Ses débuts, son succès, Jean-Jacques Goldman se raconte

Ses débuts, son succès, Jean-Jacques Goldman se raconte

INA, 23 janvier 2021 , 23 janvier 2021

Jean-Jacques Goldman

Le piège, c'est de vivre la vie de chanteur, qui est quand même une des plus bêtes du monde.

Ses débuts, son succès : Goldman se raconte

[Extrait vidéo de "Quand la musique est bonne" sur un plateau tv]

Aujourd'hui la vie, 29 novembre 1985 :

1985

Jean-Jacques Goldman

Moi, je faisais de la musique comme il y a des tas de gens qui jouent au tennis ou qui jouent au bridge, qui ont une passion ou qui s'occupent d'animaux. Pour moi, l'important, c'était de faire des études. Il me semblait évident de faire des études et ensuite de travailler.

Journaliste

Les études, vous les avez faites ?

Jean-Jacques Goldman

Oui.

Journaliste

Lesquelles ?

Jean-Jacques Goldman

J'ai fait une grande école commerciale.

Journaliste

Avec succès ?

Jean-Jacques Goldman

Oui.

Journaliste

La carrière était toute tracée.

Jean-Jacques Goldman

Voilà,oui. J'ai cherché ensuite un métier qui pouvait correspondre, étant donné que j'avais quand même une passion un peu envahissante. La musique, ça peut prendre beaucoup de temps. Il faut avoir du temps libre de temps en temps. Je travaillais souvent avec des professionnels, il fallait donc essayer de faire correspondre les emplois du temps. Alors, j'ai plutôt choisi une profession libérale et j'ai travaillé pendant 5 ans.

1984

Jean-Jacques Goldman

La musique me prenait 5 heures par jour, mais en plus du travail. Et puis un jour, les disques ont commencé à se vendre, alors je ne pouvais plus assurer mon travail. Et du fait que ça marchait, ça m'a donné des garanties financières pour pouvoir aider ma famille. A un moment, j'ai laissé tomber naturellement l'une des occupations pour l'autre.

Journaliste

Vous êtes très conscient en fait et très lucide sur votre carrière, vous êtes aussi très lucide sur ce qui peut se passer demain ?

Jean-Jacques Goldman

Oui, oui. Enfin, je crois que je ne suis pas spécialement lucide. Ne pas le voir serait aveugle.

Journaliste

Mais tous vos confrères, je dirais, ne sont pas dans cet état-là.

Jean-Jacques Goldman

Mais c'est parce qu'ils sont aveugles ou borgnes. Enfin, je veux dire que c'est une certitude, on sait très bien que "on est dans le vent" entre guillemets. C'est-à-dire qu'on est dans l'air du temps et que le public nous fait mais qu'à un moment, il peut ne pas avoir envie de nous, peut-être tout simplement par ce que je ferais, qui est conditionné par un bagage, par des choses qui peuvent ne pas forcément évoluer. Ces choses-là ne leur seront plus utiles ou plus nécessaires, mais elles le seront toujours pour moi. Et c'est cela l'essentiel. Je recommencerai alors à travailler et je continuerai d’exister. Et parce que je ferai de la musique pour moi, que mon bonheur est de faire de la musique, il n'est pas d'être célèbre.

Champs Elysées, 07 avril 1984 :

Michel Drucker

Jean-Jacques Goldman ! Jean-Jacques, comment vous comportez-vous avec les médias ? Vous estimez que la télévision est une chose importante ou est-ce que c'est d'abord la radio qui est le vecteur le plus important ? Est-ce que la télévision, je crois que c'est ce que vous pensez, est d'abord une résultante ? Mais c'est d'abord la radio qui fait connaître une chanson et descendre la chanson dans la rue ?

Jean-Jacques Goldman

D'abord, je ne me comporte pas avec les médias. Ce sont les médias qui se comportent avec moi, ce qui est très nouveau. Moi, je fais les chansons et puis je vois toute cette espèce de monde qui s'agite autour, ce qui est bizarre. Je crois qu'au début, il y a la radio puisqu'une chanson n'a pas tellement besoin de vecteurs. Les gens l'écoutent. Ils n'ont pas besoin d'une notice d'emploi ou d'une notice explicative pour savoir si ça va leur plaire ou pas. Je pense que le vecteur principal d'une chanson, là où on l'entend, c'est la radio et ensuite la télévision pour mettre une image dessus.

Michel Drucker

Comment vous vous voyez dans 4 ou 5 ans, comment allez-vous négocier ce virage ? Car vous êtes maintenant une vedette et je sais que vous êtes très prudent à l'égard de tout ce qui vous arrive, que vous essayez d'être le plus lucide possible car ce qui vous arrive là, vous le souhaitiez mais vous ne souhaitez pas que ça devienne trop important, que ça change trop votre vie. Or, que vous le vouliez ou non, ça va changer votre vie, ça l'a déjà changée.

Jean-Jacques Goldman

Je pense qu'il faut revenir à la chose principale qui est la chanson. On fait des chansons parce qu'on vit des choses. Le jour, on ne vit plus des choses, on ne fait plus de chansons parce qu'on a plus de sujets, parce qu'on n'a pas vécu des choses intéressantes. Donc le piège, c'est de vivre la vie de chanteur, qui est quand même une des plus bêtes du monde. On vous appelle le taxi ou vous êtes invité au restaurant, etc. Et à partir du moment où il ne se passe plus rien et où on ne vit pas des choses réelles et authentiques, là, je crois qu'on est cuit. Alors le danger, je crois que c'est ça surtout.

[Extrait vidéo de "Quand la musique est bonne"sur un plateau tv]

Infos pratiques
  • Retranscription : Fig Sauvage
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