Un artiste en campagne
Le Midi Libre , août 95
Jean-Jacques Goldman ne se produit plus que dans les petites salles et les villages.
Quinze ans que Goldman hante les hits parades. De sa période Taï Phong, à la formation du trio avec Fredericks et Jones, il s'est fait une place à part. Cette fois, il a choisi, toujours en compagnie de Carole Fredericks et Michael Jones, de tourner dans de petits villages… pour le plaisir de jouer devant un public restreint. Rencontre juste avant qu'il n'entre en scène entouré de quelques chanteurs des Chœurs de l'ex-Armée Rouge.
d'abord, une question que l'on a dû vous poser maintes fois. Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre la route pour une série de concerts dans de petits villages et des salles de mille personnes au plus ?
en fait, c'est lors d'une série de quatre concerts au New Morning à Paris, une salle de 400 places, qu'on a retrouvé le plaisir de jouer ensemble devant un public restreint. C'est alors qu'on a décidé de faire cette tournée qui ne passerait que dans de petites salles et dans des villages.
en quoi ce plaisir est-il différent de celui que vous éprouvez dans une salle plus grande ?
tout d'abord, le fait d'avoir insisté pour que les spectateurs soient assis change énormément de choses. Le public est attentif, il n'y a pas cet incessant va-et-vient pour aller aux toilettes ou pour toute autre raison. Et puis, lorsque le public est assis, il se dégage une énergie particulière, on retrouve une certaine convivialité.
dans votre dernier album live enregistré au New Morning et pendant votre dernière tournée, beaucoup de morceaux sont acoustiques. C'est une demande du public ou une démarche personnelle ?
en fait, ce mouvement acoustique a pris de l'ampleur depuis que l'émission Unplugged sur MTV a commencé à avoir une audience large. Peu à peu, le public a demandé ce genre de musique plus dépouillée, loin de certains artifices. Mais personnellement, j'ai toujours fait des morceaux acoustiques sur mes albums. Il y avait d'ailleurs sur " Entre gris clair et gris foncé " toute une partie enregistrée dans les conditions d'un direct.
outre le choix des petites salles, vous avez délibérément choisi de vous produire dans des villages. Pourquoi ?
en fait, il s'agit d'une démarche égoïste. Cette tournée, nous l'avons programmée essentiellement pour nous faire plaisir. Nous avons choisi de prendre la route plutôt que l'autoroute. Pour nous, c'est une peu comme des vacances. Et si le public adhère, alors tant mieux.
vous êtes beaucoup impliqué dans la marche des Restos du Cœur. N'avez-vous pas peur qu'on vous dise " bon, Goldman, il est bien gentil mais il fait ça pour sa publicité " ?
vous savez, on accuse souvent les artistes de s'impliquer dans le milieu associatif mais on ne soupçonne jamais ceux qui ne s'y impliquent pas, alors, les critiques…
au rayon des projets, après la sortie de votre album live, allez-vous entrer en studio ?
j'ai arrêté de répondre aux sollicitations extérieures pour me concentrer sur l'écriture d'un album. Ce sera toujours avec Jones et Fredericks. Je me sens bien dans cette structure. Cela fait 15 ans que je suis dans le métier et de former un trio m'a amené à évoluer. Dans l'écriture des paroles, ma voix se place plus en basse qu'auparavant. Et puis Jones et Fredericks apportent leur personnalité à mes compositions.
Jean-Jacques Goldman sera le 4 août à Ouveillan.
Légende photo : Jean-Jacques Goldman a joué les apprentis vignerons à Ouveillan (Aude), en participant hier avec Véronique Collucci à la plantation d'une vigne du cœur. Parrain d'une première cuvée réalisée l'an dernier avec quinze ares de vieille vigne, et dont le produit financier ira directement aux " Restos ", le musicien accompagne depuis le début cette initiative de la cave coopérative locale.