Fred Hidalgo pour son livre Jean-Jacques Goldman confidentiel

Fred Hidalgo pour son livre Jean-Jacques Goldman confidentiel

RTBF, Vivacité, Le 8-9, 12 décembre 2016 , 12 décembre 2016

Benjamin Maréchal : Événement : la sortie d'un bouquin. Si vous êtes passionné par l'histoire de Jean-Jacques Goldman et surtout triste de son départ, voici un bouquin qui s'appelle "Jean-Jacques Goldman confidentiel". Si vous nous regardez sur La Une télé, ce bouquin, c'est une brique parce qu'il raconte tout, tout, tout de Jean-Jacques Goldman, son départ, les raisons du départ ; écrit par un journaliste français qui s'appelle Fred Hidalgo et qui est en ligne ce matin. Bonjour.

Fred Hidalgo : Oui, bonjour.

Benjamin Maréchal : Le livre démarre sur la panique - parce que c'est vraiment la panique de cette dépêche du 2 septembre 2005, qui dit (et c'est dans La Dernière Heure en plus qu'on lit ça) : il y a un bouquin qui va sortir et Jean-Jacques Goldman va annoncer son départ. Vous me confirmez que c'était la panique à l'époque ?

Fred Hidalgo : Oui, c'est-à-dire que c'est arrivé un samedi et j'ai eu au téléphone quasiment tous les journaux français, de Belgique aussi, les radios, les télés qui étaient catastrophées d'apprendre cette nouvelle. En fait, c'est simplement que Jean-Jacques Goldman m'avait confirmé, effectivement, qu'il allait arrêter la scène et les disques, mais pour publication dans le journal dont j'étais rédacteur en chef à l'époque, qui était la revue Chorus. Et...

Benjamin Maréchal : Et ça fuite ?

Fred Hidalgo : C'est cela.

Benjamin Maréchal : Ça fuite et c'est le début de l'alerte.

Fred Hidalgo : Pardon ?

Benjamin Maréchal : Je dis "ça fuite et c'est donc le début de l'alerte". Je fais un mot sur les dates, parce qu'on apprend en milieu de bouquin, que tout a basculé quand Goldman a annoncé à ses musiciens qu'il arrêtait. On est en 2004 mais en 2005, quand ça fuite, il n'y a aucun signe avant-coureur. Personne n'avait entendu, ne supputait qu'il allait arrêter ? On a vraiment été pris de court, même vous, dans le milieu ?

Fred Hidalgo : Heu... Oui. Enfin, moi un petit peu moins parce que j'avais aussi quelques informations de l'intérieur, puisque Jean-Jacques Goldman est un ami de 30 ans aujourd'hui. Mais c'est vrai qu'à personne, personne absolument, il ne l'avait annoncé. Il l'avait laissé entendre à ses musiciens, simplement pour qu'ils puissent continuer à travailler en studio avec d'autres chanteurs, et cetera, sans attendre le prochain disque ou la prochaine tournée. Et personne ne s'inquiétait de l'avenir professionnel de Jean-Jacques Goldman parce que son dernier album datait de 2001 et donc on n'attendait pas de nouvel album avant 2005, 2006. Et donc ça a été, effectivement, la stupeur dans le milieu professionnel quand on l'a appris.

Benjamin Maréchal : Vous racontez sa simplicité. On apprend notamment qu'au départ, il met des écrans dans ses spectacles parce qu'il veut vraiment détourner l'attention : il est à ce point discret que les écrans servant à détourner l'attention de son personnage. Puis il va s'habituer aux concerts, vous racontez tout ça. Il va à vélo au Zénith, là où tous les mecs vont avec des escortes, Goldman, il y va à vélo. Et alors, il y a ce moment qui dit vraiment sa timidité - ou sa simplicité, ce sera à vous de me dire, Fred Hidalgo - quand il est dans le classement des personnalités préférées des Français, il demande au JDD, au Journal du Dimanche, de le retirer de la liste. C'est pourquoi ? Parce qu'il veut la paix ou il ne s'estime pas digne d'être préféré des Français ?

Fred Hidalgo : Disons les deux à la fois et ni l'un ni l'autre, si vous voulez. C'est-à-dire qu'il considère tout simplement qu'un saltimbanque, un artiste, quel qu'il soit, ne mérite pas l'honneur d'être classé à côté de personnages comme l'abbé Pierre. C'était l'abbé Pierre, longtemps, qui était resté en tête et lui, il arrivait deuxième ou troisième, derrière aussi la ministre Simone Veil dans les années 90. Il considère que c'est vraiment faire trop d'honneur à un artiste qui, finalement, en ce qui le concernait, n'est là que pour écrire des chansonnettes (c'est ce qu'il m'avait dit), du mieux possible, bien entendu, pour faire le plus de plaisir et de bonheur aux gens si ça fonctionne mais voilà, rien de plus. Et donc, c'est quelqu'un qui restait toujours en dehors des louanges et qui s'est blindé en même temps contre les critiques qui ont été ô combien nombreuses en ce qui le concerne.

Benjamin Maréchal : Ah, parce qu'il y en a effectivement eu ! Alors, c'est amusant parce qu'il y a un fil rouge - un fil rouge, on s'entend - dans le bouquin, ce sont des rencontres avec Souchon, Cabrel, Goldman et Yves Simon, qui sont d'ailleurs de véritables casse-têtes d'agenda à organiser puisqu'ils ont tous des vies de fou. Ces rencontres, elles servaient à quoi ? C'était des rencontres amicales ? C'était des rencontres de boulot ? Je veux l'entendre de votre bouche.

Fred Hidalgo : Oui, c'était des rencontres de boulot et amicales en même temps, puisque cette histoire, c'est aussi l'histoire de Paroles et Musique, qui est un mensuel que j'ai créé en 1980 et qui s'est prolongé par la revue Chorus jusqu'en 2009. Donc, j'ai voulu, pour parler de la chanson, finalement monter des séances de brainstorming, de remue-méninges, avec quatre des artistes les plus importants et les plus à même de faire ça. Et donc, j'ai proposé à Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, Alain Souchon et Yves Simon, de venir et de discuter ensemble de la chanson, de leur métier, à travers leur vécu évidemment. Donc, c'était très amical et très drôle en même temps.

Benjamin Maréchal : Oui, c'est assez amusant à lire d'ailleurs parce que...

Fred Hidalgo : Des documents passionnants.

Benjamin Maréchal : Oui, c'est assez amusant à lire parce qu'il y a d'abord comment on fixe un rendez-vous, puis c'est chez l'un, puis c'est chez l'autre, puis à un moment ils vont à une terrasse... [Il se tourne vers Sara De Paduwa] Est-ce que Goldman, Sara, vous manque ?

Sara De Paduwa : Oh oui, beaucoup, beaucoup. Et puis, il a fait beaucoup de bien à beaucoup d'entre nous, je suis sûre. Quand ça n'allait pas trop bien, on met un Goldman et hop, tout repart.

Benjamin Maréchal : Il a fait du bien aux Restos du Cœur. [Il se tourne vers Jérôme de Warzée] Il vous manque, Jérôme ?

Jérôme de Warzée : C'est peut-être le meilleur compositeur interprète des 20 dernières années, en fait.

Benjamin Maréchal : Ça, c'est un hommage ! [Il s'adresse à Thierry Luthers] Thierry ?

Thierry Luthers : Oui, il me manque beaucoup. Bonjour Fred, je suis un ancien abonné de la revue Chorus, qui était absolument remarquable. J'ai quand même une question quasi métaphysique.

Benjamin Maréchal : [Sur le ton de l'humour] "Mon abonnement n'a pas été honoré".

Thierry Luthers : Le magazine, malheureusement, n'existe plus. Non, Fred Hidalgo, est-ce que l''arrêt de Goldman, c'est, comme on l'a prétendu, un moment de panne créatrice complète, ou la volonté ou l'envie de pouvoir écrire, de composer, ou bien c'est aussi une envie de quitter ce milieu qui, finalement, ne lui convenait peut-être pas trop ?

Fred Hidalgo : Oui, vous avez raison dans les trois cas, c'est-à-dire qu'en tout cas, ce n'est pas une panne d'inspiration du tout. Là, moi, je m'inscris en faux totalement contre ça. Je le connais très bien personnellement, donc c'est pour ça que j'ai écrit ce livre, je me suis permis de l'écrire, c'est un livre autorisé, parce que je sais qu'il peut très bien faire un nouvel album et un album formidable dans le mois qui vient. Ça, j'en suis absolument convaincu. Donc...

Benjamin Maréchal : Mais ce n'est pas dans les projets.

Fred Hidalgo : Voilà, ce n'est pas une panne d'inspiration. Ensuite, c'est vrai que c'est quelqu'un... [il se reprend] c'est une sorte de malentendu. C'est l'histoire de ce livre aussi. C'est une sorte de malentendu, Jean-Jacques Goldman et la chanson. C'est-à-dire qu'il rêvait, au départ, d'être un auteur-compositeur, quand il travaillait dans le magasin de sport de chez ses parents ; mais en aucun cas, il ne se rêvait en chanteur, sur scène. C'est pour ça que (vous l'avez évoqué tout à l'heure) ses difficultés sur la scène, au début, il pensait avoir le don, le talent (il l'a démontré) d'écrire pour les autres. Et puis, la vie a fait que, le destin en a fait le meilleur compositeur, peut-être, de l'histoire de la chanson française ou francophone. Donc, il s'est trouvé pris dans ce tourbillon incroyable : meilleure vente de disques, record de fréquentation de spectacles et puis surtout, ce talent, cette magie qui l'a d'allier les mots et la musique.

Benjamin Maréchal : C'est un double bouquin, Fred Hidalgo.

Fred Hidalgo : Il a été obligé d'y aller.

Benjamin Maréchal : Fred Hidalgo, je le signale, c'est un double bouquin. C'est à la fois la vie de Goldman et puis l'enquête sur les raisons de son arrêt. Allez vous plonger là-dedans, il y a 562 pages. Si vous aimez Jean-Jacques Goldman, il y a tout là-dedans. Fred Hidalgo, merci d'être passé ce matin et bonne journée à vous.

Fred Hidalgo : Merci à vous, au revoir.

Benjamin Maréchal : À la prochaine.

Benjamin Maréchal : Vous voyez comme... - [Il s'adresse à la régie] Raccroche, raccroche ! - discrètement, je le coupe parce que le mec, il peut te parler de Goldman pendant six ans.

Sara De Paduwa : On va l'entendre ou pas, Goldman ?

Benjamin Maréchal : Non. Eh bien, non.

Sara De Paduwa : [Déçue] Allez !

Benjamin Maréchal : Eh bien, vous savez qu'en le lisant, je me suis rendu compte qu'à force d'être dedans, je n'ai pas pensé un seul instant à vous préparer un extrait ce matin.

[Extrait de "Quand la musique est bonne"]

Sara De Paduwa : Oh ! Merci.

Benjamin Maréchal : Heureusement qu'André, qui réalise, a l'œil !

Jérôme de Warzée : [Feignant d'être soulagé] Enfin, il a touché un peu droits d'auteur !

Benjamin Maréchal : Vous connaissez ce village ? Il vit à Plan-de-Cul, près de Marseille.

Sara De Paduwa : À Plan-de-Cul ?

Benjamin Maréchal : Oui. Ou Plan-de-Cuq. Je ne sais pas si on prononce le q...

Thierry Luthers : Plan-de-Cuques. Il va déménager.

Jérôme de Warzée : Apparemment, il déménagerait à Londres.

Benjamin Maréchal : Ah ! Vous avez des informations ? Ça, c'est un déménagement fiscal, si vous voyez ce que je veux dire.

Thierry Luthers : Directement...

Benjamin Maréchal : Pourquoi aller à Londres, sinon ? Si ce n'est pas pour le fiscal ?

Jérôme de Warzée : Ben, la qualité de vie, bien entendu. Et il y a le musée Tussauds.

Benjamin Maréchal : Pour le musée Tussauds, bien sûr.

Jérôme de Warzée : Il est peut-être supporter de Tottenham, vous ne savez pas...

crédit RTBF (capture d’écran)

Infos pratiques
  • Retranscription : Luc Andries
  • Partager cet article

Page concernée :