Patrick Fiori pour la sortie de son album Promesse
Tip-Top La Quotidienne, Vivacité, RTBF Radio, 24 janvier 2018 , 24 janvier 2018
Bruno Tummers : C'est Patrick Fiori qu'on a le plaisir d'accueillir sur Vivacité tout au long de la semaine. Salut Patrick.
Patrick Fiori : Salut.
Bruno Tummers : On va découvrir cet album "Promesses" qu'on connaît déjà parce que vous étiez passé dans Viva For Life, c'était en décembre, sur la Grand'Place à Nivelles. Et puis, on entend beaucoup les singles de cet album sur Viva. "Où je vis", ça a été le premier extrait. "Loin des villes et des routes"...
Patrick Fiori : Oui, c'est ça ma vie. Moi, c'est loin des villes et des routes, finalement, quand je suis en composition, quand je suis en train de faire un album. Mais loin des villes et des routes, finalement pas si loin que ça, puisque j'y reviens, quand on repart en tournée, on retourne dans les villes et on se reprend les routes pour essayer de mener cet album-là, en tout cas, au mieux sur scène et d'essayer de le faire partager au public. Ceux qui sont allés le cueillir vont pouvoir venir le voir. Ça, c'est super intéressant.
Bruno Tummers : Vous avez vraiment besoin de ces deux versants de la vie, à la fois le côté campagnard - on sait que vous vivez en Corse une partie de l'année - et puis, évidemment, quand vous êtes en tournée, oui, vous parcourez la France, la Belgique, la francophonie.
Patrick Fiori : Mais depuis toujours, j'ai cette envie de partir, cette envie de me sentir au silence, au calme, que ce soit au bord de la plage ou en montagne. J'ai la chance d'habiter en Corse, donc c'est carrément génial.
Bruno Tummers : Oui, là, on vous déteste, hein, parce que vu le temps que nous on a en Belgique tout au long de l'année...
Patrick Fiori : Vous êtes beaucoup à me détester en ce moment (rires). J'ai cette chance, oui, cette envie tout le temps de pouvoir prendre du recul sur la vie, de regarder les choses, de les voir arriver aussi. Ce qui est extraordinaire en Corse, c'est qu'on voit arriver les choses. Quand on est insulaire comme ça, ce n'est pas pareil. Ce n'est pas violent, ce n'est pas puissant. Même s'il y a la puissance de la mer et du ciel, on a le temps d'appréhender les choses et de les apprivoiser parfois. Là, du coup, moi, j'ai vraiment besoin de ça. Dès que j'ai terminé de chanter ou dès que j'ai terminé la promo, la première chose que je fais, je rentre à la maison.
Bruno Tummers : C'est aussi ça qui permet l'écriture, d'avoir un temps de pause, de retour à soi.
Patrick Fiori : Certainement, l'écriture et puis aussi d'être sans être dans ce métier-là, finalement, parce que je peux arriver assez serein, assez content. J'essaie de trouver le mot, mais je suis pas aigri, je suis aigri de rien. Rien ne m'énerve, finalement. Même quand il y a des catastrophes qui arrivent en promo, ça peut arriver, une télé, un truc comme ça. Ok, je viens d'un endroit où c'était calme, où c'était serein, donc je peux être à la hauteur pour être disponible.
Bruno Tummers : Vous avez déjà quitté la Corse ? Vous avez vécu à Paris à un moment ?
Patrick Fiori : J'ai vécu à Paris, malheureusement.
Bruno Tummers : Oui, Quand ça a été Notre-Dame de Paris, parce que vous n'aviez pas le choix.
Patrick Fiori : Je n'avais pas le choix. J'avais un petit appart avec un gros chien. J'étais là-bas et puis j'étais triste. J'étais triste. Paris est une ville sublime, magnifique pour les touristes, je crois, mais c'est pas une ville qui, pour moi, est bonne. Ce n'est pas un endroit où je me sens...
Bruno Tummers : Il n'y a pas de bonne vibration pour vous ?
Patrick Fiori : ...je me sens bien. Non, je ne me sens pas bien à Paris. C'est magnifique, c'est sublime. Moi, j'ai connu Paris déjà à l'époque où je n'étais pas connu, en tout cas où je n'étais pas vraiment chanteur. Je l'ai apprécié comme un vrai touriste et je me suis régalé. Je trouve ça super. Après, d'y vivre et d'y travailler, ce n'est pas la même chose.
Bruno Tummers : La pression est incroyable. C'est une ville qui va très très vite aussi. "Où je vis", Patrick Fiori, c'est aussi une chanson d'amour parce que "Où je vis", c'est près de la personne qu'on aime.
Patrick Fiori : Bien sûr.
Bruno Tummers : Elle raconte ça aussi, cette chanson.
Patrick Fiori : Elle raconte ça aussi, bien évidemment. C'est pour chacun, chacune. "Où je vis", c'est aussi une invitation. C'est inviter un peu les gens chez moi. C'est leur dire que voilà, moi, où je vis - vous parliez de la Corse tout à l'heure, vous parliez de ces endroits-là, magiques, en tout cas ces endroits de recueil où on se ressourcer - ben, où je vis, c'est là. Et puis, finalement, c'est un peu chez toi aussi, où je vis, c'est un peu chez vous. Donc, c'est une invitation mutuelle, c'est un rendez-vous. Et puis oui, évidemment, c'est aussi de parler aux gens qu'on aime et de leur dire des mots d'amour, de leur dire : "laisse-toi, cool, tout va bien, ne t'inquiète pas, je suis là, t'inquiète pas. Il y a un garçon de 1,82 mètre, de 90 kilos. Je suis là, ne t'inquiètes pas".
Bruno Tummers : Vous signez paroles et musique de ce titre et pourtant, il y a beaucoup de collaborations sur cet album. Il y a Slimane, il y a Soprano, il y a Serge Lama, il y a Ycare, il y a Jean-Jacques Goldman, il y a votre femme aussi qui écrit depuis des années. Vous ne pourriez pas faire un album tout seul ? Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne ?
Patrick Fiori : Je pourrais. C'est facile. Ça ne sera pas un exercice difficile pour moi, mais ça ne m'intéresse absolument pas. Ça ne m'a jamais intéressé et ça ne m'intéressera jamais. Parce que le partage, pour moi, le partage, les racines, la bienveillance, tout ça, ce sont des choses qui sont importantes dans une vie. On ne peut pas passer à côté de ça, ce n'est pas possible. Je pourrais faire ça, mais ce n'est véritablement pas ma constitution.
Bruno Tummers : Ça ne correspond pas à votre tempérament.
Patrick Fiori : Je ne suis pas comme ça profondément. Donc, partageons un bon plat, partageons un album et ça sera mieux comme ça.
Bruno Tummers : "Chez nous", Patrick Fiori, c'est le deuxième extrait de cet album "Promesses". Le sous-titre de la chanson, c'est "Plan d'Aou - Air Bel". Il faut peut-être expliquer aux auditeurs de Vivacité qui ne connaissent pas forcément Marseille.
Patrick Fiori : À Marseille, le Plan d'Aou, c'est le quartier là où vit Soprano. Air Bel, c'est la cité dans laquelle j'ai vécu.
Bruno Tummers : Parce que vous avez grandi à Marseille.
Patrick Fiori : J'ai grandi à Marseille dans une cité qui accueillait plus de 70 nationalités, où on avait la chance de manger du boudin le soir, du couscous le surlendemain. Bref, à chaque étage, il y avait la vie. À chaque étage, on était invités par toutes les nationalités.
Bruno Tummers : Une culture multiple.
Patrick Fiori : Par toutes les cultures, donc le vivre ensemble, moi, à cette époque-là, je l'ai vraiment connu. Et croyez-moi, il y avait les clés sur les portes des maisons, les voitures étaient ouvertes et il n'y avait pas de souci. Et pourtant, il y avait 70 nationalités dans cette cité-là. Et j'y suis resté 10 ans. Ma tendre enfance, je l'ai passé à Air Bel. Et en discutant avec Soprano sur les Restos du Cœur, là-bas, en France, il me dit : "Mais ? Tu es de Air Bel ?" Il dit : "Je connais Air Bel. J'ai de la famille là-bas. Je viens en vacances à Air Bel". Je dis : "C'est pas possible !". Je dis : "Tu connais la Pente de la Mort ?" "Oui, oui". "Le Fou du Troie, tous ces trucs-là ?". Ça m'a un peu perturbé. Et puis il y avait Jean-Jacques qui était pas loin, à l'époque il était encore sur les Restos.
Bruno Tummers : Jean-Jacques, c'est Goldman, je précise.
Patrick Fiori : Oui, c'est ça, excusez-moi. Il y avait Jean-Jacques Goldman qui était à côté, qui tend une oreille, comme ça. Et puis, bon, on essaie de faire au mieux cette édition, chacun part de son côté. Je rappelle Jean-Jacques, je dis : "Jean-Jacques, tu sais ce que tu as pu entendre, l'histoire d'Air Bel, de Soprano, tout ça. Je vais tout t'écrire. Je vais t'écrire tout ce qui s'est passé pendant ces 10 ans. Si tu sens de faire une chanson, je pense que ça peut être un joli duo pour Soprano et moi". Je lui ai tout écrit et il m'a rappelé en me disant : "Ton histoire ne me quitte pas". Il a fait la chanson.
Bruno Tummers : Oui, parce qu'en plus, il connaît très bien Marseille aussi. On a ces deux quartiers qui se répondent. Vous vous répondez l'un l'autre avec Soprano.
Patrick Fiori : Le Nord et le Sud (rires).
Bruno Tummers : "C'était la liberté, la France. Nous, c'est méfiance et défiance".
Patrick Fiori : C'est un peu ça, oui.
Bruno Tummers : Ça a changé, maintenant ?
Patrick Fiori : Ça a changé partout. Ça a changé partout parce que les gens ont changé. Moi, je respecte toutes les religions. Je respecte vraiment tout le monde. Mais la société a évolué telle qu'aujourd'hui, c'est différent. Et encore, je trouve que les mots de Jean-Jacques sont vraiment adaptés pour qu'on puisse être sur les rails. Ça peut être même plus malheureux que ça, mais je garde l'espoir. Je garde l'espoir parce que j'ai cette nostalgie de l'époque qui ne... La société, et ce qui s'est passé, n'a pas réussi à me faire abandonner mes pensées et n'a pas réussi à me dire : "Non, ça ne va pas aller, ça va être une catastrophe". Non, j'y crois. J'y crois parce que les gens vont réagir à un moment et j'attends juste ça.
Bruno Tummers : L'humanité va gagner.
Patrick Fiori : Mais, obligé ! Tout le temps. En fait, c'est tout le temps. C'est cyclique. La planète est cyclique et les pensées aussi. C'est comme les chanteurs. Tout, les chanteurs à voix, il n'y en a plus. Les chanteurs, ils dé-chantent. Tout est cyclique. Je crois vraiment à un moment à la prise de conscience et j'y crois fort. Je ne peux pas abandonner ça.
Bruno Tummers : On parlait de Jean-Jacques Goldman, Patrick Fiori. J'ai compté, il y a 20 titres avec les deux qui sont sur cet album. Est-ce que vous avez conscience que vous êtes l'interprète masculin qui a le plus chanté Goldman, hormis Goldman ?
Patrick Fiori : Pas du tout. Je ne savais même pas. Je n'ai même pas compté. Donc 20 alors ?
Bruno Tummers : Oui.
Patrick Fiori : Oh là là, il est fort.
Bruno Tummers : Vous pouvez faire une compil, en fait. (rires)
Patrick Fiori : Je vais le laisser tranquille. Je vais le laisser tranquille. (rires) Je ne savais pas.
Bruno Tummers : C'est plus qu'Hallyday, hein !
Patrick Fiori : Oui, mais là, vous êtes en train de me dire que c'est plus que Céline Dion, même ?
Bruno Tummers : Ah, oui. Ah, oui, oui, oui.
Patrick Fiori : D'accord, ben, c'est super. Ben, merci Jean-Jacques, en fait. J'avais pas compté Mais je crois que quand on aime, on ne compte pas.
[Précisément, au moment de cette entrevue, il y avait déjà eu 19 chansons de la plume de Jean-Jacques Goldman inteprétées par Patrick Fiori, seul, en duo ou en trio, sur l'un de ses propres albums. Avec les deux titres de "Promesse", cela fait donc 21 et non 20. Pour être complet, un 22e titre de Jean-Jacques Goldman est interprété par Patrick Fiori en duo avec Zucchero, mais sur un album crédité à ce dernier.]
Bruno Tummers : Vous vous êtes trouvés tous les deux.
Patrick Fiori : Je pense.
Bruno Tummers : Vous avez des valeurs en commun. C'est pour ça que ça fonctionne aussi.
Patrick Fiori : En tout cas, on ne sait pas mentir aux gens, on ne sait pas faire semblant. Il ne sait pas faire semblant, ce garçon-là. Il sait pas. Il est vraiment puissant, il est bienveillant et il n'est pas pathos. Il Il est clair, c'est clair, c'est très clair, c'est toujours ensoleillé, c'est toujours bleu. Quand il parle, c'est bleu. Il est fort et il sait que de par mes racines et mon éducation, je fais partie de cette famille-là. Je ne parle pas de famille musicale, je parle d'éducation, je pense, déjà. Il sait que quand il me confie une chanson, je vais la défendre, mais bec et ongles. Je ne lâche rien. Les autres, pareil, que ce soit Serge Lama ou Ycare, ou en tout cas, ceux qui sont venus participer sur l'album, ceux qui ont tenu leur promesse, savent très bien que quand je promets quelque chose, je promets de défendre une chanson ou un album, je ne lâche rien, je vais jusqu'au bout et vraiment. Peut-être, c'est ça aussi. C'est dire qu'on travaille pour quelqu'un, en tous cas on lui donne un bout de sa vie, parce que c'est un peu ça, une chanson, mais qu'elle va être respectée et que je serai...
Bruno Tummers : C'est ça le métier d'interprète.
Patrick Fiori : ... et tout sera fait d'une manière digne. Voilà. C'est digne, tout le temps.
