Traces (1989) — Retranscription de la vidéo

Traces (1989) — Retranscription de la vidéo

Vidéo Traces, 1989 , 1989

[Lieu : Théâtre Antique d’Orange]

Jean-Jacques Goldman : « Vous êtes prêts, vraiment prêts ? Vous avez envie ? Très envie ? Alors c’est parti ! »

[Intro « Compte pas sur moi »]

A la recherche du père

[Lieu : Paris]

Le film commence sur un plan fixe laissant le spectateur lire « Plaque Brutus Détective, Filature – Recherche ».

[Voix Off] « N’ayez aucune inquiétude, nous allons tout vous expliquer sur l’histoire ridicule et lamentable qui va suivre. »

(Fond musical tzigane au violon : « Kalinka » de Yoska Nemeth)

Dans un bureau, un détective travaille. Son assistante se dirige vers la porte d’entrée et ouvre à un homme qui entre et la remercie d’un signe de la tête. Il est vêtu d’un costume gris à rayures et de grosses lunettes.

Le détective Brutus (interprété par Bernard Schmitt) : « Bonjour, Goldman ? Bernard Goldman, c’est ça ? »

Il lui serre la main.

Bernard Goldman (Interprété par Jean-Jacques Goldman, affublé d'une paire de lunettes et d'un accent improbables): « Oui »

Brutus : « Oui alors… qu’est-ce que je peux faire pour vous ? »

Bernard Goldman : Comme je vous l’ai expliqué dans mon courrier, je suis donc le fils de Jean-Jacques Goldman.

[Voix Off] Bon alors on serait en l’an 2008…. Bon, lui serait Bernard Goldman, fils d’un chanteur oublié des années 80, qui aurait le père disparu il y a donc une vingtaine d’année !

Brutus : « D’accord »

Bernard Goldman : « Moi je vous ai envoyé tous les documents que nous avions…. »

[Voix Off] Vous suivez ? Et le cinglé veut retrouver son papa ! Alors il vient voir Brutus le détective privé !

Bernard Goldman : « ...et parle d’une tournée juste avant sa disparition… »

Brutus : « … donc c’est peut-être de ce côté-là qu’il faudrait qu’on commence à chercher quoi... ? »

[Voix Off] Et les voilà partis sur les traces improbables de l’ex-vedette… Ah…il fallait qu’ils se la refassent la tournée du papa… 20 ans après !

Bernard Goldman : « … la maison de production de Lyon qui s’appellerait Red Lipstick Productions et le PDG s’appelle… enfin s’appelait… heu… Thierry Suc (note : prononcé Soc). »

Brutus (appelle sa secrétaire) : « Heu… mademoiselle, vous pourriez me trouver les coordonnées de Monsieur Thierry Soc qui dirige ou dirigeait une société Red Lipstick Production … à Lyon… »

Bernard Goldman : « A Lyon ! »

Brutus : « Mais vous étiez… (avec la VHS que Bernard Goldman lui a apporté, il se lève et se dirige vers le magnétoscope) on va regarder… vous étiez très jeune à cette époque-là ? »

Bernard Goldman : « Ah bah oui, j’étais… j’étais… j’avais une douzaine d’années… »

Le détective insère la cassette vidéo dans le magnétoscope, on aperçoit un titre écrit sur la tranche « Clip Raga »

[Voix off] Ils regardèrent donc cette cassette, point de départ de cette enquête aventureuse et palpitante qui j’en suis sûr, vous fascine déjà !!

Il changeait la vie » Début]. Archives CBS 1988

De retour dans le bureau du détective Brutus.

L’assistante : « J’ai retrouvé une trace de ce Monsieur Suc mais… sa dernière adresse c’est Fleury-Mérogis ! »

Des Traces Parisiennes

Une voiture décapotable rouge traverse les rues de Paris et longe la Seine.

[Voix Off] Afin que le spectateur puisse bien suivre les folles pérégrinations de nos héros, nous avons choisi une décapotable rouge pour qu’ils se rendent à Fleury-Mérogis, résidence secondaire habituelle des producteurs de spectacle !

[« Il changeait la vie » Final]

[Lieu : Prison Fleury-Mérogis, dans une cellule sombre]

Thierry Suc (son visage est dans l’ombre) : « Ecoutez, ne me parlez plus de cette affaire… heu il est parti en plein milieu d’une tournée qui marchait très très fort. C’était pas du tout prévu. L’assurance… je n’avais pas pris une assurance pour ça, ce risque-là n’était pas assuré. J’ai payé, ça m’a coûté très très cher, j’ai perdu beaucoup d’argent, j’ai été obligé de faire n’importe quoi pour essayer de récupérer le coup. Ça a été dramatique, j’ai tout perdu, je paye encore. Je vais sortir la semaine prochaine. Alors moi ne me parlez plus jamais de cette affaire, je ne veux plus entendre parler de ce type. Allez donc voir d’autres gens qui travaillaient sur la tournée à l’époque, il y a des radios, il y a d’autres gens qui y étaient, mais moi fichez-moi la paix. »

Sur les bords de Seine, on retrouve les deux détectives au volant de la décapotable rouge.

[Voix Off] Apparemment, le papa n’avait pas planté que sa petite famille. Mais pas le temps de s’apitoyer. Nouvel objectif : la radio !

[Solo de guitare de Jean-Jacques et Michael Jones précédant le Medley de la tournée 1988]

[Lieu : Studios de la radio RTL]

Le détective Brutus rencontre et questionne Dominique Farran, journaliste.

Brutus : « Et Goldman alors à la fin… comment il était quoi ? »

Dominique Farran : « Bah il s’est un petit peu retiré de la vie publique, enfin il voyait plus grand monde, il parlait beaucoup moins aux gens, en tout cas aux gens de tout ce qui est média, la radio, la télévision, la presse… Il était surtout resté dans son petit clan de copains en particulier ses musiciens bien sûr… »

[Intro « Medley + Je marche seul »]

Dominique Farran : « Et c’est à ce moment que… qu’il m’a donné une interview, je crois que c’était la dernière, la toute dernière… »

Brutus : « Ah oui, il l’a faite avec vous ? »

Dominique Farran : « Absolument ! C’est une interview, je crois bon très… je dirais presque confidentielle, il était à l’époque un petit peu triste, je crois qu’il s’est confié quand même pas mal pendant cette heure et demie que nous avons eue ensemble… »

Brutus : « Ah ouais, et vous l’avez gardée cette interview ? »

Dominique Farran : « Ah ben je l’ai, je l’ai préparée pour vous justement… »

Brutus : « Ah c’est sympa. »

Retour dans la décapotable, sur une route étroite de campagne.

[Voix off] Il avait donc parlé ! Nos compères brûlaient d’impatience d’entendre le message du disparu !

Brutus (cheveux au vent et parlant fort) : On va peut-être l’écouter cette cassette ?

Bernard Goldman : J’osais pas le demander !

Brutus : Vous savez la mettre ?

Bernard Goldman tente d’insérer la cassette dans l’autoradio.

Brutus : Je crois que c’est dans l’autre sens !

(Voix enregistrée de Jean-Jacques Goldman, interview RTL) :

Jean-Jacques Goldman : « Je n’imaginais pas le succès, parce que j’ai jamais admiré des gens pour ce qu’ils étaient, pour leur image, pour leur personnage mais pour ce qu’ils faisaient, pour leur musique. C’est-à-dire, à partir du moment où ils m’avaient donné ce qu’ils avaient à travers un disque, j’avais tout ce qui m’intéressait chez eux. Donc, tout ce côté un peu … notoriété, image… c’est des choses que je ne connaissais pas et j’ai été un peu surpris de voir l’importance que ça prenait quand ça m’est arrivé.

Je crois que c’est tout à fait vivable heu… dans le cadre du boulot, c’est-à-dire quand on est en tournée, quand on enregistre des disques, quand c’est… c’est pas justifié, mais professionnellement explicable. Mais par contre, ce qui m’effraie un peu c’est que j’ai l’impression que c’est peut-être irréversible ça. Parce que ton image, c’est comme si elle t’appartenait plus… elle appartient presque aux gens… C’est-à-dire il y a pas de retour… Je me demande si il est possible de faire un retour à l’anonymat... parce que ça (montrant son visage) ils le connaissent.

Et je sais pas si c’est facile à vivre, une fois que c’est plus justifié par ce que tu fais. Et le problème c’est pas que les gens t’aiment encore ou qu’ils t’aiment plus, le problème il est que quand ils te voient, hé ben… t’es quand même quelqu’un de différent. Ils vont plus te voir comme quelqu’un à découvrir, mais comme une image… comme ton image…

Alors je sais pas comment ça se vit ça… faudra voir… à priori c’est peut-être pas si simple. Il doit y avoir des tendances à… fuir le regard des autres… peut-être même à s’isoler… je sais pas. »

[« Reprendre c’est voler »]

Au bord de la route, la décapotable est arrêtée devant un hôtel, « Le relais des cigales ». Le détective Brutus, regarde une carte étalée sur le capot de la voiture, les deux compères semblent chercher leur route…

Elle a fait un bébé toute seule » Final]

Des Traces en Province

[Lieu : Théâtre Antique d’Orange]

Bernard Goldman assis dans les gradins, regarde une scène se monter. Des techniciens font des essais son. Les deux détectives semblent avoir retrouvé la trace d’un technicien qui avait travaillé sur l’ultime tournée.

Check, one two, two

Brutus : « Alors vous, vous avez travaillé quand avec Goldman ? »

Daniel Bizart (Technicien scène) : « Moi c’était en 88 à la fin de la tournée française, juste avant qu’il parte en Afrique. »

Brutus : « Et heu… vous faisiez quoi ? »

Daniel Bizart : « J’étais road batterie à l’époque et tout va bien quoi ! »

Brutus : « Et lui, bon à ce moment, il allait… il était comment ? »

Daniel Bizart : « Oh ben ça allait, heu… bon j’ai eu un petit doute parce que je tournais beaucoup le spectacle en v8 (note du transcripteur : format vidéo 8mm) et le jour du dernier concert qu’on a fait ensemble il m’a demandé de tourner, il m’a dit ça te fera un super souvenir, puis il m’a dit aussi qu’un dernier concert ça se revendrait très cher, alors j’ai pas très bien compris à l’époque… »

Brutus : « Ah ouais… et il partait juste en Afrique après ? »

Daniel Bizart : « Ouais il partait en Afrique. »

Brutus : « Et vous, vous êtes parti en Afrique ? »

Daniel Bizart : « Non parce qu’on était en équipe réduite et bon… j’avais pas de place. »

Brutus : « Et vous l’avez revu après ? »

Daniel Bizart : « Jamais ! »

(Fond musical à l’accordéon « Le dénicheur » de Agel, Gibert et Daniderff)

La décapotable reprend la route.

[Voix off] Ce technicien sympathique et néanmoins cinéphile, leur remit la cassette de cet ultime concert. Le cinglé avait pensé à tout. Il avait évidemment un «cassettolecteur DPC4 ».

Bernard Goldman insère la cassette dans le lecteur, enlève ses lunettes et positionne l’appareil au niveau de ses yeux. Les premières images affichent la mention « Dernier Soir. Nîmes (à garder). »

Puisque tu pars » Début]

Au bord de la route, à proximité d’une usine, la décapotable est arrêtée capot ouvert. Une fumée blanche en sort. Brutus, les manches relevées semble réparer quelque chose, il dit à Bernard Goldman :

« Dîtes, votre père là… il avait pas l’air obnubilé par sa carrière, par son avenir hein ? »

Bernard Goldman ne répond pas…

(Fond musical tzigane au violon : « Deux guitares » de Yoska Nemeth)

Bernard Goldman : « Et puis il a cette histoire d’Afrique aussi… faudrait peut-être aller voir ce qu’il s’est passé là-bas. »

Brutus : « Ouais, ouais… l’Afrique… »

[« Puisque tu pars » Final] (note du transcripteur : La captation vidéo a été réalisée à plusieurs endroits différents)

Des Traces Africaines

[Lieu : Kinshasa, Zaïre, Afrique]

Des jeunes Zaïrois reviennent de la pêche et marchent sur une route en terre. Ils se font doubler par une jeep jaune.

(Sur un fond de percussions africaines, la vidéo est accélérée). On aperçoit nos deux détectives gravir une colline, discuter avec des jeunes locaux et enquêter en pleine ville.

[Voix off] Pour des raisons de vraisemblance, le spectateur comprendra que nous ayons troqué la décapotable rouge pour un véhicule plus adapté à la dureté des pistes africaines.

Bernard Goldman et Brutus arrivent chez Riva Kalimazi (Patron de Bar à Mbandaka).

Autour d’une table, Riva et sa femme les reçoivent.

Riva Kalimazi : « Jean-Jacques (prononcé Djin Jacquette) Goldman ! »

Brutus : « Pourquoi Djin Jacquette ? »

Riva Kalimazi : « Ben à l’époque, il y avait plein d’affiches dans les rues de Kin (Note du transcripteur : nom abrégé de Kinshasa) où on lisait « Jean-Jacques Goldman » et les gens préféraient lire… j’sais pas… « Djin Jacquette ». On croyait que c’était une nouvelle marque de sapes, de fringues… »

Brutus : « Et donc, il y avait des affiches parce qu’il a fait un concert ensuite à Kin ? »

Riva Kalimazi : « Oui, oui, oui ! Par la suite on a su que c’était un musicien ! »

Brutus : « Mais vous, vous n’y étiez pas vous ? »

Riva Kalimazi : « Non, à l’époque j’étais très jeune, ça remonte à une vingtaine d’année hein ? »

Brutus : « Ouais c’est ça ! »

Riva Kalimazi : « Mais les journaux en ont parlé, la télévision également alors…on était un peu au courant… et puis j’ai une tante qui ne parle que de ça ! »

Brutus : « Ah bon vous avez une tante ? »

Riva Kalimazi : « Oui !! »

Brutus : « C’est vrai ? Et une tante qui existe encore ? »

Riva Kalimazi : « Si, si, elle est toujours là, ouais, ouais elle est toujours vivante. »

Riva échange avec sa femme puis il dit : « A Matongé, on peut la trouver ! »

Brutus : « A Matongé ? » (Note du transcripteur: quartier festif de Kinshasa).

Riva Kalimazi : « Matongé Vis-à-vis (note du transcripteur : bar célèbre et branché de Kinshasa aujourd’hui disparu), c’est un bar et c’est elle la gérante. »

Brutus : « Et on demande qui alors ? »

Riva Kalimazi : « Loukoussa, mama Loukoussa. »

La jeep roule en direction de Matongé.

Mama Loukoussa (au bar derrière son comptoir, on aperçoit une affiche de la tournée en fond) : « Ah Jean-Jacques !!! Jean-Jacques c’était vraiment quelqu’un !!! Tu sais, il y a une vingtaine d’années, il est venu ici, il a fait un malheur, un concert au Palais du Peuple, mais c’était fantastique, j’étais là au premier rang et je regardais mais nous on criait, c’était vraiment fantastique !! Est-ce qu’il chante encore ?? »

[« Entre gris clair et gris foncé » Intro]

Extrait de Zaïre TV. Le public zaïrois participe et répond à Jean-Jacques. Au premier rang, on aperçoit Mama Loukoussa jeune.

Mama Loukoussa : « Tiens je me rappelle…. Il y a un de ses musiciens qui est ici !! »

Brutus : « Ouais… Ah bon ??? Et il habite toujours ici ? »

Mama Loukoussa : « Si, si, je crois même qu’il a épousé une Zaïroise. »

[Voix Off] Décidément l’ensorcelante Afrique leur révélait bien des surprises !

(Percussions africaines) Dans les rues bondées de Kinshasa, la jeep jaune se fraye un passage et se gare.

Claude Le Péron (grossiste en lingerie à Kinshasa) : « C’est incroyable la ressemblance c’est fou !! »

Les deux détectives sont installés sur la terrasse intérieure d’une villa. Claude Le Péron, entouré de sa famille regarde Bernard Goldman.

Claude le Péron (il continue) : « Le profil aussi, le profil c’est terrible. Incroyable, vous lui ressemblez mais comme deux gouttes d’eau. »

Brutus : « Vous avez quitté Goldman en 89 vous alors ? »

Claude Le Péron : « 89, début 89, après la tournée quoi. N’importe comment, il l’avait déjà dit au départ que ce serait sa dernière tournée. »

Brutus : « Et pendant la tournée, c’était sensible que c’était la dernière, enfin il faisait ses adieux ? »

Claude Le Péron : « Non, non pas vraiment… non il était… bon comme d’habitude quoi… nous on le voyait pas beaucoup parce que …. Ben… pendant le gala on le voyait bien sûr mais après il disparaissait un petit peu, il se cachait dans sa chambre, il descendait un petit peu nous voir des fois de temps en temps… »

Bernard Goldman : « Mais, vous n’avez rien noté de différent dans son attitude ? »

Claude Le Péron : « Non c’est pas ça, il était… bon…. il aimait bien être seul quoi c’est ça. »

Bernard Goldman : « Au retour, il est rentré ? »

Claude Le Péron : « Il est rentré, on est tous rentrés, on devait rentrer… quoi… 15 jours à peu près, un mois pour se reposer, puis on devait repartir après et ça s’est jamais passé…. Il a complètement disparu de la circulation. »

Bernard Goldman : « Et vous l’avez appelé ? »

Claude Le Péron : « On l’a appelé, on est passé chez lui, on a vu sa femme, on a vu ses… vous vous étiez tout petit à l’époque, je me rappelle que vous jouiez dans les couloirs… et heu, après on a passé des avis de recherche tout ça… pas de réponse. »

Brutus : « Et vous avez gardé des copies de documents, de presse… ? »

La femme de Claude Le Péron lui dit qu’il y a des films.

Claude Le Péron : « On a des films ! »

[Voix Off] Il avait bien fait de poser la question. Des films ! Mais quels rebondissements nous réservait encore notre talentueux scénariste !

[Américain. Interlude]

(Extrait d’un film de vacances pendant la tournée)

Sur le film en noir et blanc, on aperçoit les musiciens de la tournée prendre la pause et passer du bon temps autour d’une piscine. Suivent quelques images sur scène et d’autres d’un safari. L’ambiance est bonne, l’équipe alterne concert et vacances. On peut voir le staff disputer un match de foot contre une équipe locale. Un soir de bal, Jean-Jacques danse avec une femme, ils semblent complices et le détective Brutus le fait remarquer à Bernard Goldman.

[Voix off] Enfin ! Intervenaient dans cette histoire la femme et le sexe ! Et quelque chose nous dit que cette troublante autochtone n’est pas la maman du cinglé.

Un avion Air Gabon décolle. Nos détectives rentrent en Europe.

[A quoi tu sers]

Sur une télévision, Jean-Jacques fait face à plusieurs journalistes qui l’assènent de questions.

« Comment écrivez-vous vos chansons ? »

« Est-ce que vos chansons ont un message ? »

« Combien avez-vous d’enfants ? »

« Est-ce que vous êtes marié ? »

« Est-ce que vos textes sont politiques ? »

« Pourquoi on vous voit plus à la télévision ? »

« Pourquoi vous ne changez pas de nom ? »

« Comment expliquez-vous votre succès ? »

« Vous écrivez d’abord les paroles ? »

« Etes-vous un chanteur de rock ? »

« Défendez-vous la chanson française ? »

[Je te donne. Extrait]

Journaliste : Et est-ce que la musique vous laisse encore le temps d’avoir une vie privée ?

Jean-Jacques Goldman : « Mais je crois que la musique, il y a rien de plus privé que la musique, c’est quelque chose de… je crois qu’il n’y a rien qui fasse plus partie intimement de quelqu’un que la musique… »

Brutus : « C’était pas un type qui respirait le bonheur votre père hein ? »

[Entre gris clair et gris foncé. Final]

On voit Jean-Jacques et les musiciens complices sur scène.

Bernard Goldman : « Et là, il n’a pas l’air heureux là ? »

Le détective Brutus est assis, derrière son bureau.

[Voix off] Retour d’Afrique à la faveur d’une escale Madrilène, « TV Espagnola » leur fournit une « trace » curieuse et inattendue !

Des Traces espagnoles

[Lieu : Désert de Tabernas, Province d’Alméria, Espagne]

[Là-bas, making of du clip]

Brutus insère une VHS dans un magnétoscope. On y voit de vieilles dames espagnoles (probablement locales) chanter et danser. Jean-Jacques et une équipe technique sont en plein tournage du clip de « Là-bas » dans le désert. Sirima est présente.

Le film alterne entre scènes de maquillage, coiffure, catering et tournage.

L’ambiance semble bonne, Jean-Jacques et Sirima sont souriants mais les deux détectives n’apprennent rien de plus.

De retour en France

[Lieu : Paris]

Dans le bureau de Brutus, l’assistante arrête la cassette et éteint la télévision.

Bernard Goldman : … bon ben on en sait pas plus alors ?

Détective Brutus : Si un peu… mais… faut chercher ailleurs quoi.

(Fond musical à l’accordéon « Le dénicheur » de Agel, Gibert et Daniderff)

La décapotable rouge longe la Seine.

[Voix off] Quel plaisir de retrouver Paris ! D’autant plus que le barman du Richelieu leur avait filé un tuyau d’acier. Le pianiste du bar !

Jacky Mascarel (pianiste du Richelieu) : « L’Afrique, ça nous avait rendu … tous fous. Suite à cela, Jean-Jacques nous avait…. Un petit peu abandonnés (il sourit). »

Brutus : « Et vous depuis qu’est-ce que vous avez fait ? »

Jacky Mascarel : « Moi vous voyez, je me suis reconverti dans le piano bar, je n’ai plus fait de vedettes à priori et puis…. »

[Voix off] Bref ! Tout ce qu’ils purent en tirer, c’était un nom ! Andy Scott ! L’ingénieur du son !

Dans un studio d’enregistrement, les deux compères sont face à Andy Scott assis derrière sa table de mixage.

Andy Scott : « Goldman ? Goldman… attendez voir… heu Jean-François Goldman ? »

Bernard Goldman : « Non, Jean Jacques Goldman. »

Andy Scott : « Jean-Jacques Goldman, oui. Ben il y a très longtemps de ça ! »

Bernard Goldman : « En 1988, la dernière année ou vous avez travaillé avec lui. »

Andy Scott : « Oui, effectivement, heu… je m’en rappellerais vaguement, on a travaillé deux ou trois années avant 1988, c’était avant l’époque de Francky Danzy vous connaissez ? »

Bernard Goldman : « Oui, oui, je connais bien »

Andy Scott : « C’est ça oui, oui, oui 88… Oh il y a longtemps ! Qu’est-ce qu’il devient ? »

Bernard Goldman : « Heu ben justement… on aimerait savoir et un de ses musiciens Jacky Mascarel nous a dit qu’un de ses derniers projets, était de travailler simplement avec vous sur un album, heu… est-ce que ça a été plus loin ou…? »

Andy Scott : « Je ne pense pas non…. Mais… attendez je peux peut-être vous aider parce que je note pas mal de chose…. Je l’ai peut-être dans l’ordinateur, attendez voir… »

Andy scott tapote quelques touches sur sa platine.

Bernard Goldman : « Qu’est-ce que c’est, votre agenda ? »

Andy Scott : « Alors voyons…. Ben voilà ! »

Sur l’écran, on peut voir une archive datée du 12 janvier 1988

Title Re. Mix. Emission Denisot. / Song Doux / Artiste J.J Goldman / Engineer Andy Scott

Andy Scott : « Jean-Jacques Goldman, le 12 janvier 88 »

Bernard Goldman : « C’est la dernière fois que vous l’avez vu. »

Andy Scott : « Sûrement… sûrement… c’était pour une émission de Denisot. Michel Denisot c’était ça ? Journaliste à la télévision ? »

Bernard Goldman semble ne pas connaître ce nom…

Doux », Mon Zénith à moi, 12 janvier 1988, JJG est accompagné de Michael Jones]

Les détectives regardent la vidéo dans les bureaux des archives de la télévision.

Brutus : « Oui ça c’est la chanson mais l’interview avec Michel Denisot ? »

M. Prost (Responsable des archives TV) : « Ah pffff…. nous c’est tout ce qu’on a hein. On n’a rien d’autre. »

Brutus : « Ah oui… Et vous, vous savez ce qu’il est devenu Michel Denisot ? »

M. Prost : « Denisot ?? On n’en a plus entendu parler ici. On ne l’a plus jamais revu. »

Brutus : « Ah ouais. »

M. Prost : « Moi Denisot je m’en souviens heu…. C’est uniquement parce qu’il était de la même ville que ma femme, il était de Châteauroux. Mais on l’a plus jamais revu… »

[Voix off] Ils le retrouvèrent ce Michel Denisot, à Châteauroux.

[Lieu : Châteauroux]

Sur un stade, des joueurs de foot s'entraînent. Au bord du terrain, Michel Denisot sur un banc discute avec Bernard Goldman.

Bernard Goldman : « Et donc, le dernier signe que l’on a de mon père, c'est une émission qu’il aurait faite avec vous et dont on a trouvé aucune trace, dans aucune archive de la télévision. »

Michel Denisot (entraineur sportif à Châteauroux) : « Hum…Vous ne pouvez pas trouver d’archives, je me souviens très bien de cette émission, c’était le 12 janvier 1988. »

Bernard Goldman : « Oui c’est ça, vous vous souvenez ? »

Michel Denisot : « Oui, c’est une date dont je me souviens oui. C’est une émission qui n’est jamais passée… elle n’est jamais passée. »

Brutus : « Et cette émission, elle a un rapport avec votre départ de la télé ? »

Michel Denisot : « Oui direct oui. Oui direct. J’ai pas voulu que l’émission passe parce que je trouvais que c’était pas convenable, et puis la direction voulait qu’elle passe parce que c’était une interview qui avait… disons, un petit parfum de scandale quoi… et à cette époque-là, à la télé on aimait bien ces choses-là parce que ça faisait de l’audience, ça faisait rentrer de l’argent et moi j’aimais pas trop ce système. Et on ne me l’a pas pardonné. »

Bernard Goldman : « Mais qu’est-ce qu’il s’est passé pendant cette émission ? »

Michel Denisot : « Heu…le mieux c’est que je vous donne la cassette. Je l’ai jamais montrée, je vais vous la donner à vous, parce que vous, vous avez le droit de savoir. »

Brutus et Bernard sont installés dans un fauteuil et s’apprêtent à regarder la cassette…

Cinq, Quatre, Trois…

[Lieu : Plateau TV de Mon Zénith à Moi]

Michel Denisot : « Jean-Jacques Goldman est l’invité de Zénith. Il revient d’Afrique, vous savez que Jean-Jacques Goldman accorde rarement des interviews à la télévision, il va venir me rejoindre après cette chanson (Jean-Jacques rejoint Michel Denisot sur le plateau. Dans le fond, on aperçoit une jeune femme africaine) et c’est assez gonflé de sa part d’aller en Afrique, puisque on m’a dit que vous n’étiez pas très connu là-bas, on m’a même rapporté une anecdote que je trouve très drôle, c’est que quand vous êtes allé au Zaïre à Kinshasa, il y avait des affiches avec votre nom, Jean-Jacques Goldman, les Zaïrois ne vous connaissaient pas et ils ont lu dans un premier temps « Djin Jacquette Goldman » et ont cru que vous étiez plutôt marchand de vêtements. »

Jean-Jacques Goldman : « … ouais… (Il sourit) »

Michel Denisot : « Non c’est… c’est une anecdote exacte où… ? »

Jean-Jacques Goldman : « Ben… je… en fait… c’est… »

Michel Denisot : « Vous ne vous en souvenez pas très bien, c’est vos musiciens qui m’ont raconté ça, je trouvais ça amusant… (Il enchaîne). Est-ce que votre… »

Jean-Jacques Goldman : «J’veux dire… ça change heu… en fait c’est pas très faux. »

Michel Denisot : « Oui… ça peut être exact ? »

Jean-Jacques répond à demi-mot et regarde le sol. Un silence s’installe.

Michel Denisot (il poursuit) : « Alors Jean-Jacques, je vais vous poser une question claire, je pense en tout cas, heu partout où vous allez à Marseille, à Nîmes, à Paris, les salles sont pleines partout, on refuse du monde, est-ce que vous ne pensez pas que vous avez atteint les limites du succès. »

Jean-Jacques est ailleurs, il regarde derrière lui. La jeune femme africaine le regarde aussi…

Il ne répond pas à la question. Toujours en regardant le sol, il émet un soupir.

Michel Denisot le regarde, un doigt sur ses lèvres.

Jean-Jacques Goldman : « Heu… »

Michel Denisot : « Vous comprenez ce que je veux dire ? »

Jean-Jacques Goldman : « Ouais mais bon… moi je crois que dès qu’on parle de limite c’est… »

Michel Denisot : « Pour vous, le succès est sans limite ? »

Il ne répond pas.

Michel Denisot : « Il faudrait construire des salles plus grandes… qu’est-ce que vous allez faire maintenant ? »

Jean-Jacques se frotte les yeux ?

Michel Denisot : « Vous repartez en tournée ? »

Jean-Jacques Goldman : « Je… je sais pas »

Michel Denisot : « La question n’est pas très compliquée… »

Jean-Jacques Goldman : « Ouais…..ouais… on…. Je suppose que ouais… » (Il regarde le sol).

Michel Denisot : « Vous ne connaissez pas votre planning par cœur ? »

Jean-Jacques se frotte les yeux.

Michel Denisot : « Enfin je sais que vous repartez en tournée, on peut le dire à tous ceux qui vous attendent un petit peu partout (la caméra filme Michael Jones, en retrait et silencieux) et souvent vous m’avez dit, j’arrêterai la chanson un peu brutalement six mois à l’avance (Jean-Jacques fixe la caméra en silence) et est-ce que vous tenez toujours ce langage et que vous pensez toujours que ça se passera comme ça et que ça peut arriver bientôt. »

Jean-Jacques Goldman : « Peut-être oui (il passe les mains sur son visage)… peut-être… »

Le téléphone sonne et Michel Denisot répond.

Michel Denisot : « Je crois qu’il y a un problème… on va arrêter, je crois qu’il y a un problème, il n’est pas très très bien… merci. »

Michael Jones rejoint Jean-Jacques sur le plateau, lui met la main sur l’épaule. Jean-Jacques le regarde.

Jean-Jacques se lève… fait un demi-tour, regarde Michel Denisot… puis descend du plateau et le quitte accompagné de la jeune femme et de Michael Jones.

En régie, un homme parle et dit : « bon alors qu’est-ce qu’on fait Michel ? On enchaîne ? Bon alors prochain plateau, Francky Danzy. »

De retour dans le bureau du détective Brutus, ce dernier arrête la cassette.

Brutus : « Donc… la dernière personne à l’avoir vu c’est Michael Jones quoi… et puis cette fille quoi… »

Bernard Goldman : « La fille de l’Afrique ! »

Brutus (à son assistante) : « Il faut me trouver Michael Jones ! »

[« Peur de Rien Blues » Début]

Assistante : « J’ai trouvé votre Michael Jones. Il habite à Welshpool. » (note du transcripteur : ville de naissance de Michael Jones)

Brutus : « Et c’est ou ça Welshpool ? »

Assistante : « Dans le Pays de Galles. »

Brutus : « Pays de Galles ?!? »

[« Peur de Rien Blues » Suite]

Ultime Trace au Pays de Galles

[Lieu : Welshpool, Pays de Galles]

Brutus et Bernard Goldman, vêtus d’un imperméable, arrivent chez Michael Jones. Il joue de la guitare à l’extérieur, sur le pas de sa porte.

Brutus : « Michael Jones ? »

Michael les regarde sans dire un mot et continue de gratter quelques notes. Bernard et Brutus échangent un regard.

Bernard Goldman : « Je suis Bernard, le fils de Jean-Jacques Goldman. »

Michael ne répond pas et accorde sa guitare.

Brutus (avec un accent français épouvantable) : « Heu… You are his best friend aren’t you ? You went away with him. »

Michael ne répond toujours pas et continue de jouer.

(Percussions africaines) Une femme africaine fait son apparition dans le jardin. Elle a des lunettes noires et porte du linge. Elle se dirige vers la porte de la maison et est rejointe par une jeune adolescente. Elles dévisagent les deux inconnus et rentrent dans la maison sans dire mot.

Brutus (en voix off) : « Bon… c’était net qu’on n’était pas les bienvenus… »

Michael Jones (il relève la tête) : « Well, I think he must be gone. »

Sans répondre, Brutus et Bernard se retournent et s’en vont.

Brutus (en voix off) : « Mais peut-être ce type, il a voulu disparaître parce qu’il avait deviné que l’important c’est la trace de l’émotion et pas celui qui la fait naître. Et que ce sont les chansons et elles seules qui resteront dans le cœur de ceux qui les ont aimées un jour. »

Voix Off : Voilà… on vous avait prévenu, il s’agissait d’une histoire lamentable et ridicule !

[« Peur de Rien Blues » Fin]

Générique de fin.

Retranscription : Frédéric BRETONES

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