Jean-Jacques Goldman 20 ans après - Épisode 2
La Story Nostalgie, Nostalgie Belgique, 27 juin 2023 , 27 juin 2023
[Fond sonore : début de "Au bout de mes rêves"]
Le jour où mon éditrice m'a dit avoir reçu une lettre de Jean-Jacques Goldman pour moi, j'ai ri en croyant à une plaisanterie. Mais quand, quelques jours plus tard, elle me l'a remise, je suis resté paf.
[rester paf : belgicisme signifiant rester coi, rester bouche-bée, être frappé d'étonnement]
Une lettre de Jean-Jacques Goldman ? Je l'ai ouverte aussitôt, bien sûr. Pensez donc : cela faisait déjà neuf ans que celui qui était toujours la personnalité préférée des Français, avait pris sa retraite ! Puis, en regardant l'adresse écrite de sa main et le timbre - collé par ses soins à n'en pas douter... - je l'ai vu la glisser lui-même dans une borne postale près de chez lui, à Marseille. Le genre de chose que n'auraient certainement pas fait un Johnny Hallyday ou Freddie Mercury mais qui reseemble tellement à Jean-Jacques Goldman !
[Fond sonore : début de "Puisque tu pars"]
Oui, on l'imagine, ce jeune Français de banlieue, bien mis, fils de commerçant, bon élève mais pas trop, partagé entre l'école, les cours de musique et les heures où il aide au magasin familial. Puis, après le bac avec mention, gendre idéal alors qu'il suit les cours d'une école supérieure de commerce. Un père résistant et communiste durant la guerre – dont il ne se remettra jamais totalement. Comment le pourrait-il en portant un nom qui, durant ces années, l'a menacé de mort à chaque instant ?
[Fond sonore : début de "C'est pas d'l'amour"]
Dans la famille Goldman, où la religion, "aliénation des peuples", n'est pas entrée, on parle d'idéaux, de fraternité et d'égalité. Et bien sûr, de la rupture avec le PCF depuis que les chars soviétiques sont entrés à Budapest et Prague.
[aliénation des peuples : allusion au communiste Karl Marx, qui dit "La religion est l'opium du peuple" dans son introduction à la "Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel" en 1843.]
Mais aussi de musique, de littérature et de cinéma. Bref, à table, on échange des idées en famille. "C'est cérébral, culturel mais très cool", dira Jean-Jacques.
Mais de toutes ces années où il s'est ennuyé dans sa chambre, dans une maison où la télévision n'est pas entrée – non par faute de moyens mais par idéal – Jean-Jacques a développé une fibre et un art la musique.
[Fond sonore : début de "C'est ta chance"]
Cette musique, c'est le bout de ses rêves. Elle se trouve au-delà de l'horloge, celle de l'école, qu'il aura le plus regardée dans sa vie d'étudiant. Ah ! Il en veut à tous ces profs qui n'ont pas pu lui donner la passion de l'histoire, la géographie, la littérature... car depuis, il adore ça ! Non, Jean-Jacques ne rêve pas d'être président ni aventurier, il ne se voit pas devenir quelqu'un, il veut juste vivre la musique car elle lui procure des moments de plénitude intense.
[Fond sonore : "Hey Joe" de Jimmy Hendrickx]
Regardez-le, à seize ans, à Londres, en voyage linguistique, mettre pièce sur pièce, one coin comme il a appris à le dire, dans le juke-box du pub pour écouter, l'oreille sur l'appareil, encore et encore ce son venu d'ailleurs qui le fait vibrer. Et quelques mois plus tôt, il assistait à son premier concert à l'Olympia. Il le verra toute sa vie, le jeune Bob Dylan avec son groupe, avec cet immense drapeau des Etats-Unis en fond de scène.
[Fond sonore : "Outlaw Blues" de Bob Dylan]
Oh ! Il était un peu à l'ouest mais cet artiste immense, qui incarnait la musique pop à lui tout seul, l'évasion, l'Amérique, était bel et bien là, vivant, alive devant lui. Et puis, ce soir-là, il y avait aussi dans la salle Johnny Hallyday, Françoise Hardy... non, c'était vraiment incroyable. Pour la première fois, Jean-Jacques n'avait vraiment plus peur de rien.
[Diffusion de la chanson "Peur de rien blues"]
