Nous sommes tous des passants
Télé Poche , novembre 1997
Fin d'après-midi. Sur une pelouse, aux portes de Paris. Jean-Jacques Goldman nous parle de son nouvel album "En passant". Moment rare. A savourer comme les derniers rayons de cet été indien...
Un entretien avec vous, c'est plutôt rare..
Je ne prends pas énormément de plaisir à donner des interviews. Mais j'ai toujours été conscient qu'aucun disque ne pouvait se passer de promotion.
Vous revenez en solo après quatre albums avec Fredericks et Jones. Etes-vous fâchés ?
C'est une année d'indépendance ! "En passant" s'est fait pour les mêmes raisons que les albums qui ont eu lieu à trois. Les chansons, qui sont venues alors, étaient des duos et des trios. Cette fois, il s'agit de chansons solitaires, mais Carole et Michael sont quand même présents sur l'album.
Aux balalaikas de "Natacha" et aux percussions orientales de "Sache que je" s'ajoutent les photos du livre de Gassian ("Ailleurs"). C'est un album de voyages ?
De voyageur immobile, plutôt. Je n'ai pas beaucoup voyagé ces dernières années. Une fois que les chansons ont été terminées, nous avons cherché dans les photos de Claude Gassian celles qui étaient susceptibles de les illustrer. Certaines sont tellement fortes qu'on a l'impression que mes chansons sont les bandes-son de l'image.
Vous préférez que l'on dise que c'est un album qui parle de notre errance ?
Nous habitons tous sur des routes. Une route, c'est le contraire d'un endroit. Il n'y a pas de destination. Nous sommes tous des passants. Un homme qui reste toute sa vie dans le même village a peut- être l'illusion d'être dans un port. Que ce soit sur un plan géographique ou affectif. Mais il est, lui aussi, sur une route.
Vous aviez le projet d'écrire une comédie musicale. Verra-t-elle bientôt le jour ?
J'ai échoué. Marier comédie musicale et langue française me paraît impossible. Les mots sont tellement importants pour les Français qu'ils n'ont plus la même signification avec la musique. Je n'ai pas trouvé la façon de raconter une histoire et de toucher les gens avec un cheminement musical. J'ai alors abandonné le projet. "En passant" est donc venu à sa place.
Ce nouveau disque parle un peu plus de la mort et de la vieillesse que vos albums précédents...
Peut-être parce que les deux se rapprochent... 46 ans, le 11 octobre, voilà la réponse !
On sait que vous n'avez pas un goût particulier pour la surexposition. Est-ce la raison pour laquelle vous écrivez pour les autres (Hallyday, Khaled, Pagny, Patricia Kaas, Céline Dion...) ?
Ecrire des chansons, c'est vraiment ce que j'adore faire. Si j'écris pour les autres, ce n'est pas pour me cacher. Si je chante, c'est parce que personne n'a voulu de mes chansons au départ !
Quelle revanche !
Un aboutissement, plutôt. Je regrette juste de ne pas avoir connu plus tôt le bonheur d'âtre ainsi sollicité.
Vous allez faire un deuxième album avec Céline Dion. Pourquoi elle ?
C'est la seule personne avec qui j'avais envie de travailler. J'en parlais depuis une bonne dizaine d'années alors que peu de gens savaient qui c'était. J'étais sûr de sa singularité.
"D'eux" vous a donné raison. Y a-t-il de jeunes artistes pour lesquels vous aimeriez travailler ?
J'ai l'impression que 1997 est une année très importante pour la musique. Avec l'émergence du rap et de la techno, c'est un monde qui change. Franchement, ce n'est pas mon truc. Mais force est de constater que pour la première fois, le rock'n roll est depassé. Il y a trois ans, on n'aurait jamais imaginé cela.
Populaire sans chercher à plaire, c'est toujours votre crédo ?
J'essaie de plaire plus par ce que je fais que par ce que je suis.
Trois mots : Assez. Encore. Toujours. Lequel choisissez-vous ?
Encore !