Eddy Przybylsky évoque la jeunesse de Jean-Jacques Goldman

Eddy Przybylsky évoque la jeunesse de Jean-Jacques Goldman

Le 6/8, Vivacité, RTBF, 5 octobre 2021 , 5 octobre 2021

Sara De Paduwa : Eddy Przybylsky, qui connaît beaucoup l'histoire de la musique, Eddy, évocation.

[Fond sonore : "Quand la musique est bonne", Jean-Jacques Goldman]

Sara De Paduwa : Aujourd'hui, on parle de Jean-Jacques Goldman, un peu avant l'heure parce qu'il va fêter son anniversaire, ses 70 ans, lundi prochain, le 11 octobre. Et quand on se dit que Jean-Jacques Goldman a 70 ans, on prend un petit coup de vieux...

Eddy Przybylsky : C'est le 11 octobre 1951, il n'y a rien à faire, vous pouvez calculer. Il n'a que 8 ans de moins que Johnny Hallyday. C'est assez sidérant. Mais Johnny était là à 16 ans, en 1960. Le premier succès de Goldman, "Il suffira d'un signe", c'est la toute fin de 1981, c'est 21 ans après ! Alors, c'est vrai, il avait un physique d'adolescent mais à l'époque, il était quand même déjà marié. Il avait deux enfants à l'époque. Je l'ai rencontré une fois, j'ai fait une fois une interview de lui. C'était en 1984, donc il y a longtemps. Il m'avait dit - on avait parlé du succès qu'il avait auprès des filles - il m'avait dit : "Moi, j'ai l'âge d'être le père de mes fans". Il avait 33 ans, c'était un peu excessif.

Sara De Paduwa : Plutôt que leur amant ou leur petit ami.

Eddy Przybylsky : Plutôt que leur amant, c'est ce qu'il avait dit.

Sara De Paduwa : Jean-Jacques Goldman a grandi plutôt dans un milieu d'artistes, non ?

Eddy Przybylsky : Non, son père était commerçant. Il a lancé un magasin de chaussures, d'articles de sport. C'était un Juif polonais arrivé à Paris en 1925. Il était communiste et il a légué une part de ses idéologies à ses fils (il en a eu plusieurs) mais de manières différentes. Pour Jean-Jacques Goldman, on dira que c'est la solidarité : il est quand même à la base des Enfoirés pour les Restos du Cœur, il a eu des initiatives pour SOS Racisme, pour Amnesty International, pour l'Ethiopie aussi. Mais il avait un frère, sept ans de plus, Pierre Goldman qui, lui, a foncé dans le côté révolutionnaire. C'était en réalité un demi-frère.

Sara De Paduwa : Oui, c'était un demi-frère.

Eddy Przybylsky : Un demi-frère. Ils n'avaient pas la même mère et la sienne était une passionaria, et c'est ça qui l'a amené à aller faire la guérilla au Venezuela. Et pour financer la révolution, ces gens-là attaquaient les banques. Et quand il est revenu en France, il a fait ce qu'il savait faire : il a fait des braquages et il s'est fait abattre en rue par trois hommes qu'on n'a jamais identifiés. C'était peut-être simplement un règlement de compte entre gens du milieu mais on a aussi évoqué un groupuscule d'extrême-droite. Et du coup, des gens comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Daniel Cohn-Bendit, Maxime Le Forestier étaient aux funérailles du frère de Jean-Jacques Goldman. C'est un frère qu'il a très peu connu, en réalité.

Sara De Paduwa : Jean-Jacques Goldman, il a grandi à Paris, non ?

Eddy Przybylsky : À Montrouge. La famille est allée y vivre quand il avait sept ans. Montrouge, c'est le plein sud de Paris, juste de l'autre côté du périphérique, à hauteur, pour ceux qui connaissent, de la porte d'Orléans. Il a fait ses écoles dans la porte voisine, la porte de Vanves, au lycée François Villon, qui a aussi, parmi ses anciens, Michel Jonasz et Patrick Bruel. C'est quand même...

Hugues Hamelynck : C'est tout de même pas mal, ce lycée. Il faut voir le prof de musique mais...

Eddy Przybylsky : Sur le plan musical, justement, il a commencé par étudier le violon. Il en a d'ailleurs toujours joué un peu dans ses spectacles. C'est un copain de classe qui l'a initié à la guitare et à 16 ans, il faisait partie d'un groupe de neuf musiciens de Montrouge, The Red Mountain Gospellers (Red Montain, c'est Montrouge ; Gospellers : ils se produisaient dans l'église) et l'histoire retiendra que le premier disque auquel a participé Jean-Jacques Goldman, a été financé par le curé de la paroisse et vendu à la sortie de la messe.

Sara De Paduwa : C'est comique.

Eddy Przybylsky : Il n'était pas chanteur, il ne chante pas sur ce disque-là. Il est simplement musicien. Et quand je l'ai interviewé, il m'a raconté qu'à l'époque, quand il se mettait à chanter, tout le monde rigolait. C'était à cause de cette voix haute qui a fait son succès plus tard. Oui. Alors après...

Eddy Przybylsky : Premiers succès : il a 30 ans. Il a fait quoi avant ? Il a travaillé dans le magasin de son papa.

Eddy Przybylsky : Oui, hou là là... Il a fait partie encore de plusieurs groupes. La musique, c'était sa passion. Notamment les Phalanster, où il y avait deux Martiniquais qui sont devenus les Gibson Brothers, ces gens se croisent. Il m'a raconté aussi qu'il avait chanté dans le métro à Stockholm. Il a fait une fois la manche dans sa ville, il était en vacances là-bas, il voulait avoir un peu plus d'argent et il avait chanté "Butterfly" de Danyel Gérard, figurez-vous. Et puis, à 19 ans, il abandonne - enfin, il met la musique entre parenthèses - pour venir à Lille faire des études très sérieuses à l'École des hautes études commerciales. Il en est diplômé et puis alors, effectivement, il a repris le magasin de chaussures de sport de son papa, le Sport 2000. C'était à Montrouge, donc. Il s'est marié en 1975. Il a eu tout de suite une fille. Il a une fille qui a 46 ans : Catherine. Il en a eu six au total, des enfants. La musique, c'était sa passion. Il a entendu parler de deux musiciens vietnamiens qui habitaient à Sceaux. C'était à 5 kilomètres de chez lui. Ils cherchaient un chanteur, il s'est présenté et ils ont formé le groupe Taï Phong. Dans son esprit, c'était toujours un hobby, mais c'est un hobby qui va bouleverser son existence.

Sara De Paduwa : Oui et qui va montrer le talent de sa voix, aussi, assez haut perchée par moments.

Eddy Przybylsky : Oui, c'est ça qui fera son succès.

capture d’écran

Infos pratiques
  • Retranscription : Luc Andries
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