Céline Dion - D’Eux (France 2, 08 juin 1999, Participation de Véronique Cloutier)
France 2 , 8 juin 1999
Retranscription de Lydia Grimois
Relecture et corrections de Jérôme Casar
Chansons mentionnées : ‘’Je sais pas’’, ‘’J’attendais’’, ‘’J’irai où tu iras’’, ‘’Pour que tu m’aimes encore’’, ‘’Les derniers seront les premiers’’, ‘’Regarde-moi’’, ‘’Vole’’.
Je l'apprécie beaucoup ce qui m'arrive, je le vis très, très bien. Je prends toutes les secondes. C'est bon, c'est super.
[Extrait de "Je sais pas".]
Céline Dion
C'est la chanson préférée de ma mère. Je me rappelle qu'un jour, on était en Floride, il y avait mes parents, René, ma meilleure copine, Mia, mon frère Michel et moi. Ma mère était assise, c'était une grande table ronde, ma mère était assise en face avec mon frère Michel, René et moi, on parlait. Je voyais ma mère qui parlait à mon frère comme cela dans le creux de l'oreille. Puis je l'ai entendu dire qu'elle parlait de l'album. Elle disait : " Attends d'écouter son prochain album. Il est super." Ma mère était tellement fière, elle était super contente. Elle dit à mon frère : "Attends d'écouter la chanson "Je sais pas’’. Elle a commencé à décrire à mon frère la chanson et ma mère a pris ses verres fumés, elle les a mis, et j'ai vu deux larmes partir sur ses joues comme ça. J'ai dit : "Maman, ne pleure pas, voyons !" "Oh, cette chanson-là, je ne suis pas capable, elle est tellement bonne." Et à chaque fois que je suis sur scène, à chaque fois que je l'interprète, je pense à ma mère, je pense à elle, c'est sa chanson et je la chante pour elle.
[Suite de "Je sais pas"]
Céline Dion
"J'attendais", pour moi, c'est comme une chanson qui.... L'image que j'ai parce que j'ai commencé aussi ma... Quand j'ai commencé mes premiers spectacles avec l'album "D'eux", ici quand je suis venue en France, ça faisait longtemps que j'attendais ce moment-là. Ça faisait tellement longtemps que j'avais envie de venir chanter en France, de venir faire des shows pour vous, que j'ai eu tout de suite envie de commencer mon spectacle avec "J'attendais" en disant aux gens : "Écoutez, j'attendais ce moment-là depuis longtemps et ce soir, "tonight is the night"". Puis "J'attendais" pour moi, c'est comme... C'est ça qui va ouvrir un peu le début; il faut que ça fasse partie de mon spectacle. Ça ouvre mon spectacle. C'est ça qui fait que c'est le début, le début de plein de choses.
["J'attendais"]
Céline Dion
Un album, c'est une partie de toi, finalement, c'est d'avoir capturé l'émotion que tu as vécue pendant... Je reçois mille chansons par année, à peu près. Et je capture toujours l'émotion que je ressens à ce moment-là où je choisis les chansons et je l'offre parce que c'est ma façon de m'exprimer. Je l'offre aux gens qui ont envie de l'entendre et après, il fait sa route, il grandit. Tu es là pour le guider au début, mais il prendra toujours sa route parce que je crois au destin et même si tu dis... Tu ne peux pas tenir ton enfant par la main tout le temps, mais tu es toujours là, derrière, pas loin, pour l'aider à se relever quand il tombe. Mais, un album, c'est pareil. Il a sa route, il a sa vie, il a sa destinée. Et tu es là un peu pour l'aider, pour l'accompagner, mais il doit faire son chemin tout seul.
[Vocalises de Céline Dion d’avant concert]
Véronique Cloutier
Qu'est-ce qui vous a vraiment attiré chez elle ?
Au départ, c'est strictement sa voix puisque je ne la connaissais pas. Je me rendais compte que c'était une voix, une des grandes voix actuelles. D'abord, sur le plan des musiques, il a fallu que je réécoute un peu plus profondément tous ses disques pour voir ce qu'elle pouvait faire, ce qui pouvait être en adéquation avec ce que j'aimais moi et avec ce que pouvait aimer le public français. Et ensuite, sur le plan des textes, il fallait que je la connaisse. Donc, j'ai lu tout ce que j'ai pu sur elle, ses interviews, ses bios. Je l'ai rencontrée. J'ai essayé de me faire une idée de qui elle était, de rentrer un peu dans sa personnalité, de ce qu'elle pouvait dire.
Céline Dion
Ok, ça c'est Humberto Gatica, c'est le meilleur ingénieur du son au monde. Lui sait comment mixer ma voix, comment me donner un son pour que je puisse enregistrer mes chansons, mon album, que je me sente confortable. En passant, c'est lui qui travaille avec Michael Jackson.
Jean-Jacques Goldman
Je crois que c'est quelqu'un pour qui les relations amoureuses ne sont pas un jeu, par exemple.
["J'irai où tu iras" interprété par Céline Dion et Jean-Jacques Goldman]
[Images de l'enregistrement de "Pour que tu m'aimes encore"]
Céline Dion
Chaque fois que je travaille en studio, j'essaye de partager. Je ne veux pas juste faire les chansons qu'on me donne, mais je veux partager. Je veux donner mes idées, mes opinions. Je ne veux pas juste être la chanteuse qui chante la chanson. Je veux trouver des idées, je m'implique. Une qualité en tout cas que j'ai beaucoup, beaucoup appréciée avec lui durant ces trois semaines de travail, c'est sa façon de me demander, par exemple, de dire ''Si tu n'aimes pas ça…’’, il n'est pas insultant.
Jean-Jacques Goldman
Elle a besoin d'être en confiance et il faut passer du temps, c'est normal, pour la rassurer, pour qu'elle ait le petit écho qui va bien sur sa voix, pour que tout ça, mais c'est normal. C'est une artiste et elle a besoin, elle a besoin d'être en confiance et on sait qu'il faut passer du temps pour ça.
Céline Dion
Penses-tu que c'est un manque de confiance ?
Jean-Jacques Goldman
Non, non, non, ce n'est pas un manque de confiance. C'est un besoin, une crainte au départ et un besoin, il faut passer du temps pour que tout se passe bien.
[Extrait de "Pour que tu m'aimes encore"]
Céline Dion
"Pour que tu m'aimes encore", je pense qu'il n'y a rien de plus beau. Quand tu es prête à tout faire pour avoir l'amour de cette personne-là, quand tu dis : "je me changerai en or pour que tu m'aimes encore". Si tu ne comprends pas là, je pense que tu ne comprendras jamais.
[Extrait du clip de "Pour que tu m'aimes encore"]
Céline Dion
Je décide des chansons que j'ai envie de chanter, mais je ne dis pas : "Je veux faire cette vidéo là et c'est comme ça que ça va être". Je travaille en équipe beaucoup aussi. Et en travaillant en équipe, on voit ce qui plaît à tout le monde et si ça me plaît, on y va. Let's go !
Quand on m'a proposé ce personnage-là, de jouer un peu ce type de fille qui était en train de capoter parce qu'elle aime son gars, et c'est comme... pfff, elle est prête à tout faire et de mettre ça en image, ce n'est peut-être pas évident au début. Marcher nus pieds à Pigalle, c'était quelque chose !
[Extrait du clip de "Pour que tu m'aimes encore"]
Céline Dion
Je pense que j'ai une vie vraiment exceptionnelle et une carrière superbe. Mais je me dis quand je me promène dans la rue, que je vois les "homeless" et les gens sans abri qui souffrent beaucoup, au moins, je chante une chanson pour eux et j'essaie... Je me dis que j'y crois. Je me dis qu'ils ont cette vie à vivre. Je crois beaucoup au destin, et je me dis que peut-être ça va mal pour eux, mais que c'est sûr, c'est sûr que ça peut juste aller mieux.
["Les derniers seront les premiers" interprété par Céline Dion et Jean-Jacques Goldman]
Céline Dion
Quand on s'est marié, René et moi, je voulais que ce soit le top, et avoir une chorale gospel au mariage, ça a été un moment que j'ai beaucoup apprécié dans le mariage. Quand la chorale gospel est arrivée, ils ont commencé à taper des mains et à chanter la chanson, je me suis dit : "Waouh, let's go everybody, clap your hands together, the party is on". Ça a fait comme décontracter tout le monde parce que tout le monde était en costume, ou robe..., et là, soudainement, tout d'un coup, tout est parti. Tout le monde s'est senti décontracté, tout le monde dans l'église, même le curé, c'était un moment magique. On dirait que le gospel, ça bouge le monde beaucoup, en tout cas, ça dépend de ce que tu aimes comme musique, mais en général, ça part tellement du "soul", de ton âme, c'est tellement profond. Je trouve que c'est très musical. C'est tellement... Je trouve que c'est très musical et ça touche le monde. Si tu aimes la musique, il faut que ça te touche, il faut que tu aimes ça. Alors je peux comprendre Jean-Jacques qui aime ça autant. Moi, je suis d'accord avec lui.
["Regarde-moi"]
Céline Dion
Je n'ai pas une carrière américaine, je n'ai pas une carrière francophone, c'est comme... J'ai un cœur, j'ai un "soul", j'ai un "brain", j'ai..... je suis la même fille. Pour moi, c'est la même carrière, c'est la même vie. Moi, je trouve que je ne pourrais pas vraiment choisir parce que, je me rappelle quand j'avais 14 ans, et que j'ai fait ma première tournée au Québec, je chantais juste en français. J'avais un album en français, c'est sûr, je faisais juste ça. Je faisais une tournée avec mon album en français et je me rappelle, je voulais absolument chanter une chanson en anglais parce que j'aimais ça chanter en anglais, je chantais "What a feeling" et là, tout le monde dansait avec moi et chantait "What a feeling". Tu ne peux pas croire comment j'aimais ça, tout le monde dansait, tout le monde chantait avec moi, et je ne comprenais pas un mot de ce que je chantais à ce moment-là. Moi, j'ai grandi avec Aretha Franklin mais aussi dans un sens, parce que mes frères et mes sœurs jouaient des tonnes de Janis Joplin, Aretha Franklin, Stevie Wonder, Tina Turner, entre autres. Je chante sur mon dernier disque en anglais, "River deep mountain high", que j'interprète sur scène, qui est une chanson de Tina Turner que j'adore.
["River deep mountain high"]
Céline Dion
J'avais envie de chanter en anglais. Je chantais en anglais, je ne comprenais rien de ce que je chantais, mais j'avais envie de parler en anglais et de développer cette langue-là parce que c'est quand même la langue parlée partout à travers le monde. Donc, je suis allée à l'école prendre des cours d'anglais. Après ça, j'ai eu la chance de faire un disque en anglais et de faire une carrière internationale.
[Extrait de "Make you happy"]
Céline Dion
Ça m'intéresse beaucoup les langues. C'est sûr que mon prochain but du côté langue, en 1996, c'est impossible, en 1996 je vais être super occupée, c'est l'enfer, c'est super occupé, mais en 1997, je pense que je vais avoir un long repos. J'ai l'intention d'aller à l'école à Montréal, chez Berlitz, prendre des cours d'espagnol. Comme je l'ai fait pour l'anglais, quand je suis allée il y a 8 ans - je suis allée prendre des cours d'anglais - je vais faire la même chose pour l'espagnol. Ça m'intéresserait de le faire pour l'italien et l'allemand aussi, mais une à la fois. En 1997, je vais prendre des cours d'espagnol, comme ça on aura le choix : français, anglais, espagnol. Ça me donne encore plus de chances de rencontrer encore plus de monde.
[Extrait du clip de "Falling into you"]
Céline Dion
Je le fais vraiment parce que j'ai envie de le faire aussi. Quand je suis allée à l'école pour prendre des cours d'anglais - parce que j'ai grandi en écoutant mes frères, puis mes sœurs jouer de la musique française, la musique américaine aussi - je ne parlais pas l'anglais du tout, mais j'avais envie de chanter en anglais.
[Extrait de "Fly"]
Céline Dion
J'ai eu une expérience avec une mini-série pour la télévision canadienne il y a, je ne sais pas, ça fait peut-être 10 ans, peut-être quelque chose comme ça, 8 ans, 10 ans. J'ai adoré ça. C'était dur pendant 2 mois d'être dans la peau de quelqu'un d'autre. Mais j'ai adoré. J'ai adoré mon expérience. J'aimerais ça, faire des films. J'ai chanté aussi. Au début, c'était avec Peabo Bryson avec "Beauty and the beast", Clive Griffin pour "Nuits blanches à Seattle". Et là, j'ai fait "Personnel et confidentiel" toute seule, mais avec Robert Redford et Michelle Pfeiffer, c'est un superbe film, super romantique. J'adore la romance, donc ça me colle bien à la peau. J'adore ça.
[Extrait du clip de "Because you loved me"]
Céline Dion
Quand j'ai commencé à chanter, j'ai fait mon premier disque en français. J'ai fait une première entrevue à la télévision. J'étais tendue. Ils m'ont dit : "Toi, tu veux être une vedette ? Que veux-tu ? C'est quoi ton rêve ?" Moi, j'ai dit : "Mon rêve, c'est de chanter toute ma vie, d'avoir une carrière internationale et de chanter dans plein de langues." Alors tout de suite au début, les gens savaient que j'avais envie de chanter en français, en anglais, en italien, en japonais, en allemand, toutes les langues dans lesquelles je pourrai chanter, je le ferai. Si je pouvais, je le ferais. Et quand mon premier disque en anglais est sorti, les gens ont toujours été avec moi parce que j'ai grandi avec eux, je suis comme leur petit bébé. J'ai grandi avec eux. On se connaît par cœur. Ils savaient que je le faisais sincèrement parce que j'aimais ça. Puis, entre vous et moi, les gens savent que je n'ai aucun problème, je ne mets aucune politique avec ma musique et avec ma vie parce que ça ne m'intéresse pas. Les gens savent très bien que j'ai une opinion et que je ne la partage pas parce que c'est personnel et que je n'ai pas envie de la partager, mais que je suis très franche et que je le fais sincèrement en anglais et en français et qu'on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais partout où je vais dans le monde, je ne renie pas le fait que je suis francophone, québécoise, française, canadienne et que les gens sont fiers de ça, et je suis fière de ça moi aussi. Les gens savent que je ne renie pas le fait que je viens du Québec. Je pense qu'ils sont fiers de moi, ils sont contents pour moi. Ils m'ont toujours encouragée. Je pense qu'ils sont contents.
[Extrait de "All by myself"]
Céline Dion
C'est tellement anglo-saxon, la musique, ça sonne tout seul. Mais si tu as envie de dire quelque chose, il vaut mieux le dire en français souvent parce que c'est tellement romantique. La langue francophone, c'est très puissant. Alors je ne peux pas choisir. J'adore faire... S'il fallait vraiment que je choisisse parce que je ne pourrais pas faire les deux, je choisirais le français parce que c'est mon sang, c'est mes origines, c'est mes racines, c'est ma famille, c'est où je suis née et je le ferai. Je vais toujours chanter en français toute ma vie, mais pourquoi je ne pourrais pas faire les deux, puis les trois, puis les quatre et les cinq ? J'aime ça. Je veux tout faire. Ça fait trois ans, quand j'ai fait l'Olympia, c'était mon premier spectacle. Je ne voulais pas me tromper, je voulais donner un bon show. Je voulais vraiment plaire aussi. Je ne voulais pas juste dire : "Bon bien ça, c'est moi, on aime ou on n'aime pas." Quelque part, je voulais vraiment toucher, donner quelque chose comme je vais vous chanter une chanson que vous connaissez. Une chanson magnifique, vous la connaissez. Peut-être que là, on va se retrouver mieux, parce qu'on ne se connaissait pas vraiment le public et moi. Et j'ai chanté, j'ai osé chanter une chanson de Brel "Quand on n' a que l'amour" mais je l'ai chantée vraiment... C'est un cadeau aussi que je me suis offert. Je me suis dit : "Les chansons sont là pour être chantées." Je n'essaie pas de la changer. Je n'essaie pas de faire autre chose avec, c'est un classique magnifique et peut-être je peux l'emprunter pour trois minutes.
["Quand on n’a que l'amour" interprétée par Céline Dion sur scène]
Céline Dion
La mascotte de ma tournée, c'est des petites grenouilles. Alors là, je vais dire ça, je vais recevoir plein de grenouilles, c'est sûr. Plein de petites grenouilles. Parce qu'un jour, il y a 15 ans, il y a 12, 13, 14 ans, il y a quelqu'un qui m'a lancé un petit doudou sur la scène. C'était une petite grenouille verte, toute simple, un peu triste et je l'ai toujours apportée. Ça fait 15 ans que je l'ai. C'est mon porte-bonheur. Elle est sur scène, c'est ma mascotte maintenant. Et là, je commence à en avoir 5, 6, 7. Dans ma loge, j'ai des petites grenouilles un peu partout. Je ne sais pas pourquoi une grenouille. Parce que quelqu'un m'en a lancé une, un jour, je me suis sentie bien avec. Peut-être parce que tout le monde dit aussi, je ne sais pas si en France, on parle de ça, mais aux États-Unis, les "green room" où les artistes attendent avant d'aller faire leur numéro, et le vert, ça ne porte pas chance. Moi, vert, ça ne me dérange pas. Vert, orange, jaune, bleu, rouge, blanc, noir. Ça ne me dérange pas, moi je vois la vie en couleur. Toutes les couleurs sont merveilleuses. Mes grenouilles sont vertes et elles me portent chance.
[Images de Céline Dion avec sa sœur Manon]
Céline Dion
Mon sport préféré coûte très cher, c'est le plus... c'est le sport le plus dispendieux, les magasins... le shopping. Ça n'a pas de bon sens. Ce n'est pas le succès qui devient une drogue, c'est le public je trouve. Parce que j'aime ça. On se parle, on apprend à se connaître, je voyage dans le monde, je visite des beaux hôtels. Tout ça, c'est super excitant. Mais il n'y a rien comme d'être sur scène. Je suis avec mon équipe, mes musiciens. Il n'y a personne qui va venir sur scène me dire : "n'oublie pas de dire ça, n'oublie pas de faire ça, n'oublie pas de mentionner le titre de ton deuxième single, n'oublie pas de mentionner ça parce que ce n'est pas sûr." Parce que tout le temps, toute l'année, tout le monde me dit un peu quoi faire. C'est normal. Je n'aime pas bien ça. Mais quand je suis sur scène, personne ne vient me dire quoi faire. Je peux être moi-même pendant une heure et demie, deux heures. Mais ce n'est pas juste un aller, ce n'est pas juste "one way". Je donne beaucoup, mais je peux uniquement donner ce que je reçois. Le public est là, il chante : "j'ai compris... Pour que tu m'aimes encore". Il chante avec moi avec les briquets. C'est vraiment puissant. Il me donne énormément d'énergie, beaucoup, beaucoup, beaucoup. Et ça, je trouve que c'est le cadeau du show business, la scène. Je pense que ça, c'est une drogue. Je pense que quand tu es un artiste dans l'âme, artiste un jour artiste toujours, tu ne peux pas te passer de ça. Faire face à face avec ses émotions, c'est parfois difficile à affronter. Quand Jean-Jacques m'a écrit l'album, il ne m'a pas présenté "Vole". Il m'a donné les chansons et m'a dit : "Dis-moi si ça te plaît, si ça ne te plaît pas." On a travaillé ensemble. J'ai fait des maquettes et j'ai fait face à face avec mes émotions. J'étais très impressionnée. J'étais super contente parce que je n'écris pas mes chansons du tout. Si, en plus d'avoir des chansons superbes que j'aime, si en plus, ça me colle à la peau, je pense que c'est magnifique. Et après avoir enregistré tout l'album, Jean-Jacques m'a donné une chanson. Il m'a dit : "Ça, je te le donne, tu en fais ce que tu veux. Tu n'es pas obligée de la chanter, tu la gardes, je t'offre ça." Je ne comprenais pas trop. J'ai écouté la chanson. Ça a été l'enfer, c'est-à-dire que c'est probablement quelque chose... c'est basé sur l'histoire qu'on a vécue dans la famille, c'est qu'on a perdu notre nièce Karine, qui avait 16 ans, qui était atteinte de fibrose kystique. Je suis la marraine de la fibrose kystique depuis 13, 14 ans au Québec, au Canada et Karine est décédée dans mes bras il y a deux ans. Ça a été un moment... Ça a été très difficile, mais ça été un beau moment aussi, parce que je me suis dit : "Karine, ça fait 16 ans qu'elle essaie de respirer. C'est un effort à chaque fois." Ce n'est pas normal, ce n'est pas juste. Cette fille-là s'est battue toute sa vie pour avoir une vie normale, pour avoir sa vie de jeune fille normale. Elle est décédée, c'est quelque chose que j'aurais aimé lui dire. C'est quelque chose que j'aurais aimé.... J'aurais aimé ça, lui avoir chanté cette chanson au moment où elle est partie, et Jean-Jacques m'a écrit cette chanson. Quand j'ai lu ça, mais ça n'a pas de bon sens. Ça m'a donné un gros choc, un gros, un grand coup, parce que je me suis remise à penser à tout ça et je me suis dit que je n'arriverais jamais à la chanter. Mais je voulais la chanter parce que c'était pour moi un hymne à Karine. C'était un message pour elle, une chanson juste pour elle que je voulais lui chanter. Alors je suis allée en studio, j'ai dit : "je vais la chanter, c'est tellement beau, ça ne se peut pas que tu m'aies écrit ça, je t'adore." Je suis allée en studio, j'ai chanté la chanson, rien ne sortait, rien. J'ai réessayé, réessayé encore et encore. C'était trop difficile parce que là je me retrouvais devant elle, c'était comme…oh mon Dieu. Puis finalement, je suis allée manger, je suis allée au restaurant avec tout le monde. J'ai dit : "Venez, on va manger." Je suis allée manger un steak brûlé avec des frites et je suis revenue en studio. Je suis prête, je suis prête. On m'a accompagnée au piano. Et j'ai chanté : "Vole, vole". Et là, je me suis dit :"Tiens, ma petite Karine. Ça, c'est pour toi et c'est ça, c'est ça que je veux te dire". Je suis tellement contente parce que... Je suis contente d'avoir quelqu'un de sensible comme lui, Jean-Jacques, qu’il ait pris la peine de me faire un cadeau immense comme ça. J'ai chanté cette chanson-là. Je suis très, très fière et tous les soirs, bien sûr, je la chante pour elle, je la vois toujours. Elle est avec moi tout le temps, tout le temps.
["Vole"]
Musique de "Pour que tu m'aimes encore" pour le générique de fin