Master-class SACEM : "Écrire pour les autres" (5/8)
Master-class SACEM, 11 mars 2014 , 11 mars 2014
Jean-Jacques Goldman et Olivier Bas sont assis côte à côte sur une estrade, face aux participants de la Master-class.
Olivier Bas : Vous avez écrit “Aïcha”, comment l’histoire de Khaled-Aïcha est-elle née ? Je pense que tout le monde l’a chantée ensemble, elle a marqué et elle marque encore.
Jean-Jacques Goldman : J’ai croisé Khaled par hasard à un anniversaire de ”Envoyé Spécial”. Noah, Khaled et moi avons chanté une chanson de John Lennon : c’était “Imagine”, je crois.
Olivier Bas : Pas mal.
Jean-Jacques Goldman : Quand je l’ai croisé, il m’a demandé des chansons. J’ai réfléchi mais je ne me suis pas dit : “Je suis un type connu, je vais lui balancer ça”. Je me suis dit : “Qui est Khaled ? Qu’a-t-il comme problèmes ? Qui est le public français ? Où est le point de convergence entre lui, le public et moi ?” Et tout à coup, j’ai eu une illumination [grand sourire] : Marvin Gaye ! Khaled c’est Marvin Gaye. Parce que le raï c’est de la soul d’une certaine manière, lui c’est ce timbre de voix, c’est cette espèce de langueur, il est bien derrière les temps, c’est cette légèreté-là aussi. Ensuite, c’est le Maghreb, c’est la condition des femmes, il y a beaucoup de petites Maghrébines en France qui vont comprendre certains textes, qui ont certains espoirs, qui vivent certains paradoxes, etc...
Donc vous avez la musique, il faut trouver la fusion entre le raï et la soul paresseuse de Marvin Gaye et il y a ce thème de la femme et de la liberté des femmes.
Je n’aurais pas écrit “Aicha” pour quelqu’un d’autre, il peut y avoir une chanson qui ne va pas à quelqu’un et qui peut aller à quelqu’un d’autre, ça peut arriver. Mais en tout cas, au début, je n'ai pas de stock de chansons. J’ai des idées mais je n’ai pas de stock.
Par exemple, je suis en train d’écrire un texte pour Calogero, j’ai écouté la chanson, je lui ai donné quelques pistes et je lui ai dit...
Olivier Bas : Vous écrivez le texte et lui la musique ?
Jean-Jacques Goldman : Non, j’écris l’idée de départ : ça peut parler de ceci ou de cela. Y a-t-il déjà une idée que tu ne vas pas pouvoir développer ? Par exemple si je parle des bateaux et qu’il n’a pas le pied marin…
Céline Dion est la seule personne à qui j’ai demandé, que j’ai sollicitée pour travailler avec elle. J’avais envie de travailler avec une grande chanteuse francophone. Lorsqu’elle a accepté, plutôt que de passer des heures à discuter avec elle, j’ai lu toutes ses interviews – en plus c’est une fille qui se livre très facilement, qui n’a pas trente-six langages – donc j’ai lu toute sa vie, toutes ses interviews et on se rend compte, maintenant tout le monde sait qu’elle a attendu très longtemps, qu’elle a été amoureuse dès l’âge de douze-treize ans de son pygmalion. Et il me semblait que c’était quelque chose qu’elle pourrait défendre et très bien comprendre. De plus, je crois que beaucoup de gens ont aussi vécu cette situation. Il faut essayer de tirer de situations particulières quelque chose qui puisse toucher tout le monde.
Donc c’était simplement la lecture de sa vie, de ce qu’elle avait pu rencontrer, de ce qu’elle avait pu vivre.