Cette semaine-là : Là-bas
France 3, 9 décembre 2018, Émission présentée par Wendy Bouchard , 9 décembre 2018
[Wendy Bouchard, en voix off sur un extrait du clip] Cette semaine-là, le 12 décembre 1987, Jean-Jacques Goldman cartonne avec sa nouvelle chanson, “Là-bas”. Il est accompagné de Sirima, une chanteuse totalement inconnue, mais dont la beauté et la voix vont subjuguer le public.
Wendy Bouchard : Nous allons parler musique à la une désormais dans “Cette semaine-là”, le 12 décembre 1987. C’était il y a tout juste 31 ans, avec la chanson “Là-bas” de Jean-Jacques Goldman qui figure en tête des ventes. Pour ce nouveau titre, l’artiste de génie décide de faire appel à une jeune chanteuse. Elle est britannique, elle a 23 ans, une voix cristalline, mais elle est inconnue du grand public français, elle s’appelle Sirima. Et bien leur duo va devenir l’une des plus belles chansons de Goldman. Une aventure qui va tourner hélas au drame deux ans plus tard. C’est ce que nous relate Maïa Abed.
[Maïa Abed, en voix off sur un extrait du clip] Le 12 décembre 1987. “Là-bas”, une chanson aux accents d’ailleurs, séduit le public. Pour la première fois, Jean-Jacques Goldman chante un duo avec une femme et il a choisi une artiste inconnue, Sirima.
[Philippe Delettrez, compositeur] L’aventure de ce duo, entre Jean-Jacques et Sirima, était une très belle rencontre humaine et musicale, artistique.
[Maïa Abed, en voix off sur des images de Sirima, de Goldman et du clip] Grâce à ce titre, la jeune femme devient une étoile montante de la musique. Un destin exceptionnel qui s’arrêtera net deux ans plus tard. Le 12 décembre 1987, Jean-Jacques Goldman cartonne depuis deux semaines au top 50 avec son nouveau tube “Là-bas”.
[Fred Hidalgo, biographe] Le succès de ce titre, c’est quelque chose de magique qui est difficile à expliquer. La mélodie est magnifique, l’interprétation est formidable, cette chanson c’était l’étincelle.
[Maïa Abed, en voix off sur des images du clip] Le public découvre Sirima, une artiste britannique de 23 ans d’origine sri lankaise qui toujours devenir chanteuse.
[Interview de Sirima] Avant d’arriver en France, j’ai vécu au Sri Lanka quand j’étais enfant. Ensuite je suis allée en Angleterre et je chantais avec mes soeurs et mes frères.
[Maïa Abed, en voix off sur des images de Goldman en studio] C’est Jean-Jacques Goldman qui va lui permettre de réaliser son rêve avec le titre “Là-bas”.
[Fred Hidalgo] La chanson était écrite depuis quelques mois déjà, et Jean-Jacques cherche une voix féminine. Il veut quelqu’un qui soit capable de murmurer, de susurrer, et de chanter, de s’envoler, de s’exploser dans la puissance. Il écoute énormément de cassettes, de disques, et il ne trouve personne.
[Maïa Abed, en voix off sur des images de Sirima] Jean-Jacques Goldman ne le sait pas encore, mais c’est dans le métro que chante la perle rare.
[Extrait vidéo où Sirima chante dans le métro]
[Interview de Sirima] Je suis arrivée à Paris pour être fille au pair, pour apprendre la langue. Pour faire court, en même temps que je faisais ce travail, je suis descendue dans le métro. Il y avait des amis autour de moi qui faisaient ça et j’ai commencé à chanter dans le métro devant un public. Je chantais toute seule.
[Maïa Abed, en voix off sur des images de Sirima chantant dans le métro] Un matin à la station Châtelet, Sirima fait une rencontre qui va changer le cours de sa vie.
[Interview de Sirima] Un jour il y avait un saxophoniste, qui s’appelle Philippe Delettrez, qui m’a vue. C’était le seul en qui j’ai eu confiance, j’ai eu un flash, et on a commencé à travailler ensemble.
[Philippe Delettrez] J’ai découvert Sirima dans le métro, sur le quai, seule avec sa guitare, et j’ai vraiment été ébloui par sa voix et sa personnalité. Sirima avait une aura, en fait, et ça c’est assez rare. On voit dans la manière dont elle captait le regard des gens à qui elle s’adressait.
[Interview de Sirima]: Philippe m’a dit que Jean-Jacques cherchait justement une voix pour un duo qu’il avait depuis longtemps, et que je devrais me proposer. Alors on a écrit une lettre, Philippe et moi, on a envoyé une cassette et une photo, parce qu’il ne voulait pas une fille trop belle. Il voulait une mocheté, et ça a marché, c’est ce qu’il voulait ! (rires)
[Maïa Abed, en voix off sur des images de Sirima] Jean-Jacques Goldman, charmé par la voix, la personnalité et l’histoire de Sirima, lui propose de l’accompagner.
[Philippe Delettrez] L’enregistrement de la chanson s’est fait extrêmement rapidement. Une vingtaine de minutes, installés dans un studio. Jean-Jacques est là, sa voix est déjà enregistrée, elle fait deux ou trois prises et l’affaire est réglée.
[Maïa Abed, en voix off sur des images du clip] Et c’est en Espagne, à Almeria, dans les décors naturels de l’Andalousie, qu’il part tourner le clip de la chanson.
[Bernard Schmitt, réalisateur du clip] Sirima, c’est quelqu’un qui remplissait le cadre. Elle était pourtant timide mais elle dégageait un truc vraiment réel. La relation entre Jean-Jacques et Sirima était très tendre. Jean-Jacques se sentait protecteur. Elle avait eu une enfance et une adolescence très difficiles, très pauvres, très compliquées. C’était notre petite Sirima, quoi.
[Maïa Abed, en voix off sur des images de Sirima ] A la sortie du clip, la jeune femme est ensencée.
[Bernard Schmitt] Les gens ont découvert Sirima, et tout le monde s’est senti bien dans cette histoire.
[Philippe Delettrez] Le succès de la chanson “Là-bas”, c’est avant tout la surprise d’un duo avec une inconnue qui en plus se révèle dans le clip être très jolie. C’est ça qui a joué.
[Maïa Abed, en voix off sur des images de Sirima] Mais le succès et la notoriété de Sirima ne sont pas du goût de son fiancé, un musicien de Londres.
[Bernard Schmitt] On savait qu’elle vivait avec un garçon et que ce garçon était difficile, mais on ne parlait pas de ça.
[Maïa Abed, en voix off sur des images du clip] Et deux ans après le succès de “Là-bas”, le 7 décembre 1989, l’impensable va se produire.
[Extrait du journal télévisé] Elle avait 25 ans, une voix superbe et une carrière royale devant elle. Sirima Wiratunga est morte assassinée.
[Maïa Abed, en voix off sur des images du clip] Jaloux de son succès, son compagnon la poignarde avec un couteau de cuisine dans leur appartement. Elle meurt sur le coup.
[Fred Hidalgo] Quand Jean-Jacques a appris la mort de Sirima, il était complètement effondré et catastrophé. Personne ne pouvait imaginer un drame pareil.
[Maïa Abed, en voix off sur des images du clip] Sirima n’avait que 25 ans, le destin l’a arrachée à son conte de fée.
[Wendy Bouchard] Très marqué par la disparition de cette jeune femme, vous l’avez compris, Jean-Jacques Goldman n’interprétera quasiment plus ce duo avec d’autres artistes Il reprendra tout de même cette chanson pour les Restos du Coeur aux côtés de Céline Dion. En retrait de la scène médiatique depuis quelques années maintenant, Goldman est toujours autant apprécié du grand public avec des chansons jouées en moyenne plus de 600 fois par jour à la radio.