Cargo de Nuit : rencontre insolite avec Jean-Jacques Goldman

Cargo de Nuit : rencontre insolite avec Jean-Jacques Goldman

Rediffusion radio de la bande son de l’émission télé du 11 décembre 1985 , 25 janvier 2025

Présentation RTBF Auvio : "Olivier Monssens nous embarque […] à bord du Cargo de Nuit, magazine télé novateur pour jeunes, dédié à toutes les cultures et diffusé à la RTBF de 1985 à 1991. […] Radio Caroline, passionnant récit éclairé d’archives qui sillonne chaque semaine les vagues houleuses et rafraîchissantes de mouvements, événements ou personnalités synonymes de contestations ou révolutions artistiques, politiques, sexuelles."

Olivier Monssens : Salut ! Heureux de vous retrouver à bord du cargo de Radio Caroline qui, pour la seconde fois, se transforme en un Cargo de Nuit, titre d'un très novateur magazine télé pour jeunes, dédié à toutes les cultures du moment, créé à la RTBF en 1985 et diffusé jusqu'en 1991. L'occasion, en réalité, pour nous de nous téléporter dans cette seconde moitié des années 80 et d'y faire de savoureuses et étonnantes rencontres en des lieux singuliers : celle de Gainsbourg devant un piano, d'un Miles Davis dessinant tout en répondant aux questions de Marc Moulin, du pétillant et très rock'n'roll chorégraphe Philippe Decouflé, d'un irrésistible Iggy Pop, de l'auteur d'une BD titrée "Quéquette Blues", et d'un Jean-Jacques Goldman qui va vous surprendre. Si, si !

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Jean-Louis Sbille (aujourd'hui) : Ce que disait l'émission, c'est "Cargo de Nuit, rock'n'roll, vitamines et culture". On a essayé d'aller à l'écoute, à la recherche de jeunes créateurs au niveau de gens connus. Il y a eu Jean-Jacques Goldman. Là, entre lui et moi, le courant est tout de suite passé. Il y avait un truc dans Cargo. La plupart du temps, c'est qu'on parvenait à installer une vraie relation de confiance entre les personnes interviewées et l'image et donc le public.

Jean-Louis Sbille (son de l'époque) : En l'espace de quatre ans, il est devenu une des valeurs commerciales les plus sûres de la chanson française. Il entreprend en ce moment une tournée qui va le mener à travers toute la France et, au mois d'avril, en Belgique. Il dit dans une de ses chansons, Jean-Jacques Goldman, que généralement "les chansons sont plus belles que [ceux] qui les chantent". Pourtant, lui, il leur ressemble puisqu'il est à la fois lucide, sympathique et attachant.

Jean-Jacques Goldman : [Il chante en s'accompagnant à la guitare] Il suffira d'un signe. Un matin. Un matin tout tranquille. Et serein. Quelque chose d'infime. C'est certain. C'est écrit dans nos livres. En latin. [Il s'interrompt et marque une pause] Ça ne marchera jamais, ça.

Jean-Louis Sbille : Il y a certaines personnes qui disent que tes textes sont très fort 68, ont la naïveté de 1968.

Jean-Jacques Goldman : J'avais 17 ans en 68. A 17 ans, on prend tout au sérieux. J'avais pris 68 très au sérieux. Et je suis encore un vieux baba avec des tas de réflexes, encore un peu ridicule et très très démodé.

Jean-Louis Sbille : La première chanson dont tu te souviens ?

Jean-Jacques Goldman : Qui m'avait marqué, c'était une chanson, je crois, de Jean Ferrat. "Un jour viendra, un jour couleur d'oranger. Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront"... Je pense que c'est un texte d'Aragon. [Il s'agit en réalité de deux phrases issues du refrain de la chanson "Un jour, un jour", texte de Louis Aragon mis en musique en 1967 par Jean Ferrat.] C'est la première chanson qui m'avait vraiment beaucoup plu.

Jean-Louis Sbille : Tu l'as chantée ?

Jean-Jacques Goldman : Non. Non, non. Non, non. Mais j'ai chanté très très tard. J'ai préféré écouter les autres chanter pendant très longtemps. Et j'ai chanté un peu par nécessité, parce que les gens ne voulaient pas de mes chansons. Mais j'ai jamais rêvé en me regardant dans la glace : "un jour, je serai chanteur".

Jean-Louis Sbille : La première chanson que tu as chantée, c'était laquelle ?

Jean-Jacques Goldman : Oh, ben ça devait être des chansons de louveteaux, genre "Doucement, doucement, doucement s'en va le jour", tu sais, genre à la veillée... Ou non, il doit y avoir aussi les "Au clair de la lune" ou des trucs comme ça avant. Non... [Goguenard] Tu veux que je chante "Au clair de la lune" ? Je suis sûr que ça va te passionner, genre [il chante en voix de tête] "Au clair de la lune"... C'est haut, en plus. Je devais avoir une voix... j'avais pas mué. [Il reprend en s'accompagnant d'arpèges à la guitare] "Au clair de la lune, mon ami Pierrot, prête-moi ta plume pour un écrire un mot [solo de guitare]. Version blues.

Jean-Louis Sbille : Je suis sûr que quand t'avais dix ans, tu la faisais pas comme ça !

Jean-Jacques Goldman : Non. Non mais je la jouais pas.

Jean-Louis Sbille : Tu viens de faire du blues. Alors, le blues c'est..?

Jean-Jacques Goldman : C'est la première fois que j'ai aimé beaucoup la musique. C'était du rythm'n blues. C'est l'époque des albums remarquables avec des compilations avec Percy Sledge, Esther Phillips évidemment, Otis Redding et tout ça, Solomon Burke, Sam and Dave. Je jouais des trucs comme ça. Mais les vieux blues que je jouais au début et où j'ai appris à jouer de la guitare, c'était des trucs de Brownie McGhee... [il joue quelques notes de guitare].

Jean-Louis Sbille : "Je suis né le 11 octobre 1951, rejeton d'une famille de juifs immigrés de l'Europe de l'Est. Et je bois du thé à mon petit déjeuner", dit Sam.

Jean-Jacques Goldman : Oui, ben tu sais, on parle de ce qu'on est, de ce que le passé nous a légué plus ou moins. Francis Cabrel, il parle de sa terre, de sa région parce qu'il a vécu là-bas, parce que ses ancêtres sont de là-bas, etc. Moi, je parle de routes, d'Amérique, d'immigration, de "je te donne toutes mes différences" etc. parce que c'est là-dedans que j'ai baigné. Je crois que ça n'a rien d'exceptionnel.

Jean-Jacques Goldman : [Il interprète un extrait de "Walkin' Blues" de Robert Johnson.] À chaque fois qu'on me demande ce que je fais, je dis que je fais de la variété. C'est parce que je le dis, je suppose, qu'on le dit. Je crois que le rock ne veut plus dire grand-chose. Si on peut dire que Etienne Daho fait du rock'n'roll et que Les Forbans n'en font plus ou n'en font pas, c'est peut-être possible mais je pense qu'on aurait beaucoup de mal à expliquer ça à Elvis Presley ou à Eddie Cochran s'ils revenaient. Dire que Billie [Holiday] fait de la variété et que Duran Duran ou que Boy George font du rock, ça serait assez difficile à expliquer à Elvis et à ces gens-là. Non, je crois que maintenant, être rock, c'est plutôt une image. Et moi je ne m'occupe pas tellement de l'image.

Jean-Jacques Goldman : [Seul à la guitare] "J'ai trop saigné sur les Gibson, j'ai trop rôdé dans les Tobacco Road. Y a plus que les caisses qui me résonnent. Et quand je me casse, je voyage toujours en fraude".

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Infos pratiques
  • Retranscription : Luc Andries
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