Master-class SACEM : "Rock ou variété ?" (6/8)

Master-class SACEM : "Rock ou variété ?" (6/8)

Master-class SACEM, 11 mars 2014 , 11 mars 2014

Jean-Jacques Goldman et Olivier Bas sont assis côte à côte sur une estrade, face aux participants de la Master-class.

La chanson populaire

Olivier Bas : Pouvez-vous nous donner votre définition du chanteur de variété, parce que finalement vous êtes souvent catalogué comme plutôt artiste rock, chansons rock, ce sont certainement les premiers mots qui sont apparus pour qualifier votre musique ?

Jean-Jacques Goldman : Ce qui m’attire beaucoup dans le terme “variété”, c’est à quel point c’est mal vu, péjoratif et ce qui me semble impossible à revendiquer dans le terme “chanteur de rock”, c’est à quel point c’est censé être politiquement correct.

Si j’ai le choix entre les deux, je vais directement du côté de la variété.

Que voulez-vous que je vous dise ? Si Elvis Presley revient ou Chuck Berry, qui est toujours là je crois, et qu’on leur fait écouter “Les Forbans”, qu’on leur dit : “Vous voyez, ça c’est de la variété”, et qu’ensuite on leur fait écouter Etienne Daho et qu’on leur dit : “Ca c’est du rock”, ce sera à vous de les convaincre.

J’ai une très haute estime de la chanson mais je sais aussi ce qu’elle n’est pas.

Pour moi, une chanson n’est pas un manifeste, ce n’est pas une réflexion philosophique, ce n’est même pas de la poésie. C’est beaucoup plus que cela je dirais, d’une certaine manière. Donc, le fait que ce ne soit pas très profond... J’ai écouté Bob Dylan, je ne comprenais pas un mot de ce qu’il chantait mais j’étais bouleversé. J’ai écouté Jimmy Hendrix, je ne comprenais pas un mot de ce qu’il chantait mais j’étais bouleversé. Je crois que la chanson est là.

Après, on peut être bouleversé par Lautréamont ou Chateaubriand, par leurs textes. Mais la chanson c’est autre chose.

A mon avis, confondre les deux est une erreur.

[Jean-Jacques Goldman s’adresse aux participants avec humour]

Jean-Jacques Goldman : C’est un concept que nous avons inventé qui est celui du “chanteur à voix”. Quand vous dites ça à un Canadien, il vous dit : “Donc il y a des chanteurs sans voix ?” . Puisque nous avons inventé le chanteur à voix. Vous voyez ? Il y a les deux. Il y a des bateaux à voile et des bateaux sans voile, mais en France vous avez des chanteurs sans voix et des chanteurs à voix. Voilà.

Ne serait-ce que cette haine, qui est une des raisons pour laquelle j’avais voulu écrire des chansons convenables à une grande chanteuse puisque la population française savait ce qu’est la chanson et elle achetait en masse Whitney Houston, Barbra Streisand, etc…puisque nous ne le trouvions plus chez nous.

A mon avis, il y a à repenser la vision de sélection du service public qui, maintenant est devenu absolument fondamental et en particulier à s’ouvrir plus aux capacités vocales et à des musiques qui soient des chansons pas uniquement en noir et blanc.

Infos pratiques
  • Auteur : Olivier Bas
  • Retranscription : Frédéric Bretones
  • Partager cet article

Page concernée :