Influences majeures pour Jean-Jacques Goldman
La chanson du dimanche, 11 octobre 2021 , 11 octobre 2021
Eric Jean-Jean
Salut à tous, bon lundi ! J'espère que vous allez bien. Hier, il n'y a pas eu de chanson du dimanche, et pour cause puisqu'aujourd'hui, c'est vrai, c’est lundi, mais c’est lundi 11 octobre. Et le 11 octobre, c'est l'anniversaire de Jean-Jacques. Alors on va essayer de lui souhaiter un bon anniversaire mais à notre façon. On a beaucoup parlé de Jean-Jacques Goldman ces derniers temps, et surtout moi d'ailleurs, mais vraiment beaucoup, et ce soir encore une fois à la télévision dans un documentaire. Donc je ne vais pas vous parler de lui à proprement parler. D'ailleurs, Jean-Jacques, si tu m'écoutes, je te demande pardon tellement on a parlé de toi, je sais que tu n'aimes pas trop ça.
Bref, je vais vous parler de Jean-Jacques et des influences majeures dans sa vie qui ont fait que, probablement, il est devenu l'artiste Jean-Jacques Goldman tel qu'on le connaît.
On va commencer par un titre d'un Français, enfin, pas tout à fait français d'ailleurs, il est né à Monaco et il est mort en Toscane en 1993. Il s'appelle Léo Ferré.
[Extrait audio de "La solitude" de Léo Ferré]
"La solitude", une chanson importante. "La solitude", Léo Ferré. Alors, quel est le lien entre Léo Ferré et Jean-Jacques Goldman ? Je vous explique : Jean-Jacques Goldman a, je dirais une petite vingtaine d'années, il est étudiant à l'Edhec, à Lille, il partage sa chambre avec son pote Jean Max. Jean-Jacques est fou de musique progressive. La musique progressive, c'est Pink Floyd, Genesis. D'ailleurs, lui, ne veut entendre parler que de chansons en anglais, y compris dans ce qu'il fabrique. Rappelez-vous Taï Phong, voire même les Phalansters.
Mais un jour, il décide d'aller voir Léo Ferré.
Pourquoi ? Parce qu'il est fan d'un groupe qui s'appelle Zoo. C'est un groupe qui naît à la fin des années 60 et qui ne va pas durer très longtemps. Ils se sont reformés après, mais entre 69 et 72 ou 73, il va être très important dans la musique en France. C'est hyper intéressant et Jean-Jacques adore ce groupe-là qui fait des chansons avec Léo Ferré, l'accompagnent sur scène.
Lorsque Jean-Jacques l’apprend, il décide d'aller les voir jouer.Ils faisaient la première partie puis jouaient ensuite avec lui. Il y va donc et pendant ce concert, et alors qu'il est venu voir le groupe Zoo, il se rend compte de la puissance des mots chantés en français par Léo Ferré et à partir de là, il va vouloir écrire des chansons en français. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a commencé à faire ses propres chansons et qu’il va s'éloigner de Taï Phong. Donc, c'est une influence majeure dans la construction de l'artiste qui chante en français.
- Ensuite, on va parler du guitariste. Alors là, cette fois-ci, je pense qu'on peut situer ça pendant l'adolescence. Il va à Londres, en Angleterre où il fait un voyage, ces fameux voyages linguistiques, on en a tous plus ou moins fait, on va dans une famille, c'est un peu la fête, c'est cool... Et un jour, il entre dans un pub et il entend ça :
[Extrait de "Hey Joe" de Jimi Hendrix]
C'est la guitare de Jimi Hendrix dans le jukebox ! La guitare de Jimi Hendrix ! Jimi Hendrix est un personnage hors-norme. Je ne sais pas, d'ailleurs, si c'est ce genre de personnage qui fascine Jean-Jacques. Parce que Jimi Hendrix, qui fait partie du club des 27 et qu'on a retrouvé mort à Londres, est né à Seattle. Il a eu une enfance chaotique. C’est son père qui s'est occupé de lui... ce n'est pas très beau à voir, il faisait des bêtises, du coup il a été obligé d'aller à l'armée mais en est reparti.
Puis il joue de la musique et est découvert par un homme, le bassiste d'un groupe qui s'appelle The Animals, et qui l'emmène des Etats-Unis à Londres et qui devient dans un premier temps la coqueluche de Londres puis celle du monde entier. Une carrière météorique, seulement quatre ans pour Jimi Hendrix, mais suffisamment pour que sa chanson soit dans le box d'un pub en Angleterre et que ça marque Jean-Jacques Goldman.
- Un autre personnage qui va le marquer un petit peu plus tard dans l'adolescence, c'est Bob Dylan. Alors ça, c'est un concert de Bob Dylan à l'Olympia auquel Jean-Jacques va assister. Il l'a raconté dans les interviews, au fond de la scène, il y avait un très grand drapeau américain, il ne parlait pas beaucoup aux gens...
[Extrait de "Blowin' in the wind" de et par Bob Dylan]
Alors là, c'est intéressant, vous avez compris ce que Jimi Hendrix a apporté au monde de Jean-Jacques, et ça, c'est l'apport de Dylan. Dylan, c'est un "songwriter" : c'est une personne qui écrit des chansons. Cette chanson, en l'occurrence, il l'a écrite à 22 ans en dix minutes et ça va devenir le porte-étendard de la lutte contre la guerre du Vietnam. C'est ce qui va créer ce qu'on appelle une "protest song". Ce qui intéresse Jean-Jacques, c'est justement l'engagement au travers d'une chanson et le fait d'être un "songwriter". Un "songwriter" : c'est un type qui respire le temps, qui comprend une époque et qui transforme ça en chanson. Imaginez : la guitare de Hendricks, les paroles, les mots en français de Léo Ferré et l'état d'esprit de Bob Dylan qui consiste à comprendre une époque !
- Je termine enfin avec une dernière influence, mais pas des moindres, c'est elle :
[Extrait de "Think" par Aretha Franklin]
Aretha Franklin ! Cette chanson, c'est d'ailleurs cette version qui a été ré-enregistrée en 1980 pour la B.O. Des Blues Brothers et qui va de nouveau faire d'elle une star chez les jeunes. La voix d'Aretha, c'est un choc pour Jean-Jacques. A ce moment-là, Il est adolescent, est en train de se construire et entre dans une boîte de nuit où il entend la voix d'Aretha, ça va tout changer dans sa vie. S'il y a eu Céline Dion, Sirima, peut-être Carole Fredericks, c'est parce qu'il avait en tête la voix d'Aretha et qu'il adore les grandes voix. Peut-être même Johnny, qui n'a pas la voix d'Aretha Franklin, mais qui, lui aussi, est une grande voix.
Donc voilà, c'est très important : le groove, la soul de cette dame qui, en plus, et encore une fois, ça se recoupe avec des valeurs qui ont été défendues par Jean-Jacques Goldman.
C'est aussi la fille d'un pasteur qui était aussi un ami de Martin Luther King. D'ailleurs, cette chanson "Freedom" est sortie quasiment un mois avant la mort du pasteur, du coup, elle a été chantée à son enterrement. C'est une chanson qui parle de libération de la femme : "You better think about what you're trying to do to me" c'est-à-dire "tu devrais bien réfléchir à ce que tu es en train de me faire et ce que tu m'as fait". C'est une chanson qui parle des femmes. Aretha Franklin s'est battue pour les femmes, elle a lutté évidemment pour les droits civiques aux Etats-Unis auprès des Afro américains. Elle a été une militante féministe avec la chanson "Chain of fools" et a lutté contre la guerre du Vietnam.
C'est une artiste incroyable, une voix insensée, des Grammy Awards, elle a chanté à l'investiture du président Obama. Mais c'est aussi, au-delà d'une artiste hors-normes, un être humain incroyable qui a été de tous les combats importants.
Pour Jean-Jacques, c'est Léo Ferré, Jimi Hendricks, Bob Dylan, Aretha Franklin dans la tête d'un ado, d'un jeune homme qui se construit. Je pense que ça a été important pour l'œuvre de Jean-Jacques qui fête aujourd'hui, vous l'avez compris, son anniversaire.
Merci de me suivre. On va arrêter, Pénélope et moi, de vous parler de Jean-Jacques pendant quelque temps parce que j'ai l'impression qu'on en a beaucoup parlé. Pour l'instant, on souhaite un bon anniversaire à Jean-Jacques. Bonne journée à vous ! Bonne semaine et à dimanche prochain. Tu dis au revoir Pénélope ?