Seul Goldman pourrait sauver “The Artist“

Seul Goldman pourrait sauver “The Artist“

Le Soir en ligne, 21 septembre 2021 , 24 septembre 2021

Un million de personnes, ça ne compte pas. L’animateur Nagui n’en fait pas mystère : l’émission “The Artist”, sur laquelle France 2 avait misé gros en cette rentrée, s’achemine à grande vitesse vers un incident industriel. Et Nagui, celui à qui tout réussit, celui qui incarne, avec Taratata, le meilleur de la musique à la télévision française, Nagui ne digère pas, depuis deux semaines, de devoir se contenter d’un audimat riquiqui en comparaison avec The Voice All Stars, l’arme de destruction massive dégainée par TF1. Après l’émission de samedi dernier, déjà remodelée par rapport à la première jugée trop longue, trop lente, et trop éloignée de la promesse de départ de voir (enfin ?) des artistes, des vrais, pas des interprètes, sur scène, l’animateur avait tenté le coup de la sincérité absolue, dans un message vidéo où il demandait, implorait quasi, de permettre à The Artist de faire mieux que “le million de téléspectateurs”, qui comptent pour rien dans les mesures d’audimétrie et pour la publicité. Même pour le service public.

Il ne baisse pas les bras, Nagui. Il a même plutôt remonté ses manches pour tenter d’enrayer l’inévitable naufrage, appelant à la rescousse Gaëtan Roussel, Bénabar et Pascal Obispo pour composer son nouveau jury. Exit l’actuel, composé de professionnels inconnus du grand public. On nous croira ou non, mais la dernière nuit qui nous a porté conseil, elle, nous a mis en tête que, pour sauver The Artist, la seule cartouche à tirer, c’est Jean-Jacques Goldman, sinon rien. Un genre de miracle. Le désormais retraité, qui aura 70 ans dans une dizaine de jours, n’est plus apparu en télévision que pour la gaudriole, chez Yann Barthès, et pour le spectacle des Enfoirés, avant de quitter la troupe, en 2015. L’inespéré retour de Jean-Jacques Goldman, combien sont-ils, l’auteur de ces lignes inclus, à y croire encore, dans le creux de leur conscience, tout en sachant pertinemment qu’il n’aura pas lieu ? Même pour tout l’or du monde.

Et il suffit d’observer comment, à l’approche du septantième anniversaire de Jean-Jacques Goldman, personnalité préférée des Français avant qu’Omar Sy ne lui ravisse son trône, les chaînes télé font vibrer la corde nostalgique : l’émission Un jour/Un destin, ce jeudi, s’y est évertué en passant La bande originale de sa vie. Rien de fracassant, ni a priori rien de neuf à se caler sous la dent, mis à part deux morceaux jamais publiés par le chanteur, interprétés guitare-voix par un de ses plus vieux amis. Rien que du déjà vu, déjà lu, entendu, remâché, qui contribue toujours un peu plus à statufier le quasi-septuagénaire. Avec un 1,8 million de téléspectateurs au rendez-vous en France. La Une - RTBF ne fera rien d’autre le 9 octobre en parcourant la Story de Goldman.

Jean-Jacques Goldman a disparu des écrans ? Ce qui ne l’empêche d’y être, au moindre prétexte, à son corps

défendant. L’écran des réseaux sociaux aussi, où a surgi cette semaine un courrier envoyé par le chanteur à une fan jurassienne, à qui il avait pris le temps de répondre, dans lequel il tuait dans l’oeuf tout espoir de “tournée d’adieu” – laquelle réponse, instagrammée par sa destinataire, a pu faire son trajet viral, signe des temps. À rebours de bien d’autres, sa popularité, Goldman la doit aussi à son invisibilité.

Tant qu’à faire, allons tout au bout de nos rêves, où la raison s’achève : s’il faut sauver Nagui, il est l’heure pour Goldman de mouiller la chemise – on gardera en mémoire qu’il a signé pour lui le générique de Taratata. Parce que hors Jean-Jacques Goldman, point de salut. Et donc, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, point de salut. R.I.P. The Artist. Même si – tout arrive – on se réjouirait de se tromper.

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  • Retranscription : Luc Andries
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