Entre gris clair et gris foncé

Entre gris clair et gris foncé

La chanson du dimanche, 22 septembre 2021 , 22 septembre 2021

Eric Jean-Jean

Salut à tous, ravi de vous retrouver. Donc pas de Pénélope aujourd'hui, parce que je ne peux pas l'amener au bureau. Je ne crois pas qu'elle se plaise dans cet endroit. On est dans mon bureau, c'est mon antre, c'est là que je travaille pour préparer mes émissions pour RTL. Au fond (de la pièce), c'est un réalisateur, il s'appelle Marco. Et ici, vous êtes à Neuilly dans les locaux de RTL. Juste au-dessus, il y a les locaux de RTL2, dans lequel je travaille aussi.

(En montrant son livre "Goldman, Une vie en chansons") : J-1 avant la sortie du livre ! Je suis super touché, je suis super ému de tous les messages que vous m'avez laissés. Je sais que vous attendez ce livre et moi, j'attends que vous l'ayez entre les mains et que vous m'en donniez votre avis.

Je vous ai demandé plein de chansons à vous raconter et finalement, je vais essayer d'en regrouper quelques-unes au travers de l'album "Entre gris clair et gris foncé", qui arrive en 1987, un double album qui est offert par Jean-Jacques. Juste avant, il avait donné une interview au magazine Paroles et Musique et avait dit : "Je crois que je n'ai plus rien à dire", donc je ne savais pas s'il voulait faire encore un album. Et boum ! Il rentre en studio et il a trop de chansons pour faire un album simple. Du coup, il prend des vieilles chansons qu'il avait écrites quelque temps auparavant, notamment quand il était dans les Phalansters, son premier groupe et les mettre dans l’album. Et après, il finit par le fameux "Peur de rien, blues" parce que c'est une chanson pour combler. Ça va donner un double album, une première galette qui est plutôt très produite dans les années 80. Et puis une deuxième galette qui est plutôt bluesy, plutôt mignonne, dans laquelle on retrouve des chansons délicieuses. On va reprendre un peu des deux.

Mais surtout, il est un florilège de trois chansons que j'adore de Jean-Jacques Goldman sur cet album qui, vous le lirez dans la préface, a été fondateur pour moi. La première chanson, et j'ai beaucoup cassé les pieds à Jean-Jacques en interview, s'appelle "Les filles faciles".

[Extrait audio de "Filles faciles"]

Cette chanson est un petit sommet de tendresse, c'est d'ailleurs la seule chanson où Jean-Jacques, dans toute sa discographie, s'autorise une petite grivoiserie à la fin. Donc il parle de ces filles. quand on est musicien de bal dans les MJC, qu'on n'est pas connu. Il fait vraiment allusion à sa période des Phalansters, quand il faisait des concerts et que le petit guitariste mignon allait peut-être avoir une chance de conclure avec une groupie ou quelqu'un qui était venu le voir sur scène. Et à la fin de cette chanson, c'est vraiment la seule grivoiserie que j'ai trouvée dans l'œuvre de Jean-Jacques qui dit : "ce soir je veux leur rendre hommage. Ce sera la seconde fois, qu'elles sachent qu'il lui est dommage de ne le faire que par la voix".

Petite chanson tout à fait délicieuse qui glisse comme ça à la fin de la première galette et qui nous amène à la deuxième galette avec une espèce d'anti-autoportrait. Et cette chanson, elle s'appelle "Doux". Ecoutez :

[Extrait audio de "Doux"]

C'est le refrain qui dit "je serai doux comme un bisou voyou dans le cou". Quant au couplet, c'est une espèce d'anti-portrait dans lequel Jean-Jacques dit tout ce qu'il n'est pas : le style youpi cool mais dynamique, etc., coke pour la speed, pilules pour dormir, etc. Bref, tout ce qu'il n'aime pas dans les années 80, tout ce qu'il n'est pas, il le dit dans la chanson. Cette déclaration de "Doux" va faire partie des chansons qui ont marqué les gens, justement, dans cet album "Entre gris clair et gris foncé".

Et, pour finir, cette mini séquence autour de l'album "Entre gris clair et gris foncé", qui sera le dernier album de Jean-Jacques avant qu'il ne passe à autre chose, et peut-être aussi un album de transition, parce qu'on part du son des années 80. Il a déjà fait les trois premiers albums qui ont cartonné, le quatrième "Non homologué", qui, pour la première fois, a dépassé le million de ventes. Il est vraiment une superstar. Il pense qu'il ne peut plus que baisser. Il ne sait pas s'il a encore des idées pour écrire des chansons.

Finalement, il sort ce double album. Et c'est un double album qui prend les années 80 sur la première galette, qui les pose, qui en fait encore régulièrement les succès. Si on regarde le tracklisting du premier, il y a "Il changeait la vie", "Là bas", le duo avec Sirima, absolument bouleversant. "C'est ta chance", ça aussi, c'est génial.

Il y a aussi "Puisque tu pars" cette fameuse chanson pour laquelle vous m'avez posé beaucoup de questions dont il faut savoir que c'est une chanson qui n'a été écrite pour personne. En fait, il en avait marre d'entendre “Ce n'est qu'un au revoir” à la fin des concerts. Il a écrit cette chanson juste pour dire aux gens : "Voilà, c'est la fin d'un concert". Jean-Jacques Goldman n'aime pas les rappels. À la fin de cette chanson, il préférait entendre "Puisque tu pars". Et puis justement repartir. Vous savez qu'il avait une spécialité ? Jean-Jacques a, notamment sur les Zéniths de Paris à la fin des concerts, pendant que la foule était encore en train de chanter "Puisque tu pars", lui, glissait dans les coulisses où il y avait sa moto, il attendait de monter sur sa moto pour rentrer à la maison. Il était à Montrouge avant que les gens au concert voient la fin du spectacle.

Il y a ces fameuses "Filles faciles". Il y a sur la face B, à la fin, "Elle a fait un bébé toute seule". Cette chanson un peu cajun, qu'il a écrite d'ailleurs en hommage à une de ses copines. Chanson d'époque. Rappelez-vous Cookie Dingler, etc. Mais c'est aussi une chanson qu'il a écrite en hommage à une de ses copines qui était attachée de presse et qui élevait toute seule un enfant. C'était aussi le signe d'une époque.

Et pour terminer, il y a une chanson que j'adore vraiment, qui fait partie de mes préférées dans le répertoire de Goldman, une chanson sur le divorce. En 1987, il n'est pas du tout dans ce cadre-là mais il écrit cette chanson absolument délicieuse qui s'appelle "Reprendre c'est voler". Je ne sais pas si vous vous rappelez ?

[Extrait audio de "Reprendre c'est voler"]

Juste un piano, sa voix et cette nappe derrière. (Il cite les paroles de la chanson) : “On a tout partagé, on partage à la fin. Et cet amour, tu peux le garder. Cet amour, je te l'avais donné, reprendre c'est voler”. C'est un petit effet d'écriture. C'est joli comme tout, c'est délicieux. Rappelez-vous, Jean-Michel Riva, qui écrivait pour Michel Delpech, a divorcé en 1973. Rappelez-vous de Cloclo, “Le téléphone pleure”, etc. qui parle de divorce et en 1987, lorsque Jean-Jacques Goldman parle du divorce, d'une séparation à l'amiable en disant : "De toute façon, je t'aime et je t'aimerai toute la vie". D'ailleurs, un journaliste à l'époque lui avait posé la question, c'était assez humiliant parce que cette chanson avait interpellé tout le monde, il lui avait demandé : "Est-ce qu'on peut rester amis après avoir aimé très fort ?" Et Jean-Jacques, avec son petit sourire en coin, comme il le fait souvent, lui avait répondu : "Bonne question".

On va se quitter là-dessus. Demain, c'est la sortie du livre et je vous ferai une dernière chanson depuis le Festival ODP de Talence puisqu'on y sera avec toute l'équipe de RT2 ! Je vous souhaite une bonne lecture et puis plein d'autres choses. Si vous avez des commentaires, n'hésitez pas , c'est ici que ça se passe. Je vous embrasse très, très fort. Et dès mon retour de Talence c'est-à-dire dès lundi, on retrouvera Pénélope.

Infos pratiques
  • Retranscription : Fig Sauvage
  • Partager cet article

Page concernée :