Goldman, une passion sans artifices
Télé Poche , janvier 1991
Vous êtes quelqu'un de très discret. Vous refusez les couvertures des magazines. Pourquoi venez-vous si peu dans les grandes émissions de télévision ?
Je n'ai pas l'impression d'y être à ma place. J'y suis mal à l'aise. Pourtant je les regarde souvent avec plaisir, je n'ai aucun mépris pour ceux qui y sont invités. Mais je n'ai aucune réponse à apporter aux problèmes du monde. En ce qui concerne les émissions avec des surprises, je ne suis pas contre le principe mais j'avoue qu'il y a tant de choses que je ne fais pas devant une personne alors devant vingt millions de téléspectateurs.... ça me gêne !
Si vos disques se vendaient moins bien, arrêteriez-vous de chanter ?
Ne pas en vivre n'empêche pas de faire de la musique. Pendant quinze ou vingt ans, j'ai été obligé de travailler à côté. Il y a bien des gens qui jouent au tennis ou au bridge sans être des professionnels. Et puis, on n'a pas besoin d'être parmi les cinq premiers du Top pour vivre très décemment. Le problème se poserait si je n'arrivais plus à payer mon loyer. Et encore....
A l'aube de la quarantaine, avez-vous peur de vieillir ?
J'aurais bien aimé rester à 30-35 ans, mais ce n'est pas dramatique d'en avoir 40. Il est sûr que je n'ai pas les mêmes préoccupations ou réflexions qu'à 20 ans. Lorsqu'on arrive à la quarantaine, on fait le constat de tout ce qu'on ne sera pas, tout ce qu'on a plus ou moins loupé, sans être forcément très mélancolique.
Avez-vous des regrets ?
Il y a beaucoup de chansons que je regrette de ne pas avoir écrites et dont je suis terriblement jaloux. Les chansons du premier album de Dylan sont des chefs-d'œuvre. Je m'en veux de ne pas avoir trouvé celle de Texas : « I don't need a lover »...
Vous imaginez-vous dans dix ans encore sur scène ?
Pourquoi pas ? Je ne pense pas en terme de carrière. Tant qu'on trouve du plaisir et qu'il y a cent ou deux cents personnes qui sont contentes de vous voir, je trouve ça très digne et pas ridicule.
Quels sont vos projets ?
Nous jouerons à Paris au mois de juin. On essaye de trouver un endroit en plein air. Jouer à l'air libre change l'ambiance. Mais c'est très compliqué parce que je ne veux pas d'un endroit immense. Il faudrait presque construire. Et puis il y a énormément de risques avec la météo. C'est absolument déraisonnable, mais si on ne l'est pas, on ne s'amuse plus.