Le retour de Jean-Jacques Goldman ou les constats d'un "passant"
L'indépendant , 12 septembre 1997
Dix ans après son dernier album solo, Jean-Jacques Goldman propose "En Passant", onze chansons puisées dans un vécu qui évacue faux- semblants et paillettes pour ne conserver que vrais sentiments et lumière naturelle. Avant-propos.
Après deux albums et dix ans à notoriété partagée avec Carole Fredericks et Michael Jones, revoilà Jean-Jacques Goldman en solo : ce sont les chansons qui ont orienté ce choix ?
Il y a eu cela, les chansons d'abord. Mais peut-être aussi que la composition a été influencée par les circonstances. J'ai mis en effet beaucoup de temps à composer parce que j'ai fait d'autres choses avant. Entre-temps aussi, Carole et Michael ont édité chacun un album solo.
"En Passant" est une succession de vécus, d'impressions, d'histoires, qui ont jalonné votre vie...
Comme toujours !
...Mais cette fois, la force des mots paraît d'autant plus évidente que la musique, elle, est plus dépouillée. Un dépouillement voulu ?
Oui. On peut même reprocher parfois que les chansons sonnent un peu comme des maquettes. Je dirais simplement que ça sonne un peu comme avant, à l'époque où je faisais mes arrangements seul. Dans cet album-là, je me suis davantage impliqué. Les arrangements sont moins collectifs que pour les deux précédents albums. J'ai cette fois travaillé en étroite collaboration avec Erick Benzi. Notre complicité n'est pas de circonstance, elle s'est bâtie petit à petit. J'ai travaillé avec Erick sur le premier album de Fredericks-Goldman-Jones. Ont suivi les albums de Dion, Pagny. A présent, il vole un peu de ses propres ailes.
A la première écoute, le côté plus "acoustique", dans le droit fil de ce style dépouillé, s'impose. C'est l'influence de spectacles plus intimistes comme le New-Morning ?
Non. S'il y a une référence à donner, c'est plutôt le second album de "Entre gris clair et gris foncé". Cette partie acoustique, "live", a existé en fait dans presque tous mes albums. Le côté "électrique" de l'album "En passant" est plus énergique, l'autre a un côté plus "âgé". Naturellement, la part de "l'âge" gagne du terrain. Je doute que je refasse des albums aussi violents que le premier. C'est une évolution naturelle.
Revenons aux textes : le mot se fait plus précis, plus dur parfois.
Avec le temps on tourne en rond sur le plan de la musique, forcément. Ce n'est pas uniquement moi. On continue sa route avec le même bagage. Les seuls nouveaux territoires, me semble- t-il, sont un peu dans les arrangements et beaucoup dans les textes. J'ai l'impression d'avoir plus à déchifrer sur le plan des textes. Concernant la dureté des mots, je n'en ai pas conscience. Dès que j'ai commencé à m'intéresser un peu plus aux textes, une part de noirceur est apparue, sous-jacente. Mais ce n'est jamais désespéré !
Mes constats sont parfois teintés d'amertume, mais avec toujours cette envie, cette chance de partager ces constats avec les autres. Ce sont des choses que nous ressentons tous, des angoisses, des peurs. Je trouve réconfortant d'être plusieurs à ressentir cela.
"En passant" est donc une suite de constats. Le titre est un fil conducteur ?
D'abord, tous les albums sont des constats à un moment "M" de notre vie. Tous sont datés par les préoccupations du moment. Le titre "En passant", comme pour l'album "Rouge" et tous les autres, je ne l'ai pas donné au début en écrivant des chansons dans un concept. "En passant" me paraissait le plus cohérent avec toutes les chansons et avec le double sens. En passant parce que c'est vrai, j'ai fait beaucoup de choses et ce disque je l'ai réalisé entre autres. En passsant comme un passant, c'est-à-dire en témoin, à un certain moment de mon existence. Et je me rends compte que ce passage aura aussi un début et une fin. Je livre les fruits de mes expériences et de mes observations.
Côté thèmes, l'amour, notamment contrarié par la rupture, est présent dans l'album...
Ce n'est pas nouveau ! La rupture, je l'ai chanté dans "Pas toi", "Puisque tu pars", "Là-bas", "Nuit". C'est difficile de faire des chansons d'amour en disant "tout baigne".
Vous préférez les rapports entre les êtres ?
Ce qui m'intéresse le plus, ce sont les relations entre les gens. Avec la société, avec les autres, et bien sûr la relation avec une personne.
Vous écrivez pour Céline Dion, Patricia Kaas, Johnny Hallyday, Florent Pagny, Khaled... Comment arrivez- vous à nourrir votre créativité ?
Dans chaque chanson, il y a une référence. Experience personelle, article de journal, une image à la télévision, au cinéma, une conversation. Une correspondance même, ce qui est le cas pour "Sache que je".
Comment arrivez-vous à discerner ce qui est pour vous et la chanson qui correspond à un autre interprète ?
Je n'ai quasiment jamais eu aucun doute. Je sais que telle phrase conviendra à tel interprète. Cela dit, quand j'écris pour les autres, je fais vraiment sur commande. "Aïcha", c'est pour Khaled. "J'la croise tous les matins" pour Johnny. C'est clair. En revanche, j'ai eu peur que dans les chansons de mon album, il y en ait certaines pour lesquelles je me dise : peut-être qu'untel les chanterait mieux. Le problème ne s'est posé que sur une chanson, "En passant". J'ai senti que Céline Dion la chanterait très bien, un octave au-dessus. Finalement, je me suis mis prioritaire !
Dans "Bonne idée", vous énumérez des raisons de vivre. Pêle-mêle, les amis, Frédéric Dard, la moto, et...les matchs de rugby !
C'est fondamental ! (rire). Il y a tellement de raisons de vivre.
Votre chanson préférée de l'album ?
"Quand tu danses", la plus simple.