danger. Parce qu’à cet instant, on est à un mètre des gens, en acoustique, on n’a pas la protection de la puissance sonore. Et chaque instrument est vraiment palpable. Chaque erreur, on la paie cash. Donc on est très liés parce qu’on est en danger, comme des alpinistes encordés les uns aux autres, mais je n’ai pas une sensation de groupe plus que cela. La première sensation c’est la proximité et l’interdiction totale de faire une erreur.
Claude Le Peron : “Veiller tard” c’était complètement improvisé, ça me faisait penser à une ambiance à la “Pink Floyd” avec les guitares planantes de Michael, les percussions et ces petits bruits qui donnaient une ambiance années 70/75, avec des sons dans l’écho, avec des notes de basses un peu planantes.
Jean-Jacques Goldman : Michael a beaucoup vadrouillé sur le plan de ses réponses guitare qui sont un peu floues, au feeling, presque comme un solo, où il joue avec ma voix, donc il a tenté beaucoup de choses, de plus ce style de guitare de climat n’est pas trop sa spécialité… Et puis une fois qu’il a bien trouvé, au bout de deux mois de tournée environ, il est resté dans le même genre, il improvisait un peu mais évidemment il y avait le show de Christophe Deschamps qui faisait ce qu’il voulait chaque soir aux percussions.
Christophe Nègre : C’était le moment le plus improvisé de tout le spectacle, où il y avait le plus de liberté, cela pouvait durer éternellement ou presque. J’avais un petit geste clé qui était un clin d’œil pour que tout le monde sache que c’était le moment où cela suffisait comme ça. On l’a mis au point, des fois je me trompais alors on recentrait la durée du morceau, je me sentais un peu l’apprenti sorcier avec ce pouvoir-là. D’autre part, je n’allais pas me priver de me renouveler puisque c’était un des rares moments où c’était permis. J’étais autorisé et je ne m’en privais pas. Et c’était un défi vis-à-vis de moi-même de ne pas refaire la même chose que la veille ou de reprendre ce qui avait été bon et de supprimer ce qui ne l’avait pas été. Améliorer cette partie, ne pas avoir de routine pour que ce soit exceptionnel tous les soirs, pour mes amis et pour les autres.
Claude Le Peron : On se faisait plaisir presque plus à nous, mais je crois que le fait de se faire plaisir, ça plaisait aussi aux gens. On ne jouait jamais pareil. Le seul point d’orgue qu’on avait, c’était quand Christophe Negre qui avait un passage au saxophone, on savait que cela indiquait la fin de notre délire.
Christophe Nègre : Le contact avec le public, très naïvement, m’émerveille. De voir qu’il est attentif et respectueux alors qu’on a tendance à considérer que le public est une bête à manger du son, qu’on lui donne des trucs préfabriqués pour l’abrutir, et là on était proche de la musique expérimentale quand même. Alors que les gens soient aussi respectueux et attentifs, c’est Inch Allah.
Michael Jones : C’est vrai que ton dernier solo était vraiment bien parce que tu avais ôté tout ce qui était mauvais.
Jacky Mascarel [s’adressant à Christophe Nègre] : Tu nous as souvent régalés.
18. Le violon
Christophe Nègre : Le violon c’est un instrument qui est très délicat… même pour Jean-Jacques.
Jean-Jacques Goldman : C’était un challenge personnel. J'avais fait dix ans de violon classique, je m’étais embêté à faire des gammes. Alors je m’y suis remis plus de six mois auparavant, je me suis dit que j’allais me remettre au violon, refaire des gammes, pendant vingt minutes par jour et que j’allais essayer.
Jacky Mascarel : Il a fait beaucoup de progrès au violon, on le voyait chaque soir, il prenait son violon pour répéter les morceaux, il en a bavé c’est certain mais je pense qu’il s’est approché de ce qu’il voulait.
Jean-Jacques Goldman : Les parties sont un peu compliquées mais ce n’est pas Paganini non plus. Je savais qu’en revenant à un niveau convenable de technique de base, je pouvais jouer ces parties-là. Enfin je savais que c’était à mon niveau… c’était à mon niveau certains soirs.
Christophe Nègre : Jean-Jacques, vu ses responsabilités, il ne peut pas travailler dix heures par jour le violon, mais il arrive à un bon résultat.
Claude Le Peron : Niveau justesse, il a quand même fait des progrès, on n’a plus eu de plaintes de la SPA comme il y a quatre ou cinq ans.
Christophe Nègre : On observe plus de migration des canards dans les endroits où il joue.
19. Et l’on n’y peut rien
Jean-Jacques Goldman : Quand j’ai fait le morceau sur le disque, j’avais des idées de danse justement parce que je savais que l’album serait “Chansons pour les pieds”, donc ça serait un hommage à toutes les musiques de danse. J’avoue que je n’avais pas trop pensé à la scène et je dirais que si j’y avais pensé, ça aurait été plutôt un problème parce que je déteste le fait d’avoir des danseurs sur scène, c’était inenvisageable sur un de mes spectacles. Donc c’était plutôt un problème qu’autre chose. Je me demandais comment défendre un album qui s’appelle “Chansons pour les pieds” sans danseurs.
Donc j’envisageais même de ne pas faire de tournée. Et puis je suis allé voir un spectacle qui s’appelle “The Lords of The dance” que tout le monde a vu et là tout à coup j’ai vu de la danse qui n’était pas de la danse. Une danse que je ne connaissais pas, une sorte de chose virile, spectaculaire, pas du tout comme ce que j’imaginais, une chose un peu surfaite de la danse. Je m’excuse auprès des danseurs, ce n’est pas un jugement, c’est juste moi d’être dans un tel contexte. Et soudain, je me suis vu, moi, dans un tel contexte. J’ai pensé que ça, je pouvais l’assumer. Et c’est à partir de ce spectacle que je me suis dit qu’on allait pouvoir faire cette tournée.
[A propos des musiciens dansant laborieusement sur scène]
Claude Le Peron : Évidemment, c’est encore une idée de Jean-Jacques : plus on est ridicules, plus il est content. Et c’était drôle, on est tous raides comme des piquets, à part Jacky qui est un grand danseur comme tout le monde le sait…
Jacky Mascarel : Attends, stop ! C’est à moi de le dire. Oui la chorégraphie, je connais par cœur, je suis champion de Rock’N Roll. [Il explique avoir remporté un concours à Bali]
Christophe Nègre : Alors moi j’ai un scoop pour ceux que ça intéresse, je suis inscrit à un cours de Rock’N Roll acrobatique depuis deux semaines… donc voilà, tout est possible.
20. Ensemble
Michael Jones : La difficulté est de ne pas se tromper. Il faut n’écouter que soi-même et en général il faut apprendre par cœur. Il faut se dire : “Moi je pars là”. On a des repères musicaux par rapport aux mots.
Jean-Jacques Goldman : Il n’y a pas de difficulté à chanter un canon à partir du moment où on est chanteur, même en ayant fait un peu de scoutisme ou de colonies de vacances. Le seul problème c’est de chanter en canon à trois au milieu de 6000 personnes qui chantent chacune leurs parties et sans s’entendre forcément très bien. Donc il y a un problème de retour qu’il faut résoudre, mais ni pour Michael ni pour Christophe, c’est un gros problème à priori.
Jacky Mascarel : C’est très simple, quand on a une partition, qu’on sait où on doit intervenir, on n’a qu’à compter. Et donc comme de temps en temps, ils ne pouvaient pas faire tout à trois, il y a deux endroits où moi j’intervenais en canon.
Michael Jones : Le piège, c’est que le public chante avec n’importe qui, donc il y avait un jeu d’essayer de nous imposer par rapport à ce qu’ils entendaient. Eux choisissaient la partie qu’ils voulaient chanter, ils ne chantaient pas forcément avec moi. Il y avait des clans, en général ceux qui voulaient chanter avec moi se mettaient devant moi.
21. L’anneau
Jean-Jacques Goldman : C’est la rondelle qui descend, on a parlé tout à l’heure de l’idée de ne pas avoir de metteur en scène, ce qui permet de susciter des initiatives de tout le monde et un jour Fred m’a dit qu’il avait une idée, une chose fluorescente qui peut faire un effet marrant, enfin intéressant alors on l’a regardé, on a expérimenté, on a réfléchi à quel moment on le mettrait. On a cherché et on n’a pas trouvé. Et tout à coup, il y a eu cette idée-là, je ne sais pas d’où elle est venue, mais typiquement c’est l’exemple même d’une idée qui ne vient pas de moi mais de tous les metteurs en scène de ce spectacle.
22. Les choses
Jean-Jacques Goldman : Il n’y a pas 6000 consommateurs, il y en a 6005, c’est-à-dire que nous, sur scène, on est consommateurs aussi. Et la chanson ne dit pas qu’il ne faut pas consommer, elle dit qu’il ne faut pas intervertir les valeurs. C’est-à-dire que c’est super d’aller dans un magasin acheter quelque chose, c’est super d’avoir une nouvelle voiture, de nouvelles chaussures, mais la chanson dit qu’on ne se construit pas avec ces choses-là. Ce sont elles qui sont à notre service et pas nous qui sommes à leur service et qui leur ressemblons. C’est tout ce qu’elle dit et je ne dis pas du tout que je suis contre la consommation, je dis juste que ce qui me terrifie c’est quand un jeune dit qu’il va être quelqu’un dans cette voiture-là et surtout qu’il ne sera rien s’il ne l’a pas. C’est ça qui fait peur.
23. Présentation des musiciens
[Extrait de Jacky Mascarel chantant “Quand la musique est bonne”]
Jacky Mascarel : Jean-Jacques a choisi l’extrait pour moi donc je n’ai fait que m’exécuter au désir de Jean-Jacques.
[Extrait de Claude Le Peron chantant “En revenant de Nantes”]
Claude Le Peron : Au départ, il avait demandé à chacun de réfléchir à une chanson qu’on voulait chanter dans son répertoire. J’avais pensé chanter “Peur de Rien, Blues” pour le côté Rock’N Roll mais Jean-Jacques m’a dit que c’était Christophe qui allait chanter ça, alors je lui ai dit que je pouvais chanter “Elle a fait un bébé toute seule” et là, il m’a dit : “Non, j’ai quelque chose pour toi”. Il a fait passer tout le monde avant et moi j’attendais. Et puis il est venu me voir et m’a dit : “Tu connais “De Nantes à Montaigu, la digue la digue…”, je lui ai dit que je ne pouvais pas chanter ça mais il m’a dit : “Si, c’est super, si tu ne veux pas le faire, ne le fais pas, mais essaie”. Et là, les trois ou quatre premières fois où je l’ai chanté, j’avais déjà honte devant les techniciens mais tous les gens qui me regardaient comme ça, genre il a pété les plombs…
Jean-Jacques Goldman : Ça c’est quelque chose que je sentais, sur une connivence avec le public. Je connais Claude depuis une vingtaine d’années maintenant, je savais que ça passerait bien, que ça leur plairait, qu’il était le bon pour faire cette chanson-là.
Claude Le Peron : Après, je me suis dit que comme j’étais parti pour le faire, je devais le vendre. Alors je vendais carrément le morceau, j’en rajoutais un maximum.
Michael Jones : C’est devenu un moment d’anthologie, tout le monde en parle.
Claude Le Peron : Je vais faire les courses avec mon caddie et les gens qui passent derrière moi chantent “De Nantes à Montaigu…”
Christophe Nègre : J’en parlais souvent avec Pascal Scozza, notre aide de camp qui prépare tout en coulisses et je lui disais que c’était un cauchemar, j’entendais juste, je chantais juste et là avec les oreillettes et le public, je chantais faux, j’entendais que c’était faux et je ne pouvais rien faire pour l’empêcher. Je crois que tous les chanteurs savent ce que c’est que ce sentiment-là. Les vrais chanteurs, ceux qui arrivent à corriger. J’ai dû prendre au moins trois mois, voire plus, à trouver. C’est terrible, il faut avoir l’expérience de ça, on peut chanter juste dans sa salle de bains mais chanter faux devant 6000 personnes. Il faut trouver l’habitude, s’accoutumer… Entendre le son de sa voix sur un répondeur téléphonique c’est traumatisant alors chanter en solo comme ça devant 6000 personnes c’est difficile.
24. Envole-moi - Intro
Jean-Jacques Goldman : Il fallait mettre un peu de pénombre de façon à ce que les techniciens viennent nous équiper. Pendant le premier rappel, on mettait nos harnais et quand on arrivait, on chantait d’abord mais il fallait bien un moment pour nous attacher.
Michael Jones : Il faut quand même rendre hommage à ceux qui ne sont pas là. L’idée de ”Envole-moi”, c’est de Christophe Deschamps. Il disait que lorsqu’on allait avoir cette mise en scène [la scène qui se soulève], il fallait le faire sur une chanson comme “Envole-Moi”. Elle n’était pas prévue dans le spectacle. Donc on est parti sur celle-ci, on a déliré dessus en répétitions. On a repris des idées qu’on avait eu lors de la tournée “Rouge”, avec cette séquence et les bruits de tonnerre. Ensuite, on s’est demandé comment faire pour que le gens ne voient pas les techniciens au début de la chanson, donc j’ai proposé à Jean-Jacques que lui et moi, on ne soit pas sur scène mais aux bords, comme ça il pouvait se passer ce qu’on voulait au milieu, les gens ne le verraient pas.
25. Montée de la scène
Jacky Mascarel : L’idée de la scène n’est pas de moi, j’étais surpris. La première impression était partagée, on se demandait comment on allait tenir là-haut. Et puis, on a eu un petit entraînement et la première fois qu’on est monté, ça allait, on est monté doucement et cela semblait possible. La deuxième fois, ça a été un peu bizarre pour moi parce qu’il y a eu un problème avec le crochet et j’ai eu la sensation d’être décroché alors je me suis retenu aux claviers ce qui a bien fait rire tous les copains.
Jean-Jacques Goldman : Je prenais un plaisir à voir la tête des gens. Quand ça commençait à monter, on voyait les gens qui se frottaient les yeux et c’était un grand plaisir à chaque fois.
Claude Le Peron : C’était super de voir la tête des gens, ils se demandaient où ça allait s’arrêter.
Christophe Nègre : Ça nous a demandé pas mal de préparation musculaire, on a fait beaucoup de sport.
Claude Le Peron : C’était ma récréation, mon “Space Mountain”, je l’attendais vraiment avec impatience. Mais c'est vrai que la première fois qu’on est monté, j’avais mes orteils dans les chaussures, ils faisaient ça [il montre les doigts de sa main qui se recroquevillent]. On m’aurait mis une olive quelque part, je faisais un litre d’huile [Sic].
Et puis après, on s’est rendu compte qu’on ne risquait absolument rien. Il faut juste comprendre qu’il faut s’appuyer sur sa ceinture. Après je me balançais de droite à gauche. Ceci dit, moi je pouvais le faire, mais je suis monté à la place de Jacky et Christophe qui étaient trois mètres plus haut et franchement, à leur place, je ne sais pas si j’aurais fait le charlot autant que là.
Christophe Nègre : Ce qui me gênait, c’était de me détacher tout seul et de tomber tout seul. A la limite, on serait tous tombés en même temps, ça m’aurait fait moins peur.
Michael Jones : La seule chose qui était très difficile, c’était de chanter avec tout le poids du corps, sur le ventre, ça appuie sur le diaphragme.
Claude Le Peron : On en parlait, on disait que ça pouvait faire comme une tapette à souris, ça pouvait dégonder et faire “clac”.
26. Puisque tu pars
Jean-Jacques Goldman : Il y a deux remarques sur cette chanson qu’on m’a toujours faites.
La première, c’est qu’ils aiment la chanson et la deuxième c’est de qui elle parle ?
Donc ils l’aiment d’abord, ils savent que ça parle du départ, mais de qui ? Est-ce qu’elle parle d’un enfant, d’un proche ? Donc je leur explique que je l’ai écrite pour eux. Pour les gens. A la fin de mes concerts, les gens chantaient “Ce n’est qu’un au revoir” une fois que c’était rallumé, et je trouvais cette chanson très moche. Donc je me suis dit que ce serait bien que j’écrive une chanson sur le départ, sur le fait de partir, non seulement que je trouve plus jolie, mais qui dise que ce n’est pas forcément triste de se séparer. C’est aussi aller rencontrer d’autres choses et c’est surtout la sanction du fait qu’on s’est vus. Donc ça doit être assez joyeux de se dire au revoir parce que ça veut dire qu’on était ensemble. Les gens qui ne se sont jamais rencontrés ne se disent pas au revoir.
J’ai eu cette idée-là en lisant des textes de gens qui avaient écrit sur le départ et en réfléchissant à cela. Ça allait du prophète jusqu’à Musset. Comment les gens avaient vécu cette chose-là et comment la vivre de façon positive.
Donc pour moi, elle n’est pas liée à une disparition personnelle, mais du fait que c’était ouvert, chacun y a mis son histoire de départ, d’arrachement et de manque personnel.
J’imagine que c’est de là que vient l’attachement des gens à cette chanson, qu’elle ne signifie rien en particulier donc ce que veut chacun.