Les joyeux débuts de Jean-Jacques Goldman
La Story Nostalgie, Nostalgie Belgique, 5 mars 2021 , 5 mars 2021
[Fond sonore : début de "Sister Jane"]
Jean-Jacques Goldman fait partie de ces artistes qui n’ont jamais ramé financièrement. En 1981, alors qu’il s’apprête à sortir son premier album, il a déjà derrière lui une carrière avec un groupe, Taï Phong, et quelques 45 tours solo. Pourtant, rien de tout cela ne s’est révélé payant. Le groupe a connu un petit succès mais allez vivre avec des concerts mal payés et des royautés à diviser par cinq. Quant aux 45 tours solo, aucun d’eux n’a marché.
[Fond sonore : "Mais c’est pas grave, papa...", "C'est pas grave, papa"]
Jean-Jacques a donc fermé la boutique en tant que chanteur. Pas de problème pour lui ; il n’en vit pas puisqu’il a son magasin d’articles de sport en banlieue parisienne, d’où il est originaire. Alors, il écrit des chansons en espérant que d’autres les interprètent. Mais voilà : personne n’en veut ! Ce qui le choquera rétrospectivement quand, quelques années plus tard, devenu une star, tout le monde voudra le chanter. "S’ils ont refusé des chansons que j’ai ensuite interprétées avec succès, c’est parce qu’ils n’accordent d’importance qu’à la notoriété de celui qui les écrit. C’est un peu nul", dira-t-il.
[Fond sonore : début de "Encore un matin"]
N’empêche. Quand ça doit passer, ça passe. Ainsi, la firme de disques Epic lui demande pourquoi il ne les interprèterait pas lui-même, si personne n’en veut.
[Fond sonore : "C’était mois de novembre, le samedi 17 au soir...", "Quelque chose de bizarre"]
Et donc, voilà Jean-Jacques, à son grand étonnement, en train d’enregistrer un album qui doit s’intituler… "Démodé".
— Pourquoi "démodé" ?
— Ben, parce que ma musique est démodée. Vous avez entendu Human League et Depeche Mode ?
— Ouais, n’empêche, tu ne peux pas espérer fonctionner avec un titre pareil. Non, on va l’appeler par ton nom. Ah et à propos : faudra en changer, hein ! "Jean-Jacques Goldman", ça n’ira jamais, c’est pas un nom de vedette
— Oui mais c’est mon nom et ça, c’est pas négociable !
[Fond sonore : "Il y avait quelque chose dans l'air...", "Quelque chose de bizarre"]
On le voit, si Goldman, du haut de ses 29 ans, sait dire non, il ne se braque pas pour autant sur les conseils qu’on lui donne. C’est un artiste qui sait et peut travailler en équipe car il connaît, de par ses études, le mécanisme d’une entreprise. Ainsi, il a compris que si son disque sort, il ne sera pas une priorité. On va d’abord pousser un Patrick Coutin qui a déjà un tube sur son album.
Et quand Goldman entend sa chanson "Il suffira d’un signe" raccourcie de deux minutes pour le 45 tours, il se dit que le directeur artistique a mille fois raison. Ce n’est plus la même chanson ! Comment n’en a-t-il pas eu l’idée en l’enregistrant ?
[Fond sonore : début de "Il suffira d’un signe"]
Du coup, l’attaché de presse fait du zèle et place le single sur une grande radio périphérique – qui le trouve plutôt pas mal – et surtout auprès d’une kyrielle de radios libres qui poussent de partout et cherchent de nouvelles voix. Voilà comment un disque que personne n’attendait part en vrille et comment Jean-Jacques se retrouve sans crier gare sur le plateau de Champs-Élysées annoncé par Michel Drucker, là où tout commence. Il suffisait d’un signe…
[Diffusion de la chanson "Il suffira d’un signe"]
