Goldman, un héros si discret
W9, 2016, Documentaire présenté par Jérôme Anthony , 2016
Jérôme Anthony
Le point commun entre tous ces tubes : Jean-Jacques Goldman. En 35 ans de carrière, Jean-Jacques Goldman a marqué au fer rouge la scène musicale française.
Laurent Boyer
Moi, c'est un mec qui m'épate, Goldman. Il est brillant mais surprenant tout le temps.
C'était lui le patron.
Jérôme Anthony
Avec son talent hors pair, son engagement sans faille et sa discrétion légendaire, il a su conquérir le cœur du public, devenant l'une des personnalités préférées des Français.
Matt Pokora
C'est quelqu'un qui a toujours su rester humble.
Jérôme Anthony
Et nous allons vous révéler les secrets de son irrésistible ascension.
Monique le Marcis
Il s'est passé quelque chose ce soir-là, entre un premier public et Jean-Jacques. Et pour moi, la conviction qu'on ne devait pas lâcher Jean-Jacques.
Jérôme Anthony
Vous découvrirez également que le parcours du chanteur n'a pas été sans embûches.
Laurent Boyer
C'est d'ailleurs un exemple pour beaucoup d'artistes, enfin pour beaucoup de jeunes artistes. Et Dieu seul sait si, pourtant, il s'est fait casser en 84-85 quand il fait le zénith et prend des pages complètes dans la presse quotidienne.
Michel Drucker
Le massacre. Goldman est nul. Petit chanteur gentillet.
Jean-Jacques Goldman
Ça n'intéressait pas grand monde.
Tout le monde m'a dit que ce type-là n'a aucune chance, que cela n'a aucun intérêt. Bon bref, il chante trop aigu, j’ai tout entendu.
Jérôme Anthony
Jean-Jacques Goldman, un artiste incontournable doté d'un talent d'auteur compositeur qu'il met au service de superbes collaborations.
Si Édith Piaf a eu son hymne à elle, je m'aventure en vous disant que Jean-Jacques Goldman m'a écrit "Pour que tu m'aimes encore", qui est devenu mon hymne à l'amour à moi.
Goldman m'a écrit un jour une chanson qui me ressemble, peut-être une des chansons qui me ressemblent le mieux. C’est “Donnez-moi envie d'avoir envie”. Johnny, c'est ça. Johnny, il marche aux envies, il marche à l'instinct, il marche ... Et ça veut tout dire cette chanson.
Jérôme Anthony
Un chanteur populaire qui fait véritablement partie du patrimoine français.
Matt Pokora
S'il y en a un aujourd'hui qui pourrait remplir le Stade de France 15 jours d'affilée, c'est bien lui.
Jérôme Anthony
A la fois discret dans la vie et omniprésent avec ses chansons, il garde un œil bienveillant sur la nouvelle génération.
Jean-Jacques Goldman
Aujourd'hui, j'ai l'impression de laisser un peu la place. Et puis, je vois les jeunes arriver, des nouveaux sons, des nouvelles façons d'écrire, cette espèce d'ironie perpétuelle. Et je commence à regarder en arrière en me disant que ça se termine doucement, sans amertume. Donc le regard que je jette, c'est un regard de chanceux. Je me dis surtout ça, j'ai vraiment eu du pot.
Jérôme Anthony
Revenons ensemble sur les moments forts de la carrière d'un artiste sensible, engagé et talentueux. Un héros aussi discret : Jean-Jacques Goldman. Été 1975, un jeune groupe de cinq garçons dans le vent interprète pour la première fois à la télévision sa ballade langoureuse et enivrante. À la guitare et au chant, avec sa gueule d'ange, ses cheveux longs et sa voix haut perchée, un jeune homme de 24 ans ne tarde pas à attirer l'attention. Son nom : Jean-Jacques Goldman. Il ne le sait pas encore, mais quelques années plus tard, il deviendra la coqueluche de milliers de fans à travers la France. Une ascension fulgurante pour ce jeune Parisien né en 1951, avec lequel la France ne va pas tarder à faire connaissance.
Jean-Jacques Goldman
Je suis né à Paris, dans le 19ème arrondissement, avenue Gambetta. Vers l'âge de 6 ans, en 57, dans ces eaux-là, nous avons déménagé dans la banlieue parisienne. J'étais un enfant très..., j'allais dire grisâtre, mais c'est péjoratif, sans histoires.
Jérôme Anthony
C'est donc à Montrouge que ce petit garçon sans histoires, le troisième d'une fratrie de quatre enfants, fait ses gammes au piano, puis au violon, avant de s'orienter vers la guitare, durant ses années de scoutisme.
Extrait de Fréquenstar, 1994 :
Jean-Jacques Goldman
Pour mes parents, un de leurs challenges fondamentaux, c'était d'avoir des enfants très, très bien intégrés à la société française. Et parmi ces signes d'intégration, le fait de faire de la musique faisait partie de ça. Nous, on était dans un monde un peu à part. J'avais des culottes courtes jusqu'à je ne sais pas quel âge, je faisais mon violon, j'étais boy-scout, les autres allaient au café. Je me sentais toujours... Je n'étais pas comme eux.
Jérôme Anthony
Pourtant, en 1966, à peine âgé de 15 ans, ce gamin décalé se voit proposer d'intégrer le groupe musical de l'église Saint-Joseph de Montrouge, The Red Mountain Gospellers.
Jean-Jacques Goldman
Il y avait un orgue électrique, ce qui était une denrée extrêmement rare à cette époque-là. Ils avaient besoin d'un clavier, donc "I got the job" comme dit Carole. Comme on avait beaucoup de succès, comme on faisait le plein dans l'église, le prêtre nous a proposé d'enregistrer un petit disque sous le nom de Red Mountain Gospellers.
Jérôme Anthony
Et c'est grâce à cet homme, le père Dufourmantelle que Jean-Jacques Goldman va sortir son premier 45 tours avec son groupe.
Jean-Jacques Goldman
On faisait du gospel dans les églises. C'est un peu bizarre. On faisait beaucoup de monde, plus que vous quand même. Ce qui fait que les pères qui étaient très sympas nous avaient financé un disque qu'on vendait à la sortie des églises.
Père Dufourmantelle
Ils ont été honnêtes parce qu'ils me l'ont remboursé.
Jean-Jacques Goldman
Oui, c'est vrai.
Jérôme Anthony
En 1973, fraîchement diplômé de l'EDHEC de Lille, Jean-Jacques rentre à Montrouge et commence à travailler au magasin de sport familial. Et après ses longues journées de travail, le jeune homme se rend aux répétitions le soir avec son nouveau groupe Taï Phong.
Extrait de Fréquenstar, 1994 :
Jean-Jacques Goldman
C'était un groupe dont les deux instigateurs étaient d'origine vietnamienne. Taï Phong, je crois que ça veut dire vent, grand vent, quelque chose comme ça.
Vincent Guillot
Taï Phong, c'était un groupe de ce qu'on appelait dans les années 70, la musique progressive. On connaît "Sister Jane", qui est une ballade un peu à part dans leur répertoire et la musique progressive, c'était un peu sur le modèle de Pink Floyd ou de Yes, des longs morceaux lyriques avec des grands solos de guitare et Taï Phong, si vous regardez les albums, vous avez quatre, cinq morceaux par album. Ce sont des longues pièces musicales comme ça, avec de la guitare. Donc, ça correspondait bien à une certaine identité rock qu'il a.
Benjamin Locoge
On retient de Taï Phong le fait que c'est le premier groupe de Jean-Jacques Goldman, et c'est tout. Il n'y a pas d'album marquant. Alors si, il y a une chanson qui est "Sister Jane".
[Extrait vidéo de "Sister Jane" sur un plateau télé]
Jérôme Anthony
Taillé sur mesure pour les radios, le titre "Sister Jane" permettra au groupe tout juste signé chez WEA, de faire leurs premières apparitions télé et de connaître un joli succès estival en 75 avec plus de cent mille exemplaires écoulés. Ce même été, le 7 juillet 1975, Jean-Jacques épouse sa compagne et devient papa d'une petite fille. Et si Taï Phong sort trois albums en anglais au succès relatif entre 1975 et 1979, Jean-Jacques ne tarde pas à s'éloigner du groupe et se voit même remplacé sur les tournées par un jeune guitariste de talent qui occupera une place déterminante dans sa vie : Michael Jones.
Michael Jones
J'ai été engagé par le groupe Taï Phong pour remplacer Jean-Jacques, qui ne voulait pas partir sur la route. Jean-Jacques, à l'époque de Taï Phong et pendant ses deux premiers albums, avait un magasin de sport à Montrouge et ne pouvait pas quitter son travail pour partir à l'aventure sur la route. En plus, il avait une famille, donc ce n'était juste pas possible.
Jérôme Anthony
Si le jeune homme continue tout de même à travailler en studio sur les albums du groupe, une idée l'obsède depuis qu'il est allé au concert de Léo Ferré : chanter en français.
Extrait vidéo de Léo Ferré chantant "Avec le temps”
Jean-Jacques Goldman
J'ai été scotché parce que j'entendais un type qui jouait avec les musiciens que j'aimais et avec de la musique que j'aimais, mais avec des mots français, ce qui me paraissait inconcevable.
Jérôme Anthony
Jean-Jacques commence alors à écrire dans son coin des chansons en français avec un son plus populaire. Et en 1977, il va donc faire une proposition à la maison de disques Warner.
Benjamin Locoge
Jean-Jacques Goldman, avec Taï Phong, était en contrat avec Warner. Il propose à la maison de disques de sortir des chansons à lui. A l'époque, on sort des 45 tours un peu facilement, le marché est très porteur. Et puis, ça ne coûte rien de tenter. On est dans une période où la chanson française marche très bien. Pourquoi ne pas tenter ce jeune homme ?
[Extrait vidéo du clip "Back to the city again”]
Jean-Pierre Pasqualini
Il sort un 45 tours "Back to city again" et on lui dit : "On va faire un clip" parce que c'est la mode des clips, on est en 79. Et donc il n'y avait pas beaucoup de moyens, c'était de la vidéo et donc il s'est retrouvé ... Et ça a beaucoup de charme, je souris parce que c'est un peu kitsch : on le retrouve au milieu de la Défense, au milieu des tours à l'époque, et il est avec un piano à queue qu'on a installé sur le parvis de la Défense. Il y a des gens autour de lui qui passent et repassent. Et évidemment pour le clip, il doit chanter sa chanson avec beaucoup de conviction et d'ailleurs, il le fait avec beaucoup de conviction, parce que Goldman n'est pas quelqu'un qui chante du bout des lèvres, il y va, même en playback, il y va à fond. C'est magique. Regardez, tout Jean-Jacques Goldman est là dans ce "Back to the city again". On sent l'énergie dans sa façon de chanter, sa voix magnifique est déjà là. On sent aussi qu'il y a cette mélodie, qui n'est pas encore aussi bonne que celles qui vont arriver avec "Quand la musique est bonne", mais il y a déjà cette énergie. (Il chante le refrain) "Back to the city again", il y a ce truc musclé et puis il y a un texte un petit peu sur la ville. On sent qu'il est presque arrivé à maturité.
Jérôme Anthony
Malheureusement, c'est dans la plus grande indifférence que Jean-Jacques Goldman sort ses trois premiers 45 tours entre 76 et 78.
Benjamin Locoge
Les trois 45 tours qu'il va sortir chez Warner vont être des échecs. Et quand on regarde les chanteurs de cette époque, il y en a plein, Cabrel ou d'autres qui ont sorti des 45 tours qui n'ont pas marché tout de suite. Trois, ça va.
Benjamin Locoge
Ce qui lui manque à l'époque, il lui manque un directeur artistique, il lui manque peut-être vraiment de se libérer de son passé musical qui n'est pas génial. Il n'y a rien d'extraordinaire.
Jérôme Anthony
Jean-Jacques retourne à sa vie ordinaire après avoir été remercié poliment par Warner qui ne veut plus de lui en tant qu'artiste solo. Il se consacre alors à son travail au magasin de sport et à sa famille qui vient de s'agrandir avec la naissance d'un petit garçon. Il prend finalement une décision radicale : il quitte le groupe Taï Phong.
Benjamin Locoge
Jean-Jacques Goldman va quitter Taï Phong parce que déjà, il a des envies de carrière solo, il a envie de français, ensuite, il dit souvent qu'un groupe, c'est fait pour mourir. Il a envie d'affirmer son son. Il a envie de chanter, il a envie de son truc à lui.
Jérôme Anthony
Son truc à lui, c'est d'écrire pour le plaisir des chansons qu'il verrait bien chantées par d'autres.
Extrait de Fréquenstar, 1994 :
Jean-Jacques Goldman
Donc, à ce moment-là, j'avais commencé à bosser. Par contre, je pensais que j'étais capable d'écrire des chansons pour les autres.
Jérôme Anthony
Et c'est grâce à un heureux concours de circonstances que Jean-Jacques fera une rencontre déterminante pour la suite de sa carrière. Nous sommes en janvier 1980 et la jeune Anne-Marie Batailler, âgée de 19 ans, se produit à la télévision française dans le cadre d'un télé-crochet. Elle y interprète un titre qui ne laissera pas indifférent le jeune producteur de musique, Marc Lumbroso.
Présentateur de "Découvertes de TF1"
Anne-Marie Batailler. Vous êtes née à Soissons, vous êtes étudiante et vous allez nous interpréter une chanson qui a pour titre "Fais-moi des sourires". C'est une chanson signée...? Paroles et musique ?
Anne-Marie Batailler
Jean-Jacques Goldman.
Marc Lumbroso
C'est vrai que c'était un samedi après-midi. Je regardais la télé, il y avait une émission de télé crochet genre The Voice de l'époque. Il y avait cette chanson, que j'ai beaucoup aimée, et j'ai attendu la fin du générique pour voir qui l'avait écrite.
Extrait de l'émission "Plus vite que la musique" :
Jean-Jacques Goldman
(Il chante "Fais-moi des sourires") : Un truc comme ça, et le refrain : "Fais-moi des sourires, dis-moi que je suis belle".
[Extrait de "Fais-moi des sourires" par Anne-Marie Batailler]
Marc Lumbroso
Et j'ai noté son nom. Et puis après, les grands hasards de la vie ont fait que le lendemain, je suis tombé sur un disque de Jean-Jacques Goldman et quelqu'un m'a donné son numéro de téléphone.
Extrait de Fréquenstar, 1994 :
Jean-Jacques Goldman
Par un concours de circonstances, j'ai été amené à rencontrer un jeune éditeur qui commençait aussi, qui s'appelait Marc Lumbroso et qui me demandait des chansons qu'il essayait, lui, de placer aux autres dans l'échec quasiment le plus total, ça n'intéressait pas grand monde.
Marc Lumbroso
Sauf que moi, j'étais à peu près nul, c'est-à-dire que je ne suis pas arrivé à lui placer des chansons. Je crois que je suis arrivé à en placer une en un an ou un an et demi.
Jérôme Anthony
Et si Jean-Jacques s'épanouit dans l'écriture de chansons, Marc Lumbroso a, lui, une tout autre idée en tête.
Marc Lumbroso
J'adorais ce que faisait Jean-Jacques et j'adorais sa voix.C'est la première fois que j'étais vraiment fan d'un chanteur avec lequel je travaillais. J'ai essayé de l'inciter à chanter lui-même ses chansons. J'ai vu tous les directeurs artistiques de Paris, d'abord, certains patrons de maisons de disques aussi. Bon, tout le monde m'a dit que ce type-là n'a aucune chance, que cela n'a aucun intérêt, il chante trop aigu, enfin j’ai tout entendu. Et là, la chance qu'on a eue, peut-être, c'est que la personne qui s'y intéressait, ne faisait pas de l'artistique, faisait du marketing. Et je crois que cette personne a écouté comme n'importe qui pourrait écouter et se dire : "Ah ouais, c'est vachement bien, c'est sympa etc...." Et donc, c'est par l'intermédiaire de cette personne qui s'appelle Jean-Jacques Gozlan, qui travaille chez Sony, qu'il a signé chez Sony.
Monique Le Marcis
Je crois qu'il faut reconnaître qu'en amont, avant qu'un artiste n'arrive en radio, il y a un fantastique travail fait par un directeur artistique, un investissement et une croyance, parce que je crois savoir qu'il a fallu beaucoup de persuasion de la part de Marc pour amener Jean-Jacques chez CBS et convaincre l'équipe de CBS.
Jérôme Anthony
C'est donc en septembre 1981 que Jean-Jacques sort son tout premier album, qu'il souhaitait à la base appeler "Démodé", titre refusé par la maison de disques. Sur cet album, finalement intitulé "Jean-Jacques Goldman", figure un titre entêtant qui lancera sa carrière : "Il suffira d'un signe".
[Extrait du clip "Il suffira d'un signe"]
Marc Lumbroso
"Il suffira d'un signe" n'était pas une chanson qui était destinée à être un single. Sur l'album, elle est beaucoup plus longue, elle doit faire sept minutes. Il y avait un garçon qui travaillait chez Sony à l'époque. Moi, j'ai oublié son nom, mais Jean-Jacques doit le savoir parce qu'on lui doit beaucoup. C'est lui qui a dit : "Non, cette chanson-là, il faudrait la prendre et puis la raccourcir et en faire un single.”
Jérôme Anthony
Et ce single, le grand public va notamment le découvrir un samedi soir de janvier 1982, en prime time, lors de la nouvelle émission d'Antenne 2 "Champs Elysées", présentée par une des figures emblématiques de l'audiovisuel, Michel Drucker.
Michel Drucker
Sa première télé importante à 20h30, mais surtout, c'était aussi pour moi quelque chose d'important, car c'était le premier "Champs Elysées". Le souvenir que j'ai, c'est qu'il est tout à fait en haut, au balcon et qu'il y a un problème de son.
Extrait de l'émission "Champs Elysées" :
Michel Drucker
C'est un fils de la chanson française et du rock and roll : Monsieur Jean-Jacques Goldman ! Problème ? Problème, problème. Oui, il faut revenir sur moi dans ces cas-là, je suis habitué. L'autre jour, c'était avec Elisabeth Depardieu, vous savez ! Je suis là !
Michel Drucker
Donc il faut meubler. On est en direct complet et il arrive avec cette voix très particulière.
Extrait de “Champs Elysées” Michel Drucker s'adresse au public :
Attendez, je refais mon annonce parce que le pauvre, il est dans ses petits souliers. C'est un des jeunes de l'émission, vous ne l'avez pas souvent vu le samedi soir à la télévision et ça tombe sur lui, il y a un problème technique. Alors on va lui faire un triomphe, Jean-Jacques Goldman !
Michael Jones
Il avait tellement le trac qu'il en était malade et ça se voyait, il était en haut, sur le balcon et pétrifié. C'était impressionnant, mais il passait bien quand même.
Laurent Boyer
J'adore ce titre, et à l'époque, ça a été une révolution, ça sonnait rock. Les guitares étaient en avant, lui avait une voix très pure, très claire. Ça a révolutionné ce qu'on a appelé la nouvelle chanson. il est arrivé avec les FM, avec ce titre-là. Et Goldman était vraiment synonyme de titres FM. Evidemment, les périphériques ont suivi : RTL, Europe, Inter... Tout le monde a joué Goldman et presque les premiers. Mais ça nous appartenait, Goldman. Il était générationnel avec l'arrivée des FM.
Jérôme Anthony
Monique Le Marcis, alors directrice artistique de RTL, jouera un rôle déterminant dans la carrière de Jean-Jacques. Elle soutiendra le titre "Il suffira d'un signe" en le matraquant pendant des mois sur les ondes.
Monique Le Marcis
L'accompagnement de RTL s'est fait progressivement puisqu'il est entré au hit-parade de RTL début octobre 1981, donc il était déjà dans notre programmation très soutenu et il est arrivé numéro 1 seulement en mai 1982 donc je peux vous dire qu'à l'époque, il fallait soutenir un titre assez longtemps, ce qui a été notre cas.
Benjamin Locoge
En 1980, les radios vont bientôt exploser. On cherche une idole pour la jeunesse, on cherche des textes, on cherche des chansons nouvelles. Ce qui marche à l'époque en Angleterre, on est sorti du punk et on est en plein Dire Straits. On aime les solos de guitare. On aime ce côté blues rock, surtout pas méchant, surtout pas véhément, où on a l'impression que c'est tout doux. Mais "Sultans of swing" qui est sorti en 77, c'est énorme. Goldman, il va être vachement marqué par ça.
[Extrait de "Sultans of swing" de Dire Straits"]
Jean-Pierre Pasqualini
Le son Rock FM, on disait comme ça à l'époque, de Jean-Jacques Goldman, était super novateur, il ne faut pas oublier qu'en 81, on était encore en plein disco, c'était Patrick Hernandez, c'était Patrick Juvet. Et Jean-Jacques Goldman, avec ce rock, mais ce rock accessible, a vraiment tout révolutionné.
Michel Drucker
Personne ne pouvait imaginer qu'il allait accumuler autant de succès, pour lui et pour les autres.
Jérôme Anthony
Le succès de Jean-Jacques se confirme en 1982 avec la sortie de son deuxième album qui ne porte pas de nom, mais qui cartonne notamment grâce au titre "Quand la musique est bonne".
[Extrait du clip "Quand la musique est bonne"]
Marc Lumbroso
Cette chanson me plaisait énormément parce que c'étaient les racines musicales de Jean-Jacques. C'est-à-dire qu'il y a quelque chose qui vient du blues. Du blues, du rock, de quelque chose de très simple, de très spontané, je pense que ce qu'il avait envie de dire n'était pas un grand discours, n'était pas une chose très, très sophistiquée, mais qui était très touchante.
Benjamin Locoge
C'est une chanson qui est vraiment dans son époque. Aujourd'hui, on n'écrirait plus ça, mais c'est un tube pop rock. Voilà, encore une fois, il a son petit créneau. Bon la rime c’est quand même quand la musique est bonne, bonne, bonne, bonne. On n'est pas dans Ferré dont on parlait.
Vincent Guillot
En tout cas, ça passe dans les radios, ça plaît au public jeune et là, c'est un tube énorme. C'est un des plus grands tubes des années 80. Et là, ça l'installe. Ce n'est plus l'homme d'un seul tube, ça y est, c'est un chanteur qui compte.
[Extrait du clip "Au bout de mes rêves"]
Monique Le Marcis
On s'aperçoit qu'il y a une kyrielle de titres qui vont devenir des succès. C'est certain que "Quand la musique est bonne" a donné son titre à l'album qui, lui aussi, était arrivé sans titre, ce qui a entraîné le titre. Mais moi, j'aimais beaucoup "Au bout de mes rêves" et "Comme toi". La chanson "Comme toi" était pour moi très émouvante.
[Extrait du clip "Comme toi"]
Vincent Guillot
Il y a cette chanson un peu à part, qui sort un été, qui s'appelle "Comme toi" où on comprend quand on la réécoute, qu'elle évoque la déportation clairement, et cet homme qui, paradoxalement, revendique une forme de légèreté et qui, en même temps, veut s'éloigner, même s'il adore Léo Ferré, veut s'éloigner de la grande chanson, qu'il a l'envie, lui, d'être populaire et d'être dans la variété et il fait un tube avec une chanson sur la déportation. Peut-être que tout le monde ne capte pas tout de suite que ça évoque l'histoire d'un enfant mort en déportation, mais en tout cas la musique est jolie, il y a cette espèce de solo de violon. Ça installe le côté particulier du personnage et parfois inclassable, il fait un tube de l'été en 82 sur une chanson qui évoque la Shoah. Voilà, il n'y a que lui qui pouvait faire ça.
Extrait de Fréquenstar 1994 :
Jean-Jacques Goldman
Je crois que c'est le meilleur album que j'ai fait, le deuxième. Il s'appelait "Minoritaire" celui-là. Il y a une chanson qui s'appelle "Minoritaire" : "Papa, quand je serai grand, je sais ce que je veux faire, je veux être minoritaire" refusée par la maison de disques aussi. C'est bien parce qu'ils n'écoutaient pas les disques, avant. Ils me laissaient en studio, tranquille avec le producteur, on se débrouillait tous les deux.
Jérôme Anthony
Et si sa maison de disques lui laisse une totale liberté, le chanteur garde les pieds sur terre. Alors qu'il connaît un succès grandissant, Jean-Jacques continue à travailler au magasin familial. Une sécurité financière pour le jeune homme.
Extrait d'une interview de Jean-Jacques Goldman :
Jean-Jacques Goldman
Je terminais une émission de télé, je rentrais en vitesse, je me démaquillais dans la bagnole ou dans le taxi et je reprenais parce que c'était un samedi par exemple, je reprenais le boulot. Mais il y a un moment où ce n'était plus possible.
Benjamin Locoge
Jean-Jacques Goldman a mis longtemps à croire qu'il pourrait vivre de la musique. Donc, ça correspond à ses paroles : je suis un gars simple, je fais ça parce que je kiffe, j'aime jouer, j'aime chanter, si ça marche, tant mieux. Mais quand même, chez les Goldman, on est sérieux.
Extrait de Fréquenstar, 1998 :
Jean-Jacques Goldman
Je ne suis pas d'une famille d'artistes, je ne suis pas d'une famille de musiciens. Je ne suis pas d'une famille d'héritiers. On avait un loyer à payer, l'essence à payer. Rien n'a jamais été facile. Donc, il fallait vraiment que je pense à ma famille. Ce n'était pas un choix comme ça, si ça ne marchait pas, je n'avais personne pour m'aider. Donc, il a fallu que j'attende d'être sûr que c'était viable.
Benjamin Locoge
Pour lui, ce n'est pas encore concret. Peut-être que tout ça peut s'écrouler. C'est aussi sa force. C'est qu'il a toujours cru qu'un jour, tout ça pourrait s'arrêter.
Jérôme Anthony
Loin de s'arrêter là, Jean-Jacques quitte son travail au magasin fin 82 et franchit une nouvelle étape dans sa carrière, pour laquelle il a besoin de s'entourer de proches. Pour l'aider à monter sa première tournée, le chanteur décide donc de faire appel à une vieille connaissance, le guitariste Michael Jones.
Michael Jones
C'est au moment où il avait décidé de partir sur la route, et qu'il fallait monter un groupe. Je pense qu'il avait envie d'avoir avec lui quelqu'un avec qui il se sentait épaulé. J'ai réfléchi au moins deux minutes avant de dire oui ... même pas, deux secondes, allez. L'aventure avec Jean-Jacques me tentait vraiment.
Jérôme Anthony
Autre proche à participer à l'aventure pour la mise en scène de cette première tournée et pour la réalisation de ses clips, son ami d'enfance Bernard Schmitt.
Bernard Schmitt
D'abord moi, je suivais sa carrière effectivement depuis très, très longtemps. C'était quelqu'un que je connaissais depuis que j'étais né. Lui, je ne le voyais pas si souvent que ça mais nos mères étaient très amies. Donc, j'ai toujours su ce qu'il faisait. Et effectivement, quand il a commencé en 81 à s'appeler Goldman, moi je lui ai écrit pour lui dire : " Tiens, j'aimerais bien aller te voir". Et il se trouve que le même jour, il m'a écrit en m'envoyant ses deux premiers disques, en me disant "J'ai besoin de quelqu'un pour l'image. Je n'y comprends strictement rien. J'aimerais bien que ce soit toi". Voilà, donc ça s'est fait comme ça.
Jérôme Anthony
Bernard Schmitt s'occupe donc de la réalisation des clips du nouvel album de Jean-Jacques Goldman, sorti en janvier 84, "Positif", sur lequel on retrouve le très emblématique "Envole-moi".
[Extrait du clip "Envole-moi"]
Vincent Guillot
L'album "Positif", c'est l'album de "Envole-moi", où, justement, il va s'envoler parce que le premier album, on le découvre. Le deuxième, c'est la confirmation. Le troisième, là, c'est l'explosion. Au deuxième, il devient un chanteur qui compte. Avec le troisième, il est dans le top 5 des grands chanteurs français. Là, il va vendre. Et ce n'est même plus des tubes. Il y en a au moins quatre sur cet album.
[Extrait du clip "Encore un matin"]
[Extrait du clip "Long is the road (Américain)"]
Jérôme Anthony
L'album connaît un joli succès. Il se classe dans le top 50 de janvier à mars 84 et devient disque de platine en s'écoulant à 300.000 exemplaires cette même année. Seul petit bémol :
Extrait de Fréquenstar, 1994 :
Jean-Jacques Goldman
Je pense que ce qu'il y a de plus important dans cet album, c'est que c'est la pochette la plus hideuse qui n'ait jamais été faite dans l'histoire du disque. À part ça..., ah si ! Une autre chose, c'est que c'est sur cet album et sur la tournée qui a suivi que j'ai rencontré Carole.
Michael Jones
En fait, on avait pour le Zénith un groupe de gospel new yorkais qui chantait avec nous, mais il était impossible de les emmener en tournée partout en France. Et donc, Jean-Jacques a dit, à table un soir après le concert : "Je suis embêté, il faut que je trouve quelqu'un pour faire le gospel, parce que j'ai envie de continuer cette scène”. Et là, tout le monde a dit : Carole Fredericks. Sauf moi, parce que je ne la connaissais pas, mais tous les musiciens la connaissaient parce qu'elle avait travaillé avec Michel Berger, avec Alain Souchon, avec Laurent Voulzy. Eux aussi avaient travaillé avec tous ces artistes, donc pour eux, c'était une évidence. Le jour où elle est arrivée et qu'elle a chanté, c'était l'évidence.
Extrait de Fréquenstar, 1994 :
Carole Fredericks
Oui, un jour, le téléphone sonne. Je dis "Allo". Il y a quelqu'un qui dit "Bonjour, est-ce-que je peux parler avec Carole Fredericks ?" Je lui dis "Oui, c'est elle-même". "Bonjour, c'est Jean-Jacques Goldman". Moi, j'ai commencé à rigoler parce que j'ai dit "Ah bon ?" Là, il me propose de chanter une chanson dans son spectacle “America”. J'étais ravie. J'ai dit : "Mais oui !", et je riais tout le temps. Il m'avait dit : "Mais pourquoi tu ris tout le temps ? Parce que ça me plaît énormément, c'est toi qui m'appelles".
Jérôme Anthony
Cette collaboration marque le début d'une belle aventure avec Carole Fredericks. En mars 85, le chanteur Renaud propose à Jean-Jacques de rejoindre le collectif "Chanteurs sans frontières", qui œuvre en faveur de l'Ethiopie. Non seulement il accepte, mais il participe également à l'écriture du titre "SOS Éthiopie". Le disque se vend à plus d'un million d'exemplaires, permettant à "Médecins sans frontières" de récolter plus de 1 million et demi de francs.
[Extrait de "SOS Ethiopie"]
Monique Le Marcis
Il y a eu la chanson pour l'Ethiopie et il y a eu le concert pour l'Ethiopie à Wembley. Et Roger Kreicher, directeur de RTL, m'a dit : " Monique, si vous voulez, on peut inviter quelques-uns de nos amis chanteurs à Wembley à venir avec nous". Bien sûr, j'avais proposé à Renaud de venir, mais Renaud ne pouvait pas. Et j'avais proposé à Berger, à Balavoine et à Goldman de venir. Ils se sont retrouvés tous les trois à Wembley. D'ailleurs, j'ai une photo d'eux, je n'ai jamais pensé que cette photo deviendrait un jour presque une photo historique et donc ils se sont rencontrés, ils ont partagé cet évènement de Wembley. Et peu après, donc tout naturellement, quand le concert pour l'Ethiopie a eu lieu à La Courneuve, Balavoine et Jean-Jacques se sont retrouvés à chanter là, donc, je crois que c'est la seule fois où on verra Jean-Jacques et Balavoine chanter ensemble.
[Extrait de "Je marche seul" à la Courneuve avec Jean-Jacques Goldman et Daniel Balavoine]
[Extrait du clip "Je te donne"]
Jérôme Anthony
Et quelques semaines plus tard, c'est un autre duo qui fait parler de lui, Jean-Jacques Goldman et Michael Jones interprètent un tube inoubliable intitulé "Je te donne". Les complices de toujours vont truster la place de numéro un du top 50 pendant huit semaines consécutives. Et cette chanson deviendra l'hymne de toute une génération.
Michael Jones
C'était une chanson qui, au départ, parlait de nous, c'est-à-dire qu'on venait de deux horizons complètement différents et le fait de mélanger nos cultures, ça nous apportait du bonheur et en même temps, ça donnait du bonheur aux autres. Donc, Jean-Jacques a écrit une partie en français et m'a dit : "Toi, tu dois écrire ce couplet là, ça, ça, ça et ça. En parlant de nous, en parlant comme si c'était une réponse à ce que je dis". Moi, j'ai écrit le texte, on l'a revu un tout petit peu ensemble et on l’a chanté et "bam !", Monique Le Marcis décide que c'était la chanson qu'il fallait passer sur RTL.
Monique le Marcis
Vous savez, de temps en temps, quand on reçoit un titre, il y a une évidence. Et là, il y avait une évidence, il y avait un échange. C'est ce qu'on a envie de s'entendre dire tout le temps, "Je te donne".
Michael Jones
Et ça devient un énorme tube, je crois qu'on reste 11 semaines, quelque chose comme ça, au top 50. Il se trouve aussi qu'à cette époque là, c'était la naissance du Front National et il y avait "Touche pas à mon pote". Et cette chanson a été un petit peu adoptée par les gens parce que ce n'était pas une chanson contre le racisme, mais on pouvait interpréter le texte comme si c'était un texte sur le mélange des cultures, ce que c'était parce que c'était un mélange de nos deux cultures.
[Extrait de "Je te donne" en acoustique, à la guitare par Michael Jones]
Jérôme Anthony
Comblé par la naissance d'un troisième enfant, une petite fille, le chanteur est aux anges. Alors que la Goldman mania bat son plein, que Jean-Jacques vend des disques par milliers et joue à guichets fermés à travers l'Hexagone, ce succès est loin de faire l'unanimité et le chanteur va en faire la douloureuse expérience. Nous sommes le 5 décembre 1985, alors qu'il débute une série de 18 concerts consécutifs au Zénith de Paris, le journal "L'Evénement du jeudi" va sortir un article peu élogieux et très acerbe sur la coqueluche des Français.
Benjamin Locoge
En 85, c'est l'idole des jeunes. Étienne Daho remplit un Olympia en 85. Jean-Jacques Goldman ce sont des Zénith à la pelle, pour replacer les choses dans leur contexte. Effectivement, sont apparus une génération d'artistes type Daho, type les Rita Mitsouko, qui sont bien plus branchés, qui ont une autre culture musicale que celle de Jean-Jacques Goldman et l'idole des jeunes de l'année dernière donc de 84, en 85, les grands médias ne l'aiment pas, lui tapent sur la gueule et Jean-Jacques se prend des papiers compliqués où on se fout littéralement de sa niaiserie, de son incapacité à communiquer, de son manque de charisme évident.
Vincent Guillot
Alors, il faut savoir que la presse spécialisée et la grande presse parisienne, ça n'a jamais été l'amour pour Jean-Jacques Goldman. Donc, déjà, tout ce qui est presse rock ne s'est jamais intéressé à Jean-Jacques Goldman. Jamais. Après, la grande presse de gauche parisienne va aller plus loin que l'ignorance que lui vaut la presse rock et va lui rentrer dedans complètement, que se soit “L'Événement du jeudi”, qui est l'ancêtre de “” ou que ce soit Libé aussi qui lui est rentré plusieurs fois dedans ou d'autres. “L'Evénement du jeudi”, au lendemain d'un concert de 85, là, se déchaîne. Il y a un article où il va vraiment être descendu, descendu.
Michel Drucker
“L'Evénement du jeudi” : le massacre. "Goldman est nul, petit chanteur gentillet..." C'est tout juste s'ils ne disent pas qu'il fait de la soupe.
Extrait de l'émission "Plus vite que la musique" :
Jean-Jacques Goldman
J'ai été juste surpris qu'il n'y en ait pas un qui dise : "Franchement, il chante comme une casserole, c'est beaucoup trop haut. Les textes ne sont pas travaillés, mais il y a trois ou quatre mélodies qui ne sont pas mal et il y a trois, quatre thèmes qui ne sont pas mal.” Juste une critique comme ça.
Benjamin Locoge
Et donc il prend le taureau par les cornes, et sera fâché pendant très longtemps avec la presse, en achetant une page de pub dans laquelle il va coller, sur laquelle pardon, il va coller toutes les mauvaises critiques qui parlent de son spectacle.
Extrait de Fréquenstar, 1998 :
Jean-Jacques Goldman
Il y a des gens, je suis assez fier de ne pas leur plaire. Je serais très perturbé si je plaisais à...
Laurent Boyer
A certaines personnes ?
Jean-Jacques Goldman
Oui à certaines visions de la chanson qui sont fondamentalement différentes de la mienne. Je me rappelle quand j'avais 10 ou 15 ans, quand les Beatles sont arrivés et comme ils ont été injuriés, comme on parlait que de leur coupe de cheveux, tout ça. Et je ne parle pas d'Elvis Presley.
Benjamin Locoge
C'est la première fois qu'un artiste fait ça. C'est malin. C'est une manière, un peu de se venger. Ça va créer au moins une histoire entre lui et la presse. Mais c'est vrai qu'à l'époque, peut-être que des deux côtés, il y avait un petit peu d'outrance. Mais au moins, l'histoire est restée et on en parle encore.
Jérôme Anthony
Peu importe les critiques, Jean-Jacques est désormais une valeur sûre de la scène musicale française. En décembre 85, Coluche décide de faire appel au talent de Jean-Jacques pour créer la chanson des Restos du Cœur.
[Extrait de " La chanson des Restos" par Coluche]
Vincent Guillot
Coluche décide, en 1985, de lancer Les Restos du Cœur et puis rapidement, pour faire un peu appel aux dons, il décide de faire une chanson. Et Coluche prend tout simplement la personne qui est numéro 1 du top 50 à ce moment-là, qui est Jean-Jacques Goldman avec "Je te donne".
Michael Jones
On faisait une émission de Michel Denisot à Canal+. Et Coluche avait une émission quotidienne à ce moment-là. Il était dans la loge à côté.
Extrait de Fréquenstar, 1994 :
Jean-Jacques Goldman
Et je venais de sortir "Je te donne" et il est venu me voir en me disant : “Voilà, je fais un truc, ça s'appelle "Les Restos du Cœur", comme tu sais. On veut faire un disque, on veut gagner beaucoup d'argent, comme c'est toi qui fais des disques qui marchent, il faut me le faire.” Je dis “OK, ça parle de quoi ?” "Je n'en sais rien". C’est avec qui ? "Je n'en sais rien". Je lui dis “C'est pour quand ?” Il me dit : "C'est pour la semaine prochaine".
[Extrait du clip de "La chanson des Restos" ]
Benjamin Locoge
Goldman, c'est la référence absolue de tous les combats. Il y a eu "Touche pas à mon pote" l'année d'avant, il y a eu plein de choses où il est là, où il est présent. Lui et Renaud, dans la première partie des années 80, sont ceux qui animent la chanson caritative puisqu'il y a eu tout un tas de singles, de choses faites pour les pays du Tiers-Monde, contre la faim dans le monde. Effectivement, les Restos du Cœur et Coluche, Goldman se retrouve forcément dans cette démarche-là.
Benjamin Locoge
On va faire une chanson pour un truc unique, ça ne va pas rester "Les Restos du Coeur", on ne le fait que pour une fois. On espère qu'on le fait là, mais que ça ne sera pas du tout un truc... On va faire un concert. Donc il accepte, cède ses droits, écrit cette chanson. Et voilà, on est trente ans plus tard, c'est encore une des chansons les plus connues. Et le but ultime de Coluche, c'était qu'elle ne soit plus chantée. Très vite après ça, il y a une première série de concerts qui est montée à Paris, à l'Opéra, où sur scène il y a Johnny, Jean-Jacques, Eddy, Véronique Sanson et Michel Sardou.
Vincent Guillot
Et c'est un vrai concert, c'est-à-dire qu'ils n'arrivent pas déguisés en Schtroumpfs ou en joueurs de foot. Ils ne font pas de sketchs. Ils chantent leurs chansons, leur répertoire, ils font plein de duos. Donc ça donne un concert exceptionnel. Vous imaginez Hallyday, Sardou, Goldman, Véronique Sanson, Eddy Mitchell. C'est le top du top. Ça fait évidemment un carton.
[Extrait de "La chanson des Restos" à la Tournée d'Enfoirés, Zénith de Paris, 1989]
Extrait de Fréquenstar, 1994 :
Jean-Jacques Goldman
Ce qu’il s'est passé c'est que l'année d'après, il ne s'est rien passé. J'ai demandé aux Restos “comment se fait-il qu’il ne s'est rien passé après la tournée des Enfoirés”, ils m'ont répondu : "On n'a personne pour s'occuper de ça". Et nous, tu le sais bien, toute la journée, on est sollicités par beaucoup de choses. Chaque fois, on dit : "ce n'est pas mon boulot. Je ne suis pas fait pour ça, etc". Là, je me suis dit : "Bon, si ce n'est pas notre boulot de faire un spectacle, c'est le boulot de qui ?” Donc, j'ai contacté Véronique. J'ai dit : "Faisons quelque chose. Ce n'est pas possible de laisser ce qui a été fait comme ça. Essayons de prendre un rythme, que tous les ans, il y ait un rendez-vous médiatique, donc financier pour Les Restos.”
Jérôme Anthony
En janvier 1986, alors que Jean-Jacques et Michael s'apprêtent à interpréter "Je te donne" lors d'un "Champs Elysées, spécial Johnny Hallyday", une terrible nouvelle plonge la France dans un profond désarroi.
Extrait du JT de TF1 présenté par Marie-Laure Augry :
Marie-Laure Augry
Bonjour ! Le Paris-Dakar en deuil ! Thierry Sabine, l'organisateur du rallye, Daniel Balavoine, une consoeur du “Journal du Dimanche”, le pilote et le radio ont tous été tués dans un accident d'hélicoptère. L'accident est survenu hier soir, au moment de l'arrivée de l'étape à Gourma Rharous au Mali. L'information est tombée il y a quelques instants sur nos téléscripteurs. D'après les premières informations que nous ayons reçues, l'hélicoptère aurait été pris dans un vent de sable.
Jérôme Anthony
Profondément affecté par la disparition soudaine et prématurée de son ami Daniel Balavoine, Jean-Jacques, sous le choc, décide tout de même de participer à l'émission. Très ému, il livrera ce soir-là une interprétation poignante de l'une de ses nouvelles chansons.
Extrait de "Confidentiel" à Champs Elysées :
Michel Drucker
Jean-Jacques Goldman est venu sans Michael Jones et il ne chantera pas "Je te donne", ce soir. Il va vous donner la raison lui-même.
Jean-Jacques Goldman
Ni Michael ni moi n'avions le cœur de chanter une chanson gaie, donc on a décidé de s'abstenir et de chanter une chanson sur laquelle on pourrait vraiment penser à Daniel, parce qu'on pense vraiment à Daniel.
[Extrait de “Confidentiel”]
[Extrait de "Je t'attends" en duo avec Johnny Hallyday à l'émission "La nouvelle affiche"]
Jérôme Anthony
Quelques semaines plus tard, Johnny Hallyday décide de faire appel au talent de Jean-Jacques pour la réalisation de son tout nouvel album.
Benjamin Locoge
Johnny a toujours été quelqu'un qui sent bien les gens. Il sait qui va être le bon parolier, qui va être le bon réalisateur.
Michel Drucker
Johnny est un renard. Johnny est l'homme le plus intelligent au sens instinctif du terme. Il était déjà comme ça quand je l'ai connu il y a 53 ans. L'instinct.
Vincent Guillot
Il faut revenir un peu en arrière sur la carrière de Johnny. Au début des années 80, elle est en chute libre. Ça ne marche plus très bien. Il vend encore des disques, il remplit encore des salles, mais il est un peu ringardisé. Il n'y a plus de tube, vraiment. On descend sous les 150.000 exemplaires par single, ce qui aujourd'hui serait fabuleux, mais qui, à l'époque, n'est pas terrible. Donc, Jean-Claude Camus et les gens de sa maison de disques décident, pour redynamiser, de le mettre dans la main de compositeurs à la mode. Il tente un coup d'essai avec Michel Berger en 84 et c'est "Rock and Roll Attitude" qui va relancer sa carrière, qui va lui redonner des tubes là où il n'y en avait plus et qui va relancer son image. Une fois que ça a marché, il faut en faire un deuxième. Michel Berger n'a pas spécialement envie d'en faire un second. Il faut changer un peu et le nom qui vient naturellement aux sbires de la maison de disques, c'est celui de Jean-Jacques Goldman, parce que c'est celui qui cartonne en ce moment.
Extrait de Fréquenstar, 1994 :
Jean-Jacques Goldman
A ce moment-là, étant donné le succès de l'album de Michel Berger, plus que le succès commercial, disons la réussite du concept de l'association entre un grand interprète et un auteur compositeur, Alain Levy a souhaité que ça continue. Et c'est là où il m'a approché en me demandant si je voulais être le second pour coopérer avec Hallyday.
Benjamin Locoge
Il y a aussi une volonté de ramener Johnny Hallyday vers un public plus jeune. Michel Berger en avait déjà fait une partie du chemin. Avec Jean-Jacques Goldman, on va faire la suite du chemin vers le public jeune et ce choix est évidemment le bon parce que Jean-Jacques Goldman pond des tubes à l'heure, et puis il va, surtout, ce qui n'était pas forcément évident, remarquablement s'intégrer à l'univers de Johnny.
Monique le Marcis
Quelque part, c'était une évidence qu'un jour, Jean-Jacques fasse un album pour Johnny parce qu'il avait déjà écrit des chansons pour Johnny, mais qui n'étaient pas passées. Je pense que Nathalie Baye n'est pas étrangère au rapprochement de Jean-Jacques et de Johnny ainsi que Michel Berger. Cet album, j'étais allée l'écouter au studio Gang et bien sûr, il y a des chansons, et il y a une chanson qui me touchait plus personnellement, c'était "Laura", parce que ma fille s'appelle Laura.
[Extrait du clip "Laura"]
Monique le Marcis
Mais il y a une chanson pour les femmes qui est extraordinaire, qui s'appelle "Je te promets".
[Extrait du clip "Je te promets"]
Jean-Pierre Pasqualini
On peut dire quand même que Jean-Jacques Goldman a sauvé Johnny Hallyday. Il faut quand même être clair. Bon, Berger avait commencé à le sortir du trou avec "Quelque chose de Tennessee". Et puis l'année d'après, avec l'album "Gang" Jean-Jacques finit de sortir Johnny du trou, parce que ça n'allait plus du tout. On a oublié ça, mais il y a des traversées du désert partout, c'est normal, et Johnny en a eu une. Il en a eu plusieurs même, c'est classique.
Benjamin Locoge
C'est un album bourré de tubes où déjà, on est sur l'idée de renaissance, un Johnny qui chante un cran en dessous, qui n'hurle pas, qui pose sa voix, qui monte doucement. Il va le faire déchanter pour mieux le faire chanter.
[Extrait de "L'envie" en concert]
Johnny Hallyday
Goldman m'a écrit un jour une chanson qui me ressemble, peut-être une de mes chansons qui me ressemblent le mieux, c'est "Donnez-moi envie d'avoir envie". Johnny c'est ça, Johnny, il marche aux envies, il marche à l'instinct, il marche et ça veut tout dire cette chanson.
Vincent Guillot
Le titre de la collaboration Goldman Hallyday qui me paraît le plus fort, c'est "L'envie" qui a deux particularités : d'abord, c'est une chanson que Goldman avait écrite il y a très longtemps, dans les années 70, et pourtant elle colle à la peau de Johnny, donc, ça c'est incroyable. Et le deuxième truc qu'il faut savoir sur cette chanson, c'est qu'au départ, ce n'est pas un single, la version studio ne va pas sortir en single. C'est sur le live de Bercy d'Hallyday d'après qu'elle va devenir le single de l'album live, donc deux ans après la sortie de l'album. Et ça va devenir un tube comme ça. Et c'est ça qui va faire la notoriété de cette chanson et qui va devenir un classique.
Monique le Marcis
Elle colle à la peau de Johnny, mais elle aurait pu être chantée par Jean-Jacques. Je pense que Jean-Jacques a donné une de ses chansons à Johnny.
[Extrait de "L'envie" chantée par Jean-Jacques Goldman à "Fréquenstar"]
Extrait des Victoires de la musique, 1987 :
Présentatrice et Patrick Poivre d'Arvor
C'est lui qui a vendu le plus grand nombre d'albums en 1987 et il compte bien le faire en 88 aussi, c'est Jean-Jacques Goldman !
Jean-Jacques Goldman
Cette victoire concerne un album qui a été enregistré en public lors d'une tournée qui a duré plus d'un an. C'est pour ça que je vous ai amené ceux qui m'ont accompagné pendant toute cette année et qui ont enregistré cet album avec moi.
Jérôme Anthony
Après avoir été récompensé par plusieurs Victoires de la musique, Jean-Jacques sort en 87 un double album "Entre gris clair et gris foncé" sur lequel on retrouvera "Il changeait la vie", "Elle a fait un bébé toute seule" ou encore "Puisque tu pars".
[Extrait de "Il changeait la vie", "Elle a fait un bébé toute seule" et "Puisque tu pars"]
Jérôme Anthony
L'opus reste classé plus de 18 semaines dans les meilleures ventes d'albums et s'écoule à plus d'un million d'exemplaires, grâce notamment au succès du titre interprété en duo avec Sirima, le magnifique "Là-bas".
[Extrait du clip "Là-bas"]
Vincent Guillot
Jean-Jacques Goldman a cette chanson “Là-bas”, qui est à l'évidence un duo qui parle de l'exil et il a besoin... C'est une chanson qui parle d'un couple et on peut y voir d'ailleurs les prémices de Fredericks, Goldman et Jones, et cette envie d'avoir des chansons où les interprètes se complètent, et il lui faut une chanteuse. Il se trouve qu'il y a un de ses proches qui lui conseille une fille qui chante dans le métro, qui s'appelle Sirima. Jean-Jacques Goldman dit pourquoi pas. Il fait confiance à son proche et la chanteuse Sirima vient faire une audition. Mais elle n'a pas du tout le comportement de la midinette qui veut absolument être au top 50 avec une chanson de Jean-Jacques Goldman. Elle ne dit pas oui d'emblée. Elle demande à écouter la chanson d'abord. Et ça, Jean-Jacques Goldman, au fond, ça lui plaît, cette espèce de petite résistance de la nana, elle n'est pas là pour le succès. Si la chanson lui plaît, elle le fera. Sinon, tant pis. Et finalement, évidemment, ça le fait. Elle chante magnifiquement, tout le monde peut s'en rendre compte aujourd'hui.
Jérôme Anthony
Grâce à la vidéo de "Là-bas", Bernard Schmitt reçoit la Victoire de la musique du meilleur clip en 1988.
Bernard Schmitt
C'est une belle histoire parce que d'abord la chanson est très belle. Et puis c'est l'histoire avec Sirima qui déjà nous avait surpris en chantant, mais la caméra l'aimait. C’est ces personnages qui n'ont rien à faire, on ne peut pas dire qu’ils jouent ça ou ça, ils sont là et la caméra ne veut que les regarder.
[Extrait du clip “La-bas”]
Jérôme Anthony
En novembre 1989, la magie continue d'opérer entre les deux interprètes, lorsque la chanteuse fait appel à Jean-Jacques pour chanter avec elle le titre "I need to know" sur son tout premier album. Mais quelques semaines après la sortie de cet opus, une terrible nouvelle va plonger à nouveau Jean-Jacques dans une profonde tristesse.
Présentateur du JT
Elle avait 25 ans, une voix superbe et une carrière royale devant elle. Sirima Wiratunga est morte assassinée. Son compagnon, un musicien aigri est actuellement interrogé. C'est elle qui chantait en duo avec Jean-Jacques Goldman le tube "Là-bas".
Vincent Guillot
Jean-Jacques Goldman et son public continuent de lui rendre hommage puisque c'est une tradition dans les tournées de Jean-Jacques Goldman, quand il chante "Là-bas", il n'invite quasiment jamais quelqu'un à prendre la place de Sirima. C'est le public qui chante les parties vocales de Sirima. C'est un hommage à travers les ans qui lui est rendu comme ça.
Jérôme Anthony
Après avoir collaboré avec Ray Charles pour la bande originale du film "Pacific Palisades" de Bernard Schmitt, Jean-Jacques s'attelle à l'écriture de la chanson "Brother" avec son ami Michael Jones pour le film "L'union sacrée". Les deux complices décident de faire appel aux talents de leur choriste Carole Fredericks. Une collaboration qui va donner des idées à Jean-Jacques pour son prochain album.
Michael Jones
Parti à Paris, justement pour enregistrer la bande son de "L'union sacrée", Jean-Jacques commence à évoquer l'idée qui germait de monter un groupe parce qu’il me disait que les chansons qu'il avait écrites, il ne se voyait pas les chanter tout seul. Et donc il me dit : "Il y a toi et moi, il faudrait une fille". Je lui dis que pour moi, c'est évident, c'est Carole. Il me dit : "Bah bien sûr !"
Jérôme Anthony
En 1990, Jean-Jacques Goldman sort donc son nouveau projet "Fredericks Goldman Jones".
[Extrait d'un reportage où Frederick Goldman Jones chantent "1, 2, 3" ]
Benjamin Locoge
Ça fait 10 ans que les choses marchent pour lui. Donc, il a besoin de se retrouver dans un truc un peu plus anonyme où il ne va pas être sous les feux de la rampe tout le temps. Il peut partager le travail. Donc il va monter Fredericks Goldman Jones. Carole Fredericks la chanteuse, Michael Jones le guitariste, Jean-Jacques Goldman le chanteur guitariste. En vrai, ça restera quand même Jean-Jacques Goldman le leader, mais il va assumer le truc. Ils sont trois sur la pochette, ils partent en tournée sous ce nom-là, ils vont faire deux albums ensemble. Ce n'est pas Jean-Jacques Goldman et ses amis, c'est vraiment Fredericks Goldman et Jones.
Jean-Pierre Pasqualini
Quel est l'artiste qui, au sommet au bout de dix ans de carrière, comme lui en 89, il avait dix ans de carrière, décide à partir de 90-91 de faire un trio, de se mettre dans un trio, d'oublier qu'il est une star pour mettre au même niveau Carole Fredericks et Michael Jones. Et ça, c'est formidable. Un mec comme ça, aussi énorme, aussi doué, qui n'a pas envie de tirer la couverture. Avec Jean-Jacques Goldman, on a l'impression que la couverture fait des kilomètres carrés et il adore la partager avec tout le monde.
Extrait de Fréquenstar, 1994 :
Jean-Jacques Goldman
Moi, ce que j'ai eu l'impression, c’est que ce qui était un peu atypique, c'est plutôt la période où j'étais tout seul, c'est-à-dire ma culture, mon habitude, ma façon de voir la musique est en groupe. Tous les gens qui sont nés dans les années 50 n'envisagent pas, je pense, la musique autrement qu'en groupe. Pendant 15 ans j'ai joué dans des groupes, j'ai joué dans Taï Phong. Il se trouve qu'après, j'ai fait une aventure solitaire entre 81 et 89, mais qui était finalement assez courte et qui était intéressante. Mais déjà, sur scène, je montrais bien les limites de cette solitude. J'aimais bien être avec plusieurs. Je pense que la musique, c'est quelque chose qui se partage.
Extrait de Fréquenstar, 1998 :
Jean-Jacques Goldman
Pour moi, le fait de rentrer sur scène avec eux, c'est un bonheur. D'abord, je suis spectateur en même temps. Chaque fois que Michael fait un solo, que Carole chante, des fois j'en oublie de chanter après. Et puis les responsabilités sont diluées, c'est plus facile pour moi.
Benjamin Locoge
C'est un carton monumental. Pourquoi ? Parce que musicalement, ils vont chercher ailleurs. La voix de Carole Fredericks est énorme et elle va apporter un truc dans les chansons qui manquait justement au côté fluet que Goldman peut avoir vocalement. Puis voilà, il compose des tubes. Sur les deux albums, dont le premier est "Rouge", il y a "Né en 17 à Leidenstadt" qui est une balade merveilleuse.
[Extrait du clip "Né en 17 à Leidenstadt"]
Vincent Guillot
C'est une belle chanson qui donne aussi un regard particulier sur des événements comme la Shoah une nouvelle fois, l'Apartheid et la guerre religieuse en Irlande. On retrouve cette distance à l'engagement politique où il dit que c'est facile de donner des leçons, mais "si moi j'avais été un Allemand battu à plate couture et humilié par le traité de Versailles, si j'avais été un Irlandais catholique, si j'avais été une Blanche riche à Johannesburg, est-ce que j'aurais eu cet engagement là ?"
Michael Jones
À partir du moment où on est éduqué comme ça, il faut tirer son chapeau à ceux qui ont la lucidité de penser autrement.
Vincent Guillot
Et cette espèce de relativisme des choses, c'est tout lui. Et puis voilà, ça se complète magnifiquement bien. Là, on voit pourquoi le trio existe.
[Extrait du clip "A nos actes manqués"]
Benjamin Locoge
Ce n'est pas du Goldman tel qu'on l'a connu, on sent qu'il s'ouvre à d'autres univers, ça va tirer un peu vers la world, ça va tirer un peu vers le rock et ce sont des disques qui aujourd'hui n'ont pas vieilli. La production est encore forte. On ne sent pas le son années 80 qui est la marque de fabrique de ses albums solo. C'est fort d'arriver, alors qu'on est la plus grande star française, à se lancer dans un projet pendant cinq ans et à en faire quelque chose d'aussi incroyable !
Jérôme Anthony
C'est sur "Rouge", le second opus du groupe sorti en 1993, que figure un titre profondément touchant. C'est en regardant un documentaire sur les sages-femmes en Afrique que Jean-Jacques a eu l'idée de la chanson "Juste après".
[Extrait du clip "Juste après"]
Extrait d'une interview de Jean-Jacques Goldman sur M6 :
Jean-Jacques Goldman
C'est le premier cas où il y a des images choquantes. Il se trouve que là c'est justifié parce que ce sont ces images qui sont directement à l'origine de la chanson. D'une certaine manière, c'était important que ce soit dans le clip parce que je pense qu'en écoutant juste la chanson, on ne la comprend pas, elle est assez vague. Qu'est-ce qu'elle a pu faire juste après ? On ne sait pas ce qui s'est passé. J'aimais assez l'idée que ce soit le clip et les images qui expliquent d'où vient cette chanson et pourquoi elle a été écrite.
Jérôme Anthony
Autre titre marquant de l'album, la chanson "Rouge", dont le thème a été repris pour servir de générique à une émission musicale très populaire, "Taratata".
[Extrait du clip "Rouge"]
Jérôme Anthony
Après avoir cartonné avec les deux albums du groupe, le chanteur décide de se consacrer à ce qu'il aime le plus, l'écriture de chansons pour les autres.
Extrait de Fréquenstar, 1998 :
Jean-Jacques Goldman
Et j'adore faire ça. J'adore écrire des chansons pour des bons chanteurs.
Laurent Boyer
Goldman, c'est un tube maker. C'est pour ça que les gens le demandent, c'est-à-dire quand Goldman écrit un titre, fréquemment, et pour lui au début, et par la suite pour les autres, ça devient un tube de la sono nationale, ou mondiale pour Céline Dion. Il a cet art… Voilà, c'est un tube maker. C'est un type qui sait... Ce n'est pas pour autant qu'il compose pour faire un tube ou qu'il écrit un texte pour faire un tube, c'est tout simplement qu'il a cette qualité de savoir répondre peut-être aux attentes d'un public et surtout d'être, lui, extrêmement créatif.
Michel Drucker
Il a aussi une perception très particulière. Il sait exactement ce qui convient à une voix, à une artiste. C'est un grand couturier. Il vous fait du sur-mesure. Ce n'est pas du prêt-à-porter. Ça vous va !
Jérôme Anthony
Et Jean-Jacques Goldman ne choisit pas les artistes pour lesquels il écrit, au hasard.
Extrait de Fréquenstar, 2001 :
Jean-Jacques Goldman
Il faut trois choses : d'abord que sa voix me plaise. Ensuite, que soit quelqu'un de sympa. Je n'aime pas travailler juste par intérêt, je n'en ai pas besoin. Il faut que j'aie envie de fréquenter la personne. Et la troisième chose, il faut que j'aie l'impression de pouvoir lui apporter quelque chose, ce qui n'est pas toujours le cas.
Jérôme Anthony
Il apporte sur un plateau d'argent une chanson emblématique à Patricia Kaas en 1993 pour son album "Je te dis vous". Son titre ?
[Extrait du clip "Il me dit que je suis belle"]
Vincent Guillot
C'est une étape dans la carrière de Patricia Kaas, qui était déjà une chanteuse très installée, qui était déjà une chanteuse avec une certaine image qualitative. Mais là, on passe un stade encore, c'est-à-dire que là, elle est dans l'image classe avec un truc hyper glamour. Un clip très... près... à la limite du sexy, sans en faire trop, où elle est splendide dedans. Et puis, il y a cette chanson qui est un tube splendide, voilà, qui va faire partie de ses grands succès.
Jérôme Anthony
Et afin que le chanteur populaire Jean-Jacques Goldman ne prenne pas le dessus sur l'auteur compositeur, l'artiste prend soin de prendre des pseudonymes tels que O Menor ou Sam Brewski.
Extrait de Fréquenstar, 1998 :
Jean-Jacques Goldman
Je savais que si je mettais mon nom, les médias n'auraient parlé que de ça, parce que c'était plus facile de parler de ça que du contenu de cet album, de ce qu'il avait. Donc, ce pseudonyme m'a permis de gagner les premiers six mois, où ils ont parlé de Patricia Kaas, du travail qu'elle avait fait, des autres chansons, du fond de l'album et pas uniquement du côté anecdotique, c'est-à-dire qu'il y avait un chanteur à succès qui lui avait fait une chanson.
Benjamin Locoge
Ce n'est pas mal de se tester et de dire : "Tiens, je vais faire ça sous pseudo, même si tout le milieu est au courant mais le grand public ne le sait pas. Je vais faire ça sous pseudo. Et si la chanson est bonne, elle marchera.” Effectivement, quand il écrit pour Kaas sous pseudo, la chanson marche. C'est aussi sa vraie philosophie. C'est : "Ce qu'on attend de moi, c'est une bonne chanson."
Extrait d'une émission animée par Thierry Ardisson
Thierry Ardisson
Ça s'appelle "Rester vrai". Et la plupart des chansons sont signées Sam Brewski.
C'est Jean-Jacques Goldman.
Thierry Ardisson
Et pourquoi Goldman quand il écrit, c'est lui qui a écrit aussi, c’est Sam Brewski, c'est lui qui a écrit "Il me dit que je suis belle" pour Patricia Kaas, et pourquoi quand il écrit pour vous, il ne signe pas Goldman, il a honte ?
Florent Pagny
Non, ce n'est pas qu'il a honte. C'est qu'il n'a pas envie avant qu'on ait nous artistes à en parler. Il n'a pas envie que d'un seul coup, tout le monde se mette à causer plus de lui que du mec qui fait son disque. Donc, en fait, c'est plus un esprit déontologique de sa part, qu'une volonté de se cacher.
[Extrait du clip "Si tu veux m'essayer"]
Jérôme Anthony
En 1994, Florent Pagny voit sa carrière redécoller grâce à la magie des chansons de Goldman.
Benjamin Locoge
Florent Pagny en 94, c'est la vraie ramerie puisqu'il sort de…. Il était chanteur à minettes en 1987, il a été un peu grillé par son histoire avec Vanessa Paradis, qui l'a vraiment installé dans le fait que c'est un chanteur à minettes. Et Florent Pagny, il a des envies de ce qu'on découvrira 20 ans plus tard. Là, ça ne marche plus, les singles ne se vendent pas, l'album ne marche pas et on parle déjà de renaissance. On n'est qu'en 94 et qui on va chercher ? Jean-Jacques Goldman mais Goldman a bien saisi... enfin Pagny a bien aussi interprété l'affaire. Il y a ce côté rentre dedans, un peu surprenant, qui sort de ce qu'on avait l'habitude d'entendre chez Pagny qui était déjà très vindicatif. Mais là, la voix est puissante, on sent qu'il va permettre à Pagny de se révéler. Ce qui sera fait avec l'album d'après "Bienvenue chez moi".
Jean-Pierre Pasqualini
J'ai toujours été passionné de chansons et j'allais fouiller chez les disquaires. J'avais trouvé une chanson dans les années 80 qui s'appelait "J'essaierai d'oublier".
[Extrait de "J'essaierai d'oublier" de Emilie Bonnet]
Jean-Pierre Pasqualini
Et j'avais trouvé ça formidable comme musique mais ça n'avait pas marché. C'est dommage et en plus, c'était l'époque où Jean-Jacques avait des pseudos. Il signait Sam Brewski, O Menor, il avait plein de pseudos. Et donc je ne savais pas que c'était lui mais je trouvais cette mélodie formidable. Ça n'avait pas marché et je râlais. Et puis un jour, peut-être 8 ans plus tard, j'entends Florent Pagny qui chante "Si tu veux m’essayer" avec la même musique. Et donc là, je me suis dit vraiment une bonne mélodie de Jean-Jacques Goldman, ça fait son chemin un jour ou l'autre.
[Extrait du clip "Si tu veux m'essayer"]
Jérôme Anthony
Si Jean-Jacques Goldman écrit pour des artistes populaires en France, il y a une jeune fille de 27 ans qui lui a tapé dans l'œil et pour laquelle il rêve d'écrire. Son nom : Céline Dion.
[Extrait du clip " Pour que tu m'aimes encore"]
Vincent Guillot
On est à une époque où explosent aux États-Unis les chanteuses à voix. Il y a Mariah Carey, Whitney Houston, ces grandes chanteuses à voix qui chantent des grandes mélodies parfois un peu RnB, mais on est quand même dans la grande mélodie, la grande chanson. Et Jean-Jacques Goldman ne comprend pas pourquoi on n'a pas cet équivalent en France. Alors, il cherche, il écoute. Et pour lui, celle à qui on doit donner ce rôle, c'est Céline Dion.
Extrait d'une interview de Jean-Jacques Goldman :
Jean-Jacques Goldman
Elle, je ne la connaissais pas. Donc, la seule chose qui m'intéressait beaucoup, beaucoup, beaucoup, c'est sa voix, parce que je trouve que c'est une des grandes voix mondiales. Je commence à ne pas être le seul à penser cela puisqu'elle vient de faire un duo avec Aretha Franklin.
Vincent Guillot
Il décide lui-même d'écrire des chansons qu'il va proposer à Céline Dion parce que pour lui, c'est elle qui doit occuper cette place-là sur le terrain français.
Extrait d'une interview de Jean-Jacques Goldman :
Jean-Jacques Goldman
J'avais l'impression de savoir ce qu'il lui fallait et de pouvoir l'aider. Moi, je n'avais pas 36 interprètes pour des chansons comme ça, j'avais envie d'écrire pour une voix comme ça.
Vincent Guillot
Et ça va être l'album "D'eux", qui reste encore aujourd'hui l'album francophone le plus vendu de l'histoire du marché français.
René Angélil
Le disque "D'eux" pour nous, c'est le plus beau souvenir artistique qu'on ait tous les deux, c'est le temps de l'enregistrement quand les chansons sont sorties. Il y avait des chansons pour elle, c'était de A à Z, c'était merveilleux.
Céline Dion
Si Édith Piaf a eu son hymne à elle, je m'aventure en vous disant que Jean-Jacques Goldman m'a écrit "Pour que tu m'aimes encore", qui est devenu mon hymne à l'amour à moi.
[Extrait du clip “Pour que tu m’aimes encore”]
Extrait d'une interview de Jean-Jacques Goldman :
Jean-Jacques Goldman
Je me suis procuré tout ce qui avait été écrit sur elle, toutes les interviews qu'elle avait pu faire et à force, on arrive à mieux distinguer quel personnage elle est, quelles sont les choses qui la touchent, qu'est-ce qu'elle va pouvoir défendre?
Michel Drucker
Et surtout, il a une chose assez extraordinaire. C'est peut-être son côté féminin, il sait vraiment écrire pour les femmes.
Jean-Pierre Pasqualini
Et Jean-Jacques, il a ce génie-là d'être en plus de tout ce qu'on a déjà dit, l'auteur, le compositeur, le mélodiste, il est un super directeur artistique.
René Angélil
Jean-Jacques Goldman qui, lui, lui a appris à déchanter.
Céline Dion
Jean-Jacques m'a donné cette assurance en me disant que c'est OK d'en mettre moins parce qu'on t'entend encore mieux. Ça passe encore plus fort. Laisse les choses mourir quand elles meurent. Laisse ton souffle, prends ton souffle, vis les moments et on a décidé d'appeler ça déchanter. Si vous vous mettez un peu dans ma peau à ce moment-là, je suis une jeune interprète. Même si j'ai un peu de carrière derrière moi, je veux plaire et je veux me surpasser, et je veux me prouver à moi-même et à tous ceux qui veulent bien m'entendre et m'aimer. Je veux leur montrer à quel point je peux sortir de mon corps et me réinventer à chaque fois. Je voulais tellement être capable de tout faire et à chaque fois que j'avais envie, que je pouvais faire quelque chose, j’y mettais tout. J’y mettais tout, non seulement mon cœur et mon âme, mais je mettais tout. Tout ce que la musique me permettait de faire, je le mettais à chaque fois, à chaque fois pour qu'on m'aime. Je ne savais pas à ce moment-là qu'on pouvait faire un peu moins et que les gens aient pu avoir quand même l'envie de dire : "N'en fais pas plus, c'est ça que ça prend". Quand on fait, quand on apprête un plat, on n'est pas obligé de mettre tout ce qu'on a à chaque fois, mais c'est de mettre l'essentiel et les choses au bon endroit. Quand tout est pêle-mêle, ça a l'air de "fouf". Mais quand les choses sont bien placées, il y en a autant ou il y en a un peu moins, mais elles prennent toute leur valeur.
[Extrait du clip "Je sais pas"]
Céline Dion
J'ai comme l'impression que les mots, les phrases, non seulement on les chante, mais les gens ont le temps de les vivre. Les émotions, si elles sont empilées une par dessus les autres, on n'a pas le temps vraiment de les entendre bien, donc ça a été un moment clé dans ma vie.
[Extrait de "Les derniers seront les premiers"]
Jérôme Anthony
Après avoir créé la surprise en se produisant sur scène avec Céline Dion lors d'un concert parisien de la chanteuse à Bercy, c'est sur la scène des Victoires de la musique que Jean-Jacques va s'inviter pour un duo avec Khaled. Ils interprètent ensemble "Aïcha", chanson écrite et composée par Jean-Jacques, qui remporte la victoire de la chanson de l'année en 1997.
[Extrait de "Aïcha" sur scène avec Jean-Jacques Goldman et Khaled aux Victoires de la musique, 1997 ]
Extrait d'une interview avec Jean-Jacques Goldman et Khaled :
Jean-Jacques Goldman
Il y a aussi une musique qui nous réunit, c'est un peu... C'est difficile à définir, des musiques plus modernes, des rythmes un peu plus swingants que lui a adaptés à sa tradition. Moi, je n'ai pas trop adapté, mais ça m'intéressait de faire ça aussi.
Jérôme Anthony
On retrouvera Jean-Jacques Goldman sur scène quelques mois plus tard pour sa nouvelle tournée solo. Dix ans après la sortie de son dernier album, pour le plus grand plaisir de ses fans, le chanteur revient avec un tout nouvel opus "En passant" qui sort le 27 août 97.
Benjamin Locoge
"En passant", ça lui permet de revenir à une idée de simplicité, genre je suis avec ma guitare. Mais "En passant" lui permet déjà de renouer avec la scène en solo, puisque je crois qu'il fait une tournée à Paris, je crois que c'est 28 Zénith, c'est du jamais vu. C'est tous complets comme ça. Ce sont les dates qui sont multipliées par trois, par quatre. Aujourd'hui, quand un artiste fait trois soirs de suite à Lille, c'est limite si on n'en entend pas parler pendant deux ans. À l'époque, il fait parfois jusqu'à huit soirs dans les villes. C'est... Tout le monde veut le voir. Il sort de Céline Dion. Il a ce disque qui marche très, très fort, même s'il n'y a pas ses meilleures chansons. C'est le début d'un retour en solo et on pense en 97 que ça va être comme ça, que cette affaire va se finir au Stade de France, qu’il va dépasser Johnny Hallyday et que l'on ne voit pas ce qui pourrait l'arrêter. Mais alors, vraiment pas.
Vincent Guillot
Jean-Jacques Goldman, sur ses derniers albums, a vachement espacé les années entre chaque album. Quand il revient en solo avec "En passant", qui est un de ses très, très bons albums, il fait un succès phénoménal. Les gens l'attendent. C'est la folie. Cet album se vend énormément, il y a une tournée derrière qui est exceptionnelle.
Jérôme Anthony
Et si la tournée "En passant" remporte un véritable succès, sur scène, Jean-Jacques et ses musiciens ne boudent pas leur plaisir et nous gratifient d'une version très originale de la chanson "Pas toi".
[Extrait de "Pas toi" version live]
Michael Jones
L'idée de Jean-Jacques au départ était de faire toutes les versions connues. Donc il y avait la version originale, il y avait la version Fredericks Goldman Jones à trois voix et il y avait la version Melgroove.
[Extrait du clip de “Pas toi” de Melgroove]
Michael Jones
Les deux versions ne posaient aucun problème. On est arrivé sur la version Melgroove et on était, mais mauvais, mais tellement mauvais qu'on a dit qu'on ne peut pas faire ça. Elles vont croire qu'on se fout de leur gueule et c'est parti “en waï”. Comme on s'amusait souvent, on est partis sur un boeuf : “Tiens on n'a qu'à le faire en reggae” et on est partis à faire toutes ces versions totalement débiles et tout à coup, Jean-Jacques a dit : “Mais non, c'est ça qu'il faut faire !”. Et donc, on a repris le bœuf et on a vraiment choisi les moments les plus drôles et c'est devenu ça, mais c'est parti d'un délire de musiciens en studio de répétition.
[Extrait de "Pas toi" en concert]
Extrait de la répétition du DVD bonus live :
Jean-Jacques Goldman
Et tout à coup, nous, à cinq, on va faire : "Quoi que je fe fe fe fasse".
[Extrait des répétitions et de la chanson et multi versions sur scène]
[Extrait du clip " J'en rêve encore" de Gérald de Palmas]
Jérôme Anthony
En 2000, alors qu'il est en manque d'inspiration, le jeune chanteur Gérald de Palmas demande à Jean-Jacques de l'aider et encore une fois, la magie Goldman va opérer.
Benjamin Locoge
Qui, à l'époque, pouvait se permettre de sortir de quasiment nulle part, même si Gérald avait dix ans de carrière, mais tout à coup, il arrivait à vendre 2,6 millions. Goldman a encore frappé. Il y a un son, il y a une évidence, il y a une mélodie et ça marche tout de suite. On a l'impression que n'importe qui en fait, une fois que Goldman vous apporte un titre, c'est la clé du succès.
Jérôme Anthony
En juin 2001, quelques jours avant le concert exceptionnel qui doit réunir Carole, Michael et Jean-Jacques sur la scène du Club Med World à Paris, une tragique nouvelle tombe.
Extrait d'un JT :
Présentatrice JT
Une très belle voix s'est éteinte au Sénégal. La chanteuse américaine Carole Fredericks est décédée d'une crise cardiaque dans une clinique de Dakar. Elle avait donné un concert la veille dans un grand hôtel de la ville. Une artiste qui vivait en France depuis une vingtaine d'années. Elle s'était fait connaître aux côtés de Jean-Jacques Goldman et du guitariste Michael Jones. Une chanteuse amoureuse de musique soul...
Jérôme Anthony
Profondément marqué par cette disparition, Jean-Jacques doit trouver la force de continuer. Il sort en novembre 2001 son nouvel opus intitulé "Chansons pour les pieds". Le public ne le sait pas encore, mais ce sera son dernier album.
[Extrait du clip "Ensemble"]
Benjamin Locoge
On n'imagine pas que ce sera son dernier album à l'époque. Mais il renoue avec son côté "J'ai envie de faire danser les foules". Il renoue avec son côté tubes. Il y a cette chanson qui s'appelle "Ensemble", qui est un véritable hymne. Ça fait un peu con de dire ça aujourd'hui, mais il y a ce côté solidaire, il y a ce côté c'est une chanson politique et à la fois, il y a des choses très rock. Il utilise plein de styles. Il y a beaucoup de... ça lorgne un petit peu vers la musique irlandaise. Enfin, il essaye. C'est un disque que je trouve très, très, très réussi.
[Extrait du clip "Tournent les violons"]
Vincent Guillot
C'est un album qui va quand même se vendre, les gens l'attendent, mais à part un petit peu "Tournent les violons", il n'y a pas de gros succès, il n'y a pas de chansons qui ont marqué. On sent peut-être une panne d'inspiration.
Benjamin Locoge
Et s'ensuit une tournée, là pareil, il va encore battre tous les records d'affluence. Là, je crois que c'est 30 Zénith à Paris complets alors qu'il pourrait faire 2 Bercy, 3 Bercy même complets, non ! Il veut jouer dans des salles à taille humaine. Il impose des prix de billets. Il a construit une scénographie délirante sur la chanson "Envole-moi" : la scène se lève comme ça. Ils sont tous harnachés et ils se retrouvent à jouer à 90 degrés face au-dessus du public.
[Extrait de "Envole-moi", tournée 2002]
Jérôme Anthony
Après cette ultime tournée, Jean-Jacques, tout juste remarié, décide de se consacrer davantage à sa vie de famille et s'installe près de Marseille.
[Extrait de Fréquenstar, 2001 “La vie c’est mieux quand on est amoureux”]
Jérôme Anthony
Et si ce père de famille au foyer s'occupe de ses trois petites filles, il met un point d'honneur à s'impliquer dans le spectacle annuel des Restos du Cœur.
Michel Drucker
Vous savez, les "Restos du Cœur”, ça ne se fait pas comme ça. Il y a souvent dans une chanson, la découpe est telle qu'il y a quatre ou cinq artistes qui se succèdent, c’est des medleys incroyables. Je crois qu'il y passait six mois dans l'année. La moitié de son temps, il travaille pour les "Restos". C'est lui le patron, et c'est lui qui décide de tout ça.
Michael Jones
Il faut savoir que sur les "Enfoirés", Jean-Jacques, pendant les répétitions et les premiers spectacles, ne dort pas à l'hôtel. Il dort dans sa loge, dans une loge aménagée pour lui sur place, et il reste jusqu'à très tard à re-visionner les images. Il travaille dès le début des répétitions avec les musiciens. C'est un travail de forçat pendant ces jours-là.
[Extrait de "Au bout de mes rêves" par les Enfoirés]
Jérôme Anthony
Et les Restos sont aussi l'occasion pour Jean-Jacques de rencontrer de jeunes artistes pour lesquels il retrouve du plaisir à composer, comme Garou.
[Extrait du clip" C'est du vent" de Garou]
Jérôme Anthony
[Extrait du clip " C’est dit" de Calogero]
Jérôme Anthony
Ou encore son ami Patrick Fiori.
[Extrait du clip" Je sais où aller" de Patrick Fiori]
Interview de Patrick Fiori :
Patrick Fiori
C'est un garçon qui me cerne vachement bien et qui me sert très, très bien. Et à chaque fois, il a cette élégance, vraiment, de poser les mots là où il faut, sur les notes qu'il faut. Et c'est terrible, parce qu'à chaque fois, je me dis que ces chansons, j'aurais pu les écrire tellement elles sont personnelles et tellement elles me vont bien. Voilà, c'est toujours un régal.
Jérôme Anthony
En 2010, la nouvelle idole des jeunes, Matt Pokora, décide de reprendre le titre "À nos actes manqués".
[Extrait du clip "A nos actes manqués" par Matt Pokora]
Matt Pokora
Au moment où j'ai eu cette idée-là avec mon manager à l'époque, on arrivait sur les beaux jours et on écoute, on est en train de parler et dans le fond, il y a les titres de Jean-Jacques qui passent, parce qu'on est tous les deux des grands fans de la musique de Jean-Jacques. Et à un moment, il y a "A nos actes manqués". Et en discutant, on se dit : “Mais pourquoi on n'essayerait pas d'en faire une version ?” Et puis, à ce moment-là, je suis rentré en studio. J'ai tout fait dans mon coin. Je voulais une petite version un peu ensoleillée, avec une rythmique afro caribéenne. Je l'ai fait passer à Jean-Jacques. A l'époque, je n'avais jamais rencontré Jean-Jacques. C'était important pour moi d'avoir son ressenti. Et si lui n'aimait pas ou ne cautionnait pas, je ne l'aurais pas sorti. Il m'a répondu directement, me disant qu'il était toujours touché de voir ses morceaux repris, que ce soit par des chanteurs ou dans des cours de récré. Et surtout que ma version lui semblait actuelle et fidèle à l'originale en même temps. Voilà, il me souhaitait bon courage. À ce moment-là, je me suis dit OK, on va le sortir.
Extrait de Fréquenstar, 1998 :
Jean-Jacques Goldman
C'est très simple, c'est une consécration. Je trouve qu'à partir du moment où ta chanson existe sans toi pour l'interpréter, pour moi c'est gagné, c'est-à-dire que tu as fait quelque chose. C'est comme un enfant qui s'éloigne de toi. Tu as réussi ça. Tant que ta chanson n'existe que par ton interprétation, c'est parce qu'il y a un attachement à toi plus qu'à la chanson. A partir du moment où quelqu'un est capable de reprendre une chanson, comme Céline qui reprend "Puisque tu pars" ou des choses comme ça, pour moi, c'est la réussite. Pour moi, j'ai réussi quelque chose.
Matt Pokora
Cette version a été 8 semaines numéro 1 et ça reste aujourd'hui le plus gros succès en termes de single de ma carrière et au final, maintenant aujourd'hui je vois que ça a touché toutes les générations et que dans mes concerts, tout le monde est debout, que ce soit de 7 à 77 ans, tout le monde lève les bras, tout le monde la chante.
[Extrait de "Envole-moi" par Tal et Matt Pokora dans "Génération Goldman"]
Jérôme Anthony
En 2012, fort de ce succès qui donne une nouvelle impulsion à sa carrière, Matt Pokora accepte un projet que vient de lui proposer MyMajorCompany, la société de Michael Goldman, le fils de Jean-Jacques. Il propose de réunir des jeunes artistes sur un album intitulé "Génération Goldman".
Matt Pokora
Après le succès, justement de "A nos actes manqués", les producteurs de "Génération Goldman" ont eu l'idée justement de faire cet album "Génération Goldman" et m'ont dit : "Bon, on ne pouvait pas faire la "Génération Goldman" sans te demander" et ils m'ont dit : "Voilà, t'es le premier qu'on appelle. Tu choisis quel morceau tu veux reprendre, si tu veux le faire seul ou avec quelqu'un." Etc...
Benjamin Locoge
Jean-Jacques Goldman donne un petit coup de main à son fils pour monter sa boîte. Je trouve cela plutôt sympa.
[Extrait de "Famille" dans “Génération Goldman"]
Benjamin Locoge
Je suis beaucoup plus critique envers les albums hommages, mais bon, ça s'est vendu à presque un million d'exemplaires. Donc ça prouve quand même qu'il y a un attachement au personnage Goldman, un attachement réel à ses chansons.
Monique le Marcis
Ce qui prouve que toutes les chansons de Goldman ont encore leur actualité et n'ont pas pris une ride. C'est ce que je lui avais écrit à l'époque. J'ai dit : "Jean-Jacques, chacune de vos chansons interprétées par des interprètes d'aujourd'hui, pourrait être encore écrite aujourd'hui.”
Benjamin Locoge
Quand on reprend vos chansons, c'est quand même super. Ça les fait vivre. Surtout quand on est un artiste comme Goldman qui, aujourd'hui, ne chante plus, le fait d'être chanté par les autres, ça fait vivre son propre répertoire. C'est génial et tant mieux. C'est le bon côté des choses.
Jérôme Anthony
En 2016, pour son nouvel album francophone, Céline Dion n'hésite pas à faire appel à Jean-Jacques afin qu'il lui écrive une chanson très particulière.
[Extrait du clip "Encore un soir" de Céline Dion]
Céline Dion
Jean-Jacques, c'est quelqu'un qui fait partie de mes bagages. Jean-Jacques a tout écrit pour moi et sachant que je voulais enregistrer un nouvel album français, je me suis permis de lui faire un petit coup de fil en lui disant : "Écoute Jean-Jacques, je ne veux pas abuser. Je sais que tu as tout écrit pour moi. J'en suis super reconnaissante, mais ce qu'on vit en ce moment est tellement important. Si jamais tu peux me donner un peu ta petite magie.”
Extrait d'une interview de Jean-Jacques Goldman :
Jean-Jacques Goldman
Cette fois-ci, elle est venue avec une idée. C'est elle qui m'a demandé : "Est-ce-que tu peux faire une chanson qui parle du temps qui passe ?" Et puis, en y réfléchissant, cette chanson m'est venue donc je lui ai proposé.
Michel Drucker
Et pourtant, il avait tout dit. Elle me l'avait dit, Céline : "Mais qu'est-ce que je peux demander de plus à Jean-Jacques? Il a tout écrit pour moi." Comme il connaissait très bien René, etc.. il lui a écrit une chanson formidable sur la fin du parcours et on ne peut pas écrire une plus belle chanson qui n'est pas larmoyante. Et la musique ? La mélodie est extraordinaire. Elle chante ça de façon formidable.
Jérôme Anthony
En mai 2016, Jean-Jacques surprend le public en annonçant officiellement qu'il quitte les "Enfoirés".
Vincent Guillot
Jean-Jacques Goldman sait que les "Enfoirés" ont besoin d'être renouvelés, parce qu'il a cette intelligence, parce qu'il connaît le spectacle. Donc il sait que ça a besoin d'être renouvelé. Et pour être renouvelé, il faut du sang neuf. Et lui sait qu'il a un peu cette image de statue du commandeur et que pour que ça change, il doit partir comme un entraîneur de foot qui a eu du succès pendant 20 ans, mais à un moment il faut quelqu'un d'autre.
Michael Jones
En tout cas, une chose dont je suis sûr, c'est que Jean-Jacques n'aurait pas dit, n'aurait pas pris cette décision s'il ne savait pas qu'il y avait ce qu'il fallait en place pour le remplacer. Ça, c'est une évidence.
Jérôme Anthony
“2016. À 65 ans et après 30 ans "d'Enfoirés", je crois qu'il est temps de passer la main. Je n'ai plus la créativité, les idées, la modernité que nécessite une telle émission. Je vais arrêter quelques années. J'ai l'intention de voyager. Je reviendrai avec grand plaisir dans quelques années, si l'on m'invite et si je suis encore présentable.”
Michael Jones
il ne fait plus de musique. On parle, on mange ensemble, on mange des pâtes, des trucs comme ça...
Michel Drucker
J'aurais tellement voulu qu'il continue encore un peu. Encore un peu. Et moi, je pensais qu'il allait revenir sur scène pour que ses filles, ses petites filles voient leur papa sur scène. Mais je crois que le vrai bonheur de Jean-Jacques, c'est d'écrire pour les autres.
Vincent Guillot
Et ça peut poser une question sur la suite de la carrière de Jean-Jacques Goldman. Est-ce que Jean-Jacques Goldman en a marre du succès, de la notoriété, de l'exposition ou est-ce que ça arrive à plein d'artistes, l'inspiration n'est plus trop là ? Et comme c'est quelqu'un de lucide et d'intelligent, plutôt que de sortir des disques moyens, il préfère ne pas en sortir, peut-être aussi ? C'est une question qu'on se pose. Mais en tout cas, on est déjà ...pas dans un déclin, on ne sait jamais avec lui, il est capable de ressortir un nouvel album après-demain. Je pense qu'il ne nous enverra pas de faire part et qu'il le sortira comme ça.
Laurent Boyer
Moi, il n'y a qu'un truc qui m'emmerde, c'est qu’il n'est pas là depuis dix ans. Et voilà, c'est gênant. Je pense que les gens l'attendent, peut-être qu'il reviendra, je le souhaite.
Matt Pokora
C'est quelqu'un qui manque aussi au paysage musical français. Je donnerais tout pour le voir, ne serait-ce qu'une dernière tournée, le voir sur scène reprendre tous ses tubes... S'il y en a un aujourd'hui qui pourrait remplir un Stade de France quinze jours d'affilée, c'est bien lui.