Master-class SACEM : "La carrière d'un artiste" (4/8)
Master-class SACEM, 11 mars 2014 , 11 mars 2014
Jean-Jacques Goldman et Olivier Bas sont assis côte à côte sur une estrade, face aux participants de la Master-class.
Olivier Bas : Qu’écoutez-vous en ce moment ? Vous écoutez beaucoup de musique, vous êtes à l’affût de tout ce qui se passe ou vous restez sur vos fondamentaux ?
Jean-Jacques Goldman : Non, je n’écoute plus grand-chose et ça peut déboucher sur une autre conversation. Je crois que pour avoir envie, il faut être passionné. Je n’ai aucun collègue qui ne soit pas passionné de chanson. Ils ont une culture incroyable, ils adorent la chanson et ils écoutent de la musique tout le temps. Ce n’est plus mon cas. Je l’ai fait pendant trente ans mais je ne le fais plus. Alors là, on n’avance plus, on se redit, forcément.
Olivier Bas : Ah oui ? Bon.
[Instant d'étonnement d’Olivier Bas, Jean-Jacques Goldman sourit]
Jean-Jacques Goldman : Écoutez, Bob Dylan doit en être à son 73ème album, je vous défie de me parler de son 52ème…
Olivier Bas : C’est vrai. Ca vous épate ?
Jean-Jacques Goldman : Paul McCartney pareil.
Olivier Bas : Ça veut dire que durer est compliqué ?
Jean-Jacques Goldman : Non, on peut toujours durer parce qu’on a un savoir-faire mais je pense qu’il n’y a plus du tout l’urgence et la nouveauté des premiers albums. Je ne vois pas beaucoup de contre-exemples.
[Plan sur l’assistance vue de dos, Jean-Jacques Goldman rit]
Olivier Bas : Des deux premiers albums, vous vouliez appeler le deuxième “Minoritaire”, et le premier ?
Jean-Jacques Goldman : “Démodé”.
Olivier Bas : “Démodé”, oui c’est quand même… Il y a quand même quelques as du marketing qui ont dit : “Jean-Jacques, on va juste l’appeler Jean-Jacques Goldman, Démodé ?” [faisant référence à une parole de Jean-Jacques dans l’interview “Master- class Sacem, du moment de vie au classique inoubliable”]
Jean-Jacques Goldman : Juste une chose : ils m’ont demandé de changer mon nom, parce que Goldman c’était…
Olivier Bas : Vous êtes sérieux ? Pourquoi ?
Jean-Jacques Goldman : Parce qu’il y avait Eddy Mitchell, Johnny Hallyday, parce que... Mais en tout cas Jean-Jacques Goldman, ça ne faisait pas sérieux. C’était injouable.
Olivier Bas : Que répondiez-vous à cela ?
Jean-Jacques Goldman : J’ai répondu non.
[Éclat de rire de JJG et Olivier Bas et applaudissements de l’assemblée]
Jean-Jacques Goldman [face à l’assemblée] : J’entends beaucoup d’artistes parler d’indépendance artistique. Je n’ai jamais vraiment vu d’énormes pressions à partir du moment où vous savez ce que vous voulez. Si vous laissez la place vide, beaucoup veulent la prendre. Je ne crois pas en leurs compétences. Tous les artistes que j’ai pu rencontrer et qui ont réussi sont les maîtres d’œuvre de leur carrière. Que ce soit le choix de la pochette, du clip, de la démarche, des émissions ou le tempo des émissions.
On a le devoir d’écouter les maisons de disques et d’apprendre d’elles parce qu’elles ont une expérience, mais vous avez l’obligation de décider vous-mêmes, que ce soit Renaud, que ce soit Balavoine, vous avez l’obligation de décider vous-mêmes des salles que vous allez faire, de la façon dont vous allez travailler au départ, des musiciens que vous allez prendre, des arrangeurs que vous allez choisir, de ce que vous allez sortir ou pas.
Donc l’homme de marketing de tous les artistes qui ont réussi et que j’ai connu, c’étaient eux d’abord. Et ce n’est pas péjoratif. Parce que derrière le marketing, il y a aussi l’idée de ce que l’on veut montrer aux gens et de ce que l’on veut être pour les gens.
Je crois qu’il y a vraiment deux phases : il y a l’installation de la carrière et après, quand on est installé. Il y a une chose qui change fondamentalement : au début, vous devez séduire des gens, évidemment c’est la période la plus difficile. Ensuite, lorsque vous êtes installé dans votre carrière, c’est clair.
A partir d’aujourd’hui, Stromae va pouvoir faire ce qu’il veut parce que ce n’est pas lui qui sollicite l’attention du public, c’est le public qui attend ce que va faire Stromae.
Il y a une chose qui se passe dans votre carrière qui est fondamentalement différente. Ce n’est pas forcément au niveau du succès de Stromae, je vois quelqu’un comme Thomas Fersen ou Michel Jonasz, les gens les attendent, il y a une partie du public qui attend. C’est d’un confort extraordinaire.