Mais où est passé Jean-Jacques Goldman ?

Mais où est passé Jean-Jacques Goldman ?

Moustique, 28 novembre 2012 , 28 novembre 2012

Plus personne ne l'a vu sur une vraie scène depuis dix ans. Chanté par une nouvelle génération, il semble s'obstiner dans son exil volontaire. À jamais ?

Les chansons de Jean-Jacques Goldman passent sur NRJ, mais c'est M Pokora ou Zaz qui les interprètent. Il couche encore des mots dans son carnet à spirales, mais c'est sur les disques de Calogero et d'Alizée qu'ils atterrissent. A soixante et un ans, il remonte sur la scène de Bercy du 23 au 28 janvier prochains, mais seulement en meneur de troupe avec les Enfoirés. Et quand son label annonce la sortie d'un coffret pour les fêtes de Noël, il n'y a pas l'ombre d'une nouveauté à se mettre dans les oreilles. Alors, oui, il est normal de se poser la question : que devient vraiment Jean-Jacques Goldman? Aux dernières nouvelles, et elles sont fraîches, il va bien. Calogero, qui l'a donc sollicité pour le premier album de son nouveau groupe Circus, nous confirme qu'il est parfaitement heureux et évoque un "artiste artisan qui a toujours goût à l'écriture".

Voici quelques jours, une attachée de presse belge qui lui a été longtemps dévouée lui a envoyé un texto. Goldman a répondu à sa manière. Directe, douce, amicale, sincère. Il prenait des nouvelles de son amie, évoquait sa vie sereine à Marseille, loin de la pression, entre promenades en famille et lecture d'un roman.

A force d'espérer son retour comme interprète, certains oublient les signaux que Jean-Jacques Goldman a lui-même envoyés. En juin 2012, sur sa page Facebook (227.833 fans), il déclarait n'avoir aucun projet de nouvel album solo ni de tournée. Des propos qu'il avait déjà tenus, voici un an, dans une interview accordée au quotidien français 20 minutes ("Je n'ai aucun projet à ce jour") ainsi que dans d'autres réponses à ses admirateurs. Ainsi, dans un message posté sur Facebook le 24 mars dernier, le chanteur ne laissait déjà quasi plus d'espoir. "La vie est étrange. Aurais-je pu imaginer il y a vingt ans que la musique s'éloignerait ainsi de ma vie alors qu'elle en était une partie si importante? Je sais que je ne fais rien actuellement (sur le plan personnel). Donc rien n'arrivera dans les années prochaines, ni chansons, ni scène. Et si l'envie revenait d'ici quatre, cinq ans, il faudrait du temps et j'aurais presque septante ans. Aurais-je envie de repartir? Ça me semble improbable."

[Malgré l’emploi des guillemets par Luc Lorfèvre, le terme “septante” utilisé par un artiste francophone français dans une interview à un quotidien français, laisse supposer que ces propos ont été re-phrasés, voire interprétés.]

Installé à Marseille avec sa compagne Nathalie qu'il a épousée en 2001, père de six enfants (trois filles avec Nathalie, deux filles et un garçon avec sa première épouse Caroline), Jean-Jacques Goldman mène donc une vie paisible et reste aussi lucide sur un métier qui a beaucoup changé depuis son dernier album "Chansons pour les pieds", en 2001. Il sait qu'un hypothétique come-back ne se réalise pas sur un simple coup de tête. Il faut non seulement avoir l'envie et les bonnes chansons, mais aussi communiquer, planifier, travailler avec une nouvelle équipe. En Belgique, par exemple, aucun responsable actuel de sa firme de disques Sony Music ne le connaît personnellement ou a déjà collaboré avec lui dans les années 90. Pour les fêtes, le label vient pourtant de sortir un coffret économique (50 euros) intitulé "La collection 1990-2001" qui regroupe ses quatre derniers albums ("Fredericks-Goldman-Jones'', "Rouge", "En passant" et "Chansons pour les pieds") ainsi qu'un DVD avec 33 clips. Un projet dans lequel Goldman n'a pas du tout été impliqué.

Cet exil volontaire, Jean-Jacques Goldman ne l'a pas planifié, il s'est imposé de lui-même. Lorsqu'il met fin, en décembre 2002, à l'aventure scénique de "Chansons pour les pieds", tournée qui s'est arrêtée à neuf (!) reprises à Forest National, il n'est pas question de mettre sa carrière entre parenthèses. Interviewé dans Moustique le 25 juin 2003 à l'occasion de la sortie de son album live "Un tour ensemble", le chanteur rappelle alors toute sa motivation après tant d'années de succès. "Quand j'étais lycéen, puis étudiant, je rentrais chez moi, je me mettais au piano ou à la guitare. Et j'avais des groupes. Ensuite pendant sept ans, j'ai travaillé dans un magasin de sport, mais tous les week-ends et tous les soirs, je jouais avec mon groupe Taï Phong. Je jure que je ne pensais pas alors en faire mon métier. C'est arrivé, mais c'est bien plus qu'une profession, c'est une passion dont je vis. Pourquoi devrais-je un jour avoir envie d'arrêter ?" Agent pour la société de spectacles Live Nation Belgium, Philippe Kopp a organisé tous les concerts belges de Goldman. Il se souvient très bien des mots échangés en 2002. ''Après le dernier de ses concerts programmés à Forest-National, Jean-Jacques m'a simplement dit, comme après chaque tournée, qu'il ne reviendrait en live que lorsqu'il aurait quelque chose d'original à proposer d'un point de vue scénique. Depuis, il y a eu des rumeurs de retour, mais ce ne sont que des rumeurs. Je sais que beaucoup de salles et de festivals rêvent de le revoir, moi y compris. Mais je respecte totalement l'artiste et l'homme. Jean-Jacques Goldman a fait un choix de vie axé sur la famille et c'est tout à fait honorable.

Les prestations live de Jean-Jacques Goldman font partie des meilleurs souvenirs de la carrière de Philippe Kopp. "En concert, il parvenait toujours à se renouveler. Je connais beaucoup de gens qui n'avaient aucun disque de Goldman à la maison, mais qui achetaient un billet pour le voir. Ils savaient qu'ils allaient vivre quelque chose d'unique. D'habitude, quand le même artiste se produit trois ou quatre fois d'affilée à Forest-National, je regarde le show le premier soir et je gère ensuite le côté organisationnel. Mais avec Goldman, chaque spectacle avait sa propre magie. Humainement, Jean-Jacques était d'une gentillesse et d'une correction exemplaires. Jamais un mot plus haut qu'un autre. Et ça déteignait sur toute son équipe. C'est aussi quelqu'un avec qui on pouvait parler d'autre chose que de musique ou de business. Jean-Jacques n'aimera sans doute pas le mot, mais il est presque devenu une légende dans le milieu. Même ceux qui n'ont jamais travaillé avec lui le citent comme référence."

Si Jean-Jacques Goldman n'occupe plus les devants de la scène musicale, il ne reste pas moins présent dans l'actualité. Fidèle aux Restos du Cœur depuis 1986, il remet le couvert avec les Enfoirés pour une grande fête caritative programmée du mercredi 23 au lundi 28 janvier 2013 au Palais Omnisports de Bercy. L'émission télé sur TF1 et la sortie du CD/DVD suivront avant le printemps. Goldman est aussi confirmé dans les crédits du cinquième album d'Alizée annoncé pour début 2013. Un moment pressenti pour lui écrire tout l'album, il signera quatre chansons, les autres textes étant fournis à l'ex-Lolita par BB Brunes et Luke.

Dans une récente interview accordée au quotidien Le Parisien, Johnny Hallyday affirme avoir lancé un appel du pied à Goldman avec qui il avait déjà collaboré sur "Gang" (1986) et "Lorada" (1995). "Je l'ai contacté pour mon album, mais Jean-Jacques a décliné l'invitation, précise Johnny. Il m'a dit qu'il était dépassé, qu'il ne touchait plus trop sa guitare, que ce n'était plus son truc d'écrire tout un album." Goldman a pourtant répondu présent lorsque Calogero lui a proposé d'écrire des chansons pour son nouveau groupe Circus. Dans ses récentes collaborations, on citera également sa participation à la bande originale de Titeuf, le film de son ami Zep et des chansons - assez légères - pour Lorie, Grégoire ou Patrick Fiori avec qui il est monté sur scène à Aix-en-Provence.

Goldman ne vit pas comme un ermite. Il parle, il écoute les sollicitations, y répond parfois et accepte même de se confier aux médias comme dans ce documentaire consacré au scoutisme que France 5 a diffusé avant l'été. Il y évoquait l'importance qu'avait eue ce mouvement de jeunesse lorsqu'il était adolescent. C'est là, au milieu des disciples de Baden-Powell, qu'il prendra pour la première fois une guitare. Pour le reste, il communique peu mais ce n'est pas nouveau. Goldman n'a jamais fait beaucoup de promotion et n'a jamais eu de fan-club officiel. Quand il a quitté la scène en 2002, le MP3 en était à ses balbutiements, et Internet était loin d'être l'outil qu'on connaît aujourd’hui. Myspace et les réseaux sociaux sont venus après. Goldman s'est adapté aux nouveaux médias, mais de très loin. Il possède une référence Myspace mais le site n'est jamais actualisé. Ouverte en juillet 2008, sa page Facebook relaie les messages de ses fans et quelques réponses officielles. Il n'a toujours pas de site officiel. Tenu très sérieusement par de vrais admirateurs, le site Là-bas (www.jjgoldman.net/la-bas) fait office de fan-club officiel. Surtout consacré aux archives, il évite fort judicieusement de s'incruster dans la vie privée de l'artiste.

Enfin, contrairement à ce qui avait été annoncé, Jean-Jacques n'a pas participé à l'album collectif "Génération Goldman" produit par My Major Company, société co-dirigée par Michael Goldman, son propre fils. Il a simplement donné son accord moral et légal à ce projet où la nouvelle génération de chanteurs (M Pokora, Amel Bent, Christophe Willem, Corneille) reprend ses tubes. Un disque inégal, qui ne trompe ni sur son titre ni sur sa cible : des jeunes chanteurs, un jeune public.

Infos pratiques
  • Retranscription : Luc Andries
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