Les Archives de Victor

Les Archives de Victor

Les Enfants du Rock spécial Jean-Jacques Goldman, 1987 , 1987

Emission présentée par Victor Deguérande, sur la chaîne Youtube La DeLorean de Victor, 7 septembre 2019

https://www.youtube.com/watch?v=BSmXEBD9zSE

Retranscription de Lydia Grimois

Relecture et corrections de Marianne Cassini

Chansons mentionnées : “Je marche seul”, “Il suffira d'un signe”, “Sans un mot”, “Plus fort”, “Comme toi”, “Pas l'indifférence”, “Long is the road”, “Je te donne”, “La vie par procuration”, “Confidentiel”, ”Compte pas sur moi”, “Quand la musique est bonne”, “Au bout de mes Rêves”, “Encore un matin” et “Tu es de ma famille”.

Victor Deguérande

Aujourd'hui, on est le 1er septembre 2019. Hier soir samedi, je me suis souvenu d'une émission que j'avais vue il y a longtemps, longtemps, en 1987, aux Enfants du Rock sur France 2, à l'époque qui s'appelait Antenne 2 et où il y avait tout un reportage d'une quarantaine de minutes sur Jean-Jacques Goldman. A l'époque, j'étais très jeune et j'adorais Jean-Jacques Goldman, que j'apprécie toujours bien sûr, et je me suis dit : j'ai une DeLorean et si je repartais en 1987 ? Donc, c'est ce que je vous propose aujourd'hui, c'est à dire qu'en fait, là ce qu'on va faire, on va aller tous ensemble, le 10 janvier 1987, voir cette émission sur mon écran et vous allez voir que si mes souvenirs sont exacts, dans cette émission, vous avez par exemple deux ans avant Lagaf', vous avez Jean-Jacques Goldman qui se met à chanter un style "Bo le lavabo". Vous allez voir, c'est en plein milieu. Il est avec Carole Fredericks, il va dire un "Bo le lavabo", alors que la chanson "Bo le lavabo" n'est arrivée qu'en 89.

[Extrait vidéo de Lagaf "Bo le lavabo"]

Victor Deguérande

Donc, c'est amusant. Vous le voyez jeune, vous voyez le saxophoniste Philippe de Lacroix Herpin, qu'on appelait Prof Pinpin, très jeune aussi. Vous voyez Michael Jones. Vous voyez tout le staff qu'il y avait autour de la tournée, je crois que c'était 85-86. Donc je vous invite à venir avec moi. Je vais programmer la date, donc le 10 janvier 1987. Voilà… Et maintenant, c'est parti pour l'émission !

Voix off

Bon rock à tous les enfants de l'année.

[Générique de début des Enfants du rock spécial Jean-Jacques Goldman]

Jean-Jacques Goldman

A partir du moment où les gens ont écouté un disque, ont pris la peine de l'écouter, parfois ont été touchés par ce qu'il y a dedans, je crois qu'on n'a pas le droit ensuite de ne pas aller les voir.

[Extraits vidéo de la Tournée 85/86 et “Je marche seul” sur scène, avec images extraites du clip]

Voix off

Ça fait plus d'un an de tournée et beaucoup de lieux différents.

Jean-Jacques Goldman

Oui mais c'est un peu l'intérêt. Ce n'est pas une tournée qui est sur un mois, tout le temps dans les mêmes conditions; On aura tout vu. On sera passé des halls des sports aux chapiteaux, à la salle du Zénith. Ensuite, on a fait des trucs en plein air qui changent complètement l'ambiance. On a fait des petites boîtes au Canada, un festival en plein air, des tas de conditions différentes, ce qui permet de se remotiver.

[Extrait vidéo de la tournée “Il suffira d'un signe”]

Jean-François Gautier (batteur)

On est là, c'est quand même assez exceptionnel. Je dis souvent que quand j'étais môme, j'ai commencé à aller voir des concerts, j'allais voir les groupes anglais, américains et je me disais en voyant des salles de 5 000, 10 000 personnes, un jour, je serai peut-être là. C'est le rêve. Je veux dire un groupe de rock, l'ambiance. Là on est là-haut !

Jean-Jacques Goldman

C'est une chance qu'on a, c'est une chance que des milliers d'autres aimeraient avoir, et donc il est hors de question de la banaliser et de la gâcher. Et chaque fois, avec ces musiciens-là, on est vraiment monté sur scène avec l'instinct du tueur, avec la sensation de vivre quelque chose de rare, d'exceptionnel, et que c'était une très grande chance.

[Extrait vidéo de la tournée de la chanson “Sans un mot”]

[Images hors scène de la tournée]

Jean-Jacques Goldman

On est presque 50 personnes sur la route ensemble. Il y a deux heures et demie où il faut que ça se passe bien. Pour que ces deux heures et demie se passent bien, il faut que les 20 autres heures ou 22 heures autres se passent bien aussi. C'est impossible de jouer la comédie juste pendant le moment où on est sur scène.

[Extrait vidéo de la tournée]

Jean-Jacques Goldman

Je pense que l'intérêt fondamental d'un groupe c'est de composer ensemble, c'est de faire de la musique ensemble, c'est que chacun apporte ce qu'il a à apporter, ce qui n'est pas le cas vraiment puisque le concert est bâti autour de mes chansons. Mais sur scène, c'est vraiment une équipe.

[Répétition en extérieur de “Plus fort”]

[Extrait vidéo de la tournée “Plus fort”]

Voix off

Est-ce que tu aimes la vie de tournée ?

Philippe De Lacroix-Herpin dit Prof Pinpin (saxophoniste)

Ah, la vie de tournée, c'est amusant, c'est une vie un peu de nomade.

Michel Quesnel (régisseur)

Comme disait mon petit camarade, c'est une vie de nomade puisqu'on change de ville tous les jours et qu'on ne voit pas souvent les hôtels. Le régisseur est le premier levé et le dernier couché. On installe en premier les lumières. Ensuite, on réveille les premiers qui doivent travailler, les éclairagistes. Ensuite, on a l'équipe du son qui intervient à peu près vers midi, treize heures. En général, tout est prêt avec le backline, c'est-à-dire les instruments, vers 16 heures, 17 heures. Et là, on fait les répétitions et puis, dès que tout est en place, on ouvre les portes et les gens entrent. Quand ça se termine, on démonte. C'est la douche, en général un petit tour par le catering parce que je crois que c'est un lieu très important en tournée. C'est important de bien "bouffer". On remonte dans les cars et puis on va dans la ville suivante.

Nadine Tremea (cuisinière)

C'est le camping tous les jours. On recommence. On monte la tente, on sort le petit bleu, on fait la cuisine, on remballe et on repart. Quand les anglais voulaient des pommes de terre tous les jours, des légumes, des légumes cuits à l'eau, la cuisine est différente pour les français, ce n'est pas trop ce qui leur convient. Si tous les jours, j'amène des pommes de terre cuites à l'eau et des légumes, il y a beaucoup de chance pour qu'on me les renvoie. C'est un peu le maternage de temps en temps et surtout que, c'est quand même une équipe de 40 personnes, et il n'y a que 40 hommes pratiquement. Parfois la prise en charge est vraiment lourde, parce que c'est la maman, la copine, "j'ai le cafard", alors on reste discuter un moment. Et quand on reçoit 40 personnes qui nous disent que ça ne va pas trop, qui viennent raconter leurs petites histoires, il y a un moment où parfois, on arrive vraiment à saturer.

[Extrait vidéo hors scène de la tournée et de la chanson “Comme toi”]

Thierry Suc (producteur)

Après un an de tournée, on se rend compte aujourd'hui qu'on a fait en fait trois types de spectacles avec Jean-Jacques. On a fait d'abord un spectacle qui a été rodé à l'Île de la Réunion, avec une toute petite équipe de 18 personnes. Et puis ensuite, on a fait un spectacle pour la France. On a fait à peu près 120 villes, dont le Zénith. Là, c'était une grosse équipe sur la route, c'était un cirque avec des tas de camions, des tas de gens qui travaillaient, environ 60 personnes. Et puis, cet été, on a fait un troisième type de tournée qui était avec une énorme structure, avec neuf camions, 150 personnes et qui était le big band sur la route.

[Extrait vidéo de “Pas l'indifférence” hors scène]

Jean-Jacques Goldman

La première tournée, c'était des rounds d'observation. Eux ne me connaissaient pas, moi je ne les connaissais pas. Ils venaient, on ne savait pas trop s'il y en a un qui allait trahir l'autre. Et donc chaque soir j'avais l'impression de passer un examen, ce qui est vraiment une sensation difficile. Il n'y avait que vers la fin du concert que vraiment le contexte jouait et qu'eux étant plus en confiance et moi aussi, il commençait à se passer quelque chose. Sur cette tournée, c'est différent. La confiance existe déjà, donc il n'y a plus du tout cet aspect examen de passage. Il y a simplement "Bon tu es là. Vous, vous êtes là. On est contents d'être là ensemble. On va essayer de passer deux ou trois heures bien". Et dans ce sens là, ça devient vraiment un plaisir.

[Extrait vidéo de la tournée “Long is the road” et “Oh happy day” par Carole Fredericks]

Jean-Jacques Goldman

On a tellement peu de choses à penser, c'est ça que j'adore aussi. Parce qu'il y a toujours une demi-heure pour faire quelque chose : c'est la demi-heure soit pour prendre le petit déj, soit d'aller courir, soit d'être dans la voiture, ensuite de se laver, ensuite de faire la balance, ensuite de répondre à la presse, ensuite de répondre aux radios, ensuite de boire, ensuite de monter sur scène, ensuite d'en descendre, ensuite d'aller dîner, ensuite d'aller se coucher. Enfin il n'y a absolument pas le temps d'être comme ça dans une pièce en train de se dire, mais en fait qui suis-je, où vais-je, et dans quel état j'erre. Ça, c'est d'un certain sens, très reposant de n'avoir à penser absolument à rien.

[Images de l'équipe de la tournée sur la chanson “Je te donne”]

Fred Bolling (sécurité)

C'est plein de choses, la sécu de Goldman. C'est d'abord une protection de l'artiste. Pas toujours facile parce qu'il ne veut pas se faire protéger. Ensuite, c'est une protection du public contre lui-même parce que ce sont des jeunes, qui dit jeune, dit un peu tout fou. Ils viennent voir leur idole. Ils sont un peu excités. Donc, c'est d'abord les calmer, leur expliquer que, en s'excitant, ils vont se créer des problèmes, se bousculer, se marcher dessus, tomber.

[Extrait de la tournée “Je te donne”]

Andy Scott (ingénieur du son)

Les salles sont différentes. En plus, avec Jean-Jacques, on est obligés de passer dans des salles qui ne sont vraiment pas faites pour faire des spectacles, neuf fois sur dix, sauf quand on fait du plein air, comme c'était le cas cet été. Ça, c'était vraiment un plaisir de travailler en plein air. Mais normalement, les salles sont vraiment très, très différentes et très difficiles à insonoriser.

[Extrait vidéo de la tournée “La vie par procuration”]

Bernard Schmitt (metteur en scène)

Ce qui est vachement dur quand on fait un spectacle comme ça, qui va être joué 140, 150 fois, c'est qu'il faut trouver pour la mise en scène, pour le décor, des choses qui soient suffisamment lourdes pour que, au zénith, dans les Grands Palais des Sports, etc. ça remplisse l'espace, que ce n'ait pas l'air cheap comme ça au milieu. Et qu'en même temps, ce même décor, ces mêmes événements de mise en scène puissent être transportables dans les chapiteaux pourris, dans les salles pas adaptées, parce que Jean-Jacques tenait beaucoup à ce qu'il n'y ait pas un spectacle parisien et un spectacle provincial, mais que ce soit toujours le même. Et l'autre difficulté, elle est plus pour lui que pour la mise en scène elle-même, c'est trouver un ton qui permette quand on a 10 000 personnes devant soi de ne pas tout à coup transformer une relation et dire "Vous êtes une foule, je suis un Dieu et je parle à 10 000". Mais qu'on sache qu'on parle à des individus, à 10 000 individus qui sont là individuellement pour regarder ce spectacle. Et ça, c'est assez difficile à adapter.

Jean-Jacques Goldman

Je suis sûr que dans la salle, il y a des tas de gens vraiment avec lesquels j'adorerais passer une heure ou deux, avec lesquels j'adorerais discuter ou rire, mais il n'y a pas tellement le temps pour ce type de rapport. Ça, c'est probablement une des choses que je regrette vraiment le plus. De temps en temps, j'ai un petit mot, des trucs comme ça, très simples, sans adresse, sans numéro de téléphone, ce qui fait encore plus mal. Enfin, d'un autre côté, je me dis qu'ils étaient là et que, d'une certaine façon, on a été ensemble.

[Images de la tournée sur la chanson “Confidentiel”]

Extrait d'une interview - Animateur 3

Les thèmes de tes chansons, est-ce que tu les puises dans des conversations, des situations personnelles de la vie quotidienne ?

Jean-Jacques Goldman

Oui. [un temps] Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?

Jean-Jacques Goldman

J'essaie d'être chanteur et de composer des chansons, mais à priori, je ne suis pas parleur. Et puis la presse, c'est essayer d'expliquer ce que tu fais. C'est toujours mettre une distance par rapport à l'acte qui est soit de composer, soit d'enregistrer. Et moi, ça me passionne tellement plus de faire les choses que d'en parler ! Il y a tellement de gens qui parlent de choses qu'ils ne font pas. Moi, je préfère vraiment cent fois faire des choses, et puis que les autres en parlent parce que c'est fait pour eux. Simplement, j'ai l'impression que ce n'est pas mon job et vraiment, c'est ennuyeux. Par exemple, il y a la presse et les radios qui viennent tous les jours et tous les jours pendant une heure, une heure et demie, tu parles de toi, c'est épouvantable. A la fin, tu as l'impression qu'il n'y a plus rien d'autre qui existe. Je crois que ça c'est un danger parce que, à la limite, on peut y prendre plaisir, et puis trouver que c'est un sujet vraiment passionnant [rire].

[Extrait de la tournée “Compte pas sur moi” avec des images de clip]

Jean-Jacques Goldman

Effectivement, vivre ça tous les soirs, ce n'est pas normal du tout. On ne peut pas sortir de ça et aller se coucher tranquillement. Je ne sais pas encore, parce que c'est assez récent, mais j'envisage assez bien que, enfin assez mal, mais ça ne m'étonnerait pas que çe soit des sensations fortes et à assez haute accoutumance.

[Extrait vidéo de la tournée (medley) “Quand la musique est bonne”, “Au bout de mes Rêves”, “Encore un matin”]

Jean-Jacques Goldman

Je suis avec des musiciens qui ont ramé, et qui trouvent qu'il est exceptionnel de jouer devant 7 000 personnes qui ont envie de nous entendre. Ça, c'est le premier jour. le deuxième jour aussi, le troisième jour aussi. Et ça fait peut-être, je ne sais pas avec la dernière tournée, peut-être 200 ou 300 concerts qu'on fait ensemble, en tout, on va jouer 200 ou 300 fois. Je ne crois pas qu'il y ait une soirée, où on ne se soit pas dit : "Les gars, là voilà, hier, c'était Limoges, aujourd'hui, c'est Montpellier, demain c'est Avignon. Mais ce soir, on va vivre quelque chose d'exceptionnel, même si c'est tous les jours, parce que jouer devant 3 000, ou 2 000, ou 5 000, ou 10 000 personnes, c'est quelque chose d'exceptionnel".

[Extrait vidéo de la tournée “Tu es de ma famille” avec la présentation des musiciens]

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