Jean-Jacques Goldman à propos de sa chanson “Famille"

Jean-Jacques Goldman à propos de sa chanson “Famille"

Radio Libertaire, 1985 , 1985

Jean-Jacques Goldman : Il y a la famille que je ressens, celle que j'ai choisie, c'est ce que je dis dans cette chanson. Pour moi, c'est ça : il y a des gens de ma famille que je ne peux pas supporter et que je ne vois jamais, parce que ce sont des têtes de con... Enfin, c'est ce que je pense. Et il y a d'autres personnes qui ne font pas partie peut-être de ma famille du sang, et desquelles je me sens très très proche parce qu'on est de la même famille d'idées, de pensées, de réactions, de relations, même si on ne se connaît pas très très bien, même si on ne se connaît pas du tout. Il y a des gens avec qui je corresponds que je n'ai jamais rencontrés de ma vie. On ne s'est jamais rencontrés mais on se sent très proches les uns des autres. Une fois que j'ai terminé cette chanson et que j'ai appris la mort de Danielle, qui n'a pas été l'instigatrice de cette chanson, je me suis dit qu'elle était l'une des personnes auxquelles j'avais pensé en écrivant cette chanson. Je ne la connaissais pas intimement, je ne partageais pas ma vie avec elle, mais chaque fois qu'on se voyait, il y avait un feeling qui faisait qu'on était de la même famille, que quand on se parlait, ce n'était pas comme deux étrangers ; on était prêt à s'avouer n'importe quoi avec confiance, parce qu'on savait qu'on était quand même, quelque part - je m'excuse de ce mot très à la mode que je ne supporte pas - mais quelque part, on était de la même famille.

[La chanson “Famille” est diffusée en entier.]

Radio Libertaire : Souvenons-nous en juin dernier, lors de l'émission spéciale en hommage à Danielle Messia : Jean-Jacques Goldman, au téléphone, nous parlait de son chagrin après avoir appris la mort de Danielle.

Jean-Jacques Goldman : Je crois que c'est grave ce qui nous arrive. C'est simplement une des seules filles en France qui avait du talent. Il n'y en a pas beaucoup. Qui avait beaucoup de sensibilité et une voix à tomber. Et ça c'est une perte, je pense, collective, vraiment très difficilement remplaçable.

Radio Libertaire : Je crois qu'elle arrivait, qu'elle atteignait le but, là...

Jean-Jacques Goldman : Ce qui me rend malade dans cette histoire de Danielle, c'est que c'est une fille qui n'est pas née de façon douée pour le bonheur, un peu comme moi. On est des enfants de personnes qui sont des rescapées et qui ne sont pas très douées pour le bonheur au départ. Et elle, sa démarche a toujours été, malgré tout ça et évidemment de façon encore plus frappante dans “Grand-mère ghetto”, cette envie de vivre, cette envie de futilité, de bonheur. Et finalement le bonheur n'a pas voulu d'elle. Je trouve ça vraiment atroce. Il y a vraiment de quoi... je ne sais pas, moi, je ne crois pas beaucoup en Dieu mais alors là... Là encore moins, quoi.

“Grand-mère ghetto” est une chanson écrite et composée par Danielle Messia en 1985

Sépulture de la chanteuse française Danielle Messia (1956-1985)

Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0

23 avril 2014

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:P%C3%A8re-Lachaise_-_Division_57_-_Messia_01.jpg

Infos pratiques
  • Retranscription : Luc Andries avec l’aide de Stéphane Dumond
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