Didier Varrod pour son documentaire " Jean-Jacques Goldman de l’intérieur "

Didier Varrod pour son documentaire " Jean-Jacques Goldman de l’intérieur "

Le 8/9, Vivacité, RTBF radio, 5 septembre 2017 , 5 septembre 2017

Sara De Paduwa : À la télévision : la huitième saison de Profilage sur La Une, juste après le JT, et puis en deuxième partie de soirée, un documentaire, une docu-fiction assez inédite, c'est "Jean-Jacques Goldman de l'intérieur" et c'est Didier Varrod qui est là, avec nous, pour nous en parler. Bonjour.

Didier Varrod : Bonjour.

Sara De Paduwa : Bienvenue dans le 8/9, ce matin. Alors, Jean-Jacques Goldman, on en parle.

Didier Varrod : Je suis ravi. Écouter MC Solaar et le nouveau Daho, c'est super !

Sara De Paduwa : Restez en ligne, alors, ce sera juste avant 9 heures... Didier Varrod, vous êtes là pour nous parler de ce documentaire - c'est vous qui l'avez signé - mais d'abord, avant de démarrer, votre lien avec l'artiste ? Vous le connaissez, Jean-Jacques Goldman ?

Didier Varrod : Oui, en fait, j'ai démarré dans ce métier de journaliste au début des années 80 déjà, en 83. Et Goldman a fait partie des artistes que j'ai le plus interviewés entre 83 et 90. Ensuite, je me suis intéressé à d'autres musiques et on s'est beaucoup moins vu. La dernière fois qu'on s'est vu, c'était - vous allez voir, c'est assez lointain déjà - c'était en 2004, aux Francofolies de La Rochelle. Pour les 20 ans des Francofolies de La Rochelle et pour le départ de son fondateur, Jean-Louis Foulquier.

Sara De Paduwa : "Jean Jacques Goldman de l'intérieur", votre documentaire porte bien son nom parce qu'on ne va écouter que lui, ce soir, à la télévision : vous avez pris des extraits d'interviews. C'est vrai qu'on l'a beaucoup vu, on le voit beaucoup moins aujourd'hui mais Jean-Jacques Goldman, on l'a beaucoup vu dans les médias dans les années 80 et 90. Et du coup, vous reprenez quasi que ces interviews, c'est ça ?

Didier Varrod : Oui, c'est exactement ça. C'est-à-dire qu'il y a eu, vous le savez, beaucoup de documentaires qui ont été produits, réalisés depuis que Jean-Jacques Goldman a arrêté de chanter. Et souvent, ils sont faits, effectivement, à partir d'archives, évidemment, de ses chansons mais aussi beaucoup de témoignages de gens qui l'ont connu, qui ont travaillé avec lui ou qui, simplement, ont un avis sur lui.

Sara De Paduwa : Il fallait faire autre chose ?

Didier Varrod : Ça enlève peut-être un petit peu d'authenticité ou, en tout cas, on oublie un petit peu ce qu'a été Jean-Jacques Goldman et ce que pense Jean-Jacques Goldman. Il s'est beaucoup exprimé dans les années 80 et 90, comme vous le disiez. Et c'est vrai que c'était assez jouissif de revenir comme ça à la psyché de Goldman pour savoir quel était son point de vue par rapport à la création, sa relation à la religion, sa relation au politique... On a voulu tisser un portrait à la fois avec, évidemment, tout ce qu'il avait pu dire en radio, en télévision mais aussi dans la presse puisque je me permets de relire quelques extraits d'une interview qu'il avait pu me donner dans les années 80 et 90. Et puis aussi, on revient évidemment au cœur de ce qui fait l'ADN de Jean-Jacques Goldman, c'est-à-dire ses chansons. Donc, je rentre en immersion dans les mots de Jean-Jacques Goldman et je fais jouer un contrechamp avec ce qu'il a pu exprimer sur les plateaux de télévision ou les plateaux de radio, pour voir la cohérence intellectuelle du personnage et pourquoi il fascine encore autant, pourquoi ses chansons sont toujours là, sont inscrites comme ça dans le patrimoine francophone.

Sara De Paduwa : Et vous avez la réponse, Didier Varrod ?

Didier Varrod : Oui, parce que c'est un auteur exceptionnel, déjà. On oublie souvent aussi, parce que les chansons de Goldman sont très efficaces, elles ont été comme un marqueur absolument décisif dans les années 80 et 90 ; souvent, on aime ses mélodies, on les chante, parfois on les danse mais on oublie un petit peu quels ont été le message de ses chansons. Souvent, on a plus l'habitude de dire que Souchon est un auteur, que Brassens est un auteur. On ne dit pas souvent que Goldman est un grand auteur. J'avais à cœur, vraiment, de remettre cette dimension d'auteur de Jean-Jacques Goldman, et donc un auteur qui est en prise directe avec le quotidien des gens.

Sara De Paduwa : La société.

Didier Varrod : Il a fait de ces gens ordinaires, des gens tout aussi extraordinaires que ceux dont on nous bassine à longueur de journée, à coup de téléréalités ou dans le monde politique ou dans le monde des médias.

Sara De Paduwa : Jean Jacques Goldman, un être à part aussi, parce qu'on l'a dit, il a occupé une place très importante dans les médias dans les années 80 et 90, alors qu'il était tout à fait en dehors du star-system à l'époque.

Didier Varrod : Oui, c'est ça. Il n'a pas utilisé à peu près toutes les recettes qui font qu'on devient une star. C'est vrai que... Ça me fait un peu sourire parce que vous savez que la normalité est devenue, dans les années 2010, un concept très recherché, y compris par les politiques. Jacques Goldman, lui, l'a éprouvée dès le démarrage de sa carrière, dès qu'il devient une énorme star, qu'il devient le plus gros vendeur de disques, il a continué à avoir une vie normale. Et on montre à travers ce film que si on veut bien faire un effort, c'est extrêmement facile, finalement, de rester un homme normal, en prise directe, encore une fois, avec le quotidien ordinaire des gens et d'essayer de le transcender et de dire finalement que la vie d'un instituteur, la vie d'un cordonnier, la vie d'une sage-femme est tout aussi magnifique que ce destin des gens qu'on voit à longueur de journée sur les ondes et à la télévision.

Sara De Paduwa : Alors que je peux vous dire, Didier Varrod, que nous, on a un humoriste qui cartonne, qui commence à cartonner dans le 8/9 et alors, je peux vous dire...

Jérôme de Warzée : Quel est le rapport ?

Sara De Paduwa : Que sa vie n'est plus tout à fait normale.

Jérôme de Warzée : Ah non, non, bien sûr. Est-ce qu'on sait pourquoi il a arrêté de chanter, alors ?

Sara De Paduwa : J'allais vous poser la question, Didier Varrod.

Jérôme de Warzée : Est-ce que vous donnez une réponse ?

Didier Varrod : C'est un peu une des clés, aussi, que j'essaie de donner dans le film. Il y a, pour Jean-Jacques Goldman, ce postulat de départ, c'est-à-dire qu'il faut quand même être animé par la création, ce truc incroyable qui s'appelle la création ; d'ailleurs, dans une interview inédite qu'il m'avait donnée en 91, qu'il compare à la tumeur. Il dit : "on ne peut pas faire autrement que d'avoir à exprimer des choses, à sortir des choses de soi." Et puis, un jour, cette inspiration, elle est moins présente, elle est moins forte.

Sara De Paduwa : Il n'est pas en manque d'inspiration ?

Didier Varrod : Comment ?

Sara De Paduwa : Il est en manque d'inspiration ? Vous avez dit ça, Didier ?

Didier Varrod : Je ne dis pas qu'il dit qu'il est en manque d'inspiration, il dit qu'il y a un moment où cette inspiration n'est plus aussi importante, n'est plus, peut-être, la première chose qui anime votre vie de créateur. Et donc, il y a d'autres choses dans la vie. Il n'y a pas qu'être artiste, aller à la télévision, se produire comme il le dit, devant 17.000 personnes. Il y a aussi avoir une vie avec des enfants, une femme, des amis, s'occuper des siens. C'est tout aussi estimable que de faire des chansons. C'est un peu une clé qu'il donne comme ça, dans une interview où il était tout à fait en activité, à l'époque, il n'est pas du tout question qu'il s'arrête et voilà : le besoin aussi de faire d'autres choses. La vie ne peut pas se résumer, pour Jean-Jacques Goldman, à être une star adulée devant 17.000 ou 50.000 personnes.

Sara De Paduwa : Ses chansons ce soir, aussi, à la télévision, "Jean-Jacques Goldman de l'intérieur", avec des reprises aussi, notamment signées François Delerm et Gaëtan Roussel [Sara veut probablement parler de Vincent Delerm]. Votre chanson préférée, Didier Varrod, de Jean-Jacques Goldman ? Vous connaissez son répertoire par cœur, j'imagine...

Didier Varrod : C'est difficile de me demander ça à 8 heures. Quelle heure est-il ? 8h47 !

Sara De Paduwa : Il y a "Encore un matin" mais ça, c'est... Bon, c'est trop facile...

Didier Varrod : Allez, "Né en 17 à Leidenstadt", même si j'aime bien "Encore un matin". Lorsque je faisais la matinale en France, à France-Inter, c'était le titre, d'ailleurs, de ma chronique. Mais "Né en 17 à Leidenstadt" est une chanson magnifique.

[Fond musical : début de "Né en 17 à Leidenstadt", Jean-Jacques Goldman]

Sara De Paduwa : Franchement, si vous aimez Jean-Jacques Goldman, rendez-vous ce soir à la télévision avec des images inédites aussi. C'est en deuxième partie de soirée, juste après la série Profilage. On lance la huitième saison, ce soir, en télé. Merci beaucoup, Didier Varrod, d'être parmi nous ce soir, homme de radio, vous l'avez dit, journaliste...

Sara De Paduwa : Merci à vous. Bonne journée, je vous embrasse.

Sara De Paduwa : Oh ! Elle démarre avec Jean-Jacques Goldman ; du coup, elle démarre bien. On vous embrasse bien fort.

crédits RTBF, capture d’écran

Infos pratiques
  • Retranscription : Luc Andries
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