Jean-Jacques Goldman fait le point
Podium n°232 , mai 1991
Jean-Jacques Goldman fait le point Podium numéro 232 - mai 1991 Marc Thirion
Retranscription de Monique Hudlot
Rares sont les propos de Jean-Jacques Goldman dans la presse. Une fois encore, il a choisi votre journal préféré pour s'exprimer. En exclusivité et cela quelques jours avant de reprendre la route pour une longue tournée, Jean-Jacques Goldman répond à nos questions !
Quel est ton état d'esprit avant de reprendre la route pour ce tour 91 ?
Content, impatient.
Cette tournée s'étalera sur combien de mois ?
Dix mois pour l'instant !
Comment t'y prépares-tu ?
Musicalement : six jours de répétitions par mois, plus des répétitions spécifiques par musicien… Avec aussi des réunions régulières pour tout ce qui touche la scène, les décors, les éclairages. En fait toute l'organisation de la tournée. Tout cela est très important.
Tu t'es accordé quelques jours à la neige avant de partir. Est-ce ton lieu de vacances favori ?
Tu sais moi, à partir du moment où j'ai du silence et des bouquins… Peu importe l'endroit.
Bon skieur ?
Je skie pas mal.
Pour en revenir à la scène, il s'agit là d'une tournée "Frédéricks-Goldman-Jones". Un véritable groupe ?
Un véritable trio en tout cas et de véritables relations artistiques et humaines.
Pourquoi avoir quitté un groupe (Taï Phong) pour en reformer un autre quelques années plus tard ?
La véritable vie de groupe est stimulante mais difficile. J'adore mélanger les voix, mais j'aime aussi composer et arranger. Ce principe de trio, "d'association", me permet de vivre ça.
Tu as du mal à assumer ton rôle de chanteur "solo" en dehors de la création des chansons ?
Pas vraiment, mais ce n'est pas ce que je fais le mieux et avec le plus de goût !
Toujours cette même peur de vedettariat ?
Pas peur, simplement ça ne m'excite pas vraiment.
Le duo Michael Jones - Jean-Jacques Goldman est-il indissociable ?
Même les amours et les amitiés ne sont pas indissociables !
As-tu dans ton tour des chansons fétiches ?
"Fétiches" non; particulières oui. "Il suffira d'un signe", "Je te donne", "Puisque tu pars", "Nuit" sûrement.
A ce jour, que peux-tu nous dévoiler sur ces concerts ?
Que nous y travaillons dur !
Pendant longtemps tu n'appréciais pas vraiment la scène. Quel fut le déclic qui t'a amené à y prendre un certain plaisir ?
Pas vraiment un déclic. Plutôt une "accoutumance" qui a fini par réduire les peurs qui empêchaient tout plaisir.
Aujourd'hui, tu ne pourrais plus t'en passer. C'est-à-dire juste enregistrer des albums ?
J'adore faire de la scène mais j'ai besoin de composer et d'enregistrer avant tout; ça, je ne pourrais pas m'en passer.
As-tu choisi le lieu de tes concerts parisiens. Pourquoi cette décision de chanter dans un lieu extérieur ?
Pour tenter de retrouver l'ambiance des concerts en plein air que j'ai faits lors de ma dernière tournée dans les arènes de Nîmes, Fréjus… L'ambiance est spéciale, chaleureuse, gaie, particulière.
Tu vas souvent voir tes confrères sur scène. Qu'est-ce pour toi qu'un bon concert ?
Un concert qui dépasse le disque, par la présence et le visuel. Quand le public et les musiciens oublient qu'ils sont à un concert.
Les derniers qui t'ont enthousiasmé ?
Pink Floyd, Philippe Lafontaine, Eddy Mitchell, Paul Personne, Bruce Hornsby.
Quels sont tes disques coups de coeur musicaux ?
London Beat, Bruce Hornsby, Joe Cocker live, Pink Floyd live.
Tes clips favoris ?
Je ne regarde pas beaucoup les clips, désolé.
Tes livres de chevet ?
Je n'ai pas de livre de chevet. Je lis irrégulièrement mais voracement. Le dernier en date : "Les mémoires d'Hadrien" de Marguerite Yourcenar.
Que regardes-tu à la télé ?
Le sport, les infos, et l'émission "Mon Zénith à moi".
Te souviens-tu de tes premiers concerts avec Taï Phong ?
Oui, quelques uns. Je ne voulais pas tourner. On m'a remplacé... par un certain Michael Jones !
Et ton premier concert en tant que spectateur ?
Bob Dylan à l'Olympia, je crois que c'était en 65. Je ne m'en suis toujours pas remis.
Le succès de tes chansons t'étonne-t-il à chaque fois ?
En connaissant mieux le public, je sais qu'ils savent différencier une bonne ou une mauvaise chanson mais l'ampleur d'un succès est imprévisible et mystérieuse.
Si un jour l'une d'entre elles n'entrait pas au Top 50, comment réagirais-tu ?
En me disant que Barbara ou Ferré n'y sont pas et McCartney rarement !
T'arrive-t-il d'écouter encore ton dernier album ? Quel est ton sentiment ?
Il faut attendre. J'y ai tellement travaillé que j'ai encore un peu l'oeil chirurgien sur des dissections ! Pas très excitant !
"A nos actes manqués" est peut-être la première chanson de toi un peu collée à une mode. Celle du Zouk. A l'origine, tu n'aimais pas trop ce rythme ?
Cinq semaines d'Afrique et un mois d'Antilles m'ont familiarisé un peu avec ces rythmes que je ne connaissais pas, mais l'arrangement est surtout dû à Erick Benzi sur ce titre.
Peux-tu nous éclairer sur ces "Actes manqués" ?
Thème typiquement quadragénaire ! Bilan gai de ce qu'on a loupé. Souvenir d'un dîner très émouvant et chaleureux.
Penses-tu avoir manqué des choses dans ta vie ?
Tout choix est un renoncement. C'est ainsi pour tout le monde.