L'épinglé du jour - Le serment du jus de pomme.
[Publication inconnue] , 1986
Avec son dernier trente centimètres, «Non homologué», Jean-Jacques Goldman pèse aujourd'hui 1 200 000 albums. Un carton qui l'a incité à faire une tournée d'été des stades : huit dates en tout, parmi lesquelles Les Sables d'Olonne et Lorient.
Aux Sables, sympa, l'œil pétillant, il nous a assuré avec un sourire en coin qu'il n'a pas peur du succès : «la seule chose qui fait peur dans ce métier, c'est d'écrire des chansons qui ne soient jamais écoutées». Il a dit aussi que la défense de la francophonie n'est pas un combat à mener mais une nécessité : «le français est parlé par des gens qui ont le droit d'écouter des chansons dont ils comprennent les textes». Pour le reste, il a posé pour vous sur le port de pêche, traqué illico par la marée montante des promeneuses. Pas facile apparemment, quand on s'appelle Goldman, de prendre le frais anonymement à une terrasse de bistrot ou de s'acheter paisiblement un steak.
Tu as fait une école supérieure de commerce à Lille. Si on t'offre un poste de ministre, quelle est la première mesure que tu prends ?
[il rit] D'abord, je refuse le poste. Je serais très incompétent dans ce genre de situation.
Si je te dis «cohabitation» ?
C'est une conséquence de la maturité politique des Français, je crois.
Tu as une silhouette plutôt mince. Tu pratiques du sport ?
Pas beaucoup. Un peu de tennis, un peu de ski.
Tu suis à la télé des événements comme le Mundial , Roland-Garros ou le Tour de France ?
Quand je ne suis pas en tournée, oui. En juin, par exemple, j'ai suivi assez régulièrement le Mundial.
Il paraît que tu as horreur du bateau…
J'aime pas l'eau. D'abord, je trouve que ça mouille. Ensuite, c'est pas stable. Et puis je ne respire pas quand je suis dans l'eau, contrairement aux poissons. Je suis mieux sur terre.
Qu'est-ce que tu as comme voiture ?
N'importe quoi. Ça m'est complètement égal. J'ai une Talbot Horizon depuis cinq ans : je la changerai quand elle sera cassée. Je n'aime d'ailleurs pas la vitesse. Je conduis pour me déplacer.
Et les fringues ? Tu as une garde-robe ?
[Eclat de rire du copain qui conduit la voiture où se déroule l'interview et qui dit : «C'est une catastrophe»!]. Pas vraiment ! Je n'achète rien. Je prends ce qui me tombe sous la main.
Le look, c'est important ?
On est dans l'ère de l'image au niveau des télés, des clips, des pochettes de disques. Toute cette partie visuelle doit être soignée. Mais, plus que le look, je dirais que c'est l'image qui est importante.
Le comble du bonheur ?
L'absence de malheur.
Si je te dis "humour" ?
Je pense plutôt à Claude, mon bassiste, qui est une encyclopédie vivante de la blague et une des pièces fondamentales de l'ambiance qui règne en tournée. Je dirais ensuite Jerry Lewis, Woody Allen.
Coluche, c'était de l'humour ?
Pas seulement, Coluche c'était un césar d'acteur, du music-hall, une révolution dans la radio, des choses très intéressantes à la télévision, des revues de presse, les restaurants du cœur. C'est incroyable ce qu'il a fait. On ne se rend pas compte encore de la largeur du personnage.
Pour unique compagnon sur une île déserte. On te donne à choisir entre Eric Clapton (je sais que tu adores ce guitariste), Catherine Deneuve et un poste de radio…
J'emmène Catherine Deneuve… parce qu'elle chante très bien, donc elle peut remplacer la radio. Je lui apprendrai à jouer de la guitare, elle remplacera Eric Clapton !
Ta femme idéale, c'est qui ?
La mienne, pour l'instant. En fait, la femme idéale je n'y crois pas.
Une jolie femme t'invite à dîner. Le plat qu'elle te sert est celui que tu détestes le plus. Tu fais quoi ?
Je lui dis que son plat est dégueulasse et je lui demande si elle n'a pas autre chose à me proposer.
Es-tu du genre à entasser les souvenirs ou à brûler tout de suite les lettres d'amour ?
Je brûle tout de suite. Je n'ai pas de souvenirs, je ne suis pas du tout collectionneur.
Les vacances pour toi, c'est quoi ?
Quand j'étais étudiant, c'était la découverte en stop : les USA, le Mexique, la Turquie, un peu tout. Maintenant, c'est le contraire. Comme j'ai une vie mouvementée, c'est dormir, manger et regarder bêtement la télé en famille.
Tu es plutôt nouvelle cuisine, cuisine traditionnelle ou Mac Donald ?
Plutôt cuisine traditionnelle. Je suis souvent sorti de très grands restaurants parisiens de nouvelle cuisine en ayant faim et en me faisant une platée de nouilles chez moi en rentrant.
Le vin ?
Je suis inculte dans ce domaine. Je n'aime pas le goût du vin : c'est une infirmité. J'essaie de m'habituer, mais j'ai du mal.
Quand tu fêtes un événement, tu l'arroses avec quoi ?
Au jus de pomme et au sirop de cassis [rire du copain-chauffeur : - «le pire c'est que c'est vrai»].
Le caviar ?
Mon médecin m'interdit les œufs !
Au bout des rêves de Jean-Jacques Goldman, il y a quoi ?
J'ai dépassé depuis longtemps ce que je pouvais imaginer.
Stéphanie de Monaco annonce que tu vas lui écrire un titre…
Il n'en a jamais été question.
Quelle épitaphe aimerais-tu quand tu auras définitivement tiré le rideau ?
Il n'y a rien de plus triste qu'une épitaphe. Ce que je voudrais, c'est qu'on m'oublie. N'importe comment, on m'oubliera, mais le fait de l'avoir décidé je trouve ça un peu moins décevant.