Jean-Jacques Goldman fait le point
Podium , 1991
C'est parti, Jean-Jacques Goldman a donné le coup d'envoi du "Fredericks-Goldman-Jones à l'Île Maurice et à la Réunion. La tournée se poursuit à travers la France et gagnera le stade Jacques Anquetil de Vincennes du 4 au 9 juin. Suite de l'interview du mois dernier, exclusive toujours. Jean-Jacques Goldman répond à toutes nos questions !
Es-tu un homme différent en période de scène ?
Pas vraiment différent mais on s'adapte à la situation qui est très particulière : collectivité, foule, prise en charge, énergie, moment présent, voyages...
Comment régis-tu face au phénomène d'hystérie collective pendant tes concerts ?
Après avoir assisté aux concerts de Roch Voisine, Bruel, Indochine, Daho, je trouve mes concerts très sages ! ! !
Arrives-tu à avoir parfois de vrais rapports avec tes fans ?
Le rapport, que les fans ont avec un chanteur, est-il lui-même vrai ? C'est difficile, je crois.
Ces rapports évoluent-ils quand même au fil des années ?
Beaucoup de fans ont compris que par respect pour eux, j'étais heureux de les voir ne plus être fans.
Le répertoire de ces concerts 91 ?
Nous chantons 9 chansons du dernier album et une douzaine d'anciennes, en trio, en duo ou seul.
Dix ans de carrière, cela représente quoi pour toi ?
Dix belles années. Pleines. Dix bonnes années finalement.
Es-tu prêt pour dix nouvelles années ?
Je peux choisir beaucoup de choses, mais malheureusement pas ça ! Ce sont les gens qui nous choisissent, pas le contraire !
Quel est pour toi le secret de la longévité d'un artiste ?
Les textes qu'il chante.
Comment vois-tu l'évolution de la musique dans les années 90 ?
Assez mal, en fait. Peut-être un retour de plus en plus net vers ce qui est à mon avis l'une des raisons d'être de la musique : la danse.
Et l'évolution de ta musique ?
Je n'en sais rien. Je ne crois pas que cela évoluera vraiment. Dans la forme, peut-être.
Quel est ton sentiment sur la polémique qui a suivi le non couronnement de Patrick Bruel lors des dernières Victoires de la Musique ?
J'ai lu quelques part que 800 personnes votaient ! 800 personnes partiales, juges et parties ! Grotesque.
Toi-même avais boudé cette cérémonie ?
Chacun son truc. C'est pas ma spécialité.
Beaucoup comparent le phénomène Bruel au phénomène Goldman porte-parole de la jeunesse. Qu'en penses-tu ?
Je n'ai jamais été un "porte-parole". Demandez-leur ! Il y a des similitudes dans l'affection que les gens lui portent et m'ont porté. C'est sûr. Connaître ça, c'est un grand privilège.
Il y a un secret pour parler juste aux teenagers ?
Le chanson est le vecteur privilégié des jeunes, celui qui leur parle spontanément.
C'est important pour toi de garder ce public ?
C'est difficile en vieillissant, mais c'est un beau public que j'ai toujours respecté, très sûr, très spontané. J'aimerais les toucher encore par ma musique et mes mots, puisqu'on ne peut pas les séduire longtemps autrement.
Pourquoi avoir récusé le terme de "Génération Goldman" ?
Parce qu'il est faux. Par décence pour ceux qui ne pouvaient pas me voir.
Aimerais-tu être un teenager aujourd'hui, au début des années 90 ?
Pas vraiment.
Pourquoi ?
Je n'ai pas de si bons souvenirs de cette période-là. Ce n'est pas un âge si facile.
A cette époque, écrivais-tu déjà des chansons ou des poèmes et sur quels sujets ?
Oui, j'écrivais, bien sûr. Des choses très politisées, à cette époque. Sur la misère, la justice, la révolution, etc. Ça m'a passé.
Quel genre d'adolescent étais-tu ?
Introverti. Peur sûr de moi. Silencieux, réfléchi, idéaliste.
Pourquoi écrire si peu de chansons totalement autobiographiques ?
Il y en a : "Veiller tard", "Tu manques", "Je ne vous parlerai pas d'elle", si l'on veut bien lire entre les lignes.
Tu es quelqu'un d'assez secret en fait ?
Non, pas secret, mais discret, peut-être. Pas exhibitionniste, simplement.
Toujours très méfiant face à la presse, il est très difficile de te rencontrer. Pourquoi ?
Par manque de temps... Et puis je suis feignant. C'est vrai, j'admets ne pas être très professionnel sur ce plan. Nobody's perfect.
S'agit-il d'une façon de te protéger ?
De quoi ? On n'est ni aux Etats-Unis, ni en Italie (pour l'instant). Personne ne nous agresse.
Qu'as-tu pensé de la chanson de Florent Pagny, "Presse qui roule" ?
Qu'il a dû souffrir de l'attitude de la presse, lui.
Tu fais partie des artistes qui se battent pour que la chaîne musicale existe enfin en France ?
Oui, c'est vital, vital, vital.
Si tu débutais aujourd'hui ta carrière, aurais-tu la même démarche ?
Quelle démarche ai-je eu ? Instinctive ? Peu conciliante ? Oui, je crois.
As-tu d'autres projets de musiques de films après "L'Union Sacrée" et "Pacific Palisades" ? Est-ce là un exercice que tu affectionnes ?
Pas pour l'instant, et j'ai l'impression que le cinéma se passe très bien de moi !
L'écriture pour les autres : après l'expérience Hallyday, tu accepterais d'écrire pour qui ?
Je n'ai pas de projet pour l'instant, mais j'adore ça. Malheureusement, j'ai peu de temps et je suis si lent !
Un dernier message pour ceux qui s'apprêtent à venir t'applaudir sur scène ?
On a hâte de vous voir, vraiment.
Et aux lecteurs de Podium ?
Mes amitiés, et merci pour votre patience !