Personne ne bouge : Spécial Jean-Jacques Goldman

Personne ne bouge : Spécial Jean-Jacques Goldman

Arte, 6 octobre 2017, Émission Arte France et Ex Nihilo de COLLIN et BONNAUD (Philippe Collin et Frédéric Bonnaud) , 6 octobre 2017

[L’histoire de la vie de Jean-Jacques Goldman est racontée par deux voix off et illustrée par des images présentant les différentes scènes sur fond de tableaux comme dessinés et des personnages en ombre chinoise animés. Le tout sur fond musical variant avec les anecdotes et les époques traversées par le récit]

Voix off 1 : Ce soir c’est donc l’histoire de Jean-Jacques Goldman. L’histoire d’un fils d’émigrés juifs. Sa mère a fui l’Allemagne. Son père, la Pologne. Et pour chacun, Paris est une terre d’exil. Oui cette histoire commence à Panam, un matin d’octobre 1951. Ainsi est né Jean-Jacques Goldman. La musique, il s’y met à quatorze ans. Il intègre la chorale de l’église de Montrouge. Le groupe enregistre même un 45 tours de gospel : un carton à la sortie de la messe. Et c’est au lycée qu’il découvre le rock et s’achète sa toute première guitare. Mais il poursuit ses études de commerce et fait même son service militaire dans l’armée de l’air. Et puis un jour, il remplace le chanteur du groupe Taï Phong. Ainsi commence sa carrière légendaire. Voici la Story de Jean-Jacques Goldman.

[Quand la musique est bonne] [Extrait du clip]

Voix off 2 : Il est arrivé au début des années 80 avec sa petite cravate, ses tubes imparables et son air intello. Et puis il a régné sur trente ans de variété française. Au total trente millions d’albums vendus pour Jean-Jacques Goldman, cet éternel discret que vont nous raconter Michael Jones...

Michael Jones : Que personne ne bouge [en tapant 1 fois dans ses mains]

Reprise de la voix off 2 : ...Son ami musicien depuis quarante ans, Erick Benzi, arrangeur d’une grande partie de ses albums, et le journaliste musical Didier Varrod.

[Quand la musique est bonne] [Autre extrait du clip]

[Les images des séquences d’interviews des amis de Jean-Jacques Goldman s'enchaînent]

Michael Jones : Je ne peux pas dire qu’il y ait un son Goldman, non. il y a un style, oui. Mais est-ce que je peux le définir ? Non.

Didier Varrod : Jean-Jacques Goldman et la musique, c’est une sorte de tropisme naturel. Il y a toujours eu chez lui l’envie de faire de la musique.

[Extrait d’une interview télévisée de Jean-Jacques Goldman, assis au milieu du public avec le journaliste/présentateur à sa gauche]

Jean-Jacques Goldman : La musique, et la musique rock en particulier, ne s’apprend dans aucune école. C’est-à-dire que les mômes achètent une guitare, ils descendent dans leur parking, dans leur cave, et ils commencent à apprendre eux-mêmes la musique qu’ils vont faire après.

[Sister Jane] [Extrait d’un passage télévisé filmé à l'extérieur d’un château]

Voix off 2 : Après avoir vécu l’expérience des petits groupes à Montrouge où il a grandi, Jean-Jacques Goldman intègre le groupe de rock progressif Taï Phong en 1975. Un premier tube arrive très vite : “Sister Jane”.

Didier Varrod : Ce 45 tours se vend à plus de deux-cent-mille exemplaires je crois, donc c’est un des tubes de l’été 1975 et c’est assez marrant de voir la bouille de Jean-Jacques, c’est déjà Goldman, il est très reconnaissable.

Michael Jones : Jean-Jacques, à la fin du groupe Taï Phong, a entamé une carrière un peu solo, mais son rêve c’était d’être “songwriter”, c’est-à-dire écrire des chansons pour les autres. Malheureusement quand on est inconnu, c’est très très difficile de placer des chansons.

Didier Varrod : Et donc toutes les chansons qu’il va enregistrer au début, il les enregistre en pensant qu’il pourrait les proposer à des artistes emblématiques de la chanson française.

Michael Jones : Marc Lévy qui était à CBS à l’époque, qui est devenu Sony ensuite, a dit : “oui oui, les chansons je les veux mais je veux le chanteur aussi”.

Didier Varrod : Et c’est comme ça que finalement Jean-Jacques Goldman va signer son premier album en solo avec la chanson “Il suffira d’un signe”.

[Il suffira d’un signe] [Extrait d’un passage dans une émission télévisée présentée par Michel Drucker où Jean-Jacques Goldman entame la chanson assis au milieu du public]

Didier Varrod : Le son est plutôt anglais à l’époque avec la new wave et les premiers synthétiseurs. Une musique assez froide, assez rythmique. Et c’est vrai que là c’est une chanson plutôt d’un registre 70 avec des réminiscences d’une sorte de folk-blues américain. Donc la chanson est un peu à contre-emploi de ce qu’on entend à l’époque. Et puis cette voix très particulière, cette voix très aiguë.

[Il suffira d’un signe] [Extrait de Jean-Jacques Goldman chantant face caméra au bord de l’océan avec un coucher de soleil et des vols d’oiseaux en arrière-plan]

Michael Jones : Jean-Jacques a une voix exceptionnelle. Il doit avoir au moins 4 octaves, c’est-à-dire qu’il descend plus grave que moi. Et à l’époque de Taï Phong, il montait au contre-ut de soprano. Il avait une espèce d’étendue de registre vocal... et plus important encore, une véritable identité, c’est-à-dire que même aujourd’hui, on entend la voix de Jean-Jacques, on sait immédiatement que c’est lui.

[Comme toi] [Extrait de Jean-Jacques Goldman chantant, le visage en gros plan sur fond de fumée blanche]

Didier Varrod : Ce qui va plaire, c’est cette facilité qu’il a de faire des chansons à la fois immédiatement accessibles, populaires, avec un texte qui raconte des choses, dans ce format qui est celui du tube.

Michael Jones : C’est-à-dire que les textes de Jean-Jacques parlent à tout le monde.

[Extrait d’une interview avec Jean-Jacques Goldman assis à côté du journaliste et en arrière plan une table, des chaises, un parasol ]

Jean-Jacques Goldman : Je note un peu tout ce qui m’arrive ou des trucs que je trouve intéressants ou des choses qui m’ont touché, ou des situations que j’ai trouvées émouvantes, ou des rencontres, des choses comme ça. Ce qui fait que quand j’ai une chanson à écrire, j’ai tout un tas d’idées qui sont inspirées par quelque chose de sincère et pas par quelque chose de bâti.

[Il changeait la vie] [Extrait de concert]

Didier Varrod : Et la scène va profondément bouger le logiciel créatif de Goldman parce qu’il y va un peu à reculons, il y va sans avoir cette impérieuse nécessité de communiquer avec le public et puis il va instaurer quelque chose d’un peu particulier aussi dans ses concerts parce que tout de suite ses concerts évidemment sont des moments de vivre-ensemble très très très très singuliers.

[Encore un matin] [Extrait de concert précédé d’un bref extrait hors-scène]

Erick Benzi : Le premier jour où on s’est retrouvés sur scène aux arènes de Dax, où on jouait pour lui, on a fait notre première partie avec un public chaud, enthousiaste, etc. qu’on ne connaissait pas évidemment. On s’est mis ensuite sur le côté et je l’ai vu chanter et j’ai compris ce que c’était de pouvoir donner comme ça quelque chose et d’avoir ce retour et cette complicité qu’il peut y avoir entre le public et un petit artiste tout maigrichon devant une scène. Et si tu n’as pas ça, tu as beau faire les meilleures notes du monde, tu as beau être le meilleur guitariste du monde, le meilleur… ce n’est pas ça qui compte.

[Encore un matin] [Extrait de concert suivi d’un extrait montrant Jean-Jacques Goldman et ses musiciens avant leur entrée en scène]

Didier Varrod : Ce lien qui s’était créé entre Jean-Jacques et son public, était un lien précieux et indépendant, qui ne dépendait pas, en tout cas, du bon vouloir de la presse ou de la critique. C’est-à-dire que Jean-Jacques Goldman s’est fait tout seul, il s’est fait par la force de ses chansons.

[Je te donne] [Sur fond musical, des images s’enchaînent montrant Jean-Jacques Goldman descendant d’un avion, puis chantant en solo, puis en duo avec Michael Jones sur un plateau de télévision]

Voix off 2 : En effet, on ne peut pas dire que Goldman ait été très soutenu par la presse qui le méprise ouvertement tout au long des années 80. Cela n’empêche pas le soi-disant chanteur à minettes d’aligner tube sur tube.

[Envole-moi] [Pas toi] [La chanson des restos] [Extraits des clips respectifs]

Voix off 2 : Pour la chanson des restos du cœur, une cause qu’il accompagnera ensuite très longtemps, il fait chanter tout le show-biz français et bientôt il va pouvoir enfin écrire pour eux.

Michael Jones : C’est incroyable à quel point il arrive à écrire des chansons qui correspondent totalement à la personne. Quand Jean-Jacques a écrit pour Johnny, la barre était déjà très haute car il y avait l’album de Michel Berger avec “Tennessee”, etc. qui était fabuleux. Donc c’était un vrai défi à relever.

[L’envie] [Extrait de concert de Johnny]

Erick Benzi : Quand il chante “L’envie”, il n’y pas mieux que Johnny pour chanter “L’envie”, mais pour écrire ce texte-là, il faut avoir décortiqué qui est Johnny, qui il est dans l’inconscient des gens et comment tout cela va “matcher” ; et en faire en plus une belle chanson. Et ça c'est la force de Jean-Jacques.

[Laura] [Extrait du clip de la chanson interprétée par Johnny]

Michael Jones : Jean-Jacques a su canaliser Johnny, lui faire chanter des chansons comme “Laura” avec une douceur… c’est là où il est fort aussi… et il a fait la même chose avec Céline Dion.

[Pour que tu m’aimes encore] [Extrait d’interview où Jean-Jacques Goldman est assis par terre avec sa guitare et un texte de chanson posé au sol donnant des indications à céline Dion pour l’interprétation de la chanson, puis extrait du clip de la chanson interprétée par Céline Dion]

Jean-Jacques Goldman : Elle je ne la connaissais pas donc la seule chose qui m’intéressait beaucoup, beaucoup, beaucoup, c’est sa voix, parce que je trouve que c’est une des grandes voix mondiales. Je commence à ne pas être le seul à penser cela puisqu’elle vient de faire un duo avec Aretha Franklin, notamment.

[Pour que tu m’aimes encore] [1er extrait du clip]

Michael Jones : Céline était très très américanisée vocalement avec beaucoup de “vibes” et Jean-Jacques a réussi à mettre plus de feeling dans la façon d'interpréter avec beaucoup moins de technique.

[Pour que tu m’aimes encore] [2nd extrait du clip]

Erick Benzi : Si on dit je t’aiaiaime [NDLR : Erick mime des “vibes”] c’est moins touchant que si on dit je t’aime parce que la langue fait ça. Tu n’as pas besoin de forcer le trait, tu n’as pas besoin de rouler les R. Et c’est ce que Jean-Jacques a appelé “apprendre à déchanter”.

[On ne change pas] [Extrait du clip]

Michael Jones : Jean-Jacques me dit : “Les dernières chansons que j’ai écrites, je ne peux pas les chanter seul, donc je vais monter un groupe avec toi, moi et il faut une fille”. Et je lui dis : “La fille on l’a !”

Erick Benzi : Quand il a posé la question à Michael : “Qui je pourrais prendre pour faire la troisième ?” Il lui a dit : “Mais ça fait des années que sur scène tu es avec Carole. Regarde comment elle chante. Toi tu aimes Aretha Franklin, tu aimes tous ces trucs-là ; c’est elle qu’il faut prendre”.

[Juste après] [Extrait du clip]

Erick Benzi : Donc naturellement Jean-Jacques s’est retrouvé à essayer de dire : je prends moins de place, je me mets au milieu. Ce n’était pas par coquetterie. Je pense que c’était effectivement un moyen de se dire : la pression ne sera pas que sur moi.

[Plus fort] [Extrait de la tournée estivale Veiller Tard de 1986 où l’on voit Jean-Jacques Goldman et ses musiciens répéter la chanson en extérieur en mode détente pendant que les techniciens s’affairent à préparer la scène pour le concert du soir]

Michael Jones : Jean-Jacques a toujours travaillé avec des groupes. Le fait d’être un artiste solo était un accident. Et donc je crois qu’il avait sincèrement envie de retrouver cela.

Jean-Jacques Goldman : Je crois que l’intérêt fondamental d’un groupe c’est de composer ensemble, c’est de faire de la musique ensemble, c’est que chacun apporte ce qu’il a à apporter.

[À nos actes manqués] [Extrait du clip]

Didier Varrod : C’est là aussi qu’il écrit quelques-unes de ses plus grandes chansons en terme de texte ; je pense notamment à “Né en 17 à Leidenstadt” qui est une chanson vraiment majeure.

[Né en 17 à Leidenstadt] [Extrait du clip]

Voix off 2 : Après l’aventure Fredericks-Goldman-Jones, le chanteur revient en solo pour deux derniers albums avant de prendre tout le monde par surprise en 2002, en annonçant qu’il fait, à seulement 50 ans, une pause à durée indéterminée.

Erick Benzi : Lui il se dit : évidemment si je fais un album, si je fais une tournée, il y aura du monde, je ne suis pas inquiet pour cela mais pourquoi je le ferais... Si c’est pour faire un truc de plus, de vieux... Et puis si je refais une tournée, on va me demander de chanter les chansons d’avant, pas les nouvelles... Ce qui est normal, c’est ce que font tous les gens de son âge.

Didier Varrod : Plutôt que de devenir un fonctionnaire de la musique si j’ose dire, de devenir quelqu’un qui serait là juste parce qu’il faut être là, il a préféré vivre sa vie, sa vie d'homme.

[Au bout de mes rêves] [Extrait du clip]

Michael Jones : Il n’a pas arrêté d’exister en tant qu’artiste. Il a continué son rêve d’écrire pour les autres. C’est toujours ce qu’il a voulu faire donc il a sûrement senti que c’était le moment.

Voix off 2 : Saviez-vous que Jean-Jacques Goldman a été scout chez les Éclaireurs de France pendant 10 ans ? Son animal totem, c’est le chat sauvage, arrogant et décidé. Et pour Jean-Jacques le scoutisme fut un enseignement fabuleux. Oui car c’est là qu’il a appris la guitare au coin du feu. Voici tout ce que vous ignorez encore sur Jean-Jacques Goldman. Voici notre listomania.

Voix off 1 : Vous savez que Jean-Jacques Goldman est un auteur-compositeur-interprète, qu’il marche seul et qu’il est une des personnalités préférées des Français. Mais saviez-vous qu’il n’a reçu qu’une seule récompense de toute sa carrière ? Voici 7 choses que vous ne saviez pas sur Jean-Jacques Goldman :

[Je marche seul] [Extrait du clip]

Voix off 2:

Numéro 5 : Dans le clip “Je marche seul” sorti en 1985, le sous-titrage en cyrillique n’a absolument aucun rapport avec la chanson. Ainsi sous les images d’un marin déserteur, peut-on lire des messages comme : Allez Liverpool !

[Des images extraites de films et vidéos en N&B, de dessins animés, ainsi que des photos s'enchaînent pour illustrer les propos de la voix off]

Numéro 4 : Jean-Jacques Goldman a beau avoir vendu des millions d’albums, il n’a reçu qu’une seule récompense officielle. Une victoire de la musique du meilleur interprète masculin en 1986.

Numéro 1 : Selon un de ses biographes, au début de sa carrière, personne ne voulait de lui. On estime alors sa voix trop aiguë et trop proche de celle d’un Daniel Balavoine.

Numéro 7 : En 2013, les lycéens français des filières professionnelles ont dû analyser le texte de sa chanson “Là-bas” pour leur épreuve écrite du Bac Français. L’année précédente, la même filière était tombée sur un texte de Jean Ferrat.

Numéro 3 : Si l’on connaît le destin de son demi-frère Pierre, on sait moins que le clan Goldman était militant. Le père, Alter Mojsze, immigré juif polonais, fut communiste et résistant. La sœur, Evelyne, fit elle partie d’une cellule Trotskiste où elle était particulièrement active.

Numéro 2 : Sa maison de disques ayant successivement refusé les titres qu’il proposait pour ses deux premiers albums “Démodé” et “Minoritaire”, il choisit ironiquement d’intituler son troisième “Positif”. Validé.

Numéro 6 : Après la sortie de son premier album en 1981, Goldman envisage encore de reprendre le magasin familial Sport 2000 avec son frère Robert en cas d’échec par la suite. Il continue d’ailleurs d’y travailler jusqu’en décembre 1982.

Bien sûr, on aurait pu ajouter que Goldman a 6 enfants, qu’il a composé le générique de l’émission musicale “Taratata” et qu’il touche 2 millions de droits d’auteur par an, soit 5500 euros par jour. Mais ça vous le saviez déjà.

Voix off 1 : Jean-Jacques Goldman, c’est aussi l’un des piliers des Restos du cœur. En 1985, il compose la fameuse “Chanson des restos” interprétée par Coluche. Oui pendant 30 ans, Goldman fait figure d’autorité au sein des Enfoirés, ces célébrités charitables et suprêmes qui peuplent notre star system.

[La chanson des restos] [Extrait du clip]

Voix off 1 : Selon la légende, c’est en 1985 que Coluche aborde Goldman pour lui demander une chanson pour les Restos du cœur en lui donnant un délai de… une semaine. Goldman s'exécute et le reste fait partie de l’histoire de France. Et c’est comme ça que sont nés Les Enfoirés car c’est ainsi que Coluche surnommait ceux qui refusaient de participer.

[Des extraits de concerts télévisés et de clips des Enfoirés illustrent les commentaires de la voix off]

Voix off 1 : Un groupe de célébrités se réunit depuis annuellement pour produire un disque et un concert diffusé à la télé, ce qui génère un quart du budget des restos du cœur. Mais ces évènements permettent aussi notoirement à certains artistes de rester dans la lumière en se donnant une image généreuse à peu de frais, à condition bien sûr de s’y faire remarquer, vu comment ça grouille déjà de célébrités. Vous voulez devenir célèbre ou le rester ? Découvrez la méthode “Briller parmi Les Enfoirés”. Rien de mieux bien sûr pour sortir du lot que de participer chaque année comme Patrick Bruel qui est juste derrière Goldman en nombre de participations, suivi de Michael Jones et Maxime Le Forestier. Bon et alors après c’est là que ça se gâte avec Zazie et Mimie Mathy ex aequo en 5e position. Alors ce qui est bien aussi, c’est que cela permet de prendre des nouvelles des artistes qu’on ne voit que là, genre “Ah ben dis donc oh elle a l’air bien euh comment qu’elle s’appelle…Flo euh Patricia Kaas”. Si vous n’avez que ça à faire et que vous ne souhaitez participer qu’une seule fois, essayez de bien choisir votre année niveau audience. Par exemple le pauvre Alain Delon, il y est allé en 1995, l’année catastrophe qui a enregistré les pires audiences. Avec les grèves, les essais nucléaires, tout ça, les gens n'avaient juste pas envie de voir Delon chanter “L’Aziza”. Pensez bien sûr à participer à l’inévitable clip, que ce soit le modèle “je prends un air grave et je lance un petit regard caméra discret” ou le modèle avec des vrais bénévoles mais dont on remplace le visage par ceux des stars parce que faut quand même pas abuser non plus. Essayez d’obtenir un petit solo de voix comme Christophe Willem qui s’est visiblement mis à l’opérette et de bien montrer que vous êtes super copains comme “Ah ben Obispo et Lorie en fait il s’adorent, trop mignon non ?” Malheureusement en 2015 la chanson “Toute la vie” fait un scandale puisque les paroles semblent culpabiliser les jeunes en les traitant d’assistés flemmards. Rooh la la ils sont soupe au lait aussi. Ah oui des paroles qui dans la bouche de célébrités richissimes ont forcément fait un peu mauvaise impression. Bon alors du coup l’année d’après il n’y avait plus personne dans le clip. C’était juste la ville la nuit et puis les paroles c’était “la la la”, alors comme ça on risque rien. Désormais Les Enfoirés sont ouverts aux sportifs, aux comiques et animateurs télé et Jean-Jacques Goldman qui a quitté la Direction artistique en 2016 a été remplacé par le triumvirat, tenez-vous bien : Michael Youn, Bénabar et Lorie. Voilà ça vous donne une petite idée de la Direction artistique.

C’était la méthode “Briller aux Enfoirés” à ne pas confondre avec la méthode Eddy Mitchell qui refuse désormais d’être un Enfoiré parce qu’il n’a pas envie de chanter avec un footballeur… hé ben oui c’est pas un Enfoiré c’est une canaille.

[Images présentant différentes scènes sur fond de tableaux comme dessinés avec un personnage animé représentant Jean-Jacques Goldman en ombre chinoise]

Voix off 1 : Cette nuit en Angleterre, Jean-Jacques est encore allé au bout de ses rêves et du coup, le matin pour qu’il se lève il suffira d’un signe. Toute la journée, il marche dans la ville, tout seul et anonyme. Pourtant à tous ceux qu’il croise, il donne toutes ses différences. Et si le soir il met du vieux pain sur son balcon, c’est qu’inexorablement il attend. Mais qu’est-ce qu’attend vraiment Jean-Jacques ? c’est évidemment de retourner là-bas chanter avec Sirima.

Voix off 2 : En 1987 Jean-Jacques Goldman sort “Entre gris clair et gris foncé”, un 5e album dont le succès lui permet de toucher un nouveau public, notamment grâce au single “Là-bas”, une balade en duo avec la chanteuse franco-sri lankaise Sirima, dont le clip réalisé par Bernard schmidt et récompensé par une victoire de la musique, a marqué toute une génération. Retour sur cette période charnière de la carrière du chanteur en compagnie de son biographe Fred Hidalgo.

Fred Hidalgo: On ne lui accordait pas encore beaucoup de crédit. Il n’était pas vraiment pris au sérieux par la grande presse. Les médias qui étaient critiques parlaient de chanteur à minettes d’ailleurs, donc il avait vraiment l’impression à ce moment-là que ce serait son dernier album. Et en réalité grâce aux chansons de cet album, cela lui a donné un second souffle et là je pense qu’on est passé vraiment au Jean-Jacques Goldman que l’on adore aujourd’hui et qui est un chanteur tout public, tout terrain, qui a traité tous les sujets et puis qui est devenu parallèlement la personnalité préférée des Français.

[Là-bas] [Long extrait du clip entrecoupé des commentaires et extrait d’interview]

Voix off 2 : Cette thématique du départ et de l’évasion est chère au chanteur et se retrouve dans des titres comme “Long is the road (Américain)”, “Envole-moi “ou “J’irai au bout de mes rêves”. Elle s’inscrit dans une tradition de la chanson française, notamment chez Jean Ferrat, idole d’enfance de Goldman, qui lui aussi a chanté le besoin d’évasion de l’homme marié.

Fred Hidalgo : Cette thématique m’a rappelé une autre chanson que Jean Ferrat chantait en duo avec sa femme, qui était une chanteuse à voix magnifique qui s’appelait Christine Sèvres, qu’il avait sorti en 1969. C’est “La Matinée”, qui est une chanson du même genre, c’est-à-dire que l’homme qui est un rêveur utopique dit qu’il faut changer la vie, abolir la misère, enfin il part dans les grandes idées généreuses, etc. et puis la femme qui lui dit : mais regarde le soleil, le monde est bleu et puis il faut aller tirer l’eau du puits, etc. C’est la dualité finalement, alors c’étaient des clichés, mais entre l’homme qui a toujours une propension à l’aventure, à aller voir ailleurs, quitte à ce que la chute soit plus dure et puis la femme qui est peut-être plus réaliste, plus lucide et qui voit les petits bonheurs qui sont là, présents, à portée de main. On peut imaginer des tas de choses à l'écoute de cette chanson : est-ce qu’il est en train de raconter l’exil de ses parents qui sont venus de Pologne, d’Allemagne ? Est-ce que c’est tout simplement quelqu’un qui en France n’arrive pas à trouver sa place et qui cherche un ailleurs meilleur ? Ou est-ce que, et là c’est simplement le clip qui nous donne cette indication, ce ne sont pas des migrants mexicains qui essaient de trouver la “Terre promise” en quelque sorte aux Etats-Unis ?

Voix off 2 : Si le clip marque autant le public, c’est surtout parce qu’il nous montre le beau Jean-Jacques en couple avec une jeune inconnue à la voix prometteuse.

Fred Hidalgo : Une chanteuse que personne ne connaît à l’époque, qui s’appelle Sirima, qui a 23 ans et c’est une histoire extraordinaire, étonnante puisqu’elle sort du métro.

[Extrait d’images tournées face à une rame de métro où l’on voit Sirima chanter accompagnée de sa guitare entourée de gens qui l’écoutent]

Sirima : J’ai commencé à chanter dans le métro devant un public et un jour un saxophoniste qui s’appelle Philippe Delettrez m’a vue. On a commencé à travailler ensemble avec sa musique et mes textes et on avait fait une petite maquette. Il m’a dit : “Justement Jean-Jacques cherche une voix pour faire un duo qu’il a depuis longtemps, tu devrais lui proposer”. Alors Philippe et moi on a écrit une lettre, envoyé une cassette et une photo parce qu’il ne voulait pas une fille qui soit très belle, il voulait une mocheté [rires].

Fred Hidalgo : Ils ont enregistré le duo et ça a donné un tube immédiat. Le single a été classé quelque 30 semaines au “Top 50” à l’époque et puis c’est devenu ensuite une chanson fondatrice de Jean-Jacques Goldman.

Voix off 2 : Mais le 7 décembre 1989, à la veille de la sortie de son 1er album, Sirima est assassinée à coups de couteau par son compagnon, un musicien jaloux de son succès. Jean-Jacques Goldman continuera à dialoguer avec d’autres interprètes.

Fred Hidalgo : C’était la première fois que Jean-Jacques écrivait un véritable duo? pour 2 voix donc, et ça lui a finalement donné l’envie d’écrire pour deux et pour trois voix et donc il s’est dit : c’est l’occasion maintenant de relancer un groupe, comme ça je vais me fondre dans la masse, et c’est ainsi qu’est né l’album suivant : “Fredericks-Goldman-Jones”, le premier album du trio. Sauf que s’il n’y avait pas eu ce destin tragique de Sirima, on peut imaginer, en tous cas c’est une question que je me suis toujours posée, si à la place on n’aurait pas eu droit à un trio qui se serait appelé “Sirima-Goldman-Jones”.

Voix off 1 : Dans la famille des frères célèbres, je voudrais le frère avec lequel vous évitez de parler politique, comme Malik Obama qui a publiquement soutenu Trump pendant la présidentielle ; je voudrais le frère qui pourrait vous voler le trône, comme l’homme au masque de fer, le potentiel frère caché de Louis XIV ; et enfin je voudrais le frère que vous préférez liquider, comme Kim Jong-nam, celui que Kim Jong-un a fait disparaître en février dernier. Bref, les frères sont parfois source de scandale.

Voix off 2 : Dans les années 60 à la Sorbonne, Pierre Goldman est un jeune agitateur politique proche des milieux d’extrême gauche, qu’on pourrait qualifier d’entre rouge clair et rouge foncé, étant responsable du service d’ordre de l’UEC, l’Union des Étudiants Communistes. Peu impressionné par les événements de mai 68, il rêve de faire plus fort. En fait Pierre voudrait que son engagement soit à la hauteur de celui de son père, né en 1910 à Lublin, un juif polonais qui est un grand héros de la résistance française comme son épouse. Après ses études, refusant de faire son service militaire, Goldman décide d’aller au bout de ses rêves et s’envole pour le Vénézuela. Là-bas il participe à la guérilla au sein d’un groupe révolutionnaire. De retour en France en 1969, il participe au braquage de plusieurs magasins dont une pharmacie. En décembre, une autre pharmacie est braquée et ça tourne au drame. Deux pharmaciennes sont tuées. Le policier qui est intervenu affirme avoir vu le coupable et désigne Pierre Goldman qui est arrêté. Mais lors de son procès, Goldman refuse de se défendre. Il est reconnu coupable et c’est le scandale ! Ses anciens compagnons de route ne peuvent croire leur ami meurtrier, pas lui ! Il suffira d’un signe pour que toute l'intelligentsia de gauche de l'époque se mobilise. Simone Signoret, Simone de Beauvoir et Sartre défendent Goldman et en passant Maxime Le Forestier lui dédie une chanson intitulée “La Vie d’un homme”. Un nouveau procès est organisé loin de Paris et cette fois-ci le résultat est positif pour Pierre Goldman qui est innocenté. Mais le retour à la liberté sera de courte durée. Dans la série des mauvaises idées, je te donne le coup du livre confession. Goldman publie un roman [“L’ordinaire mésaventure d’Archibald Rapoport” NDLR] dans lequel il semble revendiquer entre les lignes les deux assassinats. Le malaise est total. Un matin, alors qu’il marche seul, Pierre est assassiné en pleine rue par trois hommes masqués. Quelques heures après sa mort, l’épouse de Pierre donne naissance à leur bébé, toute seule. Le meurtre est revendiqué par un groupuscule d’extrême droite qui prétend laver l’honneur de la police. Mais il reste quelque chose de bizarre et le mystère demeure. Puisqu’il part, ses proches lui rendent un dernier hommage lors d’un enterrement auquel participe son jeune demi-frère, Jean-Jacques Goldman, qui connaîtra le succès que l’on sait quelques années après. Depuis Jean-Jacques parle très rarement de ce grand frère qui a suivi un autre chemin sauf par actes manqués peut-être entre les lignes de ses chansons.

Voix off 1 : Comme il arrive à Martine d’aller à la plage, à Londres il arrive parfois à Jean-Jacques d’aller au zoo ; ou alors dans les calanques de Marseille, Jean-Jacques fait du camping ; ou bien encore quand il vient à Paris, Jean-Jacques va à la fête foraine ; et lorsqu’il est avec Laurent Boyer, hé bien Jean-Jacques fait du ski et c’est notre perle rare.

[Diffusion d’un extrait d’interview de l’émission Fréquenstar, M6 24 mai 1998]

Laurent Boyer : Tu as une nouvelle passion, une nouvelle vocation, c’est le surf... enfin ce que l’on appelle le snowboard.

Jean-Jacques Goldman : Oui enfin une passion... j’aime bien le ski encore mais je me suis mis un petit peu au surf oui.

Laurent Boyer : Il paraît que tu te débrouilles pas mal...

Jean-Jacques Goldman : Ça va oui… allons-y.

Laurent Boyer : Allez c’est parti. Il va falloir suivre les enfants, je vous le dis.

[Images de Jean-Jacques Goldman et Laurent Boyer surfant sur la neige]

Voix off 2 : Hé bien on n’est pas rendu… Si on connaissait le Jean-Jacques chanteur, voici maintenant le Jean-Jacques surfeur des neiges et roi de la glisse.

Jean-Jacques Goldman : Tu essaies de me suivre ? enfin je vais doucement hein…

Voix off 2 : Celui qui peine à suivre…

Laurent Boyer : C’est quoi ça, c’est une bleue, une rouge ou une violette ?

Voix off 2 : C’est évidemment Laurent Boyer, animateur de Fréquenstar, l’émission trop cool où tu sauras tout de ta star préférée. En 1998, ça donne : Jean-Jacques au coin du feu… et Jean-Jacques en interview confession dans la poudreuse.

[Extraits des émissions Fréquenstar consacrées à Jean-Jacques Goldman]

Laurent Boyer : Tu penses quoi d’un homme qui pleure ?

Jean-Jacques Goldman : Je ne sais pas, qu’il est triste, qu’il est ému non ? Ou alors qu’il a une poussière dans l'œil...

Laurent Boyer : La femme que tu aimes te demande de prendre une année sabbatique pour se consacrer à elle, comment réagis-tu ?

Jean-Jacques Goldman : Je me dis qu’elle ne m’aime pas, elle.

Laurent Boyer : Une femme sexy c’est quoi pour toi Jean-Jacques ?

Jean-Jacques Goldman : C’est terrible. Les gens répondent à cela ?

Laurent Boyer : Oui. Tu es tout jeune musicien débutant. Tu as l’opportunité de rencontrer Jean-Jacques Goldman. Que lui demandes-tu ?

Jean-Jacques Goldman : Cela m’est arrivé une fois quand j’ai enregistré mon premier album. Il y avait Elton John qui était en train de regarder la télé à côté de moi, je ne lui ai rien demandé. Et je connaissais ses deux premiers albums absolument par cœur.

Laurent Boyer : L’amour, cela se déclare, cela se déclame ou cela se tait ?

Jean-Jacques Goldman : Cela se fait.

Laurent Boyer : Tu serais capable de vivre sans amour ou de mourir par amour ?

Jean-Jacques Goldman : Vivre sans amour... Il y a une chanson de Léo Ferré “Avec le temps” où il termine en disant : “avec le temps on n’aime plus”. Donc je suppose que si c’est vrai cela guette tout le monde. Donc on peut probablement vivre sans amour, je dirais plutôt survivre.

Laurent Boyer : Si tu pouvais changer quelque chose de ta personnalité, tu changerais quoi ?

Jean-Jacques Goldman : J’aimerais bien tenir l’alcool. J’aimerais bien être ivre avant d’être malade. En général, je suis malade avant d’être ivre. C’est un gros problème.

Laurent Boyer : Parler d’amour cela te gêne ?

Jean-Jacques Goldman : Oui.

Laurent Boyer : Une fan amoureuse découvre ton adresse et t’attend tous les jours chez toi. Comment réagis-tu ?

Jean-Jacques Goldman : J’appelle la police.

Laurent Boyer : Quelle est la chose qu’il ne faut absolument pas faire si on veut te plaire ?

Jean-Jacques Goldman : Me gifler par exemple, me cracher dessus…

Laurent Boyer : Tu peux te transporter tout de suite ailleurs, avec qui ? Et pourquoi ?

Jean-Jacques Goldman : Là par exemple tout seul pas allongé sur de la neige très froide, pour des raisons qui me concernent [rires]

Laurent Boyer : Quand on aime très fort, on peut rester amis après ?

Jean-Jacques Goldman : Bonne question. J’en ferais bien une chanson.

Laurent Boyer : Merci Jean-Jacques.

Jean-Jacques Goldman : Merci.

Voix off 1 : Pour conclure, voici l’Évangile selon saint Jean-Jacques. Voici son récit de la nativité : c’est au solstice d’hiver, dans un petit village de Palestine, que Marie a donné naissance à un fils.

[Elle a fait un bébé toute seule]

Voix off 1 : Ainsi soit-il, salut et fraternité.

[Légende photo 1] “Photo en noir et blanc. Jean-Jacques Goldman prend la pose assis dans un fauteuil en rotin avec sa guitare et un verre à la main. Il est vêtu d’un jean et d’un haut de complet blanc avec une cravate”.

[Légende photo 2] “Photo en couleurs. Jean-Jacques Goldman apparaît devant un clavier posé sur une table”.

[Légende photo 3] “Photo en noir et blanc sur laquelle on ne voit que le buste de Jean-Jacques Goldman qui pose debout visiblement dans la même tenue que sur la photo 1”.

[Légende photo 4] “Photo en couleurs sur laquelle on voit Jean-Jacques Goldman entouré de quelques-uns de ses musiciens (Michael Jones à la guitare, Claude Le Péron à la basse et Jeff Gautier à la batterie”.

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