Chanson

Frères

Parler de sa vie - Jean-Jacques Goldman
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Cover de Rouge

Rouge

  • CD COL 474 955-2
  • K7 COL 474 955-4

Paroles

Je viens des plaines
Je suis des montagnes
Ces terres-là sont les miennes
Ce sont nos campagnes

A nous depuis la nuit des temps
Nous y étions avant
Nous combattrons pendant 1000 ans
Jusqu'au dernier sang

Les mêmes cris, mêmes discours
Les mêmes dialogues de sourd
Contraintes et semblables aussi
Identiques au fond de la nuit

Frères, la même jeunesse, même froid sous la même pluie
Frères, mêmes faiblesses, la même angoisse aux mêmes bruits
Frères, frères de pleurs, frères douleurs
Du même acier dans les mêmes ventres déchirés

Je reçois des lettres
Chaque semaine
Les mères s'inquiètent
Elles font des prières

J'ai une photo de ma femme
J'ai aussi le goût de ses larmes

Après, quand tout sera fini
Quand la victoire aura souri
Après, la vie la belle vie
Bientôt quand tout s'ra fini

Frères, mêmes tremblements, même peur et même fusil
Frères, mêmes talismans, même alcool pour un même oubli
Frères, frères d'instant, frères d'histoire
Gravés sur la même pierre glacée sans mémoire
Frères, même anonymat, frères d'absurdité
Frères, frères d'attente au fond des mêmes tranchées
Frères, frères de sang, frères de mal
De pulsions libérées du fond du même animal
Du même animal

Les chansons sont souvent plus belles...

Livre

Commentaire du livre "Rouge"

Jean-Jacques Goldman : Ces frères-là, aujourd'hui, sont évidemment bosniaques et serbes. Je ne dis pas qu'ils ont tort de se combattre. Il y a malheureusement des situations qui n'avancent que dans la confrontation. Des situations où, parfois, il faut lui en mettre une entre les deux yeux. Mais ce berger irakien et ce G.I. américain, ce villageois afghan et ce soldat russe sont des jouets. Pas les jouets-de-méchants-messieurs-qui-complotent, ne soyons pas naïfs, mais jouets de l'Histoire qui est en train de se faire. Chacun avec une photo de femme dans son portefeuille et une mère qui va pleurer.

Radio

NRJ, 9 décembre 1993

Jean-Jacques Goldman : J'avais fait une chanson pour Carole qui s'appelait "Brother", celle-ci elle s'appelle "Frères"...

Musiques avec le temps, les trahisons et les révoltes

Presse

Jean-Jacques Goldman voit "rouge" et remet les pendules à l'heure du constat. Sans se démentir Le Soir (Belgique), le 16 février 1994

Thierry Coljon : Serbes, Bosniaques... Je ne dis pas qu'ils ont tort de se battre, écris-tu. Ne penses-tu pas qu'on devrait toujours avoir tort de se battre?

Jean-Jacques Goldman : C'est Renaud qui dit qu'aucune guerre, quelle qu'elle soit, ne se justifie. Je ne suis pas du tout d'accord. Il y a des fois où t'as pas le choix ou alors il faut mourir. Pour libérer les camps de concentration en 1945, il a fallu une mitraillette à la main. Ou alors, on admet de vivre avec des prisons autour de soi. Ce qui est le cas puisque ça n'empêche pas de dormir qu'il y ait la Somalie, la Bosnie... Il va falloir tuer des Serbes pour que ça s'arrête, pour sauver des Bosniaques. C'est le seul moyen. On attend ça. C'est de l'arithmétique atroce, abstraite pour nous et très concrète pour eux.

Interview de Jean-Paul Chaluleau

Presse

Nîmes, le 6 août 1994

Jean-Jacques Goldman : Je suis d'un naturel plutôt optimiste. Il y a des faits absolument atroces en ex-Yougoslavie, au Rwanda, ailleurs. Et puis, Mandela est Président d'Afrique du Sud, et puis, il y a des tentatives de démocratie, dans une quinzaine de pays, à l'Est, la où personne n'aurait jamais cru que cela soit possible. L'Italie s'est secouée comme une espèce de convulsion du corps social, de façon peut-être négative, mais qui veut se débarrasser de la pieuvre "corruption". Et puis, cette Europe se construit peu ou prou. Il y a la paix entre Israël et l'OLP. Il y a beaucoup de raisons de ne pas être complètement fataliste. Je ne nie pas les horreurs, mais je reste désespérément optimiste.

Rencontre avec Jean-Jacques Goldman

Presse

L'Arche n° 535, septembre 2002

Raphaël Toledano : Dans l'album "Rouge", il y avait une chanson qui s'appelait "Frères" et qui était une espèce de dialogue entre deux personnes qui représentaient des peuples se disputant une terre. Est- ce que cette chanson parlait d'Israël ou plus généralement des conflits territoriaux ?

Jean-Jacques Goldman : Elle pourrait parler d'Israël aussi. Mais ce qui m'avait vraiment donné l'idée de cette chanson, c'était le conflit entre les Croates, les Bosniaques et les Serbes : quand on voyait des images à la télé, on ne savait pas lesquels étaient Croates, lesquels étaient Bosniaques, lesquels étaient Serbes ! [rires] Ils se ressemblaient vraiment énormément. Et j'ai réalisé que les gens qui se battent sont, en général, des gens qui sont très proches les uns des autres, qui se ressemblent beaucoup, forcément. Entre les Hutus et les Tutsis, c'est pareil. Et je crois que c'est un peu valable aussi entre les Palestiniens et les Israéliens. Physiquement, ils se ressemblent, bien que beaucoup de choses les séparent.

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