Dans l’ombre de Goldman – Érick Benzi

Dans l’ombre de Goldman – Érick Benzi

L’Avenir, Côté mag, 18 octobre 2025 , 18 octobre 2025

Il fait partie des hommes de l’ombre sans qui les albums des plus grands ne seraient pas ce qu’ils sont. La preuve, il a travaillé avec des célébrités comme Florent Pagny, Johnny Hallyday et Céline Dion. Mais s’il y a quelqu’un qu’il connaît bien, c’est Jean-Jacques Goldman. Il a été aux manettes de plusieurs de ses disques, dont ceux avec Carole Fredericks et Michael Jones. Plus qu’un collaborateur du chanteur, il peut se targuer de faire partie de son cercle de proches, d’être son ami.

De sa voix douce, il vient nous parler d’Héritage Goldman 2 dont il est le directeur artistique. Ce nouveau spectacle mettant à l’honneur les morceaux du golden-boy de la chanson française passe par Forest National ce dimanche 19 octobre.

Charles Van Dievort : Quelle différence y a-t-il entre le premier Héritage Goldman et la deuxième version qui arrive le 19 octobre ?

Érick Benzi : Hormis le fait que l’équipe était remaniée, parce que Michael (Jones, NdlR) a arrêté, ce qui était prévu, on a laissé la place à la nouvelle génération et on a un peu changé le répertoire. On a ajouté des chansons que Jean-Jacques a écrites pour les autres.

Charles Van Dievort : Vous soumettez tout à Jean-Jacques Goldman ? Il faut son aval ?

Érick Benzi : Pas du tout. Il n’en a un peu rien à faire. Il me dit : "je te fais confiance". C’est plus par amitié pour lui que je lui en parle, ce sont quand même ses chansons. Lui, il ne veut pas s’en mêler, il est juste heureux de savoir qu’il y a de jeunes générations qui chantent ses chansons. Et des gens heureux de venir taper des mains et chanter.

Charles Van Dievort : Il y a une marque de fabrique Jean-Jacques Goldman. On entend deux ou trois mesures, on sait que c’est une de ses chansons…

Érick Benzi : C’est l’avantage avec Jean-Jacques. Comme tout n’est pas basé uniquement sur sa voix mais aussi sur l’écriture, il suffit de respecter l’émotion qu’il a donnée au moment où il a écrit la chanson pour que ça soit juste. Et même si la voix est assez différente, les gens s’y retrouvent. Ils arrivent à oublier pendant deux heures que Jean-Jacques n’est pas là. Parce que la chanson est forte, les textes sont là, et la manière d’interpréter dégage le même style d’émotion que Jean-Jacques a voulu donner. Ce n’est pas une parodie.

Charles Van Dievort : Comment était-ce de travailler avec lui ?

Érick Benzi : La seule chose que je puisse faire, c’est comparer avec les autres. Avec Jean-Jacques, ça a toujours été un rythme sans aucune pression. Au lieu de faire un album et de se dire qu’on y va à fond pendant quelques mois, on travaillait sur quatre titres, on arrêtait un mois, puis on revenait sur quatre titres, le temps de digérer ce qu’on a fait. On mettait neuf mois pour faire un album mais par tranches. Il n’y a jamais eu de pression, ça s’est toujours fait dans la facilité.

Charles Van Dievort : Quel était votre rôle quand vous travailliez avec lui ?

Érick Benzi : J’étais apporteur d’idées, le réservoir d’idées. Donc, je pouvais explorer les choses. Lui, il disait oui ou non, c’est le jeu. Ça me permettait de dire : "si on mettait un chœur d’Armée Rouge là ?" Ou : "si on mettait des voix bulgares ?" Ce qui était cool à l’époque, c’est qu’il n’y avait pas de problème de budget. On pouvait se permettre de faire des expérimentations qu’on ne pouvait pas faire avec des artistes qui débutaient. Car avec ces derniers, il fallait faire attention au quota de radio et il y avait des contraintes musicales. Avec Jean-Jacques, on était libre de mettre du violon ou de la vielle à roue sur un truc du Top 50.

Charles Van Dievort : Elle s’explique comment cette magie Jean-Jacques Goldman ?

Érick Benzi : Je ne sais pas, il y a un truc qui vient comme ça. Ce qui est certain, c’est qu’il aime les gens et qu’il est là pour leur raconter une histoire avec sincérité. Et puis, c’est un excellent songwriter. Il sait faire des mélodies qui touchent, avec des mots simples mais pas simplistes. Il n’en fait pas trop non plus. Je pense que c’est ça qui a marché, cette espèce de sincérité, de ne pas tricher, et dire les choses avec talent. Et puis, l’intelligence aussi, de ne pas trop jouer la star. C’est un mec simple qui aimait sa vie d’avant, corder des raquettes de tennis dans le magasin de sport, et qui trouvait que sa vie de musicien était aussi sympa. C’est quelqu’un qui dit bonjour, au revoir, boit de l’eau, fait du vélo. Il n’a pas une Rolls… La scène ne lui manque pas. Il n’a pas besoin d’avoir cet orgasme sur scène avec des gens qui l’adulent comme l’expliquait Mick Jagger. Ni de mourir sur scène comme l’avait déclaré Aznavour. Jean-Jacques Goldman est devenu chanteur par dépit. C’est parce qu’il n’arrivait pas à placer ses chansons qu’il les a chantées lui-même. Et ça a marché. Mais en vérité, sa vraie passion, c’est d’être seul dans son studio et d’écrire des chansons. Il ne se considère pas comme le meilleur artiste du monde. Les meilleurs, pour lui, ce sont les autres. Vocalement, il considère qu’il n’est pas un chanteur. Pas comparé à Céline Dion, par exemple. Il dit qu’il n’est pas capable de faire ce qu’elle fait. Cette humilité, cette sincérité, ça joue.

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Infos pratiques
  • Auteur : Charles Van Dievort
  • Retranscription : Luc Andries
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