Master-class SACEM : "L'éditeur" (7/8)
Master-class SACEM, 11 mars 2014 , 11 mars 2014
Jean-Jacques Goldman et Olivier Bas sont assis côte à côte sur une estrade, face aux participants de la Master-class.
Olivier Bas : En 1979, vous rencontrez Marc Lumbroso qui devient votre éditeur, c’est bien ça ? Qu’a-t-il donc changé dans votre vie, cet homme ? Il a cru en vous ?
Jean-Jacques Goldman : Il a tout changé.
Olivier Bas : Carrément ?
Jean-Jacques Goldman : Oui parce que je travaillais dans un magasin de sport quand j’ai reçu un coup de fil et qu’il m’a dit : ”Bonjour, je m’appelle Marc Lumbroso”.
Olivier Bas : Vous aviez quand même fait Taï Phong et des premiers titres chez Warner en français avant ?
Jean-Jacques Goldman : Oui mais c’était terminé. Je savais quand même que j’allais continuer d’écrire des chansons.
Olivier Bas : Mais ne plus les interpréter ?
Jean-Jacques Goldman : Non, je ne pensais pas les interpréter. J’avais deux enfants et puis ma vie était très belle, ça allait. Je savais que j’allais continuer d’écrire des chansons parce que ça me plaisait de toute façon. Et il m’a dit : “J’ai entendu par hasard une chanson de vous, chantée par une des concurrentes dans un radio-crochet, j’ai donc téléphoné à la SACEM - pour vous dire ce que peut faire un éditeur talentueux – afin d’avoir vos coordonnées pour vous rencontrer et écouter ce que vous faites”.
Olivier Bas : Vous avez dit oui.
Jean-Jacques Goldman : J’ai dit oui. On s’est rencontrés. Je lui ai donné une cassette avec des chansons que je faisais sur 4 pistes le soir après le travail et il a commencé à essayer de les placer comme on dit, de les proposer à des interprètes. Jusqu’au jour où un directeur artistique a dit : “Ca nous intéresse”.
Olivier Bas : Donc, là on est en 1979, Marc Lumbroso vous dit : “Je veux être ton éditeur ?”
Jean-Jacques Goldman : Non, il m’avait dit au départ : “Je m’occupe de placer tes chansons, mon métier c’est éditeur ”.
Olivier Bas : Et vous saviez ce que c’était un éditeur à ce moment-là ?
Jean-Jacques Goldman: Il me l’a expliqué. S’il y a une part d’édition qui est justifiée, c’est bien celle-ci puisqu’il a fait bien plus que la moitié du travail.
Olivier Bas : Vous pensez que s’il n’avait pas été là, vous n’auriez pas eu cette carrière-là ? Sérieusement ?
Jean-Jacques Goldman : Bien sûr, parce que je ne vois pas comment on peut se dire que tout ce qui est arrivé après aurait pu arriver d’une autre façon. Ce qui aurait été possible, je pense, c’est que j’aurais réussi à faire des chansons d’une façon ou d’une autre.
Olivier Bas : Maintenant vous êtes votre propre éditeur ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, à partir du moment où il n’y avait plus trop de travail pour placer des chansons c’est-à-dire quand les gens m’en demandaient, je n’avais plus besoin de quelqu’un d’autre pour le faire.
Olivier Bas : Cette partie-là de ce métier vous intéresse ou pas du tout ?
Jean-Jacques Goldman : Elle est fondamentale.
Olivier Bas : D’accord.
Jean-Jacques Goldman : Oui je pense que c’est absolument fondamental pour des jeunes auteurs-compositeurs. L’éditeur comme le programmateur radio sont des gens d’une importance capitale.
[Il s’adresse au public]
Marc n’était qu’éditeur, on va dire qu’éditeur c'est déjà énorme, mais à partir de mon deuxième album ou à la fin de mon premier album, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas être dans la cabine et en même temps en train d’enregistrer. Donc j’avais besoin de quelqu’un. Il m’est apparu comme une évidence que ce devait être lui parce que c’est le genre de personne qui gratte un peu à la guitare mais ce n’est pas un musicien, c’est un homme qui adore la musique.
Je savais donc que lui n’allait pas me répondre :”Là je trouve que tu as des fréquences un peu aiguës, il faudrait mettre une fretless à la place de la basse”. Ce sont des choses qui n’ont aucun intérêt. Il me disait plutôt : “Là, on s’emmerde un peu” [sic], ”Là, ne change rien” ou alors “Là, ça crie trop fort”, des choses comme ça, ce qui est le souhait ultime de toute personne en train d’enregistrer.
Olivier Bas : Qu’aimez-vous dans le rôle d’éditeur, au-delà de la protection, des choses comme cela ? C’est justement de peut-être pouvoir marier des gens qui ne se seraient pas forcément rencontrés ? C’est ça, tout simplement ?
Jean-Jacques Goldman : Évidemment, tout le monde cite cet exemple mais une des plus grandes réussites françaises de l’édition c’est quand même Voulzy-Souchon. C’est d’avoir dit : “Je pense qu’il serait intéressant que vous travailliez ensemble”. C’était bien d’y avoir pensé.