Interview de Jean-Jacques Goldman par Luc Michat
Radio BLV, juillet 2002 , 22 juin 2002
Luc Michat : Vingt ans après la sortie de son dernier album studio ‘’Chansons pour les pieds’’ et à l'occasion de ses 40 années de carrière et de son anniversaire le 11 octobre, je vous propose de découvrir une interview de Jean-Jacques Goldman réalisée le 22 juin 2002 à Grenoble, lors de la tournée Un tour ensemble. Cette interview est restée pendant près de deux décennies sur un MiniDisk, sans être touché et toujours intacte. J'ai récemment pu remettre la main sur un lecteur MiniDisc et ai pu faire le transfert du son sur un ordinateur, et voici donc le résultat. Tout y est, rien n'a changé. Dans cette rencontre de près de 20 minutes, Jean-Jacques Goldman nous parle du choix des titres pour la scène, de pourquoi il a intégré la ville de Valence dans deux de ses chansons, mais aussi de Renaud qui allait faire son grand retour. Également, au cours de cette rencontre, il abordera sa façon de travailler ses chansons, de sa réaction lorsqu'il réécoute ses titres dans un taxi, par exemple ; et puis, il me révélera quelles sont les personnes à qui il aimerait dire merci. C'est donc un document que je vous propose aujourd'hui qui ravira les fans, mais aussi le public qui apprécie les chansons de Jean-Jacques Goldman depuis quatre [sic] décennies. Vous le verrez, il me répond le plus directement possible, sans fioritures, avec sa bienveillance habituelle. Tout ça à moins d'une heure avant de monter sur scène. Je vous souhaite une belle écoute.
Luc Michat : Nous sommes avec Jean-Jacques Goldman qui nous fait l'énorme plaisir de nous recevoir dans sa loge juste avant son concert. Tout d'abord, merci, justement, de recevoir des médias de moins grande importance malgré un planning très chargé. Ce n'est pas tout le monde qui souhaite le faire, donc il est bon de le souligner. Quatre ans après la tournée ‘’En passant’’, Jean-Jacques Goldman est sur les routes au moins jusqu'à la fin de l'année. Alors justement, reprendre la route, c'est retrouver un peu cet esprit de nomade, de camp de scouts, avec les parties de ping pong, les matchs de foot et aussi les repas en équipe avant de monter sur scène. Tu avais déclaré d'ailleurs ‘’C'est une vie adolescente à laquelle on n'a plus le droit’’. Ça résume bien l'ambiance et l'état d'esprit de toute l'équipe ?
Jean-Jacques Goldman : Ah oui, c'est tout à fait ça. D'autant plus que maintenant, on se connaît bien. Ça fait une dizaine d'années et même plus que ça parfois, qu'on tourne ensemble. Donc, c’est tout à fait cet esprit de colonie de vacances.
Luc Michat : Sur scène, l'équipe est la même que lors de la précédente tournée, une équipe resserrée avec les fidèles, on peut même dire des proches je crois ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, mais en fait, c'est devenu le cas pas par obligation, c'est parce que c'était comme ça. C'est une équipe qui me donnait entière satisfaction, et sur le plan technique et sur le plan humain, voilà.
Luc Michat : À chaque tournée, c'est le même challenge, trouver de nouvelles idées pour le spectacle. La tournée ‘’En passant’’ avait une partie plus intimiste, plus acoustique, où tu étais très souvent seul sur scène. Quel désir avais-tu pour cette tournée qui accompagne la sortie de l'album ‘’Chansons pour les pieds’’ que tu as qualifiée d'ailleurs d'album qui s'écoute debout ?
Jean-Jacques Goldman : Déjà, il y a plus de gens debout, effectivement, mais on a pris beaucoup le goût de cette intimité avec les gens. Et donc, on s'est posé la question ‘’comment retrouver ça ?’’ Et en fait, on l'a un petit peu résolu avec une deuxième scène qui est au milieu des gens.
Luc Michat : On est à la 30ème date de la tournée. On peut dire que le concert est rodé. Quelles ont été les modifications, parce qu’il y en a eu, les ajustements par rapport au tout premier concert ?
Jean-Jacques Goldman : Il y a pas mal de petits détails, des enchaînements qui se font un peu plus rapidement, une ou deux parties musicales qui ont disparu, une ou deux chansons qui ont changé d'ordre, et une ou deux hésitations qui ont été levées, ou on faisait une chanson sur deux, enfin, on hésitait entre plusieurs chansons, et puis il y en a certaines qui se sont imposées.
Luc Michat : Y a t’il eu des surprises par rapport à l'accueil de certaines chansons ? ‘’En passant’’ lors de la dernière tournée avait eu du mal à s'intégrer dans la précédente tournée donc, mais on la retrouve cette fois-ci intégrée au concert, je crois ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, mais là c'est un peu parce qu'on insiste, parce que c'est assez compliqué. Le problème d'un spectacle, c'est toujours les chansons lentes et là, il y en a deux qui se suivent et on fait un petit peu appel à la patience des gens parce que il y a comme ça un petit quart d'heure vraiment très lent.
Luc Michat : Mid-tempo . Il y a quelques chansons qui étaient des habitués des tournées, je pense à ‘’Là-bas’’ ou à ‘’A nos actes manqués’’ qui ne font pas partie de ce concert. D'autres aussi comme ‘’Si je ne t'avais pas’’ sur le dernier album, qui est une très belle chanson, une très belle balade ; ou ‘’The Quo's in town tonite’ du dernier album, donc. Certaines refont leur apparition, comme ‘’Envole-moi’’, ‘’Encore un matin’’ et ‘’Petite fille’’, toutes trois extraites de Positif, un album qui est bien représenté, je crois sur la tournée. Le choix des chansons n'est il pas de plus en plus difficile du fait que ton répertoire s'allonge ?
Jean-Jacques Goldman : Bien, oui, c'est compliqué, mais ‘’Envole-moi’’ n'était pas prévue au départ et ce sont les musiciens qui m'ont demandé de la réintégrer à ce moment-là du spectacle. Et puis, c'est vrai, on est obligé de faire des choix : Il y en a d'autres, ‘’Pas toi’’ n'est pas là, ‘’Comme toi’’ n'est pas là, il y a effectivement beaucoup d'absents.
Luc Michat : Et quel but recherches-tu en mettant en avant des chansons beaucoup moins connues comme ‘’Le rapt’’ dont la version 1998 était très réussie et très énergique, ou cette année avec ‘’Petite fille’’ ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, bien le but, c'est justement que ce ne soit pas juste un best of, qu’il se passe un petit peu de surprise dans un spectacle et je sais que les gens ont plutôt tendance à vouloir entendre les tubes, mais à doses homéopathiques on peut mettre quand même deux-trois chansons un peu plus intimes qui font, à mon avis, le sel d'un spectacle.
Luc Michat : À la différence de la précédente tournée, je crois que cette fois-ci, il n'y a pas de pause pour la coupe du monde de football. Vous avez prévu des écrans télé pour tout le monde ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, ce qui nous aide énormément, c'est le décalage horaire qui fait que les matchs auront lieu plutôt vers midi ou 11 heures. Donc, il est prévu en tout cas de faire une tournante dans les chambres de façon à regarder les matchs ensemble. Ça, c'est clair.
Luc Michat : OK, j'en viens à cet album ‘’Chansons pour les pieds’’, un album en hommage aux musiciens qui font danser les gens, notamment les musiciens de Bal. On sent vraiment que tu ne mâches pas tes mots dans certaines chansons, notamment dans ‘’Un goût sur tes lèvres’’ avec en français dans le texte donc, ‘’Combien d'autos pour voter FN ?’’, très d'actualité depuis pas mal de temps déjà…
Jean-Jacques Goldman : …d’autos brûlées.
Luc Michat : Oui, ‘’Combien d'autos brûlées pour voter FN ?’’ pardon, effectivement, il vaut mieux le souligner. Et aussi ‘’Les choses’’ où il y a une vive critique de la société de consommation et surtout de ceux qui ne vivent qu'à travers cela. J'ai l'impression que tu durcis un peu le ton, c'est le cas aussi pour ‘’C'est pas vrai’’, avec un petit peu un esprit critique, ironique ?
Jean-Jacques Goldman : Je ne sais pas, il y avait une chanson qui s'appelait… [hésitations]…’’j’ai pas peur ?’’ [note : le titre de la chanson est ‘‘Minoritaire’’] je crois, sur mon deuxième album ou mon troisième album, qui était super dure je trouvais, qui était très ironique vis à vis de…
Luc Michat : ''Être le premier’’ aussi, c'était assez ironique ?
Jean-Jacques Goldman : Oui aussi, oui. Donc, je ne crois pas que ça ait tellement changé, je regrette juste un peu que ça a été un peu prémonitoire [rires].
Luc Michat : Dans ‘’The Quo's in town Tonite’’ tu parles d'un jeune mécano qui va à Paris pour voir un concert des Status Quo. Il part de Valence et je crois que ce n'est pas la première fois que tu parles de la ville de Valence dans tes chansons ?
Jean-Jacques Goldman : Dans ‘’Il me restera’’.
Luc Michat : ‘’Il me restera’’, effectivement, une chanson de 1997 [note : la chanson date de 1987]. Tu écrivais ‘’il me restera aussi Valence, ici naquit un peu de tendresse’’. Est-ce de la ville de Valence dans la Drôme, dont tu parles, et est-ce un pur hasard, je ne crois pas ?
Jean-Jacques Goldman : C'est un pur hasard, mais pas tout à fait un pur hasard. C'est comme une des fleurs les plus citées dans les chansons, c'est ''Lila'', c'est parce que ça sonne bien. Valence, ça sonne à mort, ça sonne très bien. Donc pour moi, c'est facile de la caser dans une chanson. Si je disais Romorantin, ou si je disais Lyon ou Marseille même, c'est moins joli. Valence, ça coule, c'est juste phonétique, ça va très bien dans une chanson.
Luc Michat : Est-ce que c’est une ville que tu connais, à part les quelques dates de tournée que tu as faites il y a déjà longtemps ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, il y a longtemps parce que je crois qu'il n'y a pas de salle, là-bas, je me rappelle d'un hall qui résonnait énormément.
Luc Michat : 1991, oui, la dernière tournée.
Jean-Jacques Goldman : Non, je ne peux pas dire que ce soit une ville que je connaisse bien.
Luc Michat : Passer du son studio au live, c'est parfois l'occasion de modifier des arrangements sur certaines chansons de l'album qui vient de sortir et pour lesquelles tu as peut-être finalement une vision différente du titre ? En clair, avec le recul, il y a t il des titres sur l'album qui ne sonnent pas comme tu le souhaitais ?
Jean-Jacques Goldman : Non. Non, non, je ne peux pas dire ça. Mais disons que quand on faisait par exemple une chanson comme ‘’C'est pas vrai’’, je savais déjà que sur scène, il y aurait une version beaucoup plus rock, beaucoup plus guitare électrique, beaucoup moins séquencée qui aurait lieu sur scène. Et ça, ça me faisait plaisir.
Luc Michat : Et justement, sur les albums live, est ce que tu fais quelques retouches en studio pour masquer les quelques défauts qui pourraient éventuellement subsister?
Jean-Jacques Goldman : Oui, oui. Quand j'ai mal chanté, mais il s'agit vraiment d'une phrase, je ne refais pas les disques en studio, mais s'il n’y a pas une basse [ ?], s’il y a un truc comme ça, on le refait.
Luc Michat : D'accord. Depuis le début de ta carrière, tu n'aimes pas vraiment la batterie et ça se sent aussi sur le dernier album, car je crois, il n'y a pas de batteur, en tout cas pas beaucoup, juste un petit peu des percussions et le reste, je crois, est fait avec des séquences. Pourquoi une telle réticence à utiliser des batteurs ? Et est-ce que c'est dû, justement au fait, peut-être, que cet album a été aussi enregistré en grande partie chez toi, mais ça, je ne pense pas ?
Jean-Jacques Goldman : Non, non, la réticence c'est que moi, j'ai du mal avec les batteurs. D'abord parce que c'est un instrument que je ne domine pas du tout, donc je m'en remets à eux et très souvent, je n'arrive pas à bien m'expliquer…
Luc Michat : Ils ne te comprennent pas bien alors ?
Jean-Jacques Goldman : Voilà, je n’arrive pas bien à exprimer ce que je veux et il est rare de trouver des batteurs qui servent la chanson, c'est-à-dire qui font autre chose que de la batterie sur la chanson, un genre de Ringo Starr qui pense d'abord à comment mettre … Et il se trouve que Erick Benzi est un fantastique programmateur et que quand je me retrouve avec la batterie inscrite devant moi, quand elle a été programmée, là je peux dire ‘’Bon eh bien ça non, ça non’’, on peut modifier ce qui était impossible avec un batteur une fois que la batterie était faite, on ne pouvait plus la bouger, avant. Donc la technique permet ça. Et franchement, il y a pas mal de batteurs qui ont écouté l'album et qui ne savaient pas si c'est un batteur qui jouait ou si c'était programmé, parce que maintenant, la programmation a fait beaucoup de progrès.
Luc Michat : Mais je crois que Christophe Deschamps t’a fait aussi un peu changer d'avis là-dessus ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, oui, oui, et puis Christophe... En tout cas, sur scène, il est clair qu'un batteur amène une énergie qui est absolument incomparable.
Luc Michat : ‘’Chansons pour les pieds’’ a donc été enregistré en partie chez toi, cela grâce à l'informatique, justement donc, on en parlait. Lors d'un enregistrement, qu'est-ce que cela change et comment fais tu pour éviter qu'une chanson ne soit pas, en fait, que des copié-collé de voix ou d'instruments ? Quelles limites fixes-tu à cette technologie?
Jean-Jacques Goldman : Les limites du fait que je ne suis pas, Dieu merci, un perfectionniste. C'est-à-dire, moi, l'essentiel de mon travail se situe avant, à la composition et à la confection des arrangements et en particulier, aussi dans la construction de la chanson. J'y passe probablement beaucoup plus de temps que les autres. Mais par contre, dans l'enregistrement lui-même, si ça ressemble à peu près à ce que je voulais, ça va très vite. J'y passe pas des heures.
Luc Michat : Pour cet album ‘’Chansons pour les pieds’’, combien de chansons étaient composées pour arriver au nombre définitif ?
Jean-Jacques Goldman : J'ai peut-être travaillé sur 14 idées au départ, mais voilà, il en reste 12 donc…
Luc Michat : Tu ne jettes pas beaucoup. Il y en a qui écrivent des soixantaines de chansons pour faire un album !
Jean-Jacques Goldman : Non, non. J'écris très peu de chansons.
Luc Michat : On a l'impression que tu as levé justement le pied pour l'écriture et la composition de chansons, et cela pour les autres. D'ailleurs, apparemment, tu fais en ce moment plus de textes que de musiques. Ça a été le cas pour ‘’J'en rêve encore’’ et la dernière chanson d’Idir [‘’Pourquoi cette pluie ?’’], je crois ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, mais parce que c'était des demandes. Il se trouve que… voilà.
Luc Michat : Je ne sais pas si beaucoup de gens du grand public savent qui est un certain J.Kapler, qui a signé beaucoup de tubes pour Tina Arena, Céline Dion, Frédéric Lerner, Yannick Noah, et la liste est encore très longue. Ce J.Kapler, c'est ton frère Robert Goldman, ton plus jeune frère qui fait beaucoup de choses à l'abri des projecteurs. Est-ce que tu peux me dire quelques mots sur lui, et si c'est toi qui lui donne des conseils ou l'inverse, ou même les deux ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, au début, c'est sûr que…lui, fait des maquettes, il fait de la musique depuis longtemps, mais probablement je lui ai fait beaucoup d'ombre. C'est difficile d'être le petit frère de quelqu'un qui réussit bien. Et puis il me donnait des maquettes de temps en temps. Bon, je lui disais un peu ce que j'en pensais. Bon, ce n’est pas un grand technicien de la musique, c'est pas un grand musicien, c'est pas un grand parolier, Il le sait très bien. Mais par contre, il a une espèce de sens du public, de la chanson …
Luc Michat : Sensibilité, sens de la mélodie ?
Jean-Jacques Goldman : …voilà, qui est vraiment exceptionnel. Et donc, la seule chose que j'ai pu faire, d'abord ça a été d'être très négatif, en lui donnant probablement des complexes et ensuite ça a été d’être positif en lui donnant confiance dans ce sens, comme ça, de la chanson populaire, qu'il a bien mieux que moi et que plein d'autres.
Luc Michat : Sur tous tes disques on voit marqué JRG. Ce sont les éditions musicales et aussi de JSM. Quelles sont les significations de ces deux abréviations, de ces trois lettres ?
Jean-Jacques Goldman : JRG, c'est ‘’Jean-Jacques Robert Goldman’’ et JSM, je ne me souviens plus… je crois que c’est ‘’Jeu Set et Match’’ parce qu'on est tous des fans de tennis ! Voilà, il y en a un, c'est la maison d'édition, l'autre, c'est la maison de tournée.
Luc Michat : Est-ce que le but ensuite, justement, de JSM n'est pas de produire des artistes et notamment des nouveaux talents ?
Jean-Jacques Goldman : Non, non, on n'a pas du tout cette vocation-là, ce sont juste des coquilles vides qui servent à organiser mes activités. Mais on n'a pas de maison d'édition, une maison de production comme ça, pour d'autres artistes.
Luc Michat : Quel est le rôle de ta maison de disques parce que je crois que maintenant, elle ne s'occupe plus que de la distribution et de la promotion. Elle ne s'occupe plus donc de l'enregistrement, ni même de la fabrication des disques, je crois, non ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, d'abord ce sont des gens que je connais depuis très longtemps, donc avec lesquels je travaille en confiance. Et donc je leur dis au départ quel genre d'album je veux, ce sont les premiers à le savoir, ce que je veux faire. Ensuite, on travaille ensemble sur la présentation et tout ça. Eux, me font part de leurs réflexions. Et ensuite, lorsque l'album va sortir, on décide ensemble d'un plan de promotion. Un plan de promotion, ça fait un grand mot comme ça, mais en fait, c'est ce que je vais accepter et puis ce que je vais refuser. Et ensuite, je travaille avec leur service promotion, c'est-à-dire c'est leurs personnes de la télé, leurs personnes de la radio, leurs personnes de la presse, avec lesquelles je collabore.
Luc Michat : D’accord. Comment analyses-tu le fait que tu ne sortes plus de singles et que les ventes ne se font que sur album ?
Jean-Jacques Goldman : Je crois que le marché du single est un marché un petit peu à part, maintenant.
Jean-Jacques Goldman : Moribond, de plus en plus ?
Jean-Jacques Goldman : Pas forcément moribond, mais c'est un marché plutôt… dance, de choses comme ça où on veut un titre, mais dès qu'on est attaché à un chanteur…
Luc Michat : C'est plutôt gratifiant pour un artiste de vendre plus d'albums que…
Jean-Jacques Goldman : Je ne sais pas si c'est gratifiant ou pas, mais en tout cas, je sais que les gens qui s'intéressent à mes chansons, très souvent ils veulent l'album, et le single est un peu inutile.
Luc Michat : Ton fils, a rejoint la maison de disques BMG je crois, en tant que salarié : Cela doit être réconfortant pour un père de voir qu'il a choisi lui aussi le monde de la musique, l’environnement qui peut être quand même destructeur, mais dont tu as préservé tes enfants ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, j'aurais préféré qu'il soit musicien plutôt, mais bon, c'est sûr qu'ils ont vécu pas mal dans une ambiance musicale, ils ont écouté de la musique tout le temps. Donc, lui, je suis un peu étonné qu'il soit dans cette branche-là, mais même si les autres ne sont pas du tout dans la musique, la musique fait partie de leur vie quand même.
Luc Michat : On voit que la piraterie fait beaucoup de mal au marché du disque, quelle est ta position par rapport à cela ? Faut-il faire comme Sony Music, qui protège certains disques comme celui de Céline Dion, ou apporter plus de valeur ajoutée au support avec des plages CD rom, des bonus et des boîtiers qui sortent de l'ordinaire dont tu as la spécialité depuis pas mal de temps déjà ?
Jean-Jacques Goldman : Pour ce qui nous concerne, ce n'est pas un énorme problème parce qu'il n'y a pas une piraterie énorme. Mais par contre, il s'agit simplement de vol, il faut bien le dire et par exemple pour des continents comme l'Afrique, cette piraterie empêche carrément les artistes de survivre…
Luc Michat : La Chine ou la Russie aussi, je crois.
Jean-Jacques Goldman : …et donc tous s'expatrient pour pouvoir trouver… Donc, il faut vraiment tenir compte de ça, en particulier d'Internet. Il est clair que si un jour, ce système de droits d'auteur, de rémunération des artistes, devait disparaître, ce serait la vie des artistes elle-même qui serait en danger. Mais une fois de plus, ce problème se pose beaucoup plus pour d'autres continents que pour nous. Pour nous, je ne me plains pas du tout, on n'est pas du tout à plaindre.
Luc Michat : Je crois que tu n'écoutes plus trop de disques. Mais par contre, tu vas beaucoup aux concerts, voir beaucoup de spectacles ?
Jean-Jacques Goldman : Oui.
Luc Michat : Un spectacle qui t’aurait marqué dernièrement, peut-être ?
Jean-Jacques Goldman : Nougaro, que je suis allé voir. Mark Knopfler, parce que c'est un de mes guitaristes préférés. Garou, parce que c'est la joie de vivre. Enfin, je vais presque tout voir. Maxime Le Forestier en acoustique, et puis le dernier là, c'était Souchon, avec juste deux musiciens, ou trois musiciens. Donc, non, dès que je peux, je vais voir des concerts.
Luc Michat : Je crois qu'il y a Renaud qui sort un album prochainement. C’est quelqu'un qui a eu un petit passage à vide. Vous étiez côte à côte dans les années 80 avant un petit passage à vide dans les années 90. Quel est ton sentiment par rapport à cela ?
Jean-Jacques Goldman : Moi, je suis super content qu’il ressorte un album parce que c'est un auteur absolument unique, qui n'a pas du tout été copié, qui reste unique. Donc, c'était une place libre, une place vide. Et puis, ça signifie aussi que ses problèmes se règlent, et tout le monde lui souhaite vraiment de réintégrer notre monde, il sera le bienvenu.
Luc Michat : Quelle sensation ça te fait d'entendre une de tes chansons à la radio ? Je ne sais pas, dans un taxi, par exemple ? Est ce que tu demandes de zapper ?
Jean-Jacques Goldman : En général, je zappe quand je suis dans ma voiture parce que c’est des chansons que je connais déjà, ça me gêne un peu de les entendre. Et parfois, quand c'est une vieille chanson, je mets plus fort parce que c'est comme si je la redécouvrais. Et puis, je ne te parle pas des premières fois où j'étais hystérique ! Quand j'ai entendu ‘’Il suffira d'un signe’’ ou ‘’Sister Jane’’ avant, à la radio, j'avais l'impression d'être dans un rêve,
Luc Michat : J'imagine. Y a-t-il des gens à qui tu aimerais dire merci ou à qui tu aurais aimé dire merci ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, oui, il y a des gens, les gens qui m'ont découvert : Un type qui m'a téléphoné un jour parce qu'il avait entendu des maquettes, qui s'appelle Marc Lumbroso. Une dame qui s'appelle Monique Le Marcis, d’RTL, qui était dans un monde archi corrompu de coédition sur Europe1. Et elle, a fait toute sa carrière en étant propre, en étant intègre, enfin il y a des gens magnifiques, quand même que l’on croise.
Luc Michat : C'est vrai que la coédition, ça ne date pas d'hier. En tout cas, moi, je te remercie vraiment et vivement pour m'avoir répondu à toutes ces questions. J'invite vivement les gens à se ruer dès qu'il y a des locations de rouvertes à nouveau dans la région.
Jean-Jacques Goldman : Bien…non, pas trop. [rires]
Luc Michat : Non ? Non, parce que ça part vite en tout cas ! Et j'espère qu'il y aura quelques dates supplémentaires. Et sinon, il y a bien évidemment l'album ‘’Chansons pour les pieds’’ dont le prochain single sera… ?
Jean-Jacques Goldman : ‘’Les choses’’, je pense.
Luc Michat : ‘’Les choses’’, très, très beau titre aussi. Et le clip est prochainement en tournage, c'est ça ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, enfin là, j’ai justement les projets dans mon sac, et dès que tu auras tourné le dos, je vais les lire. [rires]
Luc Michat : Bien ! Encore merci et à bientôt, Jean-Jacques.
Jean-Jacques Goldman : Merci beaucoup.