40 ans de Jean-Jacques Goldman - Épisode 5
La Story Nostalgie, Nostalgie Belgique, 3 septembre 2021 , 3 septembre 2021
[Fond sonore : "Il suffira d’un signe"]
Pour ceux qui s’en souviennent, il y a quarante ans exactement, si nous découvrons un nouveau chanteur nommé Jean-Jacques Goldman, tout n’est également que découverte pour cet artiste qui, malgré ses quelques années de route, ignore totalement ce que vedettariat signifie. En effet, quel n’est pas son étonnement quand, lors d’une de ses premières télés, le public frappe des mains et chante les paroles. C’est la première fois que ça lui arrive.
[Fond sonore : "Regarde ma vie, Tu la vois face à face…", "Il suffira d’un signe"]
C’est vrai. Comme il le dit, Jean-Jacques a assisté depuis son adolescence à une foule de concerts, sans jamais avoir éprouvé l’envie de se retrouver au milieu de la scène. Des centaines de paires d’yeux tournées vers lui ? Ce n’est vraiment pas son truc.
[Fond sonore : "Le rapt"]
Alors, avec le succès naissant de son premier single et celui de l’album qui décolle dans les ventes, quand on lui propose de faire la tournée des boîtes, Jean-Jacques refuse.
— M’enfin, Jean-Jacques, ça va booster ton titre ! Tu vas vendre du single à crever. Tu peux pas refuser, voyons ! Si ça tombe, tu finiras numéro un avec ça !
La tournée des boîtes, en France, cela signifie aller faire des apparitions dans les grandes boîtes de nuit de province vers 23 heures, minuit, un truc que nous n’avons pas connu en Belgique ou si peu. Mais là, à cette époque, c’est clairement une affaire de gros sous car en plus, les boîtes, elles paient cher et vilain pour avoir en leurs murs un type qui caracole en tête du Top 50. Mais pour Jean-Jacques, argent ou pas, cela reste "Non". Il l’avait prévenue, sa firme de disques, qu’il était démodé...
Sur scène, il montera un jour. Bientôt. Mais ce sera avec un groupe, pour chanter en live, comme dans les années septante, qu’on commence décidément déjà à oublier.
[Fond sonore : acclamations d’un public à un concert]
Et quand Goldman entend sa chanson "Il suffira d’un signe" raccourcie de deux minutes pour le 45 tours, il se dit que le directeur artistique a mille fois raison. Ce n’est plus la même chanson ! Comment n’en a-t-il pas eu l’idée en l’enregistrant ? Du coup, devant ce gars aussi positif, l’attaché de presse fait du zèle et place le single sur une grande radio périphérique – qui le trouve plutôt pas mal – et surtout auprès d’une kyrielle de radios libres qui poussent de partout et cherchent de nouvelles voix.
Qu’on coupe sa chanson en deux pour qu’elle ne déborde plus des trois minutes indispensables pour passer à la radio, il trouve ça malin, Jean-Jacques. Mais qu’on ne lui demande pas de ne plus être un artiste ! Faire semblant de chanter et de gratter sur sa guitare devant des gens qui ne sont pas venus forcément pour lui – ah oui, j’oubliais de vous dire : les boîtes, ça rapporte gros mais c’est galère et parfois dégradant tellement les gens n’ont aucun respect pour vous – alors ça, non.
— Bon, ben alors, si tu ne tournes pas dans les boîtes, qu’est-ce que tu vas faire ?
— Eh bien, comme l’année dernière. Je vais profiter de mon mois de vacances – ah oui, j’ai aussi oublié de vous dire qu’il travaille toujours dans son magasin de sport à Montrouge – pour écrire de nouvelles chansons et les répéter avec des musiciens. On ne va pas s’arrêter en aussi bon chemin !
[Fond sonore : "Pas l'indifférence"]
Et c’est vrai qu’il est excellent, ce premier album de Jean-Jacques Goldman. Il se prétend démodé mais ne l’écoutez pas. C’est vrai qu’il ne joue pas sur une batterie électronique et qu’il s’inspire de nombreux grands artistes anglais et américains des années septante, mais ça s’arrête là. Une musique comme la sienne, on n’en avait encore jamais entendu. Et jusqu’à preuve du contraire, dans les années quatre-vingt, c’était la base pour se faire connaître. Oui, Goldman comme Prince, U2 ou Téléphone, c’est un nouveau son. Et puis aussi un type qui chante des trucs qui nous parlent.
[Diffusion de la chanson "Quelque chose de bizarre"]
