Studio 1
Europe 1 , mars 1986
Bonjour, Jean-Jacques Goldman. Jean-Jacques est là et il a pris son petit-déjeuner. Est-ce que ton micro fonctionne, Jean-Jacques ?
Oui.
Très bien, Jean-Jacques, c'est une heure assez anormale pour un chanteur pop-star [rires].
Ceci prouve que : soit je ne suis pas un chanteur pop-star, soit c'est une heure normale.
C'est une heure normale. Nous allons bavardé longuement avec Jean-Jacques ce matin. Nous parlions de la critique, s'il s'agit d'un sujet qui vous intéresse. Est-ce que vous suivez la critique ? Est-ce que vous suivez attentivement la critique ? Est-ce que la critique détermine vos choix en ce qui concerne l'achat d'un livre, pour aller au cinéma, au théâtre ?Vous allez nous dire tout cela au 42 32 15 15. Est-ce que vous lisez la critique et qu'est-ce que cela vous inspire comme réflexions ? Vous nous téléphonez. Quant à nous, nous allons écouter Michael Jones et Jean-Jacques Goldman. [début de l'intro de "Je te donne"] Est-il besoin de vous rappeler le titre de cette chanson ?
[Je te donne]
[Proche de la fin de la chanson] "Je te donne" mes différences, tous mes défauts, y en a-t-il beaucoup ?
Oui, mais nous en avons tous, tant mieux [rires de Michel Drucker].
A mon avis, cela devrait rentrer dans le top.
A2 : Cela devrait être premier dans peu de temps.
Alors premier au top cinquante, c'est premier des ventes de quarante-cinq tours, premier des albums.
Second animateur : Oui.
C'est premier partout.
Second animateur : C'est premier partout.
En classe, étiez-vous également le premier partout ? [rires]
Non, non, j'ai toujours été dix-septième. C'est le genre de place où on est pas assez bon pour obtenir des prix, mais on passe dans la classe supérieure [rires].
Dans quel lycée étiez-vous ?
Tout d'abord au lycée François Villon dans le quatorzième arrondissement…
…au top cinquante de François Villon vous n'avez jamais franchi la dix-septième place ?
Non, non ; dix-septième, vingt-troisième place. J'avais quelque chose comme 10,5 de moyenne. C'était un peu cette ambiance.
Vous vendiez peu donc très peu de quarante-cinq tours ?
Oui.
Il y a vraiment quelque chose d'irrationnel dans un succès pareil ?
Oui.
On ne contrôle pas ?
Non.
Pourquoi cette chanson plutôt qu'une autre ?
Pourquoi cet album plutôt qu'un autre ?
A quoi cela tient, à votre avis ? Si, cela tient peut-être au fait que les autres qui avaient déjà du succès prévoyaient cette explosion car ils n'avaient pas été des "bides". Lorsque l'on regarde tout ce que vous avez chanté depuis trois ou quatre ans, à chaque fois les scores s'amélioraient.
Oui, il y a une acclimatation. Les gens ont besoin de connaître un peu. Puis ils font confiance et à force d'être là, ils font plus confiance. Je n'en sais rien mais il faut simplifier les choses. J'aurais tendance à dire que peut-être que cela fonctionne parce que les gens aiment bien les chansons. C'est aussi simple que cela.
Est-ce que les critiques aiment également les chansons des chanteurs ? C'est une autre paire de manches. Nous allons nous pencher sur le problème.
[Micro-trottoir]
Femme n°1 : Je pense que le public de Goldman, par exemple, est complètement étranger à ce que demandent la critique, l'intelligentsia. Je ne vais jamais voir par hasard un film, une pièce, un concert, je choisis toujours. Pour choisir, il faut obligatoirement se préoccuper des critiques.
Femme n°2 : La critique, c'est quelque chose de difficile parce que tant qu'on est pas dans la peau de celui qu'on critique, on ne peut pas vraiment juger quelque chose. Ils n'ont pas la notion d'une démarche de quelque chose d'artistique.
Ce qui est intéressant, c'est l'avant-dernière opinion qui dit "moi, je lis cette critique parce qu'il partage assez bien mes goûts". [Note de G.R. : Cette intervention manque.]
Oui, c'est cela. On finit par connaître les critiques de tel ou tel journal quand il nous a conseillé quelque chose de bien et que l'on a pris du plaisir aussi ; il est vrai que l'on a tendance à lui faire confiance après.
Ce qui nous a donné l'idée de faire ce petit sondage, c'est un article, une page que tous les professionnels ont vue publiée au moment où au Zénith on s'arrachait les places au marché noir afin d'essayer d'assister à vos spectacles ; Et vous avez fait quelque chose d'assez rare, je crois que c'est la première fois que je vois cela depuis que je fais ce métier, mais je pense que si on faisait des statistiques, je crois qu'aucun artiste n'a eu ce culot. Vous avez publié "pleine page" dans beaucoup de quotidiens de grande audience les critiques de votre spectacle et quand je dis les critiques, c'est vraiment avec un grand C. Vous vous êtes fait taillé en pièces par un certain nombre de critiques et c'est vraiment l'exemple du fossé qui existe entre la critique et le spectacle puisque je crois que nous n'avons jamais vu autant de monde se presser à un spectacle, en l'occurrence celui du Zénith où vous avez fait le plein. C'est un record et pratiquement sans affichage. En effet, j'ai vu très peu de pub au sujet de votre spectacle. Jean-Jacques Goldman : Il n'y a pas eu d'affichage.
Etait-ce voulu, bien sûr ?
C'est-à-dire que cela fonctionnait sans, alors nous n'avons pas voulu pollué les rues de Paris avec ma tronche.
Quand vous avez vu dans la presse que…
...il y a suffisamment de tronches dans les rues de Paris, d'ailleurs [rires].
Oui, les hommes politiques ont besoin d'affichages.
Oui [rires].
Alors qu'on se battait aux portes du Zénith pour vous applaudir, parallèlement sortaient dans la presse des papiers d'une violence terrible du genre Patrice Delbourg dans "L'événement du jeudi" : "Jean-Jacques Goldman est vraiment nul (…) l'art de faire du plein avec du vide". Le même Delbourg écrivait "on dirait un Balavoine quelque peu enrhumé", bravo monsieur Delbourg, cela prend toute sa saveur maintenant. Et puis il y avait également Alain Morel dans le "Parisien libéré" : "Des tubes de bastringue", "réunion de scouts", "discours gentils"…Bref, vous avez publié toutes les critiques les plus désagréables de quoi avoir des cauchemars pendant plusieurs semaines et vous avez dit : "Merci d'avoir jugé par vous-même" signé Jean-Jacques Goldman. Etait-ce un clin d'œil ?
Non, je l'ai fait surtout pour le public parce qu'il est vrai qu'il y a beaucoup de papiers "assassins" comme celui de Delbourg qui sont sortis avant le Zénith ?
Oui.
Avant de me voir. Alors quand j'ai vu cette espèce de déferlement de haine…
…vous souvenez-vous des dates du Zénith ?
Oui c'était du 3 au 20.
Jusqu'au 20. Effectivement la critique de "l'Evénement du jeudi" est parue juste au début.
C'est cela !
De quoi décourager ceux qui voulaient y aller ?
Oui, exactement. Mais il y en a eu d'autres. Mais quand j'ai vu que cela a bien fonctionné quand même, j'ai voulu remercier les gens parce que quand on lit des choses comme cela, j'étais étonné qu'il y ait des gens encore dans la salle. Ceci prouve que les gens gardent aussi leur libre-arbitre. Tout à l'heure il y avait un sondage dans la rue sur les critiques. Ils écoutent mais ils gardent un peu de sens personnel, de jugement personnel. Ce n'est qu'un élément de décision pour eux.
Oui ce que j'avais remarqué dans ces critiques, c'est que certaines étaient d'une telle violence que cela ressemblait étrangement aux règlements de comptes ou un problème entre le critique et lui et sa propre carrière.
Je ne sais pas.
Il n'y avait pas un mot de gentil du genre : "Moi, je n'aime pas mais les autres aiment, cela je peux le comprendre". Il n'y avait rien de positif.
Que moi je sois nul, c'est possible, mais il y a cinquante personnes qui bossent sur un spectacle : des éclairagistes, du son, des musiciens. Alors que le tout soit globalement nul, cela ne me paraît pas complètement logique. Il doit y en avoir au moins un autre qui est bien.
Nous allons demander à Jean-Jacques sans lui dire le titre, à quelle chanson appartient cette "intro" ?
Je ne sais pas puisque je n'ai pas le casque.
Mettez-le afin d'être avec nous.
Ne serait-ce pas Sade ?
Voilà et le titre ?
"Sweetest Taboo" ?
Très bien. Combien au top 50 ?
Alors là c'est trop [rires].
Elle est quarante-troisième au Top 50. Elle sera le 25 janvier dans une émission que je ne rate jamais le samedi soir sur Antenne 2 à 20 heure 30 qui s'appelle "Montparnasse bienvenue" [rires].
["Sweetest Taboo"]
Connaissez-vous Sade, Jean-Jacques ?
Je la connais comme tout le monde à la télé.
Vous n'avez jamais participé à une émission de télé avec elle ?
Non.
Avez-vous remarqué son profil ?
…
Non ?
Oui.
C'est le plus beau profil de la chanson anglo- saxonne.
Quant à vous, vous avez remarqué son profil ?
Oui, elle est venue à la télévision, j'étais fasciné. Nous avions mis les caméras de part et d'autres, droite, gauche, elle a le même profil.
C'est un métier formidable [rires].
[intro de "Je marche seul"]
Nous allons avoir la maman de Jean-Jacques Goldman.
C'est une musique que la maman de Jean-Jacques Goldman qui n'est pas encore un titre vedette de son fils, je crois, nous allons écouter un peu afin de faire plaisir à Ruth. Il me semble qu'elle se nomme Ruth, cela va lui faire plaisir, elle est à Montrouge, nous l'avons en ligne dans un instant.
Oui.
Bonjour, Madame.
Bonjour.
C'est une musique que vous connaissez bien ?
Oui.
Je vous remercie infiniment, Madame, de répondre à notre appel.
C'est avec plaisir, je vous écoute très souvent.
Vous savez, j'ai l'impression de vous connaître un petit peu parce que je connais votre fils depuis longtemps.
Oui.
J'ai de très bons souvenirs de ses débuts. Puisque je parle de ses débuts nous allons essayer de remonter un peu plus loin. Quel adolescent était Jean-Jacques ?
C'était un adolescent assez calme, secret.
Aimait-il déjà la musique ?
Pas plus que cela.
Moi, je l'ai connu à l'époque de Taï Phong, il y a bien 10 ans. A l'époque, il était étudiant dans une école de commerce.
Oui, c'est exact.
Lorsqu'il avait 10, 12 ans, quelle était sa vocation, quels étaient ses rêves ?
C'est difficile à dire, il se laissait très bien diriger, il n'était pas bien décidé.
Comment vivez-vous, Madame, la réussite exceptionnelle surtout cette année de votre fils Jean-Jacques. Est-ce que cela vous étonne, vous surprend ? Cela vous fait-il plaisir, bien sûr. Est-ce que cela vous fait peur ?
Cela nous a fait un peu peur au début parce qu'on avait peur qu'il s'éloigne de nous…
…ce qui n'est pas le cas, je crois ?
Non, ce n'est pas du tout le cas, nous sommes tout à fait rassurés.
Vous êtes bien sûr allée le voir au Zénith.
Oui, plusieurs fois.
C'est un succès considérable. Est-ce que vous vous souvenez de sa première scène ?
C'était à l'Olympia.
C'est donc relativement récent. Il y a deux ans, à peine deux ans. Est-ce qu'il était bon élève ?
Bon élève, sans se fouler.
Vous-même souhaitiez-vous que votre fils devienne musicien ou aviez-vous d'autres ambitions pour lui ?
Non, pas du tout. Nous souhaitions qu'il s'épanouisse. Nous n'avions pas d'ambitions particulières pour lui. C'était à lui de trouver sa voie.
Apparemment le succès ne l'a pas changé. Je crois que c'est très significatif comme symbole de cette nouvelle génération de chanteurs. Vous allez me dire si c'est votre avis. Jean-Jacques n'a pas vraiment changé de vie depuis qu'il est devenu une vedette.
Il la préserve jalousement.
Est-ce qu'il habite toujours près de chez vous ?
Oui, toujours.
A Montrouge ?
Toujours.
Vous avez la vie d'une grand-mère heureuse car vous êtes grand-mère.
Exactement.
Quel âge ont vos petits-enfants ?
Il y en a entre un et neuf ans.
Un et neuf ans. Est-ce qu'ils écoutent beaucoup la musique de papa ou écoutent-ils Dorothée ou Chantal Goya ?
Ils écoutent avec plaisir Jean-Jacques, ils connaissent ses chansons mais sans se rendre compte de la notoriété.
A quel moment, vous êtes-vous rendue compte que votre fils entrait dans le club qu'il est convenu d'appeler le "le club idoles de la chanson" ? A l'Olympia, au moment de l'Olympia ?
Oui, au moment de l'Olympia peut-être. Mais nous n'étions pas du tout préparés à ce genre d'explosion.
Je m'en doute. Est-ce que le regard des gens de votre quartier, de vos amis a changé ? Est-ce que l'on vous dit : "Etes-vous la maman de Jean-Jacques Goldman ?"
Oui, bien sûr. On nous le dit mais comme on connaît beaucoup de gens, la question ne revient pas souvent. Les gens sont très sympathiques.
Quelle est la principale qualité de votre fils et son principal défaut ?
Sa principale qualité, je pense, c'est sa sensibilité.
Et son défaut ?
Il est très secret.
Il est très secret, ça c'est vrai. On a beaucoup de mal à bien connaître Jean-Jacques. En tout cas, c'est quelqu'un de très attachant et qui a ouvert une voie supplémentaire dans la chanson française. Il a un succès fou et je crois qu'il le mérite ? Je vous remercie infiniment. J'espère que vous viendrez nous voir en studio.
Très volontiers.
Je vous félicite, c'est ce que l'on dit toujours, mais je le pense sincèrement. Julie également. Nous sommes tous des fans de votre fils.
Merci.
Au revoir, Madame.
Au revoir.
Bon Noël.
[Jingle de la radio]
Je m'étais permis de souhaiter un "bon Noël" à votre maman.
Oui.
J'étais absent à ce moment-là. Je n'avais pas entendu cette interview.
Elle vous l'avait dit quand même ?
Oui, mais…
…j'ai gardé le téléphone secret.
Oui.
De nombreux journalistes nous ont appelés dans l'heure qui a suivie : "Dis-donc, Michel, tu aurais eu un scoop à ce qu'il paraît", mais je n'ai pas donné le numéro de téléphone.
C'est gentil.
J'ai donné le numéro de Coluche mais pas celui de ta maman [rires].
Du coup, je suis venu ce matin.
Nous parlions des débuts de Jean-Jacques. Ecoutez cela.
[Sister Jane]
C'est un bon souvenir pour nous.
Et pour moi donc !
C'est Jean-Jacques Goldman, en 1975, le chanteur de groupe Taï Phong, à vous fans de tous les pays, vous qui aimez Jean-Jacques Goldman. C'est une pièce de collection. On a cru que c'était un groupe anglo-saxon qui arrivait en France. C'était très très bien.
C'était un peu vrai parce qu'il y avait deux Vietnamiens, un Anglais et peu de Français dans cette formation…
Est-ce vous qui avait choisi le nom du groupe "Taï Phong" ?
Non, ce sont eux puisque les deux fondateurs étaient Vietnamiens, c'était un peu la couleur de groupe.
Il s'agissait du troisième album ?
De Taï Phong ?
Oui.
Non, c'était le premier.
C'était le premier, et avant qu'est-ce qui s'était passé ? Rien ?
Avant j'avais beaucoup de groupes, mais c'était du bal, c'est-à-dire que je ne faisais pas mon répertoire.
Qu'est-ce que vous chantiez dans les bals ?
Je jouais Deep purple, Status Quo, ce style-là.
Vous jouiez dans la région parisienne ?
Partout, je finissais mes études en ce temps-là et dès que le week-end arrivait, je partais dans les Ardennes…
Habitiez-vous Montrouge à cette époque ?
Oui.
Vous n'avez jamais rencontré Coluche à l'époque ?
Non, non.
Sa maman vendait des fleurs à Montrouge, elle était marchande de quatre-saisons à Montrouge. Vous auriez pu vous rencontrer.
Nous nous sommes peut-être rencontrés d'ailleurs mais comme lui n'était pas Coluche et que moi je n'étais pas Goldman…
…c'est vrai…
…nous nous ne sommes pas reconnus [rires].
Coluche, voici Goldman et vice-versa. Très bien. Enchantés.
A bientôt [rires].
A bientôt.
[L'Aziza]
Daniel Balavoine aurait eu trente-quatre ans dans quelques jours. Avec Jean-Jacques et une poignée d'amis nous sommes allés accompagner Daniel à Biarritz avant-hier. Moi, ce qui m'a beaucoup frappé lors de ces obsèques, Jean-Jacques, vous allez me dire si vous êtes de mon avis, c'est la dignité de son public.
Oui.
Tous âges confondus.
Oui, tout le monde était en deuil, personne n'était au spectacle, pourtant il y avait la grande foule.
Les charognards étaient là avec leurs téléobjectifs, mais on les a pratiquement pas vus.
Oui.
On a, comme vous le dites très bien "l'image que l'on mérite".
Oui et je crois que ce qui est un peu satisfaisant dans le bruit et dans l'ampleur de la peine de la disparition de Daniel. C'est, je crois, que cela dépasse sa musique, c'est le personnage vraiment que tout le monde sentait généreux, sincère et entier, et les gens le sentaient pour de vrai et pour moi qui le connaissait pas suffisamment mais qui le connaissait un peu, c'est la chose qui m'a le plus frappé chez lui, c'est à quel point il était sincère. Il n'y avait absolument jamais rien de calculé. Je l'ai vu dans ce qu'il faisait, dans ses déclarations, je l'ai vu dire : "je ferme ma gueule et là j'en dis trop, c'est toujours moi qui l'ouvre". Puis cinq minutes après c'est lui qui l'ouvrait encore. Vraiment tout ce qu'il faisait c'était avec les tripes. Et cela les gens l'ont vraiment senti.
Alors quand vous parlez des gens, c'est toutes générations confondues.
Oui.
Il y a des femmes de soixante-dix ans qui sont venues se recueillir sur la tombe de Balavoine et puis il y a les gosses…
…des gosses qui étaient tristes.
Des gosses qui avaient reçu le message de Balavoine parce qu'il était tout de même un leader.
Oui, les gosses, ce sont eux qui reçoivent le mieux et le plus rapidement la vérité de quelqu'un. Il y a certains chanteurs pour enfants qui passent et d'autres qui ne passent pas. Vous avez beau faire toute la promo que vous voulez, s'ils aiment celui-là, ils aiment celui-là.
Alors, maintenant, je voudrais qu'on parle de l'œuvre de Balavoine, de ses chansons, de ce qu'il a écrit, de ce qu'il a chanté. Je crois que c'était son année, son dernier album comme le disait Michel Berger est le plus abouti, le plus complet, le plus exceptionnel.
L'album le plus important de Daniel, c'est, je pense, l'avant-dernier "Loin des yeux de l'Occident" qui était vraiment un tournant et le début de son épanouissement et où il commence à faire tout ce qu'il voulait sans contingence commerciale parce qu'il existait déjà très fort et suffisamment pour ne pas faire de concession et celui-là était le prolongement de ce tournant. Il était effectivement plus épanoui et il profitait de l'expérience du précédent. Mais ce que l'on peut dire et que je trouve le plus important, c'est lorsque l'on prend le premier album de Balavoine et le dernier il y a une continuité. Il y a beaucoup de chanteurs qui changent en fonction des modes, lui il a changé avec l'évolution de la technique car il était très branché là-dessus, sur les nouveaux instruments. Sa musique évoluait avec son temps, c'était un chanteur qui n'était pas figé. En revanche, dans l'intention, dans le style, dans l'originalité, il y a une grande unité entre le premier album "De vous à moi en passant par elle" et ensuite "Le mur de Berlin" jusqu'au dernier et cela s'est aussi une preuve de sincérité et de talent.
[Extrait de l'Aziza]
[Jingle de l'émission]
Allô Jean-Jacques Goldman, quelqu'un appelle Jean-Jacques Goldman, Bonjour.
Bonjour, c'est Christelle.
Quel âge as-tu, Christelle ?
Neuf ans et demi.
Neuf ans et demi, écoute, Jean-Jacques Goldman est là. Veux-tu lui poser une question ?
Oui.
Vas-y, il t'écoute.
Bonjour.
Bonjour.
Pourquoi n'êtes-vous pas venu à Mulhouse ?
Pourquoi tu n'es pas allé à Mulhouse, cela ne te ressemble pas [rires].
[à Christelle] Est-ce que ta question, Christelle, est : "Pourquoi je n'ai pas encore joué ?"ou "Est-ce que je devais venir et je ne suis pas venu ?" ?
Oui, pourquoi n'êtes-vous pas venu ici ?
Je devais venir, c'est-à-dire que l'on avait annoncé que je venais ? Où ?
Sa maman va lui souffler ? Il était annoncé au Palais des Sports de Mulhouse.
Oui.
A quelle époque ?
20 janvier.
20 janvier. [à Jean-Jacques Goldman] Regarde ton agenda, où es-tu le 20 janvier ?
Où as-tu vu cela ?
Dans le journal.
Dans le journal.
Vois-tu, enfin, je pense que tu as compris si tu as écouté le début de l'émission. Il ne faut croire tout ce qu'il y a d'écrit dans les journaux [rires] parce que, le 20 janvier, il n'a jamais été question que je tourne en particulier parce qu'il y a des vacances scolaires et que personne ne tourne à cette époque-là. Moi, je vais tourner à partir du 24 février et je ne sais pas si on va passer par Mulhouse, mais, en tout cas, il n'a jamais été question, jamais, jamais que je sois en tournée vers le 20 janvier.
Ecoute, Christelle, il est en tournée du 25 février au 1er mars.
Oui.
Il y a une grande tournée jusqu'en mai, alors il n'est pas impossible que tu passes par Mulhouse.
Je ne sais pas, c'est pour cela que je voulais vérifier, je le dirai toute à l'heure dans l'émission.
Nous allons regarder le plan…
…voir si je passe par Mulhouse et je donnerai une date, mais pas une date qui est dans le journal. Ce sera une date que des gens sérieux t'auront donnée.
C'est le 28 mars.
Le 28 mars, vous avez les dates ?
Oui, le 28 mars.
Ce sera le 28 mars.
[à Christelle] Tu notes bien le 28 mars, Jean-Jacques sera bien à Mulhouse.
Voilà.
[à Christelle] Es-tu contente ?
Oui.
As-tu bien compris, Christelle ? Il ne faut pas croire tout ce qui est écrit dans le journal.
D'accord.
D'accord.
Au revoir, Christelle.
Au revoir.
[rires] Comme elle est de Mulhouse, le rédacteur de son journal habituel va être fou de joie. [rires]
Non, mais c'est un conseil qui est valable pour toute la France [rires].
Nous allons écouter "Je marche seul". Cela a bien "marché" ?
Oui, cela ne "marchait" pas tout seul, mais cela marchait.
Oui, cela n'a pas "marché" tout seul au début.
Cela dit, rien ne "marche" tout seul.
C'était en quelle année ?
Cette année-là…
…non, quand tu as commencé à ramer, 1972-73 ? Avant ça ?
Je ne sais pas. Il n'y a pas eu tellement de rames, je trouve.
[Je marche seul]
"Je marche seul", Jean-Jacques Goldman. On le retrouve dans un instant.
[Jingle de la radio]
Avec Jean-Jacques Goldman, "Vivez en Europe 1". Au téléphone, Annick qui voudrait parler à Jean-Jacques. Annick de Dijon. Bonjour Annick.
Bonjour.
Quelle est votre profession et quel votre âge ?
J'ai vingt-cinq ans et pour l'instant, je m'occupe de mon bébé. Je suis à la maison. Mais je suis enseignante.
Qu'est-ce que vous enseignez ?
Je suis institutrice à l'école maternelle.
Institutrice à l'école maternelle. Quelle question voulez-vous poser à Jean-Jacques ?
On a parlé tout à l'heure des critiques. J'aurais voulu savoir si Jean-Jacques Goldman regarde avec un œil critique ses confrères, les autres chanteurs.
C'est une question difficile. Mais il ne les regarde peut-être pas forcément avec un œil critique.
La critique peut être positive.
Je ne sais pas. Je ne les regarde pas tellement avec un œil critique, je les écoute à la manière d'un auditeur, c'est- à-dire que lorsqu'ils font des choses qui me touchent, je trouve cela très bien et en revanche, lorsque cela ne me touche pas, je passe, je change de chaînes, un peu comme tout le monde. Mais ce que l'on peut dire, c'est la manière dont je les ai connus. Au départ, je ne voulais pas chanter mes chansons, je voulais composer des chansons pour les autres car je trouvais cela très confortable. Il est vrai que je n'avais pas tellement envie d'être sur le devant de la scène et à ce moment-là, j'étais en rapport avec beaucoup d'interprètes d'une génération souvent ancienne…
…qui, par exemple ?
Peu importe.
Des artistes qui recherchaient des chansons.
Des gens qui étaient des interprètes. Il y a en de moins en moins, maintenant Renaud, Cabrel, Souchon et tous ces artistes écrivent leurs chansons. Mais c'est facile pour vous de voir tous les interprètes qu'il y avait et qui n'étaient que chanteurs et qui maintenant disparaissent peu à peu. J'ai été très choqué par le fait que j'essayais de leur présenter des chansons par l'intermédiaire d'éditeurs et autres ; ils n'écoutaient jamais ces chansons parce que je n'étais pas connu. Alors qu'il s'agissait de chansons que je chante maintenant, donc elles avaient une chance. En revanche, maintenant, ils me demandent des chansons à tout prix. Alors cette attitude prouve un réel manque de talent à mon avis, c'est-à-dire qu'ils accordent leur confiance à des équipes qui sont composées simplement de leurs copains ou alors qui ayant eu des succès avant chantent n'importe quoi comme ils l'ont fait ces derniers temps et de ne pas faire confiance aux jeunes. Ils ne font pas confiance à la chanson elle-même mais à la notoriété de celui qui l'a faite. J'estime cette attitude un peu nulle. Et ceci dit, ils le payent cher, à mon sens.
(à Annick)Vouliez-vous poser une autre question ?
C'était surtout pour savoir ceci : Je sais que souvent les chanteurs éprouvent une pointe de jalousie en se disant : "C'est super ce que fait celui-là, finalement, j'aurais bien voulu faire cette chanson". Est-ce que cela vous est arrivé ?
Oui, c'est vrai. Il y a des textes de Cabrel que je ne lui pardonnerai jamais parce qu'ils sont trop beaux ou certaines petites phrases de Renaud qui me font mal tellement je les trouve bien [rires].
Cela se comprend tout à fait. Personnellement, avec vous et tous ces artistes ainsi que le regretté Daniel Balavoine, je trouve que vous êtes les poètes de l'an 2000. Il y a très peu de temps, je disais que j'espérais qu'un jour vous vous trouverez dans les livres de français à côté des autres auteurs.
C'est une enseignante qui parle !
Je ne sais pas si la chanson est destinée à cela. J'ai une vision de la chanson qui est une vision de l'art de l'éphémère. Je crois qu'une chanson se démode très vite, contrairement à des grands poètes qui peuvent rester imprimés pendant des années. Ce qui me plaît dans une chanson, c'est qu'elle dure trois mois et que l'on passe à une autre.
Merci Annick.
[Souvenirs attention danger]
«Souvenirs attention danger». Vous êtes un homme de souvenirs ? Le passé, les cahiers, les cahiers de textes, la classe, les copains, les amours d'enfance, est-ce une chose importante, est-ce une source d'inspiration ?
Tout ce que l'on écrit est en rapport avec ce que l'on vécu, c'est plus en ce qui me concerne en termes de couleurs, de sensations, plutôt que de choses précises.
Votre maman disait tout à l'heure que votre principale qualité était votre sensibilité et votre principal défaut, bien que je ne trouve pas qu'il en soit un, le fait d'être secret. Est-ce que dans vos chansons vous vous apercevez que vous écrivez au sujet de choses qui étaient le plus enfouies de votre adolescence et qui ressortent comme ça.
Non, peut-être pas de choses précises…
…des atmosphères ?
Oui, le fait d'être touché par certaines choses, de choisir tel thème plutôt qu'un autre.
Lors de votre enfance, étiez-vous également secret, étiez-vous plutôt à l'écart des groupes ou vous étiez chef de bande ?
Non, je n'ai pas un bon souvenir de mon enfance, ni de mon adolescence. J'avais des parents très bien, mais durant tout cet âge-là, je me sentais un peu victime de ce monde adulte. Je n'étais pas content d'être là dans l'ensemble.
Nous allons parler d'un copain tout de même, Michael Jones, dans un instant.
[Guitar man]
"Guitar man". Ce petit Gallois de Michael Jones appartenait-il au groupe Taï Phong ?
Oui, nous nous sommes rencontrés à cette occasion. Vers le troisième album de Taï Phong en 1977-78, il y a eu des changements dans le groupe comme dans tous les groupes et nous avons passé des petites annonces ; quant à lui, cela faisait quelques années qu'il tournait dans la région de Caen où il faisait du bal et nous l'avons engagé. J'ai fait le troisième album de Taï Phong avec lui et puis nous avons tout de suite sympathisé au-delà du groupe.
C'était dans l'émission de Denisot "Zénith" que vous avez été reçus tous les deux. Tu disais : "il chante bien mais je joue de la guitare mieux que lui".
Je trouvais qu'il chantait mieux que moi et il joue mieux de la guitare. Denisot disait : "Vous êtes trop modeste". J'ai répondu : "Non, non il y a des choses que je fais mieux que lui. Je crois que je compose mieux etc… Mais je trouve qu'il a vraiment une voix exceptionnelle.
Il a une vie extraordinaire parce qu'il y a très longtemps que j'ai entendu parler de lui puisque je suis né là-bas en Normandie. Quand vous ne tournez pas, moi je sais ce qu'il fait, il a un petit groupe là-bas.
Oui.
Il continue à faire des galas de temps en temps, dans le bocage normand.
Il y va vraiment pour le pied, c'est vraiment un "roadeur". Lui, sa vie, c'est d'être dans un camion avec une guitare et un "ampli" et d'aller jouer.
Je crois que son papa gallois, lors du débarquement, a rencontré une Normande.
Voilà.
Ils se sont retrouvés dans une ferme là-bas, je salue d'ailleurs tout ce qui nous écoutent de ce côté. Il n'est pas dépaysé parce que le climat du Pays de Galles et celui de Basse-Normandie sont assez voisins.
Je crois que c'est le papa qui a amené la maman au Pays de Galles…
…c'est ce qui me semblait.
Ensuite Michael est revenu.
Nous allons avoir quelqu'un au téléphone dans un instant.
[Note de G.R. : Ce passage manque.]
J'enseigne le français.
Quelle question voulez-vous poser à Jean-Jacques Goldman ?
Je me suis permis d'utiliser une de ses chansons "Comme toi" avec des élèves afin de commencer le travail sur un livre qui s'appelle "Le sac de billes"…
…de Joffo.
Les enfants se sont posé plusieurs questions entre eux car ils voulaient savoir si le personnage de Sarah dans la chanson était une petite fille précise qui avait existé dans l'entourage ou dans la famille de Jean-Jacques Goldman ou représentait-elle, comme je leur ai dit, toutes les petites filles juives qui ont disparu pendant la guerre ? D'autre part, ils voulaient également savoir si Jean-Jacques Goldman avait rencontré le problème de l'antisémitisme, si parfois il en avait également souffert.
Pour la première question, je répondrai oui et non. C'est-à-dire que l'idée de la chanson m'est venue en regardant un album de famille de ma mère, qui est née en Allemagne, où il y avait les photos de famille les plus banales possibles. Vous savez avec des petites filles, des gens après un repas avec des sourires niais, comme toutes les photos de famille du monde. Ma mère avait marqué à côté de mes cousins etc. entre parenthèses "déporté" en-dessous sur chaque photo. C'est là que je me suis rendu compte qu'il y avait cette petite fille qui était là, qui regardait ailleurs, qui visiblement pensait plutôt aller jouer avec sa poupée alors qu'on lui disait : "souris". Elle sourit avec une grimace comme sur toutes les photos de famille que l'on peut voir. A ce moment-là, j'ai pris conscience que, d'une part, on imaginait toujours ces gens-là avec des têtes de déportés, c'est-à-dire après. Ce sont ces photos que l'on voyait comme s'il s'agissait de gens différents de nous. Et là, sur ces photos, je voyais à quel point c'était des gens d'une banalité incroyable qui nous ressemblaient et qui étaient prêts à vivre des petites vies importantes ou sans importance comme nous tous et qui ont eu une rencontre avec l'Histoire qui a fait que. Voilà, je ne sais pas si cette petite fille s'appelle Sarah, mais en tout cas son visage existe pour moi.
Oui.
Voilà madame, je vous signale que Jean-Jacques Goldman sera chez vous à Bordeaux le 14 avril.
Je suis ravie parce que je m'étais lancée dans des promesses inconsidérées auprès de mon fils pour le Zénith et nous n'avons rien eu du tout.
Il sera à Bordeaux le 14 avril.
Nous allons nous précipiter. Par ailleurs, en ce qui concerne le problème de l'anti-sémitisme, l'a-t-il rencontré lui- même ? Est-ce que vous l'avez rencontré ?
Ecoutez, en essayant d'être objectif, je ne crois pas l'avoir plus rencontré que des rouquins que l'on appelle "poil de carotte", que des Italiens que l'on appelle "ritals", que les gros que l'on appelle "gros patapouf". Cet espèce de racisme ordinaire qui existe chez tous les "mômes" et qui touchent n'importe quelle différence. Il est vrai que j'ai eu quelques "sale juif" et autre du même genre, mais ce n'était pas franchement à la manière de ce que l'on appelle vraiment le racisme et l'anti-sémitisme. Je n'ai pas connu cela comme on peut peut-être le ressentir vis-à-vis des maghrébins, actuellement, je crois que cela prend une ampleur très différente de ce que moi j'ai pu connaître.
Merci Jocelyne. A bientôt.
[Comme toi]
Merci Jean-Jacques Goldman. Il est 10h38 sur Europe1.
Quelles ont été les premières lectures de Jean-Jacques Goldman. Sartre a été votre premier coup de foudre. J'aimerais que vous nous disiez les auteurs qui vous ont marqué.
Je n'ai pas commencé par «La nausée», c'était plutôt Bob Morane au début [rires].
Oui.
C'était les bandes dessinées.
Et après ?
Roger Martin du Gard et toutes les œuvres de ce genre-là, c'est-à-dire toutes les grandes sagas, Zola évidemment.
En reste-t-il quelque chose ? Aimez-vous toujours lire ? Avez-vous le temps de lire ?
Ma vie a changé comme tout le monde. Mais je crois que c'est une question d'emploi du temps et de disponibilité. Je suis passionné lorsque je lis un livre. Je crois que les vrais lecteurs, les gens qui lisent étant donné le style de vie que nous avons actuellement, ce sont des gens qui lisent un peu tous les soirs. C'est quelque chose dont je suis incapable. Lorsque je commence un bouquin le soir, en général je le termine vers 4 heures du matin en sueur et je ne peux plus me le permettre. Maintenant je lis épisodiquement pendant les vacances. Ce sont les seuls moments où je peux avoir toute la journée pour plonger dans le bouquin. Il est vrai que ce sont des voyages.
Nous allons demander à Jean-Jacques Goldman ce qu'il regarde à la télévision en semaine ? Ce soir, si vous êtes chez vous, regarderez-vous Marchais dans "L'heure de vérité" qui est une émission de variétés très suivie, Fresson et "La guerre du cochon", "Le totem", ou Canal+ ?
Jean-Jacques Goldman réfléchit.
Je ne sais pas combien de titres chantera Georges Marchais ?
Je crois que je répondrai à mon courrier [rires].
Alain Decaux peut-être ? Moi, je vais vous dire, je regarderai Marchais parce que c'est une émission intéressante [rires].
C'est marrant, cela me rend d'une tristesse infinie.
Je regarde cette émission avec un œil de "show-man" : Paul Amar, Alain Duhamel, Gilbert Duroi. Je veux regarder ce qu'ils vont bien pouvoir dire parce que tout a été dit jusqu'à maintenant.
Quelle tristesse.
Pourriez-vous nous dire un petit mot au sujet du spectacle que les hommes politiques nous donnent chaque jour, une petite phrase ? Vous m'avez dit : "si tu cohabites, tu cohabites pas sinon j'appelle le patron.
C'est ridicule.
Pourquoi ?
C'est affligeant, vraiment c'est affligeant.
Vous parlez très sérieusement, vous avez l'air dévasté par la médiocrité du discours politique.
Cela concerne tellement la vie des gens. Il est vrai qu'une usine ferme ou non, cela change la vie des gens. Alors voir ça, ces espèces d'affiches épouvantables, ces espèces de sourires de circonstance…
…nous les prenons toutes ces affiches : "Attention la droite revient", il y a aussi Le Pen "Bonne année la France" avec Jean-Marie et son beau visage. Il y a également…
…"On continue". C'est pas mal aussi. J'ai lu un truc épouvantable, hier. C'est un slogan publicitaire de New man : "La vie est trop courte pour s'habiller triste !" détourné en : "La vie est trop triste pour ne pas être giscardien !". C'est terrible, c'est vraiment de la "bêtification", c'est encore plus con que les pubs.
Qu'est-ce que vous attendez des nouveaux hommes politiques ?
Je ne comprends pas pourquoi ils n'en ont pas fait l'analyse. On voit en tête des sondages ceux qui sont les plus calmes qu'ils soient de droite comme de gauche, ceux qui sont le moins branchés, qui disent des mots simples, qui expliquent les choses. Lorsqu'ils ont perdu, ils disent simplement : "on a perdu, on fera mieux la prochaine fois." ; lorsqu'ils ont gagné, ils disent : "on a gagné, on va essayer de ne pas trop en profiter". Des gens comme Rocard, Léotard. Je ne comprends pas que les autres n'aient pas compris ça, cette espèce de naturel, cette façon de ne pas frimer, de ne pas trop en rajouter, voilà ce que les gens attendent. Le problème, c'est que les autres tiennent à leur place et font barrage.
On va écouter une chanson que vous avez chanté samedi soir sur Antenne 2 afin de rendre hommage à Daniel Balavoine. Beaucoup d'auditeurs, de téléspectateurs ont pensé qu'il s'agissait d'une chanson écrite pour la circonstance alors que c'est une chanson qui figure sur le dernier album.
C'est une chanson qui ne parle pas d'un mort au départ, mais elle raconte une rupture avec quelqu'un. Beaucoup de gens ont pensé que je m'adressais à quelqu'un de vraiment disparu et je m'en suis rendu compte à cause de certains mots. Comme je ne savais pas quelle chanson j'allais chanter, puisque je ne voulais pas chanter "Je te donne" à "Champs-Élysées" et que je n'avais pas envie de me marrer en chantant une chanson, j'ai changé quelques mots de façon à ce que ce soit plus précis et destiné à ce cas-là.
Merci d'avoir passé cette matinée en notre compagnie et nous vous souhaitons une bonne tournée au Canada, vous allez découvrir le Québec, vous allez partir dans quelques jours pour une tournée de promotion afin de vous faire connaître là-bas.
Oui.
Vos disques vous ont précédé, je vous signale.
Oui.
Les stations de radio diffusent déjà vos disques et comme je connais bien ce pays, je peux vous dire que cela va vous plaire et vous aurez envie de rester. Vous êtes déjà allé au Canada mais il y a très longtemps ?
Oui, j'avais fait tout un voyage sur le continent américain entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada. J'avais terminé par le Canada ce qui fait que je ne suis jamais allé plus haut que Toronto parce que je devais prendre mon avion. Je n'ai fait que le tour du lac, Toronto, les chutes du Niagara et je suis retourné sur New-York ensuite.
En stop, avec des copains ?
Oui, avec un copain en stop.
Ensuite, vous allez revenir en France et partir en tournée. C'est important parce que nous avons reçu une quantité de courrier, mais je n'ai pas le temps de tout lire : "Quand est-ce qu'il vient chanter chez nous ?", "Quand est-ce qu'il vient à Metz ?". Pour Metz, c'est le 05 et 06 mai, j'ai la date sous la main. "Quand est-ce qu'il vient à Dijon ?". Les gens aiment vous entendre et veulent vous voir. Ce sera la plus longue tournée que vous ayez faite jusqu'à maintenant. Vous allez partir plusieurs mois ?
Oui, elle va durer jusqu'à septembre, octobre, probablement.
Nous vous appellerons de temps en temps le matin, mais pas trop tôt, dans votre hôtel.
Le matin, non, parce qu'il n'y a pas de matin en tournée ![rires]
Vous vous couchez tard en tournée.
Oui, c'est difficile.
On vous enregistrera la veille.
Oui, d'accord, avec plaisir.
On "bidonnera" en disant que c'est en direct alors que c'est faux.
On dira "bonjour".
On dira "bonjour Jean-Jacques" alors que vous dormirez. Aimez-vous la vie des tournées ?
Oui, c'est une vie qui est bien. On y prend goût. C'est la vie des itinérants. C'est un peu rébarbatif mais on y mord très facilement.
Il y a une chose qui est bien en province, c'est que la presse de province vous reçoit très bien car elle vous connaît. Elle prend le temps de vous présenter et les échanges avec les journalistes de province sont plus fructueux.
Oui, tout simplement parce qu'ils vont au concert et qu'ils écoutent les disques, c'est-à-dire qu'il faut le minimum que la presse parisienne franchement n'a pas fait. Dans l'ensemble, c'est quand même effarant que plus de la moitié ne soit pas venue au concert et n'aie pas écouté les disques…
…ce qui ne les a pas empêchés d'écrire.
C'est tout de même incroyable.
Merci, Jean-Jacques Goldman, à bientôt.
Merci.
Vous saluerez votre maman pour moi.
Je vais me gêner. [rires] 1