Jean-Jacques Goldman et Mark Knopfler - Ressemblances et Influences
Rockaway, Overblog, 15 novembre 2007 , 15 novembre 2007
Cet article est le résultat d'interprétations personnelles.
Jean-Jacques Goldman ne s’en est jamais vraiment caché, il a une réelle admiration pour Dire Straits et pour son guitariste légendaire Mark Knopfler. Et cette admiration trouve sûrement son origine, tant dans la manière de structurer la musique, que dans l’intelligence et la richesse des textes. Goldman dira du groupe anglais qu'il possède un “caractère universel” et que ses compositions touchent toutes les générations. Il n’est donc pas étonnant de retrouver ça et là dans l’œuvre de notre auteur-compositeur le plus talentueux et le plus fin de sa génération, les manifestations de cette influence. De même qu’au delà de l’influence nous allons constater que ces deux musiciens se ressemblent en tant qu’hommes par certains traits de leur personnalité, par leur histoire, mais aussi par certains de leurs choix d’hommes et d’artistes.
En effet, il est intéressant de remarquer tout d’abord que l’un comme l’autre ont fait leurs premières armes au violon, un instrument finalement très lié à leurs origines juives, aux musiques traditionnelles et à la culture ayant sans doute bercé leur enfance. Le père de Mark Knopfler, un architecte juif hongrois qui fut contraint de fuir son pays dans les années 40 pour échapper au nazisme et à l’antisémitisme, était d’ailleurs lui-même violoniste. Jean-Jacques Goldman, dont le père avait dû quitter sa Pologne natale pour les mêmes raisons au milieu des années 20, fut très tôt incité à prendre des cours de violon. Bien que se disant peu à l’aise avec l’instrument, ce dernier reste toutefois très attaché à l'instrument et ne manque jamais une occasion de le ressortir, quitte à se mettre en danger sur scène.
Pour ce qui est du piano, instrument de prédilection de la mère de Mark Knopfler, son utilisation sera très vite détournée pour reproduire les morceaux de boogie-woogie montrés par l’oncle Kingsley, alors que Jean-Jacques Goldman, quant à lui, en recevra une formation de type classique parallèlement au violon.
Cependant arrivent les années 60 et 70. Mark Knopfler, qui est né en 1949, et Jean-Jacques Goldman, né en 1951, appartiennent donc à la même génération. Ils vont alors baigner dans le même jus musical. Ils se trouveront bien entendu des héros communs tels que Bob Dylan, Leonard Cohen ou encore Johnny Winter, annonçant déjà des similitudes probables dans les orientations musicales qu’allaient prendre leurs carrières. Cela aura aussi pour conséquence l’abandon du violon et du piano au profit de la guitare.
Il n’est pas anodin non plus de se rendre très vite compte que ces deux artistes ont un rapport à la célébrité très particulier. Ils font partie de ces gens qui ont connu une gloire indéniable, absolue et démesurée, tout en parvenant à rester très effacés et à mener une vie simple, loin des excès du rock et de la presse people. Une ligne de vie et de conduite discrète au service de leurs carrières respectives, et qui valut à Mark Knopfler le surnom de “bonnet de nuit du rock”.
De l’artiste, ils partagent ce côté pensif, introverti, voire introspectif, caractéristique des personnages créatifs en constante réflexion sur eux-mêmes, mais surtout alertés par les questions liées au monde qui les entoure et à son histoire. Leur goût prononcé pour la lecture (presse écrite ou livres) explique en partie leur aptitude exceptionnelle pour l’écriture. Un intérêt pouvant s’expliquer pour Mark Knopfler par un passé de journaliste et de professeur de littérature anglaise, et pour Jean-Jacques Goldman par ses études supérieures en école de commerce. Leur passé universitaire et académique, leur éducation et leur parcours font certainement la force de ces deux auteurs reconnus dans leurs pays respectifs comme de véritables surdoués. Ils ont l’intelligence, l’érudition et la culture nécessaires pour écrire des paroles sensées, toujours intéressantes, tout en réussissant à garder intact le pouvoir de suggestion des textes, pour que chacun y trouve son compte et sa signification propre.
Enfin, si l’on peut également les rapprocher par le fait qu’ils ne font rien sans leur moto (Mark
Knopfler est aussi un pilote de voiture averti, un collectionneur et un passionné de sports mécaniques en général), il est étonnant de constater qu’au même moment de leur vie et de leur carrière, ils aient chacun ressenti ce besoin de se consacrer davantage à leur famille et même de pouponner.
Pour commencer, nous pouvons noter que l’influence ou plutôt les clins d’œil à la musique de Dire Straits et Mark Knopfler dans les chansons de Jean-Jacques Goldman, ne sautent pas aux yeux sur la période 1981-1988. Il faudra en fait attendre 1990 et la création du trio Fredericks-Goldman-Jones pour que Jean-Jacques Goldman se sente plus libre d’explorer de nouveaux horizons musicaux et se permette quelques libertés. Le partage de l’affiche et de la scène aidant peut-être, puisque J.-J. Goldman aura à cette époque une réelle volonté de mettre en avant les talents de ses deux partenaires et notamment ceux de Michael Jones, qui put dès lors affirmer plus franchement son toucher remarquable à la guitare.
Les premiers indices de l’influence Knopfler seront déjà perceptibles sur le premier album du trio. Tout d’abord sur le titre “Nuit”, premier extrait de l’album, où les guitares très léchées évoquent le style sobre et épuré du sieur de Newcastle.
Toutefois, un autre titre, plus évocateur encore du guitariste de Dire Straits dans la structure du solo, se trouve en ouverture de l’album. C’est l’excellent “C’est pas d’l’amour”.
À l’écoute de ce morceau, le doute n’est plus possible, c’est bien un premier hommage déguisé que révèlent les guitares et que remarque instantanément la critique.
Mais c’est en 1993, avec la sortie de l’album Rouge, que l’hommage est verbalisé ouvertement dans le titre “Des vies”. Ce clin d'œil est une vraie réussite, d’abord par le simple fait de citer le musicien célébré (“Il aimera les docksides et Mark Knopfler”, peut-on entendre dès le deuxième couplet) mais surtout dans la composition de la musique. Jean-Jacques Goldman se rapproche tellement de la vérité artistiquement, les guitares et les solos sont tellement soignés et travaillés qu’on dirait presque un pastiche d’un titre existant et tiré tout droit de l’album “Communiqué”. Et pour la petite histoire, ce titre révèle même un Goldman visionnaire qui parvient à rendre hommage à Mark Knopfler en 1993, avec un titre dont la série d’accords jouée en introduction, sera utilisée 7 ans plus tard par le guitariste écossais en personne pour écrire son tube en solo “What It Is” !
Une fois avoir pris conscience de cette influence, on se surprend à essayer de repérer d’autres indices ou fragments de cette dernière, tant dans la musique que dans les paroles ; et à ce niveau-là, l’album “Rouge” nous donne encore un peu de grain à moudre.
Musicalement toujours, après avoir remarqué dans les crédits de l’album que le batteur n’est autre que Chris Whitten, batteur de la dernière tournée “On Every Street” de Dire Straits, au son plus agressif et incisif, on constate que “Rouge” a tendance également à s’encanailler et à mettre en avant des guitares plus hard-rock, dirons-nous. Ce qui nous conduit à nous pencher sur le cas d’un autre morceau de l’album : “On n’a pas changé”. A priori, rien apparemment dans les accords ne permet de faire un quelconque parallèle avec Mark Knopfler, à l’exception peut-être du fait que les guitares et les solos soient vraiment prédominants, et l’impression première est que ce titre réutilise un riff très proche de “Encore un matin”. Pourtant, arrivé aux trois quarts du titre, un effet de style pointe soudain le bout de son nez un riff intermédiaire, marquant une pause accrocheuse qui renvoie immédiatement au riff destructeur de “Calling Elvis”, sorti sur l’album “On Every Street” deux ans plus tôt.
Toujours sur le même album mais cette fois-ci au niveau des paroles, nous retrouvons un thème proche d’une chanson devenue un véritable hymne pour le plus grand groupe de rock des années 80. Dans “Frères”, on peut entendre “Je viens des plaines, Je suis des montagnes”, ce qui n’est pas déjà sans rappeler “These mist covered mountains, Are a home now for me, But my home is the lowlands, And always will be”. Par le titre “Frères”, on peut donc comprendre en réalité “frères d’armes” ou “Brothers In Arms” en anglais. Et en comparant les deux textes, la thématique développée paraît en effet similaire, bien que présentant un point de vue légèrement différent chez Goldman, qui choisit d’être ici plus dans la description que dans la suggestion, et plus explicite que Knopfler.
Les images de guerre, la peur, la souffrance sont omniprésentes dans les deux textes :
— “Frères, la même jeunesse, même froid sous la même pluie,
Frères, mêmes faiblesses, la même angoisse aux mêmes bruits,
Frères, frères de pleurs, frères douleurs,
Du même acier dans les mêmes ventres déchirés.
Frères, mêmes tremblements, même peur et même fusil,
Frères, mêmes talismans, même alcool pour un même oubli,
Frères, frères d'instant, frères d'histoire,
Gravés sur la même pierre glacée sans mémoire”.
— “Through these fields of destruction, Baptisms of fire
I've witnessed your suffering, As the battle raged higher
And though they did hurt me so bad iIn the fear and alarm
You did not desert me, my brothers in arms”.
La fin renvoyant aux mêmes conclusions et aux idioties de la guerre :
— “Frères, même anonymat, frères d'absurdité
Frères, frères d'attente au fond des mêmes tranchées
Frères, frères de sang, frères de mal
De pulsions libérées du fond du même animal”
— “We are fools to make war
On our brothers in arms”
Sur les albums qui suivront, à savoir “En passant” en 1997 et “Chansons pour les pieds” en 2001, où Jean-Jacques Goldman signe son retour en tant que chanteur solo, les ressemblances avec Mark Knopfler interviendront plutôt désormais au niveau des choix artistiques et des orientations musicales, même si certains arrangements trahiront encore une patte “à la Knopfler”.
Première chose à remarquer sur l’album “En passant”, c’est ce retour à l’essentiel, à des arrangements épurés et simplifiés, conséquence directe des effets de la très électrique et très lourde tournée “Rouge”. C’est également l’électro-choc que subira Mark Knopfler à la fin de la gigantesque et éreintante tournée “On Every Street”, et qui le fera revenir aux sources, à la musique traditionnelle et au folk. Cet affirmation de l’instrument acoustique s’est d’ailleurs faite grandissante chez Knopfler avec le temps, en témoignent aujourd’hui des albums comme “The Ragpicker’s Dream” sorti en 2002, ou encore le tout récent “Kill To Get Crimson” de 2007.
C’est donc en 1996 que Mark Knopfler décide de commencer une carrière solo plus sage, en retrait du star-system, lui permettant d’explorer des sonorités impossibles à imposer dans l’univers d’un groupe rock comme Dire Straits. Sort alors son premier opus, “Golden Heart”, où se mélangent musiques celtiques, country et rock, et où il fait la part belle aux instruments de musique traditionnels et folkloriques, type cornemuses, que Jean-Jacques Goldman utilisera à son tour pour l’album “Chansons pour les pieds” cinq ans plus tard.
Avant de revenir sur les correspondances dans les choix artistiques et les orientations musicales de nos deux hommes, essayons d’abord de résoudre cette petite devinette toute simple concernant la réorchestration très “knopflerienne” d’un titre de Jean-Jacques Goldman pour la tournée “En passant”. Ce dernier avait coutume de le présenter comme étant “une vieillerie du premier album”… Quel est le nom de ce titre ? Eh oui, vous aurez bien sûr reconnu “Le rapt” qui, lors de cette fameuse tournée, dans tous les sens du terme, s’était étoffé de quelques sons de guitares encore une fois caractéristiques du phrasé de Saint Mark…
Enfin, trêve de plaisanterie. Pour reprendre le fil de notre analyse précédente, je souhaiterais vous soumettre une autre devinette, un peu plus élaborée cependant : en quoi Jean-Jacques Goldman et Mark Knopfler partagent-ils un rêve de chiffonnier?
Pour vous donner un premier indice, nous allons dire que c'est en rapport avec une certaine conception de l'écriture et de la musique. Mais peut-être, dans un premier temps, faut-il essayer de définir “le rêve de chiffonnier” selon Mark Knopfler, expression renvoyant au titre de son album solo de 2002, “The Ragpicker’s Dream”. Ce “rêve de chiffonnier” consiste en fait à récupérer ça et là des petits brins de choses, et de les mettre bout à bout pour finalement former un tout.
Indice n°2 nous cherchons un savoir-faire musical".
Indice n°3 : cette idée peut être liée à l’impression d’un certain manque d'unité.
Eh bien, pour commencer à répondre à cette énigme, ce qui est remarquable chez ces deux auteurs compositeurs, c’est qu’ils sont capables d’écrire sur tout sujet et de composer dans
différents styles musicaux. Ils ramassent des fragments d’informations, utilisent des bribes d’influences dans leur vie de tous les jours pour créer quelque chose de cohérent.
Du point de vue des textes, nous pourrions citer par exemple “Quality Shoe” de Mark Knopfler, dont l’idée lui est venue en regardant la vitrine d’un magasin de chaussures.
Dans cette chanson il se met à déballer l’argumentaire d’un vendeur vantant les qualités d’une paire de chaussures bon marché, dans un style musical très rétro, directement sorti du répertoire d’un Roger Miller :
— “You got your toecaps reinforced with steel
Hard-wearing sole and heel
Make those tired feet feel like new
Take your pick, black or brown
Great for the country or the man in town
You're gonna need a quality shoe
You don't want no stand-by pair
'cos these'll take the wear and tear
Made to take good care of you
For that trip by road or rail
For extra grip on those rocky trails
You're gonna need a quality shoe”.
Pour ce qui est de Jean-Jacques Goldman, nous pourrions raconter l’histoire de la naissance du titre “Juste après”. C’est en fait en regardant un reportage TV sur une sage-femme réanimant un petit africain, tard dans la nuit, que Jean-Jacques Goldman fut ému au point d’en écrire une chanson :
— “Elle y est surement retournée
Le regarder respirer
Puis s'est endormie
Comme dormait cet enfant
Si paisible en ignorant
Qu'on en pleurait jusqu'ici”.
L’inspiration pour ces deux génies est véritablement partout ! Soit dit en passant, c’est certainement ainsi qu’on reconnaît les grands auteurs. Ce sont ceux qui sont capables de passer de sujets assez légers (“Twisting By The Pool”, “Walk Of Life”, “Les Boys”, “Elle a fait un bébé toute seule”, “Un, deux, trois”, “C’est pas vrai”), à des sujets plus graves et émouvants, et ce ne sont pas les sujets sérieux qui manquent dans le répertoire de Mark Knopfler (“Iron Hand”, “Hill Farmer’s Blues”, “Why Aye Man”, “Brothers In Arms”, “The Trawlerman’s Song”, “My Parties”, “Ticket to Heaven” …) ni dans celui de Jean-Jacques Goldman (“Né en 17 à Leidenstadt”, “Rouge”, “Peurs”, “Sache que je”...).
Musicalement, ils ont une facilité déconcertante à “faire l’éponge”, c’est-à-dire à absorber leurs influences diverses pour produire le “jus” qu’ils souhaitent en extraire. Ils ont à la fois réussi à créer leur propre style distinctif, leur propre “jus”, et sont également très doués pour reproduire les styles musicaux qu’ils désirent exploiter.
Nous avons déjà vu l’exemple de la chanson “Des vies” concernant Jean-Jacques Goldman, où il fait du Knopfler comme Knopfler. Il récidivera même en 2001 avec un hommage aux stars du boogie-woogie, Status Quo, dans “The Quo’s In Town Tonite”, où l’on jurerait que ce sont Francis Rossi et Rick Parfitt qui ont écrit certains passages. Mark Knopfler peut, quant à lui, composer un thème traditionnel venu d’Amérique latine, comme dans “Postcards From Paraguay”, et la minute d’après se la jouer Elvis dans un bon vieux rock sixties comme “Mademoiselle Will Decide”.
Ce "rêve du chiffonnier" dont Mark Knopfler parlait tant à propos de l'écriture de “The Ragpicker’s Dream”, s’applique à cet album mais aussi à sa carrière plus largement. Si l’on devait balayer les styles qu’il a utilisés, en solo mais aussi avec Dire Straits, l’éventail serait très large et passerait par le rock, le blues, la country, le folk, le classique, la musique celtique et médiévale, les sons latinos et autres valses…
Cette recherche de la diversité nous rapproche encore une fois de ce que Jean-Jacques Goldman semble avoir voulu faire dans le cadre de son album “Chansons pour les pieds”, qu'on pourrait presque définir album conceptuel dont le but inavoué mais quelque peu transparent, était en quelque sorte de créer une unité en se passant justement d'unité, tout ceci avec pour unique dénominateur commun le fait de proposer un album à danser.
Rappelons, pour corroborer tout cela, la playlist de cet album si particulier et diversifié :
“Ensemble” - canon chorale
“Et l’on n’y peut rien” - gigue
“Une poussière” - techno oriental
“La pluie” - slow
“Tournent les violons” - tarentelle
“Un goût sur tes lèvres” - rhythm'n'blues
“Si je t’avais pas” - ballade
“C’est pas vrai” - disco
“The Quo’s In Town Tonite” - rock
“Je voudrais vous revoir” - zouk lent
“Les p’tits chapeaux” - swing
“Les choses” - pop celtique.
Maintenant, qui ne s’est jamais retrouvé un jour bête en essayant de qualifier le style de certaines musiques de Mark Knopfler ? Et pour ceux qui ne se seraient pas posé le problème, prenez quelques titres au hasard et constatez comme il est souvent peine perdue de tenter l’effort, car la force de cet homme est d'utiliser ses multiples influences et d'en faire quelque chose de totalement personnel et nouveau - c'est ce qu’on a appelé le style Knopfler. Et c'est ça l'unité chez lui. Quoi qu'il fasse, quoi qu’il joue, il laisse immanquablement sa patte, sa “trade-Mark” !
Autres exemples :
— dans les années ‘70, Jean-Jacques Goldman et Mark Knopfler, tous deux alors sans le sou, entreprennent un périple "vagabond" à travers les Etats-Unis avant d'entamer leurs carrières musicales professionnelles respectives. Un voyage qui sera un électrochoc pour chacun ;
— la chanson “Quatre mots sur un piano” de Jean-Jacques Goldman, utilise la thématique du titre de Dire Straits “You And Your Friend” (1991), à propos d'une relation à trois.
Quelques points de divergence pour finir.
Mark Knopfler, c'est la “force tranquille” du rock comme nous l’avons déjà souligné, le pantouflard flegmatique par excellence sur scène, qui se permet tout juste parfois quelques grimaces lors d'une envolée de soli. Par contre, quelle allure et quelle classe ! “Avec une guitare à la main”, il ne semble avoir “peur de rien”.
Dans un style scénique très différent, Jean-Jacques Goldman est, lui, très énergique sur scène. Il sait fédérer, galvaniser un public et quand ça s'énerve un peu, court de long en large sur la scène, fait des aller-retour, et joue vraiment la communication avec le public.
Aussi, là où Mark Knopfler pense qu'il faut le moins possible interrompre le flot de musique (voir l’interview donnée avant le concert filmé à Sydney en 1986), Goldman, lui, se permet très souvent d'interpeller ce public, de le taquiner, de le faire participer, racontant des anecdotes sur l'écriture ou la signification de tel ou tel titre ! Mais ceci, toujours dans le cadre d’introductions prolongées pour ne pas risquer de faillir à sa règle des sept secondes – cela consiste, en clair, à ne pas laisser s’écouler plus de sept secondes entre deux enchaînements.
Voici maintenant un point de dissonance un peu plus trivial à propos de la comparaison faite entre Mark Knopfler et Jean-Jacques Goldman. On peut en effet dire que le premier s'est plus ou moins fâché avec son frère David à cause de l'orientation musicale de son groupe Dire Straits, mais sûrement aussi pour des questions plus personnelles de rivalité.
A l’inverse, l’expérience du groupe a permis à Jean-Jacques Goldman de se trouver une sorte d’alter ego, un frère de tournée, en la personne de Michael Jones, avec qui il a choisi de partager certaines compos comme “Je te donne”, “Nuit” ou encore “J'oublierai ton nom” pour Johnny Hallyday. Un partage de l’écriture que Mark Knopfler a toujours refusé à son frère David, soit dit en passant. D'ailleurs, chose très révélatrice, pour le dernier album de Michael Jones, Goldman a écrit un titre en hommage à leur amitié fraternelle intitulé “Le frère que j'ai choisi”. Comment être plus explicite ?
Illustration : Jean-Jacques Goldman arborant la casquette de la tournée Get Lucky Tour 2012 de Mark Knopfler

