“Avec Fredericks, Goldman et Jones, il y avait un truc magique”

“Avec Fredericks, Goldman et Jones, il y avait un truc magique”

DHmag, Grand angle, Jean-Jacques Goldman l’orfèvre de la chanson française, 9 octobre 2021 , 9 octobre 2021

Cela fait près de 20 ans que Jean-Jacques Goldman a pris sa retraite médiatique. Pour évoquer son parcours, il faut s'en remettre à son comparse, Ie Gallois Michael Jones.

Drôle de destin que celui de Michael Jones. Après avoir écumé le Pays de Galles et la Normandie avec ses formations précédentes, il intègre Taï Phong à la fin des années 70. Il y remplace Jean-Jacques Goldman qui ne souhaite pas partir en tournée. Un peu plus tard, Jean-Jacques Goldman, parti voler de ses propres ailes, le rappellera pour… former son groupe de scène. Pendant près de 20 ans, ils sont restés inséparables, jusqu'à ce que Goldman décide de ne plus donner de concerts, ni, jusqu'à présent, d'enregistrer de nouvel album sous son nom. Tout cela s'accompagne d'une retraite médiatique qui fait de Michael Jones une sorte de porte-parole quand il est question de l'œuvre du golden-boy de la chanson française.

Charles Van Dievort : Quelle étrange complicité que celle que vous entretenez avec Jean-Jacques Goldman. Vous êtes embauché dans Taï Phong pour le remplacer et ensuite, c’est lui qui vous prend en tournée...

Michael Jones : Quand je suis rentré dans Taï Phong, on attendait que je joue de la guitare et que je chante comme Jean-Jacques. Or, je n'ai jamais voulu chanter comme lui et je ne joue pas comme lui. Mais j'étais le seul qui savait faire ces deux choses à la fois. Ils n’ont donc pas eu d'autre choix que de me prendre. Notre complicité est expliquée dans la chanson "Je te donne”. “Je te donne toutes nos différences” signifie que nous sommes très différents et complémentaires. Suite à notre rencontre, il y a aussi une vraie amitié qui est née. Jean-Jacques l’explique dans une chanson qu'il m'a écrite: “Le frère que j'ai choisi”.

Charles Van Dievort : Cette aventure avec Jean-Jacques Goldman est terminée depuis longtemps maintenant…

Michael Jones : Non, parce que les chansons restent. Je continue à en jouer parce que j'ai eu tant de bonheur à les faire. J'ai eu beaucoup de joies dans ma vie. Mais avec Jean-Jacques et Carole, c’était le bonheur niveau 100. C'était génial.

Charles Van Dievort : Votre trio, c'était le nectar le plus extra que vous ayez connu ?

Michael Jones : Je ne sais pas... Sur la tournée des Enfoirés, nous faisions parfois des petits concerts pour d'autres associations. Un jour, à Toulouse, avec tous les artistes de la tournée, nous sommes allés jouer dans un club l'après-midi, avant le concert du soir. Carole, Jean-Jacques et moi avons interprété des chansons avec juste deux guitares et nos trois voix. Maxime Le Forestier devait passer après nous. En me croisant, il me dit : “Comment

veux-tu que je monte sur scène après ça. Vous êtes des tueurs.” Il y avait un truc magique à trois. Il suffisait de deux guitares et de nos trois voix pour que ça fonctionne.”

Charles Van Dievort : Comment est née cette histoire à trois ?

Michael Jones : Grâce à la chanson “Américain (Long Is The Road)”. Pour le Zénith, à Paris, Jean-Jacques avait invité un gospel de New York qui intervenait au milieu de ce titre. Il a constaté qu'il était impossible d’emmener le chœur en tournée et il nous a demandé si nous connaissions quelqu‘un qui pourrait venir faire le gospel avec nous. Unanimement, tous les musiciens ont répondu : Carole Fredericks. Jean-Jacques et moi ne la connaissions pas. Le jour où elle est arrivée, elle a tout de suite pris sa place. Chanter à trois a fonctionné instantanément. Lors de la conception du premier album Fredericks-Goldman-Jones, Jean-Jacques nous a conviés dans son studio pour répéter les chansons. Bien que certains morceaux étaient difficiles à interpréter, comme “Né en 17 à Leidenstadt”, il s’est rendu compte que nous n’avions pas besoin de le faire. Carole et moi avions juste besoin d'apprendre les textes parce que nous ne sommes pas francophones. Le seul travail que

nous avons eu pour les voix, c'était la prononciation des mots. Chacun trouvait sa voix immédiatement. C'était ça le secret. C'est pour ça que ça sonnait bien.

Charles Van Dievort : Lorsque vous avez donné votre dernier concert avec Jean-Jacques Goldman, vous saviez que c'était terminé ?

Michael Jones : Ce dernier concert remonte aux Francofolies, en 2003, les demières de Jean-Louis Foulquier. Ce jour-là, nous savions, il nous l'avait dit à la fin des répétitions. Il n'a jamais dit qu'il arrêtait mais qu'il faisait une pause. Mais avec le temps, on a compris que ça ne reprendrait jamais. Tous ceux qui ont travaillé avec lui aimeraient bien qu'il reprenne la route. Le bonheur n’était pas qu’entre Carole, Jean-Jacques et moi. C'était avec toute

l'équipe.

Charles Van Dievort : Il vous arrive encore de le relancer ?

Michael Jones : Je l’ai relancé mais j'ai arrêté depuis longtemps. J'ai compris.

Charles Van Dievort : Dans tout ce parcours au côté de Jean-Jacques Goldman, y a-t-il un regret ?

Michael Jones : Le seul que j'aurais pu avoir eut été de ne pas avoir rejoint Taï Phong. Parce que j'ai de nombreux copains qui sont allés aux auditions et qui n'y ont pas cru. Quand Jean-Jacques m'a demandé de monter un groupe pour partir en tournée, j'ai proposé à des copains de se joindre à nous Ils ont refusé, ils n'y croyaient pas. Vous verriez leur tête aujourd‘hui ! La réussite a pour corollaire qu'il faut oser. C'est ce que disent les chansons

de Jean-Jacques comme “C’est ta chance”, “Au bout de mes rêves” ou “Lä-bas”.

Charles Van Dievort : De prime abord, il donnait l'impression d'être un patron plutôt cool. Était-ce le cas ?

Michael Jones : Il est hyper cool, mais comme pour toutes les personnes qui le sont, il faut toujours se méfier de l’eau qui dort.

Charles Van Dievort : Cela veut dire qu'il est exigeant ?

Michael Jones : Non, parce qu'il sait exactement ce qu'il veut. Et il sait choisir la personne qu'il faut pour obtenir ce qu’il attend. C'est ce qui explique pourquoi sur chaque album, il y a énormément de musiciens. Il voulait Pino Palladino parce que c'était un bassiste exceptionnel. Sur l'album Rouge, il y a parfois deux bassistes qui jouent en même temps :

Pino Palladino et Guy Delacroix.

Charles Van Dievort : Plus tard, que restera-t-il de Jean-Jacques Goldman ?

Michael Jones : Ses chansons, ainsi que les Enfoirés. Sans Jean-Jacques, ils n'auraient pas continué. Et puis, il y a toutes ces choses que les chansons que nous avons faites ont provoquées. “Je te donne” est devenu un hymne pour les gens qui se battent contre le racisme, même si ce n’est pas le sujet de la chanson. “Puisque tu pars” est probablement la

chanson la plus diffusée ou chantée lors des enterrements.Ce n’est pas très gai mais ça veut dire que le morceau parle aux gens. Certains se sont rencontrés sur nos chansons, d’autres se sont mariés dessus. Des bébés ont été conçus ou sont nés sur ce que nous avons créé. C'est la vie. C'est génial d'avoir partagé tout cela avec ces gens sans

même les connaître.

Charles Van Dievort : Reste-t-il des enregistrements inédits de Jean-Jacques Goldman dans les tiroirs ?

Michael Jones : Que je sache, il n'y a rien. Toutes les chansons que nous avons enregistrées sont sorties. Il doit rester des captations live, dont certains titres interprétés au New Morning qui ne sont pas sur le disque. Mais il me semble que les bandes ont été perdues quand Sony a déménagé. Tous les enregistrements qui n’ont pas été commercialisés, on ne sait pas où ils sont. Ces bandes ne sont peut-être pas perdues pour tout le monde... Encore faut-il que les personnes concernées trouvent le magnéto pour les lire (rire).”

logo de DHmag

Infos pratiques
  • Retranscription : Luc Andries
  • Partager cet article

Page concernée :