Comme toi
La chanson du dimanche, 21 septembre 2021 , 21 septembre 2021
Retranscription :
Eric Jean-Jean
The star of the house is Mrs Pénélope et ses petits ronrons. Bonjour à tous, alors je vous ai fait une promesse dimanche que je n'ai pas pu tenir hier, bravo ! Bon, hier, c'était mon anniversaire. D'ailleurs, à ce sujet, merci pour tous les messages, vous êtes vraiment trop trop mignons et du coup, je suis rentré dans une espèce de "vortex temps" qui fait que je n'ai pas pu vous faire la chanson hier, mais je vous fais celle d'aujourd'hui.
Alors il y a plein de demandes, notamment beaucoup sur une chanson, mais là, je n'ai vraiment pas le temps de m'y pencher dessus qui s'appelle "Ton autre chemin", je vous la raconterai. Je ne sais pas exactement à qui elle s'adresse, à Jean-Max ou à Pierre ? Je vous expliquerai ça plus tard, mais pour l'instant, j'ai choisi de vous parler d'une chanson qui est, à mes yeux, le premier grand chef-d'œuvre de Jean-Jacques Goldman, il y en aura d'autres après. Elle est sortie dans son deuxième album et c'est ça :
[Extrait audio de "Comme toi"]
Elle s'appelait Sarah, c'est ce qu'on croit, en fait, le vrai nom de la chanson c'est "Comme toi". Dans le deuxième album de Jean-Jacques, il y a cette chanson qui est née d'une photo de famille de sa maman, je rappelle que sa maman est d'origine allemande et juive, et ça a son importance évidemment, particulièrement pour cette chanson. Un jour, Jean-Jacques tombe sur les albums photos de sa maman et il trouve cette photo de famille où il y a plein de gens, des têtes de gens et dessous entre parenthèses, il y a marqué "déporté" et au milieu de ces gens qui ont été déportés, il y a cette petite fille qui a l'air un peu absente, avec un regard clair. On ne sait pas si elle s'appelle Sarah d'ailleurs, c'est Jean-Jacques qui lui donne le nom de Sarah dans la chanson. Et Jean-Jacques, en voyant cette photo a cette image, on a tous vu les images des gens déportés, c'est-à-dire ces gens qui sont décharnés, maigres, dans des espèces de costumes à rayures, etc.
En l'occurrence, c'est une petite fille qui est comme sa fille Caroline à l'époque, âgée de 7 ans environ. "Comme toi", comme Caroline, la petite Sarah, à qui il vient de donner un nom, cette petite fille qui a été déportée et peut-être morte dans un camp de concentration, était exactement comme sa fille à lui, qui a 7 ans.
Elle a les mêmes idées, les mêmes pensées, le même âge sauf qu'elle n'est pas née comme ici, elle n'est pas née comme toi ici et maintenant, c'est-à-dire qu'elle a croisé ce drame humain qu'est la Shoah. Et c'est ça la qualité, la densité et la force de ce chef-d'œuvre : Jean-Jacques Goldman parle de la Shoah sans jamais la nommer et en mettant un visage sur celle-ci. Evidemment, on pense tous au journal d'Anne Frank, à l'histoire de cette petite fille qui va rester en Hollande, à Amsterdam, dans une maison pendant de longs mois avec sa famille et une autre famille et puis, finalement, va se faire attraper et mourir, à peine six mois avant la fin de la guerre dans un camp, emportée par le typhus.
Mais en l'occurrence, en ce qui concerne la famille de Jean-Jacques, on est vraiment dans une famille qui a lutté contre le nazisme et qui a suivi la Shoah. Son papa, Mojsze, est né en 1909 à Lublin, en Pologne. Il devient orphelin à l'âge de six mois et il grandit un peu comme ça. A l'âge de 15 ans, il fuit justement la Pologne à cause de l'antisémitisme ambiant et des pogroms qui commencent. Il se dit qu'il peut aller en Allemagne. Il y va donc, mais en Allemagne, c'est évidemment pire : c'est la montée du nazisme. Il arrive alors en France, dans les années 30. Il commence par travailler en Bretagne dans des mines de plomb puis devient mécano, etc. Dans les années 30, il s'engage dans l'armée, dans les chasseurs d'Afrique, en Afrique du Nord. Et puis ensuite revenir en France, il va faire un autre travail, il va être ouvrier prolétaire, il est très proche de la gauche communiste, sans jamais être encarté ailleurs.
Et puis il va être mobilisé en 1939 parce que c'est la Seconde Guerre mondiale et démobilisé en 1940 parce que la France a perdu. Là, il se rend compte que c'est la galère parce que si l'on part en résistance, s'il ne fait pas quelque chose, il va être déporté et puis surtout, on va rentrer dans une période abominable de notre histoire. Il va devenir un très grand résistant. Il va rejoindre l'Union des juifs. Résistance et l'entraide, cela fait partie des francs tireurs partisans. Mojsze Goldman va être un immense résistant, une espèce de Jean Moulin juif, qui va d'ailleurs diriger le commando qui va libérer la ville de Villeurbanne. Ce sera un grand héros de guerre et il recevra la médaille de la légion d'honneur pour ça en 1988, peu de temps avant sa disparition.
Quant à la maman, Ruth, elle est d'origine allemande et juive. Ce sont ses photos qui interpellent Jean-Jacques sur ces jeunes juifs qui ont été déportés, dans l'entourage de sa mère. Vous connaissez l'histoire qui lie la Shoah avec Jean-Jacques Goldman et aussi les Balkans, puisque c'est la Pologne pour son père, l'Allemagne pour sa maman. Ceci explique aussi dans cette chanson "Comme toi", au-delà du texte très, très fort, ce petit son de violon :
[Extrait audio du passage instrumental du violon dans "Comme toi"]
Dans le disque, c'est Patrice Mondon, qui joue, il est violon à l'Opéra de Paris. Mais ensuite, sur le clip vidéo et dans les différentes prestations scéniques, c'est Jean-Jacques qui joue du violon dans cette chanson. Chanson majeure dans l'œuvre de Goldman. En 1988, il autorise qu'elle soit à l'intérieur d'un disque vendu au profit d'Amnesty International, pour le 40e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme. En 2008, Tatiana de Rosnay écrit un livre, "Elle s'appelait Sarah", qui parle d'une petite fille, justement pendant la rafle du Vel d'Hiv, 16 et 17 juillet 1942. Je rappelle que ce sont 13.000 Français dont un tiers d'enfants qui ont été arrêtés par des Français et envoyés dans des conditions abominables dans les camps de concentration.
"Comme toi", chanson majeure d'un artiste majeur. Et demain, je vous en raconterai une nouvelle. Salut à tous. Je ne sais pas si je serai ici ou à la radio demain. En tous les cas, la reine mère (sa chatte) garde la maison.
(S'adressant à sa chatte Pénélope) : Tu dis au revoir à tout le monde Pénélope ?