L’histoire de "La chanson des restos"
Nos chansons ont une histoire, Vivacité, RTBF Radio, 14 juillet 2024 , 14 juillet 2024
Hugues Hamelynck : Dans un instant, avec Jonatan Cerrada, nous vous racontons dans Nos chansons ont une histoire, l'histoire de "La chanson des restos", signée Les Enfoirés.
[Fond sonore : "Aujourd'hui, on n'a plus le droit, D'avoir faim ni d'avoir froid, Dépassé le chacun pour soir, Quand je pense à toi, je pense à moi, Je te promets pas le grand soir...", "La chanson des restos"].
Jonatan Cerrada : Oui, quand Coluche contacte Goldman pour lui passer commande de cette chanson, le brief c'était : "Il nous faut un truc qui cartonne et qui nous fasse gagner beaucoup d'argent" ! Le pari a été relevé.
Hugues Hamelynck : On peut dire que le pari a été relevé. Goldman aurait-il la recette du succès ? Alors que dans le métier, tout le monde dit qu'il n'y a pas de recette ?
Jonatan Cerrada : Si, il y a une place pour le doute, encore.
Hugues Hamelynck : Mais c'est vrai que Goldman est peut-être le seul à l'avoir vraiment cette recette. On raconte l'histoire de "La chanson des restos" dans un instant. Restez avec nous.
[Pause, puis fond sonore : "Aujourd'hui, on n'a plus le droit, D'avoir faim ni d'avoir froid, Dépassé le chacun pour soir, Quand je pense à toi, je pense à moi...", "La chanson des restos"].
Hugues Hamelynck : 1986, la chanson des Restos du Cœur.
Jonatan Cerrada : Oui, cette histoire des Restos du Cœur et de leur chanson, c'est l'histoire d'une formidable idée lancée en septembre 1985 par Coluche sur une radio française, Europe 1. Ils lancent juste une idée comme ça, un resto qui aurait comme ambition de départ de distribuer 2.000 à 3.000 couverts par jour en hiver. C'est ce qu'ils proposent. Et cette super initiative s'inscrit dans une époque particulière : dans le milieu des années '80, les occidentaux comprennent que les malheurs du monde ne sont pas irrémédiables, et réalisent que chacun peut faire quelque chose pour secourir ceux qui en ont besoin. Avant, on posait, c'est vrai, des affiches sur les murs, avec écrit en très gros "Envoyez vos dons". Mais dans les années '80, lorsqu'une famine terrible ravage l’Éthiopie, pendant plus d'un an, le monde entier va reprendre en chœur des chansons enregistrées par les plus grands artistes pour récolter de l'argent pour la cause. Les premiers qui ont cette idée, ce sont les Anglais. Ils vous vendre des millions de 45 tours avec cette chanson : "Do They Know It's Christmas?".
[Fond sonore : "...this Christmastime, The greatest gift they'll get this year is life, Where nothing ever grows...", "Do They Know It's Christmas?", Band Aid]
Jonatan Cerrada : Et cette initiative va inspirer beaucoup de gens. Les Américains ensuite, qui vont se réunir sous la direction de Michael Jackson et le producteur Quincy Jones. Celle-ci, on la connaît encore plus.
Hugues Hamelynck : USA for Africa ?
Jonatan Cerrada : Oui : "We Are The World".
[Fond sonore : "We are the world, We are the children, We are the ones who'll make a brighter day, So let's start givin'...", "We Are The World", USA for Africa].
Hugues Hamelynck : Elle est, heu... irrésistible. Au poilomètre – vous connaissez le poilomètre ?
Jonatan Cerrada : Le poilomètre ?
Hugues Hamelynck : C'est quand les poils se dressent.
Jonatan Cerrada : Ah ! Oui.
Hugues Hamelynck : Ça marche à tous les coups, hein.
Jonatan Cerrada : Elle pète tous les scores, là...
Hugues Hamelynck : Et il y a un documentaire, d'ailleurs, sur une plateforme qu'on ne peut pas citer, qui raconte l'histoire de cette chanson et de cet enregistrement. C'est fascinant. Franchement, on vous invite à aller le regarder.
Jonatan Cerrada : La France, elle aussi, elle veut apporter son aide et en '85, toujours la même année, les Chanteurs sans frontières réussissent à récolter l'équivalent de trois millions et demi d'euros (quand même !) avec cette chanson-ci :
[Fond sonore : "Loin du cœur et loin des yeux, De nos villes, de nos banlieues, L'Éthiopie meurt peu à peu, Peu à peu...", "Éthiopie", Chanteurs sans frontières].
Jonatan Cerrada : c'est donc une période particulière, avec beaucoup de chansons qui servent justement à récolter des fonds. Et si pour les Chanteurs sans frontières, c'est Renaud qui avait écrit la chanson "Éthiopie", pour les Restos du Cœur, c'est Coluche qui va faire appel à Goldman, avec comme brief, donc : "Il nous faut un truc qui cartonne et qui nous fasse gagner beaucoup, beaucoup d'argent". Jean-Jacques Goldman demande alors : "Pour quand il te la faut ?" Il lui répond : "La semaine prochaine !" Le chanteur la boucle en 3 jours ! Cette fois, plutôt que de réunir un maximum de chanteurs, Goldman réalise un casting hyper resserré, select, avec Coluche, les stars du cinéma Nathalie Baye, Yves Montand, Deneuve, le footballeur Michel Platini, l'homme de télé Michel Drucker et Goldman lui-même comme seul chanteur. Le 45 tours sort en '86 et entre numéro 8 du top 50. La chanson y restera 13 semaines consécutives dans le top. Et au printemps, la campagne des Restos du Cœur terminée, 5.000 bénévoles ont distribué 8 millions de repas. C'est énorme ! Le 19 juin '86, Coluche se tue en moto et cette aventure, hélas, a continué : 100 millions de repas sont distribués chaque année. La chanson – on ne le sait pas – n'a jamais atteint la première place lors de sa sortie ! Elle restera en deuxième place derrière l'indétrônable "Capitaine abandonné" de Gold.
[Fond sonore : "Ohé, ohé, capitaine abandonné...", "Capitaine abandonné, Gold]
Hugues Hamelynck : Ah ouais, moi je pensais qu'ils avaient un jour occupé quand même la place numéro 1.
Jonatan Cerrada : Non ! Ils n'ont jamais occupé la première place mais pourtant, ça n'a pas empêché d'en faire un classique.
Hugues Hamelynck : Non, ça n'a absolument aucune importance, c'est certain. Et comme le disent eux-mêmes les Enfoirés chaque année lorsqu'on voit leur spectacle, à la fois c'est un plaisir de voir leur spectacle mais on aimerait surtout qu'il n'ait plus besoin d'exister, et qu'on puisse se passer de ce qu'on appelle (je déteste le mot) le charity business. Les Restos du Cœur, "La chanson des restos" signée Jean-Jacques Goldman, c'est ce qu'on écoute tout de suite.
[Diffusion du titre "La chanson des restos"]
