Il suffira d’un signe

Il suffira d’un signe

La chanson du dimanche, 19 septembre 2021 , 19 septembre 2021

Eric Jean-Jean

Petit ronron de Pénélope (sa chatte). Un petit bonjour aussi pour tous les copains. Vous dire qu'on a drôlement travaillé pour ce livre. Salut à tous. J'espère que vous allez bien. C'est la chanson du dimanche. Alors aujourd'hui, nous sommes le dernier dimanche avant la sortie jeudi, le 23, de ce livre que Pénélope et moi avons fabriqué tous les deux : "Goldman, une vie en chansons". Du coup, j'ai décidé, chaque jour jusqu'à la sortie du livre, de vous offrir une chanson de Jean-Jacques Goldman et d'ailleurs c'est vous qui la choisirez. Pour ce qui est de la prochaine, laissez-moi des petits messages.

Alors pour commencer, je ne pouvais pas passer outre le fait de vous raconter l'histoire du premier tube de Jean-Jacques Goldman, une chanson que vous connaissez forcément. Écoutez-ça, elle s'appelle "Il suffira d'un signe".

[Extrait de la chanson "Il suffira d'un signe"]

Eric Jean-Jean

Alors attention, Jean-Jacques a 30 ans quand arrive cette chanson et ce premier album qui n'a pas de nom puisqu'au début, il voulait l'appeler "Démodé" puis finalement la maison de disques n'a pas été d'accord pour donner un nom négatif.

Petit retour en arrière : Les débuts de la musique, les débuts pour la musique avec Jean-Jacques a commencé assez tôt, en famille, il a une grande sœur et un petit frère, Robert. Il a un grand demi-frère, on aura l'occasion d'en reparler, je suppose, d'ici la sortie de ce livre, et puis aussi après, si vous le désirez. Dans cette famille, on aime bien l'art, on discute beaucoup, on débat beaucoup, on est plutôt à gauche et on aime la musique. Jean-Jacques, lui, joue. Les premiers instruments sont le piano puis la guitare. Il va être guitariste chez les scouts. Il sait aussi jouer du clavier.

D'ailleurs, son premier groupe s'appelait les Red Mountain Gospellers. Les Gospellers : les chanteurs de gospel de la montagne rouge. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque, il habitait à Montrouge, montagne rouge et le prêtre de l'église d'à côté de chez lui prête aux gosses un clavier électronique, un orgue électronique qu'il a acheté pour les occuper. C'est vraiment bien. Du coup, ils vont même faire un premier 45 tours qui va être vendu à la sortie de l'église et qui va être justement produit par ce prêtre. C'est son premier groupe, les Red Mountain Gospellers.

Et puis ensuite, il va y avoir un deuxième groupe qui s'appelle Les Phalansters. Les Phalansters de la phalanstère, qui était le nom de l'habitation idéale d'un théoricien philosophe, étaient fouillés. Et là, avec ce groupe, ils vont bien marcher puisqu'ils vont aller jusqu'à Drouot, jusqu'à un tremplin du Golf Drouot.

Puis Jean-Jacques passe son bac, il continue ses études et part à Lille pour faire une école de commerce assez prestigieuse. Et puis, pendant qu'il est là-bas, il va faire plusieurs choses. D'abord, il va jouer avec un groupe qui s'appelle Taï Phong, on va y revenir dans quelques petites secondes.

Mais aussi et surtout, il va découvrir Léo Ferré et le groupe Zoo. Je vous explique : Léo Ferré donne un concert avec comme groupe qui l'accompagne, un groupe de musique progressive français qui s'appelle Zoo. Jean-Jacques n'est pas trop fan de Ferré mais est fan de Zoo et trouve que ce sont de super musiciens. Alors il va voir Ferré pour Zoo mais se rend compte que non seulement la musique est bonne, puisque c'est le groupe qu'il adore, mais qu'en plus, quand elle est chantée en français, elle a une force supplémentaire. Du coup, ça va rentrer dans sa tête et il va se dire que désormais il chantera en français.

Avec Taï Phong, il y a un peu de décalage parce que ce groupe-là, formé par deux frères d'origine vietnamienne, d'ailleurs Taï Phong veut dire "grand vent" en vietnamien. Mais ils ne chantent pas en français, alors il va quand même faire avec eux son premier vrai tube, chanson qu'ils vendent quasiment à 100.000 exemplaires, ce qui est plutôt très chouette. Ça s'appelait "Sister Jane". Vous vous rappelez de ça ? Ça sonnait à peu près comme ça : écoutez.

[Extrait audio de "Sister Jane"]

Eric Jean-Jean

Mais Jean-Jacques, au bout de trois albums, va quitter ce groupe Taï Phong, d'abord parce qu'il n'a pas très envie de monter sur scène avec eux. Ce n'est pas qu'il ne veut pas être avec eux, mais il n'a pas envie de monter sur scène. C'est d'ailleurs à cette occasion qu'il va rencontrer pour la première fois, celui qui va être son frérot, en l'occurrence Michael Jones. Ce dernier va être engagé pour remplacer Jean-Jacques Goldman parce qu'il ne veut pas partir en tournée.

En parallèle de cela, Jean-Jacques essaye de faire des chansons mais il aimerait surtout en placer pour les autres. Il a acheté un magasin de sport avec son frère Robert : le fameux Sport 2000 à Montrouge, et donc il essaye de faire des chansons.

Et puis un jour, Il rencontre un de ses potes qui est ingénieur son et qui lui parle de tremplin télé présenté par Danièle Gilbert sur TF1, Le Jeu de la Chance. Il va donc composer pour une jeune femme, Anne-Marie Batailler, pour ce tremplin télé, une chanson qui s'appelle "Fais-moi des sourires". Son nom est cité et un jeune éditeur, Marc Lumbroso, va le voir.

Ils se rencontrent, ça file bien entre les deux et Jean-Jacques lui dit qu'il faut qu'ils trouvent des gens qui pourraient chanter ses chansons. Marc commence donc à partir un peu partout pour essayer de vendre les chansons de Goldman et ça marche pas du tout, alors pas du tout ! Tout le monde les refuse au point qu'à un moment, Marc Lumbroso lui dit de les chanter.

Alors ils vont essayer dans la maison de disques de Taï Phong. Ils vont signer pour quelques trucs. Il y a des chansons assez intéressantes qui vont sortir : "C'est pas grave, papa", par exemple, chanson sur un môme qui parle à son père, qui vient d'être au chômage. Ça n'a pas marché. Alors il y a une chanson, c'est assez rigolo, qui s'appelle "Slow me again", une espèce de "Rock Collection" sur fond de slow, ça marche pas non plus. Il fait cette chanson sous le nom de "Sweet Memories".

Et puis finalement, après quelques échecs, il quitte Warner et signe chez Epic, qui est un nouveau label pour les jeunes talents. Et là, il fait son premier album. Un premier album qui est assez intéressant, assez rock, avec des thématiques assez rock où il chante un petit peu trop fort parce qu'il a l'habitude de chanter en anglais et que les Anglais sont toujours un peu plus forts. Mais dans cet album, il y a justement cette chanson qui sera son premier succès, on y revient. Elle s'appelle : "Il suffira d'un signe".

[Extrait audio de "Il suffira d'un signe"]

Eric Jean-Jean

Cette chanson arrive en septembre 1981. Il faut savoir qu'au mois de mai 81, la France a un nouveau président qui s'appelle François Mitterrand. Et tout le monde pense que cette chanson est le signe, c'est la gauche, les radios libres, etc. Eh bien, pas du tout !

La vraie histoire de cette chanson nait avec l'ayatollah Khomeini. Vous rappelez- vous la fin des années 70 ? L'ayatollah Khomeini, après 14 ans d'exil, fait un détour par les Yvelines à Neuf le Château, où il arrive avec tous ses amis. Et à l'époque, beaucoup d'intellectuels de gauche pensent, dont Jean-Jacques, mais ce n'est vraiment pas le seul, que c'est peut-être une chance, évidemment personne ne savait ce qui allait se passer par la suite, mais ils pensent que c'est peut-être un moyen de quitter la tyrannie du shah d'Iran et donc certains ont décidé, Jean-Jacques a fait partie de ceux-ci de défendre l'ayatollah khomeini. Ensuite, il est reparti au pays mais c'est une autre histoire, on ne va pas revenir là-dessus. Mais cette chanson est née de là : "Il suffira d'un signe un matin, un matin tout tranquille et serein".

Voilà, cette chanson arrive dans l'album, elle sort et là, elle tombe entre les oreilles d'une dame qui va tout changer dans la carrière de Jean-Jacques, c'est Monique Le Marcis, la grande patronne des variétés de RTL. Une histoire absolument incroyable. Un jour, je vous raconterai l'histoire de Monique le Marcis. Monique décide que cette chanson sera un succès. La chanson entre dans le hit parade en octobre 80 et ça ne marche pas du tout, mais elle va la laisser, ce qui est hors norme, dans la playlist radio RTL jusqu'au mois de mars 1982. Et là, la chanson devient un succès.

Entre-temps, elle présente Jean-Jacques à Michel Drucker, qui travaillait à l'époque sur RTL. Il lui fait alors faire son premier "Champs Elysées". Une catastrophe ! Il est sur un balcon mal éclairé, le playback ne part pas mais ce sont les débuts !

Et puis, le succès va suivre. Il y aura un deuxième single tiré de cet album qui va sortir, qui ne va pas marcher. Sauf que ça y est, Jean-Jacques est un peu lancé. A l'été 82, il se met à travailler sur ce qui sera son deuxième album et qui contiendra vraiment ses premiers chefs-d'œuvre. On aura l'occasion d'y revenir. C'est une autre histoire. J'espère que cette première histoire vous a plu. Si vous avez envie que je vous raconte d'autres histoires de Jean-Jacques, tous les jours, je vous en raconterai une jusqu'à la sortie du livre.

Eric Jean-Jean montre son livre "Goldman, une vie en chansons"

Eric Jean-Jean

Il est là ! Je suis trop fier, trop content de partager ceci avec vous. Si vous avez envie d'une chanson en particulier, écrivez-la dans les commentaires. Allez, on s'embrasse. Je vous souhaite une bonne fin de dimanche, un bon début de semaine.

(Puis s'adressant à sa chatte Pénélope) : Péné, tu dis au revoir à tout le monde, mon petit chat ?

Infos pratiques
  • Retranscription : Fig Sauvage
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