Jean-Jacques Goldman révèle les secrets de sa rencontre avec Céline Dion
Vivement dimanche, France 2, 18 mars 2002 , 18 mars 2002
Michel Drucker (En s’adressant à Céline Dion) : Jean-Jacques parle rarement. Florence Faissat, qui ne manque pas de charme, a réussi à le convaincre et il a parlé sous la torture, et il a parlé de toi avec beaucoup de précision. Il a le sens de l'analyse. Voici donc la rencontre Jean-Jacques- Céline racontée par l'auteur et compositeur. Merci.
Florence Faissat : Racontez-moi votre première rencontre avec Céline. L'aviez-vous préparée ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, puisque je l'avais demandée. J'avais demandé à ce que quelqu'un qui la connaissait lui dise que je souhaitais la rencontrer.
Florence Faissat : J'ai lu dans son livre que c'était dans un petit café et que vous connaissiez sa vie par cœur.
Jean-Jacques Goldman : Ce n'était pas dans un café, c'était dans un restaurant près de l'Opéra, près de son hôtel, et il y avait René, elle et moi. J'avais déjà vu des choses.
Florence Faissat : On caricature beaucoup les chanteuses à voix. Alors est-ce que vous aviez une méthode de travail la concernant?
Jean-Jacques Goldman : J'avais deux, trois détails que je souhaitais modifier dans sa voix. Donc je lui ai demandé, je pensais que ça prendrait un mois de travail. Ça a mis à peu près 35 secondes pour qu'elle comprenne. Et puis voilà, c'est tout.
Florence Faissat : Quels détails ?
Jean-Jacques Goldman : Des prononciations des "M", prononciations des "R" et une façon d'interpréter.
Florence Faissat : Qu'est-ce qui fait la différence de Céline en tant que chanteuse ?
Jean-Jacques Goldman : Il y a quatre aspects : il y a le grain de sa voix. Elle a un son tout à fait particulier, pas particulier dans le sens très, très original, mais en tout cas qui est le sien. Sa technique vocale qui est extrêmement impressionnante en justesse et en tempo. Et puis il y a d'autres éléments : c'est une musicienne, c'est-à-dire que ce n'est pas juste une chanteuse, c'est une musicienne qui se sert de la voix, c’est-à-dire qu’elle aurait été violoncelliste ou flûtiste, elle aurait été très bonne aussi. Donc, c'est une musicienne vocaliste. Et puis l'autre, la quatrième chose, qui n'était pas très importante au départ, c'est que c'est quelqu'un d'extrêmement agréable, chaleureux, humble. Enfin, c'est un plaisir de travailler en plus. Ça, je ne le savais pas.
Florence Faissat : Quelle évolution avez-vous constatée entre le premier album et le deuxième ? Et même aujourd'hui, quand vous l'écoutez chanter ?
Jean-Jacques Goldman : Je ne trouve pas qu'il y ait d'évolution en dehors d'aspects techniques. Récemment, je l'ai vue à la télé chanter lorsqu'elle avait 12 ou 13 ans et j'ai été effaré à quel point tout était déjà là. C'est-à-dire qu'elle est née avec cette musicalité et ces capacités. Ensuite, comme je vous l’ai dit, elle change des détails en français mais je pense qu'elle avait tout, elle a toujours eu ça dès le départ.
Florence Faissat : Comment considérez-vous cette rencontre pour vous, auteur-compositeur ?
Jean-Jacques Goldman : C'est une chance et une malchance. C'est une chance parce que c'était mon souhait, c'est-à-dire que j'avais envie de travailler pour une très grande chanteuse et elle en particulier, enfin c'était elle. Et donc ça, ça a été une chance de pouvoir vivre un rêve. Et ça a été une malchance parce que depuis, je n'ai plus eu tellement envie de travailler avec les autres. Je suis très impatient maintenant parce que je me dirais qu’elle, elle comprendrait en trois minutes, et en plus, avec le sourire.
Florence Faissat : Est-ce que ça veut dire que vous allez retravailler avec elle ?
Jean-Jacques Goldman : Oui. Moi, je retravaillerai avec elle tant qu'elle me le demandera et tant que j'aurai des idées pour elle parce que je lui ai déjà fait une vingtaine de chansons et je la respecte tellement, et moi aussi, que je ne lui ferai jamais des chansons comme ça pour faire des chansons. Je préfère l'entendre chanter de très belles chansons des autres, si moi j'ai des choses moyennes. Donc, si elle a encore confiance en moi et si moi je sens que j'ai des choses à lui apporter, je continuerai.
Florence Faissat : Et là, vous en avez des choses ?
Jean-Jacques Goldman : Oui mais je n'en ai pas pour un album entier, donc je lui proposerai peut-être deux ou trois chansons, je pense.
Michel Drucker (En s’adressant à Céline Dion) : Jean-Jacques Goldman ! Il a bien analysé votre rencontre. Il dit que c'est une chance et une malchance parce que vous, vous comprenez en trois minutes et qu'il n'a plus tellement envie de travailler pour les autres. Alors maintenant, je suis vraiment ravi, vous le faites par amitié et j'y suis très sensible, d'accueillir l'homme clé de la carrière de Céline. Ils sont souvent ensemble en photo, mais pratiquement jamais ensemble sur un plateau de télévision. René et Céline ! René, tu m'avais dit quand on s'est...
Céline Dion (En s’adressant à René Angélil) : Ne t'en fais pas. Tu n'as pas l'habitude. Je croyais que j'avais l'habitude, moi, j'ai déjà pris 4 Kleenex.
Michel Drucker : Alors on se parle souvent au téléphone tout au long de l'année. On prépare nos émissions par téléphone et tu m'avais dit : "Je te fais confiance. Tu construis l'émission avec Françoise. Vous nous connaissez tellement bien."
René Angélil : Là, je t'avoue, Michel, que depuis le début, c'est très, très émouvant. Premièrement, entrer dans ce studio ici. Je me souviens, il y a 19 ans, ça fait déjà 19 ans ! Eddy Marnay nous avait dit : “Si on peut passer à l'émission Champs Elysées de Michel Drucker, c'est lui qui donne la chance à tellement d'artistes, c'est lui qui est le plus influent en France."