Bruno Tummers évoque les 30 ans de "Pour que tu m'aimes encore" au Journal télévisé
RTBF télé, La Une, Le 13h, C'était il y a,15 mars 2025 , 15 mars 2025
Mariam Alard : Des notes qui résonnent comme si c'était hier, "Pour que tu m'aimes encore", de Céline Dion, a 30 ans. L'occasion de revenir sur son parcours hors du commun et on va le faire avec vous, Bruno Tummers. Bonjour.
Bruno Tummers : Bonjour.
Mariam Alard : Alors, avant d'en parler, on réécoute évidemment quelques extraits de quelques-unes de ses plus belles chansons.
[Diffusion d'extraits des clips de Céline Dion "Pour que tu m'aimes encore", "S'il suffisait d'aimer", "Sous le vent" (avec Garou), "J'irai où tu iras" (live avec Jean-Jacques Goldman).]
Mariam Alard : Bruno Tummers, "Pour que tu m'aimes encore", quelle chanson, évidemment ! C'est le premier extrait de l'album "D'eux", une pépite...
Bruno Tummers : Oui, c'est cet album qui va permettre au public européen francophone d'enfin rencontrer Céline Dion, et même au-delà, parce que l'album "D'eux", c'est l'album francophone le plus vendu au monde. On parle de plus de 10 millions d'exemplaires.
Mariam Alard : Un succès qu'elle doit notamment à un certain Jean-Jacques Goldman.
Bruno Tummers : Qui écrit, compose et réalise cet album avec une partie de son équipe, en effet. Jean-Jacques qui avait chanté avec Céline Dion en 1994, l'année juste avant la sortie de cet album, sur le plateau des Enfoirés. Ils partagent le duo "Là-bas" et puis, il est tellement époustouflé, Jean-Jacques, qu'il va proposer à Céline Dion et à René Angélil, son mari et manager, de travailler ensemble pour tout un album. René Angélil hésite un peu au départ, parce qu'il y a déjà un album qui est prévu avec l'auteur québécois Luc Plamondon. Et puis, Goldman va être un peu filou parce qu'il arrive avec des maquettes de chansons déjà presque toutes faites. Céline entend "Pour que tu m'aimes encore", qui parle d'un amour absolu, qui parle aussi de son histoire d'amour avec René et là, elle craque complètement et ils vont dire banco à Jean-Jacques Goldman.
Mariam Alard : Jean-Jacques Goldman, une collaboration qui bouleverse sa carrière, on peut le dire ?
Bruno Tummers : Pour Céline Dion, clairement, il y a un avant et un après, c'est l'album francophone de sa vie.
Mariam Alard : Et Jean-Jacques Goldman, qui a d'ailleurs aussi donné un coup de boost à de nombreux artistes.
Bruno Tummers : Oui, il a toujours travaillé pour d'autres, écrit et composé. On pense à Johnny Hallyday dans les années 80. Il y a eu Patricia Kaas, Florent Pagny... Et puis, le succès de Céline Dion va faire qu'il va être encore sur-sollicité par la suite. D'autant qu'il y a cet album "D'eux" en 1995 et qu'en 1996, Goldman offre "Aïcha" à Khaled, qui va être aussi un énorme succès.
Mariam Alard : Quand l'album sort, il faut le dire, elle ne doit pas entièrement tout son succès à Jean-Jacques Goldman ; il y a quand même quelques succès derrière elle.
Bruno Tummers : Oui, il y a déjà eu toute une carrière. C'est une carrière qui démarre au Québec dans les années 80 et très vite, René Angélil va essayer d'imposer Céline Dion sur le marché européen et notamment en France. Elle participe à des émissions de télé dans les années 80 avec Michel Drucker (Champs-Élysées). Elle fait la première partie de Patrick Sébastien à l'Olympia. Elle avait enregistré en français et en anglais un extrait de Starmania, la chanson "Ziggy". Mais ce n'est pas la folie en Europe.
Mariam Alard : L'un de ses succès, évidemment, c'est sa victoire aussi à l'Eurovision. Elle concourt pour la Suisse, où elle réside à l'époque, et elle l'emporte en 1988. Je vous propose de revivre ce moment mémorable.
[Extraits de la prestation de Céline Dion, "Ne partez pas sans moi", sur la scène de l'Eurovision, et de la proclamation du résultat pour la Suisse.]
Mariam Alard : La Suisse qui a remporté, d'ailleurs, l'année dernière. Alors, ce n'est que quelques années plus tard, finalement, que sa carrière décolle à l'international ?
Bruno Tummers : L'eurovision, c'est la plus grosse émission télé au monde. Et donc, ça va lui permettre évidemment d'avoir une carrière dans le monde entier. René Angélil va lui faire prendre des cours d'anglais. Il va adapter le look aussi. Et très vite, les premiers albums anglophones sortent avec des succès : "Where Does My Heart Beat Now", elle interprète également "La Belle et la Bête", la bande originale du film de Disney. Voilà, donc ça grossit petit à petit.
Mariam Alard : Et puis, quelques années plus tard, après "D'eux", un film participe aussi à sa renommée et quel film : Titanic !
Bruno Tummers : Titanic, avec la célèbre bande originale "My Heart Will Go On", chanson que Céline Dion n'aimait pas beaucoup.
Mariam Alard : Et à part une voix hors du commun, finalement, qu'est-ce qui fait que Céline Dion cartonne ? Qu'est-ce qui fait que c'est une légende ? Sa personnalité, peut-être ?
Bruno Tummers : Quand vous la voyez dans les médias, elle a beaucoup de naturel malgré le fait qu'elle soit une star planétaire et qu'elle n'ait pas la vie de Madame Tout-le-Monde. Il y a beaucoup de transparence, aussi, dans la carrière de Céline Dion : elle a toujours tout raconté à son public, vous connaissez tous quasiment toutes les étapes de sa vie. Et puis, ces dernières années, il y a l'absence, et cette absence crée le manque.
Mariam Alard : Oui, elle multiplie les tubes, elle semble inarrêtable pendant des décennies d'ailleurs, et malheureusement, ces dernières années, elle a eu quelques difficultés de santé. Elle l'annonce dans une vidéo. Je vous propose de revoir ça.
Céline Dion : Récemment, j'ai été diagnostiquée avec un trouble neurologique très rare, appelé en anglais "stiff person syndrome". J'ai parfois beaucoup de difficultés à marcher et je ne peux pas toujours utiliser mes cordes vocales pour chanter comme je le souhaiterais. Chanter, c'est ce que j'ai fait toute ma vie et pour moi, ne plus être capable de le faire est inimaginable [extraits de la vidéo @celinedion\instagram de décembre 2022 où Céline Dion annonce annuler sa tournée d'été].
Mariam Alard : Après cette annonce, Bruno Tummers, on a l'impression, finalement, qu'on ne la verra plus jamais chanter. C'est un choc pour de nombreux fans.
Bruno Tummers : Oui. D'ailleurs, il y a des concerts qui sont annulés chez nous, concerts qui étaient prévus au Sportpaleis d'Anvers, qui seront reportés dans un premier temps et puis, Céline n'assurera pas ces concerts. Elle a vraiment un couperet au-dessus de la tête parce que c'est une maladie dont on ne sait pas très bien comment on va pouvoir la guérir. Donc, elle ne peut pas se dire : "tiens, à telle échéance, à telle date j'irai mieux, je pourrai remonter sur scène, je pourrai à nouveau enregistrer dans de bonnes conditions, ma voix sera impeccable"... Et donc oui, elle est un peu dans un no man's land pour le moment.
Mariam Alard : C'était un peu imprévisible et pourtant, quelques mois plus tard, après cette annonce, à la cérémonie des Jeux Olympiques, elle chante et bluffe tout le monde.
Bruno Tummers : Oui, c'est sur la Tour Eiffel avec cette fameuse reprise de Piaf, "L'hymne à l'amour". On voit les d'images. C'est vrai qu'il y avait eu une mini polémique à l'époque : Céline chante-t-elle en play-back ou ne chante-t-elle pas en play-back ? Ce n'était pas ça l'important. L'important, c'était l'émotion de revoir cette interprète incroyable qui a porté aussi les couleurs de la francophonie dans le monde entier.
Mariam Alard : Oui, c'est vrai qu'il faut quand même aussi de l'énergie, même si c'est en play-back ou pas. Ça, c'était l'été dernier. Que fait-elle maintenant ? Elle a définitivement rangé le micro ?
Bruno Tummers : Non, parce qu'il y a eu un documentaire récemment où on voit qu'elle retente quand même des expériences en studio. On parle pour 2025 de deux albums, un en anglais et un autre en français, avec tous les fans qui espèrent que Jean-Jacques Goldman sera à nouveau de la partie. Mais voilà, elle a cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Pourra-t-elle sortir ces albums ? Avec ces albums, remontera-t-elle sur scène ? C'est le point d'interrogation. Et puis, la voix a quand même évolué. On l'entend, là, à la Tour Eiffel, même si on sait bien que tous les artistes, avec l'âge, ont la voix qui change. Pourra-t-elle continuer à assurer ces notes qui sont des prouesses quasiment sportives ? On pense à la note finale de "All By Myself" ou d'autres titres. On attend, on est suspendu à son retour pour le moment.
Mariam Alard : Alors, peu importe ce qui se passera, elle pourra en tout sur de nombreux fans et compter sur le fait qu'on en parlera dans ce JT. Merci, Bruno Tummers, d'avoir été notre invité sur ce plateau.
