Delphine Horvilleur raconte "En passant" de Jean-Jacques Goldman

Delphine Horvilleur raconte "En passant" de Jean-Jacques Goldman

C'est une chanson, France Inter, 21 septembre 2020 , 21 septembre 2020

Bruno Patino : C’est une chanson. Bonjour Frédéric Pommier.

Frédéric Pommier : Bonjour Bruno

Bruno Patino : Ce lundi, au lendemain des fêtes de Roch Hachana [le nouvel an juif], Delphine Horvilleur, à votre micro, l’une des rares femmes rabbins en France, elle vous parle donc d’une chanson qui lui tient à cœur. Elle a choisi un titre de Goldman.

Frédéric Pommier : « En Passant », sorti en 97 sur l’album du même nom. Ce n’est pas le plus connu des titres de Goldman mais Delphine Horvilleur connaît tout son répertoire et cette chanson-là, elle l’a beaucoup écoutée, notamment lors des périodes de sa vie où elle s’interrogeait sur le chemin à suivre.

Delphine Horvilleur : Ce que j’aime beaucoup dans cette chanson si vous l’écoutez attentivement, c’est que d’abord c’est un peu comme un long poème, mais c’est aussi une chanson où on entend son souffle, presque comme s’il soupirait. En fait, il raconte bien sûr dans cette chanson la force des souvenirs qui nous hantent, de tout ce qu’on ne sera plus déjà... C’est une très jolie phrase que celle-là. Un moment dans la vie, cette preuve de la maturité. On sait qu’il y a des choses qu’on ne sera plus.

Frédéric Pommier : Les soupirs de Goldman, c’est la résignation ?

Delphine Horvilleur : Je crois que c’est une forme de sagesse, et une certaine tendresse à l’égard de nos failles, de tous ces moments dans la vie où sait qu’on n’a pas été à la hauteur.

[Extrait de “En passant”] Déjà ces discrets manques de courage / Tout ce qu'on ne sera jamais, déjà / J'ai vu des bateaux, des fleurs, des rois / Des matins si beaux, j'en ai cueilli parfois / En passant

Bruno Patino : Il y a donc selon Delphine Horvilleur, Frédéric, de la sagesse dans ce texte de Goldman ?

Frédéric Pommier : De la sagesse et une réflexion sur ce qui a été, sur ce qui pourrait être, sur ce qui ne sera plus. Une thématique qui a pour elle une résonance particulière en cette saison rituelle qu’elle accompagne comme rabbin.

Delphine Horvilleur : Il se trouve qu’on entre, cette semaine, dans le temps des fêtes juives, du nouvel an, et puis d’une fête célèbre qui s’appelle le « Yom Kippour », qu’on appelle parfois le Grand Pardon. Et c’est vraiment un moment dans l’année pour les juifs où il est question de se retourner vers son passé, de se demander ce qu’on a réussi à faire, quels sont les serments et les engagement qu’on a pas su tenir, et comment est ce qu’on va être capable d’aller de l’avant malgré tous nos ratages. Et c’est un thème récurrent dans les chansons de Jean-Jacques Goldman, quand on y réfléchit bien. Il écrit sur les actes manqués, sur ce qu’on aurait dû être, sur ce qu’on a raté. Et puis un autre thème qu’on retrouve dans énormément de chansons de Jean-Jacques Goldman, un thème du voyage : « On ira », « Là-bas », « Long is the road », et cette chanson « En passant », elle dit qu’en fait il faut s’efforcer de vivre sa vie dans le passage. Et je trouve que c’est une posture philosophique extrêmement puissante. En tout cas, moi, c’est une réflexion qui nourrit ma vie, y compris ma vie de rabbin dans nos textes religieux, pas juste juifs, mais les textes chrétiens ou musulmans disent aussi la même chose : il y a toujours une conscience du voyage nécessaire.

[Extrait de “En passant”] Des routes m'emmènent, je ne sais où / J'ai vu des oiseaux, des printemps, des cailloux / En passant

Frédéric Pommier : C’est quelqu’un que vous écoutez beaucoup ?

Delphine Horvilleur : C’est quelqu’un que j’ai beaucoup écouté dans ma vie. Je considère que Jean-Jacques Goldman c’est, pour ma génération, un peu celui qui a été la bande son. Moi, j’ai eu la chance – c’est une petite anecdote amusante – de le rencontrer en 1997, l’année où est sortie cette chanson. Je l’ai rencontré un jour dans une boulangerie. Et il s’est passé quelque chose d’incroyable, c’est que j’ai discuté avec lui, je lui ai dit toute mon admiration, et il m’a raccompagnée chez moi en moto ! La vie réserve parfois des surprises, et je suis persuadé qu’il ne se souvient absolument pas de cette rencontre mais voilà, moi elle m’a marquée !

[Extrait de “En passant”] Toutes nos défaites ont faim de nous / Serments résignés sous les maquillages / Lendemains de fête, plus assez saouls / Pour avancer, lâcher les regrets trop lourds

Bruno Patino : J’en connais qui vont être très jalouses, après avoir entendu Delphine Horvilleur qui connaît en effet très bien l’œuvre de Goldman. Là c’était «En passant », Frédéric.

Frédéric Pommier : Un chanteur vraisemblablement plus spirituel qu’il n’y paraît. On l’aura entendu, un chanteur que l’on peut donc écouter religieusement.

Infos pratiques
  • Retranscription : Jean-Luc Deresteau
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