Trop vieux pour la télé ?
La Meuse , 6 decembre 2001
L'homme assis devant nous a répondu avec patience en pesant consciencieusement ses mots. Et répondre aux questions, il l'a fait. Jean-Jacques Goldman n'a jamais, comme tous ses confrères le font, essayé de retrouver les rails rassurants du "discours-promotionnel-à-faire-passer-coûte-que-coûte", et quand une question lui a déplu, il a fait ce que tout homme est libre de faire, il n'y a pas répondu...
En 2001, vous avez fêté vos 50 ans. Un cap psychologique difficile à passer ?
Disons que la prochaine échéance, c'est 60...
Il y a 15 ans, vous avez dit "La chanson est un art pour jeunes". Cela veut-il dire que vous êtes toujours jeune ?
Non, c'est sûr que non. Pourquoi faire encore des chansons alors ? Parce que je continue à y trouver du plaisir. Faire un disque ou des concerts à mon âge, c'est admissible. Mais il y a quelque chose de gênant à voir quelqu'un de plus de 40 ans qui chante à la télé, c'est pour ça que j'y vais moins, je ne m'y trouve pas trop à ma place.
Votre nouvel album s'appelle "Chansons pour les pieds". Sont-elles aussi pour la tête ?
Eventuellement, mais pas prioritairement. Ma façon de considérer la chanson vient de ce que j'ai appris à les faire en écoutant les chansons anglaises. Je ne comprenais pas, mais elles me plaisaient. Cela ne m'empêchait pas de trouver Dylan intelligent et les Beach Boys légers, sans savoir de quoi parlaient réellement leurs chansons.
Vous êtes devenu le spécialiste du boîtier en métal. Vous n'avez pas peur qu'ils rouillent, ces boîtiers ?
Ça rouille et ça peut blesser aussi. J'ai eu beaucoup de commentaires sur ces boîtiers, mais il y en a eu des positifs aussi. Donc je persiste. Mon idée est de faire un objet qui reste. Comme moi quand je gardais les disques vinyle. Donc, ces boîtiers, c'est un peu par nostalgie de l'époque où j'étais ado. Un album à l'époque, c'était du son, mais aussi un bel objet. Voilà ce que je veux retrouver.
A propos d'ado, il y a sur votre disque une chanson hommage à Status Quo ("The Quo's in town tonite"). Vous êtes souvent allé voir le groupe ?
Très souvent et j'irai les revoir... Mon projet pour ce disque était de décliner toutes les danses. C'était difficile d'oublier le rock. Et pour moi, Status Quo, c'est le groupe de rock de danse par excellence.
Le thème de la chanson, c'est l'indéfectible attachement du public pour le groupe, non ?
Les gens s'identifient clairement, mais le Quo n'est pas le seul dans le cas : Cure ou AC/DC, par exemple, c'est la même chose.
Que vous le vouliez ou non, il y a plein de petits Goldman qui chantent sur les ondes françaises...
Vous voulez parler de qui ?
Je ne sais pas : Frédéric Lerner, Gérald de Palmas...
Frédéric Lerner, on m'en a parlé. Gérald de Palmas, je ne suis pas tellement d'accord : son univers n'est pas proche du mien, même si j'ai écrit des chansons de son album. Mais est-ce vraiment surprenant que des gens en imitent d'autres ? Moi-même, j'ai été archi-imitateur de gens comme Michel Berger ou John Fogerty. Il n'y a pas une chanson de mes débuts qui n'ait pas une référence. Sans doute est-ce pour ça que je n'ai jamais l'impression que c'est moi qu'on imite.
Vous referez des marathons scéniques comme dans les années 90 ?
Je ne sais pas. Cette tournée-ci, ce sera court : 5 ou 6 mois maximum. Après être allé jouer presque partout, j'ai moins le goût des voyages. Les choses faites ne sont plus à refaire.
Pourquoi signez-vous d'un pseudo certaines chansons écrites pour d'autres chanteurs ?
Je ne le fais plus, ça date des années 85/90. Et encore, je ne l'ai pas fait quand c'était un album en entier comme pour Johnny ou Céline Dion. Disons qu'utiliser un pseudo, cela permettait, au moins pendant trois mois, que la presse ne focalise pas là-dessus.
Le prochain album que vous écrirez clé sur porte, ce sera pour qui ?
Prochainement, je ne le ferai pas. Je ne suis pas suffisamment inspiré pour écrire 10 ou 12 chansons à un chanteur. Des collaborations, oui. Il y a deux ou trois projets en cours mais ce n'est pas encore abouti.
Carole Fredericks, votre ex-partenaire, est morte récemment. Vous étiez à son enterrement ?
Oui, que puis-je dire ? Il y a la tristesse. Mais j'ai éprouvé aussi le bonheur de l'avoir côtoyée, revécu le précieux des moments partagés. Elle est morte en milieu de semaine au Sénégal. Le lundi suivant, on devait faire un concert de blues dans un petit club ensemble à Paris. On a maintenu le concert en hommage. Et le lendemain, dans ma boîte, il y avait une carte postale qu'elle m'avait envoyée. Je la garde avec moi, c'est comme si elle me faisait un petit signe.
Vous venez de vous marier en octobre dernier avec une étudiante de 22 ans. Vous n'avez pas peur de la différence d'âge ?
Le problème d'un couple, je n'ai jamais beaucoup parlé de ça...
Vous allez faire des enfants ?
Ça me gêne...
Vous savez, je pose les questions, vous n'êtes pas obligé d'y répondre...
Disons que de ces choses-là, j'en parle déjà très peu dans le privé, je ne suis pas très loquace en tête à tête. Alors en parler à des milliers de gens, je ne suis pas très doué pour ça.
Vous avez le goût du secret ?
Non, même pas, c'est dans ma nature de ne pas dévoiler ça.