Coeur et Pique
RTBF, 17 janvier 1988 , 17 janvier 1988
Jean-Jacques Goldman entre sur le plateau et chante "Entre gris clair et gris foncé"
Philippe Luthers
"Entre clair et gris foncé !" Ça tombe bien, Jean-Jacques Goldman ! On ne va pas se dire bonsoir, ça fait quelques heures qu'on est ensemble, on ne va pas faire semblant de se voir seulement maintenant. Ce soir, on ne fera pas semblant. Je crois que les questions cœur, les questions pique, je peux le dire, Jean-Jacques ne les connaît pas mais il a accepté de jouer le jeu à fond. J'espère qu'on connaîtra peut-être un peu mieux Jean-Jacques Goldman après l'émission.
Jean-Jacques Goldman
J'espère, oui.
Philippe Luthers
Je sais qu'avec les interviews, parfois, il n'aime pas trop parler de lui. On verra, on verra. On aura quelques surprises aussi. Jean-Jacques, on attaque les questions. Les questions sont symbolisées par les cartes cœur et pique.
Jean-Jacques Goldman
Bon.
Philippe Luthers
On commence dans la tendresse, c'est l'as de cœur et c'est Joker qu'on peut applaudir, qui est dans la salle ! Joker ! Qui a la carte, qui a l'as de cœur, c'est madame ! Allez-y, on vous écoute.
Spectatrice
Bonjour Jean-Jacques, bonjour Philippe. Je voudrais savoir s'il y a des sujets tabous dans les chansons ?
Jean-Jacques Goldman
Moi, je ne crois pas. Je pense que c'est au chanteur, celui qui écrit la chanson, de décider lui-même s'il y a des choses dont il ne veut pas parler ou dont il ne peut pas parler. Mais à priori, je pense qu'on peut parler de tout dans les chansons, comme on peut parler de tout dans la littérature.
Philippe Luthers
Quels sont les sujets que Jean-Jacques Goldman n'a jamais abordés dans une chanson, qu'il n'aimerait pas aborder, par exemple ?
Jean-Jacques Goldman
Je ne sais pas, des choses, peut-être un peu trop personnelles. Peut être des choses comme ça, je pense, que je n'ai pas trop envie de mettre dans des chansons et que je garde plutôt pour moi.
Philippe Luthers
Deuxième tirage.
Spectatrice
Philippe Luthers
C'est aussi du cœur, le six de cœur, à la recherche de la carte 6 de cœur. Oh oui, Joker !
Spectateur
Bonsoir Jean-Jacques ! Bonsoir Philippe. Vous n'aimez pas parler de vous or vous faites un métier où l'on s'expose, n'est-ce pas contradictoire ?
Jean-Jacques Goldman
Moi, je ne crois pas parce que je pense que, par exemple, vous allez chez votre boulanger, lui aussi s'expose, il est à la caisse.
Philippe Luthers
Mais je trouve que Goldman chante mieux que les boulangers en général.
Jean-Jacques Goldman
Mais je fais moins bien du pain.
Philippe Luthers
Ah oui.
Jean-Jacques Goldman
Et ce que vous attendez de lui, c'est du pain. Vous n'attendez pas de savoir, vous ne lui demandez pas forcément des trucs sur sa vie privée. Moi, j'ai l'impression que ce que je donne et ce que je sais faire de mieux, ce sont des chansons et je ne pense pas que parce que je chante des choses, on devrait avoir en plus des droits sur ma vie à moi.
Philippe Luthers
Vie privée, ça, c'est le jardin secret de Jean-Jacques Goldman.
Jean-Jacques Goldman
De tout le monde, je crois, de tout le monde.
Philippe Luthers
Merci Jean-Jacques. On aura d'autres questions, d'autres réponses. Bien, alors question cœur, question pique, il faut tirer au hasard les cartes qui sont là. Décidément, la main du côté cœur, sept de cœur ! Joker , où est-il ? Ha, alors qui est là ? Oui, on vous écoute.
Spectatrice
Bonsoir, Philippe, bonsoir Jean-Jacques. Je m'appelle Anne et je voulais savoir si, à ton avis, c'est le public qui fait les vedettes ou les vedettes qui se créent un public ?
Jean-Jacques Goldman
Voilà une question qu'elle est bonne !
Spectatrice
J'avais très peur, alors réponds bien !
Jean-Jacques Goldman
Bon, qui est à l'origine de la poule ou la poule à l'origine de l'œuf ? C'est évident que c'est le public qui choisit. Pourquoi ça va être untel plutôt qu'un autre ? Je crois qu'il en sort cent dix par jour à peu près. C'est évidemment le public qui fait son choix, mais c'est une banalité de dire qu'évidemment, il ne pourrait pas choisir si on n'existait pas. Donc, je pense que nous, on propose des choses et le public choisit ce qui correspond à ce qu'il a envie d'entendre ou pas.
Philippe Luthers
On a un public qu'on mérite ensuite ?
Jean-Jacques Goldman
Pas toujours parce qu'il y en a certains... il faut aussi arriver au bon moment. Il y a des gens qui arrivent trop tôt ou d'autres qui arrivent trop tard. Moi, je trouve que c'est malheureux pour certains artistes qui amenaient quelque chose de très neuf, mais un peu trop en avance par rapport aux goûts du public et qui n'ont pas été reconnus à leur juste valeur.
Spectatrice
Merci.
Jean-Jacques Goldman
Merci.
Philippe Luthers
Une autre carte, une autre chance. Alors là, on aura fait tous les cœurs ensemble, après, à mon avis on aura les piques. C'est le trois de cœur. La dernière question coeur, Joker !
Spectatrice
Salut Jean-Jacques ! Je m'appelle Lorianna. Alors j'aimerais savoir, tu n'as jamais participé à une publicité pour un produit. Pourquoi ?
Philippe Luthers
J'en connais qui chantent "J'aime, j'aime, j'aime", d'autres qui font de la pub pour les pulls, pour les chemises et les Goldman, jamais !
Jean-Jacques Goldman
Franchement je gagne assez d'argent, enfin pour moi. J'en ai suffisamment. Je ne sais pas quelle est la démarche pour faire une pub, sauf si artistiquement, on est vraiment très intéressé par ça. Mais moi, franchement, dire que j'en préfère un à la place de deux, ça ne m'excite pas vraiment. Je suppose qu'ils ne font ça que pour l'argent. Ce qui est une raison suffisante. Mais bon, personnellement, ce que j'ai, ça me suffit, je n'ai pas besoin de plus. Donc je ne vois pas pourquoi j'en ferais.
Philippe Luthers
Jean-Jacques, On a épuisé le stock des questions coeur, à mon avis, on va tomber dans les piques. Il faut quand même tirer les cartes pour voir à quoi elles correspondent.
Jean-Jacques Goldman
Oui.
Philippe Luthers
C'est le sept de pique avec Jacques Pique, alors on l'écoute.
Jacques Pique
Quelle serait votre réaction si votre fille voulait faire un bébé toute seule ?
Jean-Jacques Goldman
Je l'ai méritée, celle-là.
Philippe Luthers
Il l'a voulu.
Jean-Jacques Goldman
Il va falloir d'ici un an ou deux que je lui explique effectivement que ça ne marche pas et que ça n'est qu'une chanson et pas un mode d'emploi. Je lui préciserai en plus que ça vaut mieux que ça ne marche pas comme ça.
Philippe Luthers
Une autre question pique ! Jean-Jacques, il faut tirer parmi les trois qui sont là. Cette fois-ci, c'est le cinq de pique, Jacques Pique !
Jacques Pique
Vous êtes un symbole, le porte drapeau de toute une génération. Vous avez beaucoup de disciples. Y aurait-il une doctrine Goldman ?
Philippe Luthers
Une doctrine Goldman ?
Jean-Jacques Goldman
C'est sûr, il y en a une. Justement, je crois que c'est le contraire. C'est-à-dire que c'est justement le fait de dire qu'il n'y a pas de gourou. Il n'y a pas de maître à penser, mais chacun doit essayer de trouver sa solution et sa vérité tout seul, sans faire confiance à des gens soi-disant plus compétents. Donc, c'est le contraire. Je crois qu'ils ne me suivent pas parce que je leur donne des conseils, mais surtout parce que je leur dis qu'il ne faut pas me suivre. D'ailleurs, si je disais qu'il faut me suivre, ils ne me suivraient pas du tout, voilà.
Philippe Luthers
Les Belges, je ne vous raconte pas l'ambiance qu'il y avait en coulisses ! Bon Jean-Jacques, le dernier tirage de la soirée si je puis dire, après cette chanson. Ça m'a échappé ! Question pique. Oui, le deux de pique, Jacques Pique ?
Jacques Pique
Faut-il dialoguer avec ceux qui falsifient l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale.
Jean-Jacques Goldman
Faut-il dialoguer avec ceux qui falsifient l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale ?
Jean-Jacques Goldman
Je crois qu'il faut dialoguer avec ceux qui les écoutent puisque ce qui est grave, c'est qu'il y en a certains qui sont profs d'histoire et qui racontent l'histoire à leur façon. Je crois que ce qu'il faut absolument, c'est que d'autres historiens dont les témoignages sont là, s'expriment surtout auprès des jeunes et auprès de ceux qui les écoutent.
Philippe Luthers
Est-ce que c'est un sujet qui vous tient à cœur ?
Jean-Jacques Goldman
Certainement aussi. Si on nie ce qui s'est passé, on ne peut pas en tirer les leçons non plus. Ne pas tirer les leçons de quelque chose de si terrifiant et surtout de si improbable qu'on n'aurait même pas pu l'imaginer, si ça n'a même pas servi à ça, c'est assez grave.
Philippe Luthers
Une dernière question, c'est le quatre de pique ! Jacques Pique !
Jacques Pique
Accepteriez-vous d'être le ministre de la Culture si le président Yves Montand vous y conviait ?
Jean-Jacques Goldman
Si c'est Yves Montand, oui, là je ne prends pas beaucoup de risques.
Philippe Luthers
C'est un domaine que vous aimez, la politique ?
Jean-Jacques Goldman
Que j'aime ? Non, pas vraiment, je crois qu'on ne peut pas beaucoup l'aimer pour l'instant, mais par contre qui est très important, certainement oui.
Philippe Luthers
Ça veut dire qu'un chanteur doit s'engager à prendre position dans une campagne électorale, par exemple ?
Jean-Jacques Goldman
Non, un chanteur, il fait ce qu'il veut. Donc, s'il y en a qui pensent qu'ils doivent s'engager, je pense que c'est très digne de le faire.
Philippe Luthers
Quel est votre sentiment ?
Jean-Jacques Goldman
Et bien moi, je pense que je ne m'engagerai pas tant que je n'aurai pas l'impression que ça peut changer le pays d'une façon où je ne puisse plus y vivre, par exemple. Pour l'instant, en France, il n'y a vraiment pas de danger d'une dérive extrémiste dans un sens ou dans un autre. Alors je n'interviendrai pas dans ce genre de débat.
Philippe Luthers
Mais quand il y a la fête de SOS Racisme, Touche pas à mon pote, Goldman est là tout de même, quand il y a un risque.
Jean-Jacques Goldman
Oui, mais je suis là avec à peu près tous les partis politiques français qui, Dieu merci, se reconnaissent aussi dans les thèses antiracistes.
Philippe Luthers
Merci Jean-Jacques. On va revenir à la chanson avec une vidéo qui vous tient à cœur. C'est la vidéo "Là-bas". Je crois qu'on comprend très, très bien la chanson lorsqu'on regarde les images? Ça vous plaît les images, vous aimez vous revoir ?
Jean-Jacques Goldman
Oui, c'est sûr que quand on écrit la chanson, c'est un peu frustrant d'être mis en scène par d'autres et en particulier en télévision. Donc, c'est vrai que c'est un petit luxe de pouvoir s'être mis en scène et d'avoir mis les images que moi j'avais dans la tête avec le réalisateur qui s'appelle Bernard Schmitt.
[Clip de "Là-bas"]
Philippe Luthers
Jean-Jacques, ce soir on a fait un petit itinéraire à travers la personnalité de Jean-Jacques Goldman grâce aux questions cœur et pique, mais je pense que le meilleur moyen de connaître quelqu'un, c'est d'écouter ses chansons, sûrement. Mais c'est un double album qui est sorti, "Entre gris clair et gris foncé", il y a deux faces, quatre en tout, mais deux faces du personnage très différentes.
Jean-Jacques Goldman
Il y a une partie qui est très produite, enfin qui est faite tel qu'on fait les disques actuellement, c'est-à-dire avec beaucoup de machines, avec beaucoup de séquenceurs, avec des ordinateurs. Parce que c'est intéressant, parce que c'est ce qu'on fait. Et puis, il y en a une autre où je me suis fait un peu plus plaisir et où ce sont des chansons au piano ou acoustiques, ou des choses un peu plus personnelles et très peu arrangées.
Philippe Luthers
Il y a beaucoup de chansons très douces sur cette partie plus acoustique, des chansons très tendres qui sont en même temps fines mais un peu tristes, je dirais. C'est parfois l'amour déçu, c'est l'amour qui s'en va. C'est un côté un peu gris foncé de Jean-Jacques Goldman ?
Jean-Jacques Goldman
C'est vrai qu'en général, on ne fait pas beaucoup de chansons sur quand tout va bien. Si tout baigne, super ! En général, on va au cinéma dans ces cas-là. Si on se met dans sa cave tout seul devant un piano pour composer, très souvent, c'est parce qu'il s'est passé quelque chose de plus triste.
Philippe Luthers
Alors on va avoir un exemple maintenant, je demanderai au public par son silence lors de la chanson d'être en même temps en concordance à l'harmonie avec Jean-Jacques Goldman pour cette chanson. "Reprendre, c'est voler" Jean-Jacques Goldman !
["Reprendre, c'est voler" au piano sur le plateau de l'émission]
Philippe Luthers
Jean-Jacques Goldman ! Alors je vais demander à Jean-Jacques de rester un peu au piano pour nous faire plaisir, de jouer un air qui swingue un peu, un boogie par exemple et je vais demander à tous les artistes de l'émission de revenir sur le plateau avec les applaudissements du public ! Allez-y !
Jean-Jacques Goldman joue au piano pendant que les autres artistes de l'émission arrivent sur le plateau.