Jean-Jacques Goldman, flâneur sur la Terre

Jean-Jacques Goldman, flâneur sur la Terre

Gaël , 24 septembre 1997

Ses chansons font du bien là ou ça fait mal et du mieux qu'elles peuvent là ou ça va déjà très bien. Peut-être est-ce tout simplement ça, la raison de leur succès ? Rencontre avec Jean-Jacques Goldman, l'homme qui ressemble à ses chansons...

Gaël

Vous êtes-vous habitué à ce que l'on dise du bien de vous ?

Jean-Jacques Goldman

On n'en dit pas toujours. Le Monde a écrit, il y a peu de temps, que j'étais un voleur, un plagieur. C'était à propos de "Prière paienne", une chanson que j'ai écrite pour Céline Dion. J'ai bien sûr, fait un droit de réponse. En France, les journaux importants ne disent pas du bien de moi.

Gaël

Comment est-elle, Céline Dion ?

Jean-Jacques Goldman

Très sympa, drôle, authentique. Elle ne triche pas.

Gaël

Devenez-vous ami avec vos interprètes ?

Jean-Jacques Goldman

Je m'en fais des copains même si on se voit rarement. Je les ai bien choisis. Globalement ce sont des gens sympas.

Gaël

Dans la chanson "Quand tu danses", la phrase "J'ai fait la liste de ce qu'on ne sera plus" est très belle.

Jean-Jacques Goldman

On sait ce qu'on ne sera plus, on ne sait pas trop ce que l'on va être et pourtant, on va être. On va être dans le même monde, les mêmes rues et parfois, on aura les mêmes amis, les mêmes enfants. C'est une vraie question. Je connais beaucoup de gens qui se coltinent avec ce problème. Cela se fait comme ça, d'un jour à l'autre et on ne sait pas exactement quel est le statut de l'autre. L'autre que l'on a aimé.

Gaël

Quelle est la meilleure façon de guérir d'un chagrin d'amour ?

Jean-Jacques Goldman

Je pense qu'on ne guérit pas et tant mieux. Ou alors, on guérit avec beaucoup de temps.

Gaël

Et le statut de l'autre que l'on a aimé, c'est aussi avec le temps qu'il se trouve ?

Jean-Jacques Goldman

Oui. Il ne se fait jamais en y pensant. Il se fait petit à petit, dans les faits. On trouve une espèce d'équilibre, de pacte de non-agression, de non-souffrance. Mais il n'y a pas un moment où l'on se dit: "C'est mon frère, ma soeur, ma belle-soeur, mon collègue de bureau, un étranger, mon ennemi...!". On ne sait pas qui c'est. "C'est mon ex." En tous cas, étant donné le rythme actuel des histoires d'amour, je crois qu'on doit réfléchir à cette question. Dans cette chanson, "Quand tu danses", il n'y a que des points d'interrogation. Une phrase que je connais dit: "Restons bons amis !". (il rit) Je ne sais pas si c'est possible quand on a fait l'amour avec quelqu'un. Moi, je ne connais pas le ventre de mes bons amis.

Gaël

Mais certains amoureux désunis se remettent ensemble.

Jean-Jacques Goldman

Oui, mais dans la majorité des cas, ils se séparent et divorcent. Et ceux-là, il faut bien qu'ils se trouvent un statut. Peut-on rayer quelqu'un, quelques années de sa vie ? Autant avoir de la tendresse pour elle, pour ces années. C'est bien quand on peut encore. Quand il n'y a pas eu de trahison.

Gaël

Peut-on surmonter certaines trahisons ?

Jean-Jacques Goldman

Je crois que l'on peut surmonter beaucoup de choses, mais pas la trahison. Pas l'impression qu'il y a eu un malentendu. Que l'une des personnes vivait une histoire et l'autre en vivait une tout à fait différente. Quand on s'en rend compte, c'est triste. C'est comme si on n'avait pas vécu la bonne histoire, comme si on s'était trompé.

Gaël

Parce qu'on n'a pas assez parlé ?

Jean-Jacques Goldman

Ou parce qu'on n'a pas voulu comprendre. Ceux à qui c'est arrivé, ce sont eux que cela arrangeait de vivre cette histoire et ils n'ont pas su assez bien décrypter ce que voulait l'autre.

Gaël

La chanson "On ira" fait penser à une phrase du romancier Milan Kundera qui dit, en substance, qu'il est complètement stupide et vain de penser que la vie est ailleurs.

Jean-Jacques Goldman

Il y a pire : penser que la vie est avec quelqu'un d'autre. C'est aussi une grande illusion. Ailleurs et avec quelqu'un d'autre. Les gens sont partout pareils et les destinations sont les mêmes. Mais c'est une jolie illusion de penser qu'il y a ailleurs. Cela permet d'avancer. C'est le grand Ouest, les chercheurs d'or.

Gaël

Si on va...

Jean-Jacques Goldman

Oui, mais même penser que l'on ira, cela peut soutenir. Tant que ça ne gâche pas le quotidien. Par contre, ce que l'on peut admettre, c'est qu'il faut rester sur la route. Cela ne sert à rien d'arriver. La clé est là. Ce n'est pas telle personne ou tel endroit qui est l'aboutissement mais c'est le fait d'y aller.

Gaël

Qu'est-ce qui vous a inspiré la chanson "Le coureur" ?

Jean-Jacques Goldman

Les championnats d'Europe d'athlétisme avec ces montagnards kenyans qui couraient parce que, dans leur pays, pour aller à l'école, il y avait 20 km à parcourir. Tout a coup, on les emmène en Europe. Je ne sais pas ce qu'ils comprennent à ça. On regarde leur visage, leur sourire, leur spontanéité et on se rend compte qu'ils ne sont pas de notre monde. Et trois millions de gens les regardent. Il y a des cameras hyper sophistiquées qui se penchent vers eux. Ils doivent parler dans les microphones. Parfois, leurs gestes sont décalés. Je les trouve remarquables et très touchants. Ils deviennent des champions et des marchandises puisqu'ils font de la publicité pour Nike. C'était très intéressant d'en faire une chanson.

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