Le plein de super
Canal + , 1994
[Présentation de la biographie de Jean-Jacques Goldman et de sa carrière par Bruno Solo et Yvan Le Bolloc'h. La scène se déroule dans l'atelier de réparation d'une station service. Bruno Solo est déguisé en pompiste assez rustre]
Vous savez qu'on reçoit Jean-Jacques Goldman aujourd'hui.
Bruno Solo [Il parle avec un superbe accent très parisien] : Oh ! Jean-Jacques Goldman ! Ah, c'est marrant ! Parce que moi, autant je suis très "zizique" [sic], autant je ne suis pas très cheveux longs sur les épaules, cravates en cuir et camarguaises.
Oui, et bien vous connaissez mal Jean-Jacques Goldman alors.
Non, attention ! Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Jean-Jacques Goldman, je le connais, il est né le 11 novembre [sic] 1951 à Paris.
Oui, exact.
Alors, après, une enfance relativement calme, il a un cursus typique : école, lycée et puis il termine par préparation "asséché" [sic]. [La retranscription est phonétiquement correcte]
On dit HEC je crois.
Oui, c'est ça. Et puis ensuite il a fait une "flaque" [sic] de sociologie. Alors là c'est pareil : autant je suis très "zizique" [sic], autant je ne suis pas très cheveux ras la nuque, cravates en soie et puis les mocassins avec les pompons.
Oui, ça j'avais remarqué !
C'est pas mon truc, non !
Et la musique alors dans tout ça ?
Et bien la musique c'est les petits groupes au lycée de droite à gauche. Et puis un jour il rencontre deux "viets" [sic] et là il fait Taï Phong.
Ah oui ?
Oui, Taï Phong. Et puis cinq ans ensemble, trois albums, un gros succès, "Sister Jane", et puis séparation en 1980.
[Bruno Solo donne un coup de marteau sur l'établi]
Ah, j'aime pas les cafards !
Et là, c'est le début de la carrière solo ?
Oui, c'est ça ! En 1980 il sort son premier album solo avec dedans "Il suffira d'un signe". Gros tube ! Mais c'est en 1982, surtout là, qu'il sort un deuxième album avec dedans "J'irai jusqu'au bout de mes rêves" [sic] et c'est un peu la chanson qui m'a donné l'envie d'aller jusqu'au bout du mien : devenir pompiste !
Et alors en 1984 il y a un coup de turbo, là.
Oui, ça c'est les années gold. Trois albums bourrés de tubes. Je ne vais pas vous raconter. En plus il fait un album pour Johnny Hallyday qui s'appelait "Gang". En 1989 il monte la tournée des Enfoirés avec tous ses potes. Et puis en 1991, pour l'album "Un, deux, trois, soleil" [sic] il retrouve Michael Jones et Carole Fredericks.
Et re-belote en 1993 avec "Rouge".
Voilà, c'est ça ! Alors moi, entre toi et moi, Goldman ça m'en touche une sans bouger l'autre.
[Apparition de Jean-Jacques Goldman qui baisse la vitre d'une magnifique Chevrolet, style pick-up, entièrement chromée]
Yvan, il va falloir y aller ! On est en retard !
Oui, j'arrive, Jean-Jacques.
Eh, la vache ! Il est là lui ! Mais il fallait me le dire. Autant je suis très "zizique" [sic], autant je suis très lèche- cul quand il y a une vedette, moi.
Oui mais là c'est trop tard.
Bruno Solo [Il s'approche de Jean-Jacques Goldman dans la voiture] : Bonjour M. Goldman. J'écoute vos chansons du matin jusqu'au soir. Je connais tout, je vous adore. Eh ! Eh ! M. Goldman…
[La voiture démarre en trombe pendant que Bruno Solo chante "Au bout de mes rêves" en dansant]
Bruno Solo [A propos de Jean-Jacques Goldman] : Ouaih ! Je le connais, je l'ai vu ! J'ai failli lui serrer la pogne !
[Générique]
[On se retrouve à bord de la voiture, truffée de caméras, où la majeure partie de l'émission se déroule. Bruno Solo, redevenu Bruno Solo, conduit. Yvan Le Bolloc'h est à la place du passager et Jean-Jacques Goldman est sur la banquette arrière]
Oh ! M. Goldman !
Ça va Bruno ?
Bonjour. [Il s'adresse à Yvan Le Bolloc'h] Tu ne m'avais pas dit !
Mais si, tu savais, enfin !
Non, je te jure !
Attends, tu l'as dit samedi dernier !
Ah bon, je ne m'en souvenais pas.
Salut M. Goldman.
Bonjour.
Bienvenue dans "Le plein de super". Eh bien, vous avez été ado comme tout le monde et pour vous ça c'est passé ici, au lycée François Villon. C'est ça, je crois ?
Une partie, oui.
Entre quelles années ?
66-69, seconde-terminale.
Alors, est-ce qu'il y avait déjà un style Goldman pour les études ?
Ecole buissonnière ?
Objectivement, non, non. J'étais un élève très sage. Le souvenir principal, c'est quand même l'horloge grise au fond de la salle que je regardais toutes les cinq minutes.
Vous ne gardez pas de souvenir particulier de cet établissement ?
Il y avait de la musique déjà.
De souvenir de joie ?
Si, j'ai rencontré un type en seconde qui s'appelait Couselin et qui jouait du blues acoustique.
Bruno Solo [En clignant de l'œil à la caméra] : Salut Couselin !
Big Bill Bronzie, Sony Boy et Williamson. Enfin, tout ce vieux blues. Il m'avait initié un peu à ça. Et puis il y avait un groupe dedans…
Ah, c'est pas rien ça quand même !
…où on jouait du New Orleans, du Jazz, avec un pion qui jouait assez bien du piano.
A l'époque, vous aviez déjà un pied dans la musique par le biais du violon.
Oui, oui.
Violon classique, c'est ça ?
Voilà.
Ça, c'était une volonté de vos parents, j'imagine, non ?
Oui, plus une volonté de mes parents. Quand on avait six ans, on nous mettait à la musique comme on nous mettait à l'école ou aux Eclaireurs de France, quoi !
Et alors, à l'époque vous habitiez Montrouge. Donc la banlieue, c'était…
Jean-Jacques Goldman [En faisant un signe de la main] : Là-bas.
…à quelques encablures d'ici.
Oui, à vingt minutes, vingt, vingt-cinq minutes.
Et vous veniez comment ? En bus ?
A pied.
A pied ! Et vous faisiez des rencontres parfois, non ?
Oui, il y avait une rencontre qui était un peu atypique. Il m'arrivait de rencontrer des vaches. Parce qu'en 1966, à Malakoff, il y avait une laiterie et il y avait des vaches qui sortaient dans la rue.
Ah, mais vous êtes né il y a très, très longtemps alors !
Tu sais, ça remonte… ! Il n'y avait pas le chemin de fer encore !
[Jean-Jacques Goldman fredonne "Je vous parle d'un temps…"]
Eh oui, il y avait des vaches dans la rue quand j'allais à l'école.
Et alors, moi je voudrais savoir comment s'est passée la transition entre le violon classique et Jimmy Hendrix ? Parce que là, il y a quand même un grand pas, quoi !
C'était ça, c'était ce type que j'ai rencontré. Donc moi je commençais à gratter un peu de la guitare. Il m'a fait connaître ce blues traditionnel. C'était la grande époque du Rythm'n'blues. Stax et tout ça. Otis Redding. Tous les albums qui s'appelaient "remarquable", "formidable".
"Unbelievable".
Avec Sam and Dave, Ester Philips. Des trucs comme ça. Et puis il y avait évidemment Aretha Franklin.
Alors, le déclic c'est plutôt "Hey Joe" de Jimmy ou Aretha Franklin ?
Aretha Franklin, déjà, ça m'avait vraiment bouleversé. Enfin, bouleversé dans le sens où je me disais que ma vie allait aller dans ce sens là.
[En se dirigeant vers le New Morning, Yvan Le Bolloc'h présente les invités de l'émission]
[Au New Morning, Alain Souchon et Jean-Jacques Goldman interprètent "J'ai un problème", de Johnny Hallyday et Sylvie Vartan. Chanson qui parle de la déclaration d'amour mutuelle entre un homme et une femme. Pendant la chanson, Bruno Solo et Yvan Le Bolloc'h dansent ensemble et puis s'étreignent. Après la fin de la chanson, Yvan Le Bolloc'h fait la promo d'Alain Souchon]
(en plaisantant)Euh, vous avez mis un peu le malaise visiblement avec cette chanson. C'était volontaire ? Pourquoi ce choix ?
(Complice)Non, pas du tout ! Moi j'ai pas trouvé. J'ai trouvé que c'était un petit peu de tendresse.
Malaise ? Tu veux dire…
Bruno Solo [en parlant de lui-même et d'Yvan Le Bolloc'h] : C'est-à- dire que nous deux on s'est un petit peu pris au jeu. Et puis euh…
Non, mais vous deux c'est pas pareil. Il y a des bruits qui courent sur vous ! [Rires]
Bon, je crois qu'on va arrêter là. Alain, on te serre la pogne sans ambiguïté.
Salut les gars !
Salut !
Salut Jean-Jacques !
Salut Alain, on te laisse avec tes contradictions.
[Ils remontent dans la Chevrolet qui bloque la rue, sous les coups de klaxon des automobilistes qui attendent]
Ça va, on s'en va !
Ah ! La pression des fans commence à se faire sentir. Et en parlant de fan, Jean-Jacques, en préparant cette émission, vous nous avez dit que votre première lettre de fan était partie il n'y a pas très longtemps, à 42 ans. C'est ça ?
Oui, tout arrive ! Je n'ai jamais envoyé de lettre de fan et j'en ai envoyé une il y a quelque mois.
On peut savoir à qui elle était adressée ?
Et bien, c'est à un homme qui s'appelle Jacques Glassman et qui a défrayé la chronique, comme on dit. Et dont l'attitude m'a vraiment impressionné.
Jacques Glassman, c'est un footballeur qui jouait à Valenciennes et qui a été le détonateur de la fameuse affaire OM- Valenciennes.
Enfin, je pense que ce n'était pas son ambition. C'est juste un homme qui, un matin, n'a plus pu se regarder dans la glace.
Et cet homme-là, vous avez tenu à le rencontrer. Donc on s'est débrouillé pour le faire monter de Valenciennes à Paris et il devrait être dans le coin.
[La Chevrolet s'arrête à un passage piéton où attend Jacques Glassman. Celui-ci monte dans la voiture et s'installe à l'arrière à côté de Jean-Jacques Goldman]
Eh bien, voilà !
Ah, il est là ! Voici donc Jacques Glassman !
"L'homme de verre" qui rencontre "l'homme d'or".
Salut Jacques !
Bonjour !
(tout souriant)Salut ! On disait que… Je peux te tutoyer ?
Oui, bien sûr.
A ton âge ! On disait que tu étais un petit grain de sable. Mais les grains de sable ça arrête les grosses machines souvent.
C'est vrai. Je crois que ça a été une affaire un petit peu difficile. C'est dommage qu'elle se soit passée mais c'est vrai que j'ai été ce grain de sable et je ne le regrette pas.
Alors ce qui m'étonne le plus, quand tu rentres un peu dans cette histoire-là, c'est la peur qui transpire de tout le monde dans ce truc-là. Et moi, je n'arrive pas à comprendre comment un mec tout seul… Parce que c'est une énorme machine. Quand tu vois ces mecs avec leur costard ! T'as vu les avocats ! Comment ça se fait que tu n'as pas eu peur ?
Non, je n'ai pas eu peur. Je n'ai même pas réfléchi ! Comme j'ai dit, j'ai certaines idées, certains principes. Et pour moi, que ce soit des mecs en costard ou… Ça ne change rien. Pour moi, un homme, c'est un homme. Quand il est en face de moi, je crois qu'il n'est pas plus que moi. Il n'y a pas de hiérarchie. Et puis quand il y a une histoire comme ça qui se passe, où vraiment c'est une magouille, je n'ai pas pu accepter ça. C'est tout ! C'est très simple en fait.
Et tu te rendais compte quand tu disais ça, que tu allais…
Oui, bien sûr ! Je savais très bien que ça allait faire une bombe. C'était sûr ! En plus c'est Marseille, c'est Tapie, c'est le meilleur club de première division, le champion d'Europe. C'était évident que ça allait péter quelque part et automatiquement les médias allaient s'occuper de ça. Je crois que j'étais conscient de ce qui allait se passer. Mais je n'ai pas eu peur.
Est-ce que vous avez réussi à tout contrôler sur cette affaire, justement, par rapport aux médias ?
Moi, j'avais donné une version au départ et je l'ai toujours gardée. Et petit à petit, au fil de l'enquête, je crois que tout s'est confirmé. Et maintenant, on attend le procès.
Ecoute, l'histoire de Glassman, c'est toute la différence entre la délation et la complicité.
Exactement !
Il y en a certains qui vont dire que c'est un délateur. Et moi je dis que c'est les autres qui sont complices !
Vous avez été surpris de recevoir une lettre de Jean-Jacques Goldman ?
Oui, très surpris ! J'ai reçu beaucoup de lettres de gens, de petits garçons, de vieilles dames, tout ça… Ça m'a touché autant que Jean-Jacques. Mais c'est vrai que ça m'a touché. Ça m'a fait drôle. Une star qui écrit à un petit joueur de foot comme moi, c'est vrai que ça… [Jean-Jacques Goldman sourit en levant les yeux au ciel] C'est bien parce qu'on voit toute sa simplicité. Pour moi c'est ça.
Moi je trouve que c'est bien de pouvoir rencontrer un type bien. Tu dis : "celui-là, j'aimerais bien pouvoir le rencontrer". C'est un privilège, quand même, de notre métier. Et puis, à un moment, tu es assis à côté. Moi je trouve ça… La vie c'est ça. C'est le plus beau cadeau, de pouvoir rencontrer des gens que tu as envie de rencontrer.
[Avant la pub, et pendant que Jacques Glassman s'en va, présentation de la deuxième partie de l'émission par Yvan Le Bolloc'h. Pub. Retour dans la Chevrolet]
Là, on est rue Bayard. On passe devant RTL. Une grande maison qui a fait quelque chose pour un petit artiste. Du moins au début, Jean-Jacques ?
Oui, surtout une personne.
Une personne à RTL en particulier ?
C'était Monique. Elle est là Monique ?
Monique Le Marcis qui est donc la directrice des variétés sur RTL.
Une grande dame.
C'était quelle époque ça, Jean-Jacques ?
- Quand j'ai sorti "Il suffira d'un signe", mon premier album en français. Et il y a une dame, dans une radio, qui s'appelait Monique Le Marcis qui a trouvé que c'était pas mal et qui a programmé ça en dépit du bon sens.
Alors que les autres, non ?
Non !
Puisqu'on évoque les débuts, Jean-Jacques, j'aimerais qu'on revienne sur 85-86 qui a été une tournée un peu particulière. Vous en avez profité pour régler quelques comptes avec des journalistes. Puisqu'on a retrouvé une page de Libération que vous aviez achetée le 20 décembre 1985 [Yvan Le Bolloc'h a dans ses mains le Libération en question]. C'est une page un peu particulière, parce que vous aviez réuni sur cette page toutes les critiques. Et à l'époque, les gens avaient la dent dure avec vous. Je prends quelques exemples au passage : "Tous les hommes sont nés chanteur sauf quelques chanteurs. Goldman est de ceux-là. Rien ne prédisposait ce gentil dadet à devenir la mascotte des ados et pré-ados de 12 à 16 ans".
On peut, peut-être, donner le nom du journaliste ?
Ça, c'est Patrice Delbourg.
Un ami. [Jean-Jacques Goldman sourit]
Enfin, il y a toute une page comme ça où vous dites finalement : "Merci d'avoir jugé par vous-même. Jean-Jacques Goldman".
Ça, c'est une page que je destinais aux gens. C'était effectivement assez tendre. Je me disais : "Ils sont vraiment formidables, les gens, de venir quand même malgré ça". [Sur un ton très ironique] C'est normal. Nous, on nous juge, on a notre nom sur les disques, les gens viennent nous voir. C'est bien les gens qui parlent, qui sont des visionnaires, qui parlent de la chanson française, de son avenir, de sa qualité et tout ça. C'est bien qu'ils soient jugés pour leur clairvoyance, leur talent.
Mais c'est curieux parce que ça ne correspond pas tellement avec… On n'a pas l'impression que vous pouvez être aussi revanchard, finalement. Parce que…
Mais dans ce sens là, très sincèrement, c'était plutôt, c'était pas vraiment l'envie d'une revanche vis-à-vis de ces critiques-là. C'était vraiment un remerciement aux gens d'être venus malgré cette espèce de déchaînement, même injurieux.
Alors le journalisme, ça peut être des critiques, mais ça peut être aussi de la télévision. Michel Honorin avait diffusé sur Antenne 2, à l'époque en 1990, un sujet sur le Zaïre. Et ce sujet vous a donc donné l'idée d'une chanson qui s'appelle "Juste après". Nous nous sommes permis d'y associer votre musique et voilà ce que ça donne :
[Diffusion des célèbres images reprises dans le clip et lors de la tournée "Rouge". Retour dans la Chevrolet]
Voilà ! Ça le fait !
Ça allume le visage, en tout cas. Ces dernières images allument obligatoirement un sourire et c'est ça qui… [Gros plan sur Jean-Jacques Goldman qui affiche un sourire radieux]
Donc, il faut savoir que le gamin va s'en sortir finalement et c'est quand même ça le plus important de l'histoire. Dans quelles conditions vous êtes tombé là-dessus, Jean-Jacques ?
Un soir, tu rentres de studio, n'importe quoi. Tu te fous devant la télé, tu zappes et puis tout à coup tu es happé par ces images. Tu te dis : "Mais c'est pas possible !". Ces images tellement violentes, tu te dis : "Mais il y a une espèce de complaisance, comme ça, à montrer ça. Qu'ils le jettent à la poubelle et puis qu'on n'en parle plus !". Et tout à coup, tu vois ce môme, là, qui ouvre les yeux. "Mais attends, qu'est-ce qu'elle fait après ça ? Elle va boire un coup, je sais pas ?".
Donc, vous avez choisi de raconter l'histoire de la femme, plutôt que celle de l'homme. Pourquoi ?
Je ne sais pas, c'est elle qui lui tape sur les fesses. On sent que c'est elle qui… C'est un truc de femme, là. Viscéralement, elle ne veut pas le laisser partir. Alors lui, il est là, il constate que le cœur bat encore et tout ça. Mais le boulot, c'est elle qui le fait. Bon, je sais pas. Puis je me suis dit qu'elle faisait ça tous les jours. Que voilà, c'est son quotidien. Un jour elle en sauve un, un jour elle n'y arrive pas ! Et puis elle boit son café et puis elle recommence le lendemain. C'est incroyable !
Très bien ! "Juste après" c'est donc une chanson qui fait partie de l'album "Rouge". Un album qui est donc en vente libre, en ce moment, dans tous les bons commerces. Il y a une phrase que j'ai relevée à propos de l'album "Rouge", justement. Et vous dites : "Quand tu dis Communisme aujourd'hui, ça n'évoque plus Potemkine mais Nomenklatura. Quand tu dis Gauche, on ne pense plus au Front populaire mais à Tapie, Fabius, Attali and co, la bande à Mitterrand. Et ça c'est tragique !". Vous avez l'impression d'avoir été trahi ? Au même titre que plusieurs d'entre vous.
Bon, écoute. Je crois qu'il y avait, par définition, plus de cinquante pour cent de votes au début et maintenant en dessous de trente. Donc on est entre vingt ou trente pour cent de personnes à avoir eu l'impression d'être trahis. Ce n'est pas très original de dire ça maintenant. Enfin, je ne sais pas. J'avais surtout envie de dire que… De me dire au moins, qu'il ne fallait pas désespérer, qu'il ne fallait pas mélanger les idées avec les hommes, que là, cette expérience était tragique. Et à partir du moment où tu dis ça, tu es bien obligé de t'expliquer un peu. Tu comprends ? De dire quels sont les hommes tragiques et quelles sont les idées qui valent encore le coup de se battre pour. Voilà !
Est-ce que vous avez l'impression que vous avez fait un petit peu aussi cet album pour vos parents ?
Non, ce n'est pas conscient. Mais il y a une chose qui est sûre, c'est que quand je vois ce qui se passe et les hommes qui incarnent ces idées là maintenant, c'est vrai que ça me fait un peu vomir. Quand je compare aux militants que j'ai connu, à ces gens qui étaient d'une pureté et d'une beauté et d'une honnêteté scrupuleuse et d'un désintéressement incroyable. Alors que là, on a affaire, quand même, à une clique de gens compromis sinon corrompus, quoi ! Ça, c'est vrai que ça m'est physiquement insupportable de voir ça ! C'est peut-être la première chose qui m'est insupportable depuis dix ou quinze ans.
Pour le deuxième live de l'émission nous voici rendus du côté de l'école des Beaux-Arts. On va rentrer dans la cour et puis il y a Carole Fredericks et Michael Jones qui nous attendent, non pas sous la pluie, mais à l'abri dans cette magnifique salle… Vous avez déjà vu cette salle, Jean-Jacques ?
Oui, oui !
Voilà, Jean-Jacques, le lieu qu'on a choisi pour le deuxième live. Ça te plait ?
(en plaisantant)C'est cosy, oui !
C'est donc la chapelle des Petits Augustins.
Ça tombe bien, j'ai commencé dans les églises.
Ecoute, parfait !
[Dans cet endroit splendide, Jean-Jacques Goldman rejoint Carole Fredericks et Michael Jones. Ils interprètent "Des vies". Une guitare acoustique, une électrique et les mains de Carole Fredericks en guise de percussions : l'orchestration est très dépouillée]
Jean-Jacques, tu prends ta veste ! Tu laisse pas traîner tes affaires !
On y va, Bruno ?
Oui, je vous rejoins tout de suite.
Oui, mais tout de suite !
Tout de suite, une ou deux questions.
[Il reste seul avec Carole Fredericks et Michael Jones]
Je profite qu'on soit un petit peu tous les trois ensemble. On n'a dit que des choses sympathiques vis-à-vis de Jean-Jacques parce qu'on l'a invité dans l'émission. C'est normal, c'est la moindre des choses. On va médire un petit peu ! Juste une chose, je voudrais savoir si entre vous il y a un surnom pour Jean-Jacques. Je sais pas, vous lui trouvez un petit surnom ? Un secret ?
Oh, c'est même pas un secret, c'est les Anglais qui lui ont trouvé. C'est "djédjé" [Prononciation anglophone de "JJ"]
"djédjé" !
Oui, c'est rien. C'est "JJ" en anglais.
J'en ai un autre, mais je ne sais pas si…
(tout content)Oh, si, si ! Tu le dis, Carole ! Pour les téléspectateurs du "Plein de super". Et droit dans les yeux !
C'est mon surnom à moi.
Je ne suis même pas au courant !
Ah non, non, non ! Après, tout le monde va l'appeler le même nom [sic].
Tu me le glisses dans l'oreille, juste pour moi.
Eh ! Tu vas le crier ! Je te connais bien !
Bon d'accord, c'est vrai que tu me connais bien.
Je te connais Bruno !
Bien, et puis dernière chose : un trait de caractère qui résume bien Jean-Jacques Goldman. Est-ce qu'il a un bon caractère ? C'est entre nous, pendant qu'il n'est pas là !
(Eclatant de rire)Des fois… Ah bien, comme nous tous.
C'est un solitaire donc il n'est pas… Il a bon caractère. Mais des fois on peut lui parler, on a l'impression qu'il n'écoute pas ou qu'il est ailleurs, quoi.
Ah, oui ?
C'est un mec qui s'isole énormément.
Espérons que pour la suite du "Plein de super"… On se retrouve justement après les publicités avec le disquaire [Rubrique traditionnelle de l'émission] et le troisième live où tu vas nous rejoindre, Michael, avec Louis Bertignac. Quant à toi Carole, tu passeras faire un tour ou… ?
Ah non, je ne peux pas. Je vais aller au studio bosser un peu.
Pour les Enfoirés ?
Oui.
Vous êtes de vrais bons camarades parce que… A tout à l'heure Michael.
Ciao Bruno.
[Pub. Retour dans la Chevrolet]
Retour au "Plein de super" avec notre invité Jean-Jacques Goldman. Et puisque nous sommes, actuellement, sur le boulevard du Montparnasse, et bien je propose qu'on se paye une bonne petite tranche de musique chez "Clémentine" qui est donc disquaire de son état. Histoire de connaître les goûts musicaux de Jean-Jacques Goldman.
C'est parti !
[Ils rentrent chez le disquaire. Bruno Solo présente avec Olivier, le vendeur, les nouveautés CD de la semaine]
On retrouve Jean-Jacques Goldman et notre camarade Yvan Le Bolloc'h qui vont vous parler de leur choix.
Alors moi, j'ai fait un choix francophone parce que je suis un peu chauvin.
Normal !
Alors, Bertignac, "Elle et Louis", superbe album. En général, il y a une ou deux chansons bonnes, mais elles sont toutes bien.
C'est plus "Bertignac et les visiteurs" ?
Non, c'est Louis tout seul. Ça s'appelle "Elle et Louis". L'album n'est pas tout neuf mais il est toujours bien.
Avec "Vas-y guitare" notamment.
On le retrouvera tout à l'heure.
Oui.
Bruno Solo [En montrant le CD que tient Jean-Jacques Goldman] : Ça, c'est pas une nouveauté !
Non, c'est pas une nouveauté, Laurent Voulzy. Mais alors pour moi, c'est un album important parce que je crois que c'est le premier album français que j'écoute du début à la fin comme j'écoute les albums anglais.
A part les tiens, peut-être ?
(en souriant)Je n'écoute pas tellement mes disques. Je suis tellement dans la cuisine !
Donc sur celui-là il n'y a rien à jeter ?
Ah, non, non !
Ça s'appelle "Caché derrière".
C'est magnifique !
(ironique)Troisième album en soixante ans de carrière !
Rapidement, Céline Dion, parce que c'est une très, très grande chanteuse française, voilà ! On aime ou on n'aime pas ce qu'elle fait…
Francophone, plutôt !
Francophone, pardon ! Excusez-moi.
Je vous en prie. On a étudié nos fiches, nous ! [rires]
Voilà, c'est une grande, grande voix. Il n'y en a pas tant que ça des grandes voix !
Qui chante "Ziggy", donc.
Céline Dion donc, "Des mots qui sonnent".
Bon, rapidement, un "tribute to Jimmy Hendrix". [sic]
Bon ,lui il n'est pas très francophone !
Mais bon, c'est toujours de…
…d'actualité.
Still alive, quoi ! Et là, j'en vois un rapidement. Alors, Eddy Mitchell, "Rio Grande" parce qu'il est très, très sympa et puis qu'il est très bien !
(moqueur)Un petit Georges Moustaki pour finir, non ?
Non, non, mais Eddy Mitchell c'est vrai. Parce qu'il est adorable.
Bon, je crois qu'on a fait un petit tour sympathique.
Merci "Clémentine".
Au revoir Olivier.
Nous on se casse ! Allez, la suite du "Plein de super" dans la caisse.
Salut les gars !
[Retour dans la Chevrolet]
Après la musique en rayon, voici la musique en live puisque vous nous avez promis, Jean-Jacques, qu'un live avec Bertignac c'était dans vos cordes.
Oui.
Pas de regrets ?
Non.
Donc on file au New Morning pour la deuxième fois ?
Oui, six cordes chacun !
Allez, c'est parti !
A trois guitares ça va saigner !
(ironique)Dix-huit cordes.
[Bruno Solo fait une grimace moqueuse à la caméra]
Yvan Le Bolloc'h [en entrant dans le new Morning] : Dis-moi, Jean-Jacques, tu veux me rappeler la feuille de match, là ?
Ben, c'est Bertignac, Michael Jones et deux ou trois autres assassins.
Que des "gratteux" sur "Vas-y guitare" !
Oui, c'est une chanson de Louis.
Donc a priori, ça devrait envoyer !
Normalement ça devrait saigner un petit peu !
Se battre en duel !
[Interprétation d'une magnifique version très "électrique" de "Vas-y guitare" par Michael, Jean-Jacques et Louis]
Merci messieurs. "Vas-y guitare" interprétée par Michael Jones, Louis Bertignac et Jean-Jacques Goldman. On peut dire qu'on sent le goût du live. Louis, est-ce qu'on peut avoir un petit commentaire rapide sur le style de Jean-Jacques, le style de guitariste.
[Jean-Jacques Goldman fait semblant de tirer sur Louis Bertignac avec sa guitare]
Il joue bien. [rires] Il est excellent !
[Yvan Le Bolloc'h fait la promotion du dernier album collector de Louis Bertignac]
Jean-Jacques, on se retrouve à la voiture pour la suite du "Plein de super" ?
J'arrive !
[Retour à bord de la Chevrolet]
Jean-Jacques, on va filer maintenant retrouver Gus l'auto-stoppeur. [On retrouve dans le personnage de Gus une tête bien connue des téléspectateurs du vin-hach-vin (20H20) sur Canal + avec Jules-Edouard Moustic : Gustave de Kerven] Alors Gus c'est un peu le croisement entre l'enfant sauvage et l'homme des cavernes.
C'est une sorte de troglodyte !
Qui faisait le père et qui faisait la mère ?
(souriant)On n'a pas su exactement d'où ça venait.
On n'a pas fait les tests adéquats.
Il nous est tombé un jour sur la tronche au coin d'un carrefour et là, normalement, il devrait être au coin de celui- ci.
[Gus attend dans la rue devant la vitrine d'une boutique. Il monte dans la Chevrolet]
Salut Gus !
Qu'est-ce que tu fais là ?
Ben écoute, je bosse.
Vous vous connaissez ?
Un petit peu, oui. On s'est croisé plusieurs fois. [s'adressant à Jean-Jacques Goldman] Par contre, t'y vas jamais dans les festivals toi !
Non, si j'y vais, j'y vais des fois en tant que client, quoi. Tu veux dire sur la scène ?
Non, les festivals avec plusieurs groupes. Tu fais jamais ça ?
Sur la scène ?
Oui.
Non !
Non, pourquoi ?
Parce que t'es pas uniquement devant des gens qui sont venus pour toi. Donc il faut convaincre et moi convaincre… [Il fait la grimace]
T'as pas le feu nécessaire, tu crois ?
Pas vraiment ! Quand les gens me disent "viens, viens" j'y vais mais s'ils n'ont pas envie que je vienne il n'y a aucun lézard.
Il y a une grosse opération avec les Restos du cœur à venir ?
Oui, on est entrain d'enregistrer une émission qui sera animée par Muriel Robin.
Oui.
Et avec la bande habituelle.
Il n'y aura pas les tambours du Bronx ?
Les Tambours du Bronx c'est peut-être pour l'année prochaine.
[Présentation d'un reportage de Gus à Liévin sur les Tambours du Bronx. Après avoir déposé Gus, retour dans la Chevrolet]
Bon dis moi, on file au "Guillaume Tell". On va s'embrasser là-bas.
Ah oui, c'est vrai que c'est l'heure de se dire au revoir, là, déjà !
C'est un studio où vous avez travaillé, Jean-Jacques, le "Guillaume Tell" récemment.
Oui.
Pour finir l'album "Rouge" vous en avez fait une partie là-bas ?
On a fait les rythmiques et des mixes.
Et pourquoi ce studio en particulier ?
C'est les preneurs de son, surtout, qui choisissent les studios et ils aiment ce studio là pour des raisons techniques et probablement de convivialité.
Le studio "Guillaume Tell" ça se trouve dans le bas de Suresnes, c'est ça ?
Oui.
Juste une précision technique. Le studio "Guillaume Tell" c'est le troisième plus grand studio du monde après le studio de Quincy Jones à Los Angeles et celui de Sony à Tokyo.
En tout cas, je crois qu'il y a Prince qui est venu récemment. Qui a fait quelques… Qui a passé deux jours là-bas. Et il est revenu chez lui, il a fait un souk à "Pesley Park", c'est ça ? Parce que ça ne sonnait pas aussi bien qu'à "Guillaume Tell". Donc ils ont fait, je ne sais pas, un ou deux mois de travaux de façon à trouver le son de "Guillaume Tell".
Voilà, je crois que ça fait plaisir ! Tout est dit !
Très bien, Jean-Jacques, on arrive au terme de cette émission. Nous sommes au studio "Guillaume Tell".
Visiblement on n'est pas les seuls à le savoir.
[Beaucoup de monde attend sous la pluie dans la rue. Ils descendent de la Chevrolet]
Bon, ben merci. J'espère que le "Plein de super" ne vous aura pas trop vidé.
Merci à vous.
Je vous en prie. Donc la semaine prochaine c'est Eddy Mitchell qu'on reçoit à partir de 19H30.
C'est bien !
C'est pas un inconnu pour toi ?
Non, non, on a fait une tournée ensemble d'ailleurs. Ça va, il est frais !
[Florent Pagny sort du studio et vient à leur rencontre]
Tu vois, c'est bien fréquenté l'endroit !
[Ils se serrent la main]
Ça va Jean-Jacques ?
Tu l'attendais non ?
Non. Enfin si, un petit peu quand même. On va peut- être faire une petite voix.
[Arrivée de Patrick Bruel qui n'était pas prévue, apparemment]
Ça va Patrick ?
(ravi)Oh non, ils sont tous là !
Patrick Bruel [à l'attention de Jean-Jacques Goldman] : Enchanté !
Yvan Le Bolloc'h [à l'attention de Florent Pagny] : Et là tu bosses avec…
[à l'attention de Florent Pagny] : Je t'ai dit de ne pas dormir au studio !
Ecoute, il n'y a que comme ça qu'on y arrive.
[Patrick Bruel rentre dans le studio]
Attends, attends Patrick, deux minutes !
Reste un petit peu.
Tu bosses un peu avec Jean-Jacques en ce moment ?
Oui, il m'aide. Il m'aide à chanter.
On bricole ensemble.
[Ils rentrent tous dans le studio en parlant de la possibilité de faire un petit "boeuf" ensemble. Pendant que le générique part, gros délire sur la répartition des rôles pour ce petit "boeuf". Fin]