Master-class SACEM : "Du moment de vie au classique inoubliable" (2/8)
Master-class SACEM, 11 mars 2014 , 11 mars 2014
Jean-Jacques Goldman et Olivier Bas sont assis côte à côte sur une estrade, face aux participants de la Master-class.
L’origine des chansons
Olivier Bas : Savez-vous combien vous avez écrit de chansons ?
Jean-Jacques Goldman : Je pense que c’est autour de 200, peut-être une centaine pour moi et une centaine pour les autres environ, à dix près.
Olivier Bas : Quand vous écrivez une chanson, est-ce que vous savez déjà celle qui sera un tube ou est-ce que vous n’en avez aucune certitude ?
Jean-Jacques Goldman : Il y a les deux cas. Il m’est arrivé d’en être absolument sûr. Au début en particulier, je savais pour des chansons comme “Quand la musique est bonne” par exemple et “Comme toi”, enfin c’est surtout Marc Lumbroso qui en était convaincu pour celle-ci. Une chanson comme “Je te donne”, j’en étais absolument convaincu. Je savais pour celles-ci mais je l’ai su aussi pour beaucoup d’autres chansons où cela n’a pas fonctionné mais parfois ça a marché.
Jean-Jacques Goldman : Montrouge... Un jour, je me promène dans l’avenue Verdier et à un moment je croise la rue Guillot, c’était un dimanche après-midi, je lève les yeux, il n’y a personne dans les rues et j’entends du bruit : Ce sont des ailes de pigeons. Je vois un balcon où des pigeons sont là donc je me dis qu’il y a quelqu’un derrière qui leur lance quelque chose. Je passe et je continue à déambuler vers je ne sais où... vers la mairie ou vers la piscine, je ne sais pas. Et là, je me dis qu’il y a une personne derrière, on est dimanche après-midi et que ce sont peut-être les seuls êtres vivants [rires] qu’elle va voir de la journée. Voilà, parce qu’on est dimanche après-midi, tout le monde est sorti, et elle, elle appelle des pigeons. Ca a fait une chanson et cela me semblait la moindre des choses.
Olivier Bas : Ce moment de vie a créé une chanson qui devient un classique inoubliable.
Jean-Jacques Goldman : Ca, je ne savais pas du tout que ce serait un classique [rires].
Olivier Bas : Parce que c’est quand même une phrase... Vous iriez voir des grands spécialistes du marketing en maison de disques en disant : “Hé, j’ai eu une idée : elle met du vieux pain sur son balcon”, je ne suis pas sûr que...
Jean-Jacques Goldman : Mais ça sera… c’est peut-être l’objet d’une question après que quelqu'un me posera la question sur les grands spécialistes du marketing entre guillemets, et j’ai des avis très précis là-dessus.
Jean-Jacques Goldman : Je ne me souviens pas exactement de l’idée de départ, il y en a peut-être une assez précise mais c’était plutôt l’idée de faire entrer les instruments les uns après les autres. Cela a d’abord commencé avec une guitare je crois, ensuite il y avait la section de cuivres, “les voisins du dessus, sympas quand ils ont bu”, etc... “On n’est pas malins”, mais c’était une espèce d’éloge du “bœuf ” en gros, entre musiciens. C’était une chanson de scène toute simple.
“On n’a pas changé”
Jean-Jacques Goldman : C’était à l’époque où la politique, de gauche en particulier, était extrêmement dévoyée par des gens qui s’en revendiquaient et qui... en gros ont jeté “le bébé avec l’eau du bain” [sic]. Mais il se trouve que j’ai eu un père qui a été assez engagé, pour de bonnes raisons mais aussi de façon dangereuse, a mis sa vie en danger donc c’était juste un agacement et une envie de réhabiliter les militants de base, on va dire, qui se sont peut-être trompés sur les moyens mais en tout cas dont on ne peut pas mettre en doute leur honnêteté et leur altruisme.
“Il y a”
Jean-Jacques Goldman : Je ne me rappelle pas quel ami mais j’en ai un qui habite dans un petit village qui s’appelle Montgaillard et que je connais depuis l’âge de six ans. J’ai toujours été envieux : moi je suis né à Paris 19ème arrondissement et j’étais toujours envieux de ces amis qui venaient de quelque part, ce qui leur donnait une – oh cela ne veut pas dire que je viens de nulle part mais c’est beaucoup plus abstrait – une force, des racines, un endroit où se réfugier… J’ai toujours été envieux de ça. Donc c’est une chanson sur cette sensation.