En aparté — Songbook "Chansons pour les pieds"
Songbook "Chansons pour les pieds", 2002 , 2002
“Ensemble”
Dans la démarche de création musicale, le travail d'Ensemble est-il une étape indispensable ?
Jean-Jacques Goldman : Pour ce qui me concerne, si l’on parle de “création” c’est plutôt solitaire. “Ensemble” vient après. Avec Érick, puis avec les musiciens du studio. Enfin, sur scène avec le public évidemment. C’est là que le mot prend toute son ampleur.
Pourquoi avoir choisi la forme “canon” ?
Jean-Jacques Goldman : J’ai appris les “canons” chez les scouts. J’adorais ça. Depuis longtemps j’avais envie d’en faire un.
Peux-tu nous parler de ta passion pour les cœurs ?
Jean-Jacques Goldman : Difficile d’expliquer une passion. Il y a peut-être les chœurs de l’Armée Rouge qu’écoutait mon père, puis l’expérience des chorales, des scouts ou encore les groupes comme les Beach Boys, Abba. Ça m’a toujours exalté.
Comment s’est passé l’enregistrement ?
Avez-vous beaucoup répété ? Qui a écrit et dirigé ?
Jean-Jacques Goldman : Nous avons enregistré sur Pro Tools dans un théâtre avec 500 choristes dirigés par Jacky Locks. J’avais fait parvenir auparavant une maquette assez précise. Tout ce travail nous a pris une après-midi.
“Et l’on y peut rien”
Il est quasi impossible de résister à cette gigue, enfin une chanson d’amour “gaie” ! Aurais-tu un regard fataliste sur l’amour ? Serions-nous les acteurs ou les pions d’un texte déjà écrit ?
Jean-Jacques Goldman : “Déjà écrit” je ne crois pas, mais évidemment nos attirances sont très déterminées par notre éducation, nos origines. Heureusement l’inconscient et le hasard se charge d’en faire tout de même une véritable aventure.
Quelles influences ont les musiques traditionnelles sur ton écriture ?
Jean-Jacques Goldman : Je crois qu’un musicien est influencé par toutes les musiques qu’il rencontre. Classique, Blues, Folk au sens large font partie de mon bagage.
Crois-tu qu’il y a encore dans le monde des lieux qui ne soient pas pollués par notre civilisation ?
Jean-Jacques Goldman : Quelques uns je crois. Mais de moins en moins. Je ne sais pas si on peut parler forcément de “pollution”. Les sociétés dites “préservées” sont rarement des exemples de paix, de justice, d’égalité, de santé ! À elles, à nous, de trier ce que la “civilisation” a de polluant et tout ce qu’elle a d’extrêmement positif : santé, éducation, droit.
L’intro fait penser à une musique de film. Relies-tu des images aux sons quand tu composes ?
Jean-Jacques Goldman : Parfois. Dans ce cas, il est important d’installer une atmosphère, un contexte avant le texte.
Tu as écrit pour Khaled il y a quelques années. Comment perçois-tu la musique du Maghreb, notamment le Raï ?
Jean-Jacques Goldman : Je la connais mal. Khaled lui-même a eu du mal à me l’expliquer. Pour lui il s’agit plus de la façon de chanter. D’une certaine façon, “Aïcha” est une chanson “Soul” chantée “Raï”.
“La pluie”
Est-ce la pluie qui fait la valeur du soleil et les coups durs qui font apprécier le bonheur ?
Jean-Jacques Goldman : C’est un peu ça, mais surtout elle fait partie de notre vie, de notre condition. Qui que tu sois, puissant, nanti, connu, tu n’échappe pas à l’âge, aux conflits personnels, familiaux, aux maladies, aux épreuves.
Peux-tu nous expliquer cela de manière musicale et plus précisément dans cet album ?
Jean-Jacques Goldman : L’atmosphère convient à une réflexion. Pour l’action il y a “I’m singing in the rain” par exemple ! La réflexion est forcément musicalement plus introvertie.
Comme pour d’autres titres de l'album, il y a un contraste entre le côté slow, cool et le thème qui incite à ne pas avoir peur de sortir, d’essayer… Sur le principe des contrastes musique texte était-il clairement défini au début de l’album où est-il venu en cours du travail ?
Jean-Jacques Goldman : Non, je n’ai pas cherché à faire des contrastes musique texte.
Il y a un travail intéressant de mise en ambiance dans l’intro qui est déjà un morceau mais qui a été zappé par les radios. N’est-ce pas un peu frustrant ?
Jean-Jacques Goldman : Non. On le sait depuis longtemps, les radios sont des vitrines. À l’auditeur de faire la démarche s’il souhaite en savoir plus !
Vielle, tambour, violon, flûte, un autre temps, d’autres couleurs et toujours ces violons qui tournent, tournent, tournent, à vous donner le vertige…
Pourquoi avoir situé une histoire d’amour vécue par des milliers de jeunes filles de toutes les époques, à cette époque médiévale ?
Jean-Jacques Goldman : Les violons, la différence des conditions, la vie de la jeune fille si dure, terne, donc propice au rêve, étaient des clés pour que la situation soit crédible.
Crois-tu vraiment qu’il n’y a que les filles qui y pensent et y repensent toujours ?
Jean-Jacques Goldman : Non, bien entendu !
Comment t’es venue l’idée du contraste entre le rythme entraînant de la tarentelle et la nostalgie qui émane des paroles ?
Jean-Jacques Goldman : Il me semble que la musique suit les mots : gaie quand la musique et l’action ont lieu, triste quand le malentendu et la mélancolie interviennent.
Un goût d’amertume. Combien de déception, de trahison pour que ce goût vienne aussi sur nos lèvres ?
Jean-Jacques Goldman : On va appeler ça l’expérience ! Elle conduit peut-être à un peu de méfiance, mais pas forcément au cynisme.
Avec l’idée des seuils de franchissement ou de tolérance, tu pointes les failles ou les contradictions de notre société. Et toi, où sont tes seuils ?
Jean-Jacques Goldman : Ce sont plutôt nos fragilités. Notre société, paisible et prospère, nous dispense de ces situations extrêmes où l’on se révèle vraiment injuste, violent, lâche, ou au contraire courageux, bon. Pourvu que ça dure ! Où sont mes seuils ? Je l’ignore ! Résistant ? Collabo ? Qui peut avoir la prétention de prétendre ?
Peux-tu nous dire quelques mots sur la guitare magique de Patrice Tison qui nous a quittés il y a quelques mois ?
Jean-Jacques Goldman : Que dire ? C’est le seul guitariste irremplaçable que j’ai croisé, parce que c’est personnel. Doublé d’un être humain magnifique, exemplaire, mais ceci explique peut-être cela.
“Si je ne t’avais pas”
Il me semble qu’il s’agit d’une question que chacun a pu se poser : quelle aurait été ma vie si je ne t’avais pas rencontré ? Crois-tu vraiment que l’amour est l’équilibre de notre vie ?
Jean-Jacques Goldman : Équilibre ? Je ne sais pas. Déséquilibre souvent !
Ce titre fait la part belle aux (belles) guitares acoustiques. Comment s’est passé l’enregistrement des guitares ? Quels instruments avez-vous utilisé avec Gildas ? Tu prends un chorus, comment l’abordes-tu ?
Jean-Jacques Goldman : Je voulais une partie slide et une partie normale. J’ai chorusé sur quatre ou cinq cycles, puis Gildas Arzel a fait de même en slide. Ensuite on a choisi les parties les plus réussies.
Pour être franc, je travaille peu les chorus. Ici il s’agit du chorus de ma maquette, enregistré avec une guitare pourrie sur un micro pourri… que Érick a pu sauver ! Gildas a utilisé une Martin D18.
Pour mes chorus, en général, c’est de l’impro totale sauf exceptions (exemple : “En passant” ou “Nuit”).
“C‘est pas vrai”
Parle-nous encore de ces 100 000 vérités...
Jean-Jacques Goldman : Les lieux communs du style “tel père tel fils” ne me dérangent pas trop parce que personne ne prétend être intelligent ou rebelle en proférant ce type de phrase. Je suis beaucoup plus choqué par des phrases prétentieuses du genre “politiciens tous pourris” ou c’est la faute de la “mondialisation” qui sont en fait aussi paresseuses que lapidaires. Un lieu commun de droite, de gauche, du Sud, du Nord, de la ville ou de la campagne reste un lieu commun, injuste, bête et prétentieux.
Avec ce titre, tu tords le cou aux idées reçues, phrases toutes faites, lieux communs…
Comme auteur compositeur qui travaille donc sur des formats de texte plutôt courts, parfois sur des formules, n’as-tu pas peur que tes mots soient parfois récupérés, détournés… ?
Jean-Jacques Goldman : Je n’y échappe certainement pas ! Quant à la façon dont mes chansons sont comprises… Il est exact que j’ai parfois des surprises, mais surtout avec les journalistes !
Es-tu sensible au disco ou à la danse ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, j’aime bien toutes les musiques de danse.
“The Quo’s in town tonite”
Toi qui as connu le rock dans tous ses états quand tu étais un peu plus jeune, parle-nous de tes premières idoles et des rêves que cela te procurait...
Jean-Jacques Goldman : Aucun rêve, mais un plaisir immense, des émotions fulgurantes, intenses. Hendrix, Little Richard, Jerry Lee Lewis, AC/DC, Status Quo, Doobie Brothers, Stones, Johnny Winter. Pink Floyd aussi. C’était une époque folle de création, d’enthousiasme.
Quelles ont été tes grandes influences ?
Jean-Jacques Goldman : Dylan, Le Blues, le Gospel. Puis Michel Berger, Elton John.
Que penses-tu du phénomène fan ? L’as-tu été ?
Jean-Jacques Goldman : Je n’ai jamais confondu la musique et la personne. Les personnes ne m’ont jamais particulièrement intéressé. Je n’ai jamais souhaité rencontrer quiconque.
Jean-Jacques Goldman : Il y a deux sortes de rencontres : celles qui sont voulues, organisées et planifiées. Et les autres totalement inattendues parfois déstabilisantes…
Aimes-tu vraiment les deux types ?
Jean-Jacques Goldman : Bel enchaînement ! Je n’aime pas beaucoup bavarder en fait. Je rencontre les gens à travers leur travail (livre, disque, concert, fruits et légumes, match de foot) ou en partageant une activité avec eux (boulot, sport, voyage). Sinon, j’aime bien être seul.
Comment est venue l’idée de développer ce rythme Zouk syncopé ?
Jean-Jacques Goldman : Clairement depuis ma tournée aux Antilles et mes rencontres avec les musiciens de ces îles (Malavoi, Zouk machine).
“Les p’tits chapeaux”
N’est-il pas dangereux de dire aux filles qu’on les aime avec leurs petits chapeaux et leurs petites manies ?
Jean-Jacques Goldman : La question devrait être plus généralement “n’est-il pas dangereux de dire aux filles qu’on les aime” ! !
Voir la réponse dans “Sache que je” !
L’idée de l’habillage “fanfare” est-elle venue directement ou est-elle le fruit d’une rencontre ?
Jean-Jacques Goldman : C’est une référence est une vieille chanson de Dylan “Everybody get stoned”, je crois, elle-même inspirée des fanfares de la Nouvelle-Orléans.
Quel regard portes-tu sur les batteries-fanfares (ou les harmonies) qui souvent sur le premier contact avec les instruments de musique dans les régions ?
Jean-Jacques Goldman : C’est fondamental. Il n’y a pas de création, je crois, sans apprentissage de la tradition. Au-delà de ça, c’est un trait d’union inter-générations très précieux.
Y a-t-il un instrument à vent qui te touche plus particulièrement ?
Jean-Jacques Goldman : Le uillean pipe et le doudouk.
Crois-tu que tous “ensemble” nous irons encore plus loin dans cette démarche de consommation outrancière ?
Jean-Jacques Goldman : C’est certainement une tendance mais pas une fatalité. L’éducation, la culture en sont l’antidote. Mais c’est un dur combat de se libérer des choses !
L’habillage pop (plutôt “commercial”) contraste avec le thème anti consumériste. Tu parles d’image omnipotente et omniprésente. Justement, n’as-tu pas souhaité casser la tienne avec ce disque?
Jean-Jacques Goldman : La musique me semble cohérente avec le texte qui ne dénonce l’état de fête qu’au second degré puisqu’il est à la première personne du singulier. Quant à mon image, je n’ai souhaité que prendre du plaisir, condition première pour en donner.
“La vie c’est mieux quand on est amoureux”
Pourquoi avoir caché cette chanson ?
Jean-Jacques Goldman : Parce qu’il ne s’agit pas vraiment d’une chanson, juste une petite mélodie sans texte qui nous accompagne quand on fait le ménage ou qu’on sifflote en faisant la vaisselle.
Le vrai titre ne serait-il pas : pour vivre heureux (amoureux) vivons caché ?
Jean-Jacques Goldman : Non. Ce n’est pas ce thème ; caché ou pas, la vie c’est mieux quand on est amoureux !
La prise de son guitare voix est brute, très naturelle.
Comment a-t-elle été faite ?
Jean-Jacques Goldman : C’est la voix de la maquette. Ensuite on a pas mal ramé pour chercher mieux en guitare, percussions. Sans succès. Nous sommes revenus au mouvement de guitare d’origine avec en plus Marc Chantereau et les cordes d' Yvan Cassar.